CEREALES, comment semer sans risque en octobre. .كيف تزرع بأمان في أكتوبر
La profondeur de semis provoque une baisse de la levée. Mais, dans les semis d'octobre, il faut semer les variétés à long coléoptile et semer de grosses graines.
NoteColéoptileCourt.pdf
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ATTENTION, le document "20 mesures urgentes et pratiques" a été réactualisé et enrichi.
 

20 MESURES URGENTES ET PRATIQUES POUR AUGMENTER LA PRODUCTION LOCALE DE CEREALES.
Ce document de travail liste des propositions pratiques à l'intention des pouvoirs publics qui succéderont au président Bouteflika. Mais ces propositions concernent également céréaliers, cadres de terrain et élites rurales.
Brochure20MesuresCéréalesEnvoi.pdf
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ALGERIE: production de semences en grandes cultures.
Propositions afin d'assurer un meilleur approvisionnement du marché national.
NoteSemencesDZDB.pdf
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Brochure, traitement de semences de céréales.
CCLS: traitement de semences.
Investisseurs privés, un business à développer.
BrochureSemenceOAIC.pdf
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ALGERIE: ouvrir la collecte des céréales aux opérateurs privés.
Une note consacrée à la collecte des céréales. Face à la faiblesse de la production actuelle, le recours à l'initiative privée nous semble nécessaire dans le domaine de la collecte et du suivi des agriculteurs.
ALGERIE: ouvrir la collecte des céréales aux opérateurs privés.
OAIC, en finir avec la vue à court terme.
NoteCollectePrivée.pdf
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Nourrir 40 millions d'Algériens. L'agriculture des possibles en Algérie.
Un aperçu des possibilité d'intensification agricole en Algérie.
LivreAlgérieNew.pdf
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CHERIF OMARI: BLE TENDRE, CE N'EST PAS UN PROBLEME DU SEUL SECTEUR AGRICOLE

ALGERIE, COMMENT REDUIRE NOTRE CONSOMMATION DE PAIN?

Djamel BELAID 21 septembre 2019

 

Au milieu des années 80, au sein de l'institut agronomique de Batna, j'ai eu le plaisir de travailler aux côtés du Pr Amor Hallitim. Nous étions un groupe de jeunes diplômés et étions friands de discussions à bâtons rompus sur différents sujets scientifiques avec cet éminent universitaire. Il avait connu l'activité des laboratoires de recherche à l'étranger. Un jour, ce pédologue de renom, nous a fait remarquer que lors d'un voyage en URSS dans les années 70, il avait remarqué qu'il y avait du pain de couleur noire. Cela a été une découverte pour nous, si habitués au pain blanc de la baguette parisienne confectionnée par nos boulangers. A la place de ce pain blanc, ne faudrait-il pas aussi penser à des pains avec d'autres compositions? Mais aussi manger plus de légumes? Voire, n'accorder le soutien des prix qu'aux familles nécessiteuses détentrices d'une carte à puces spécifique comme cela se pratique déjà en Egypte? Ce serait le moyen pour réduire la facture annuelle de 1 600 000 000 $ d'importation de blé tendre. Mr Chérif OMARI l'a récemment rappelé: "le blé tendre, c'est un problème national. Il faut un grand chantier. Et ce n'est pas au secteur de l'agriculture tout seul" de le résoudre.

 

FABRIQUER DU PAIN MOINS BLANC

Afin de fabriquer des pains moins blancs, il existe différentes possibilités.

 

Incorporer plus d'issues de meunerie

 

Actuellement les baguettes de pain sont confectionnées avec de la farine de blé tendre. Il pourrait être possible d'y ajouter une part d'issues de meunerie (son). Pourquoi vouloir absolument travailler uniquement avec de la farine type 55? En effet, il existe 6 principaux types de farine* en partant de la plus « pure ». Il s'agit donc de proposer au consommateur des pains complets ou semi-complets.

Type 45 : Farine blanche à pâtisserie ou « fleur de farine » destinée à la pâtisserie.

Type 55 : Farine blanche ordinaire destinée aux pains blancs, pâtes à tarte et pizzas.

Type 65 : Farine blanche pour pains spéciaux et pizzas.

Type 80 : Farine bise ou semi-complète pour les pains spéciaux.

Type 110 : Farine complète pour pains bis et pains complets.

Type 150 : Farine dite intégrale pour pains au son.

Incorporer de l'orge dans la farine de blé tendre

On l'oublie souvent, mais l'Algérie est un grand producteur d'orge. Notre climat se prête particulièrement bien à cette céréale dont le grain mûrit avant les grosses chaleurs de fin juin. Malheureusement, l'orge produite est destinée majoritairement à nos moutons, vaches et poules. Pourtant, riche en fibres de beta-glucanne, l'orge et l'avoine ont des vertus diététique internationalement reconnues – même par la très sévère FDA américaine. Elle réduit l'absorption intestinale des graisses et réduit donc les maladies métaboliques.

Il est également possible de mélanger à la farine de blé tendre de la farine de pois-chiche. En matière de pâtes alimentaires, il existe déjà des ajouts d'épinards qui donnent une couleur vertes aux spaghettis, coquillettes et autres nouilles.

Notons, que plus d'utilisation d'orge en consommation humaine ne serait pas une trop grande concurrence pour l'élevage ovin. En effet, il est possible de réduire les besoins en orge des animaux. Des travaux menés dès la fin des années 70 à l'ENSA (ex-INA) ont montré qu'en ajoutant de l'urée (engrais azoté largement présent dans les exploitations) à de l'orge en grains, on améliore notablement la valeur des rations des animaux. Malheureusement, cette pratique simple est méconnue des éleveurs. En effet, il n'y a pas de techniciens de terrain leur expliquant qu'un animal a des besoins en énergie (orge) et en azote (fourrage vert ou urée).

 

MANGER PLUS DE LEGUMES

 

Par quoi remplacer le pain? Par des légumes! Le problème pour les ménages à faible revenu est leur prix souvent trop élevé. Aussi, s'agit-il avant tout d'améliorer leur disponibilité.

 

Améliorer la disponibilité en légumes

 

L'amélioration de la disponibilité en légumes passe par une mécanisation accrue et une réduction des intermédiaires au niveau des circuits de commercialisation. A ce propos, comme dans la filière tomate industrielle, il s'agit également de faire appel aux techniques modernes – semis en godets, plantation et récolte mécanisée - utilisées par les grands groupes légumiers à l'étranger (Bonduelle, Daucy ...). Ces entreprises établissent des contrats avec des agriculteurs triés sur le volet pour produire des légumes, dont des petits pois et haricots verts. L'agriculteur se doit de semer la variété demandée par l'industriel, n'utiliser que des herbicides spécifiques et recevoir les visites de contrôle des conseillers de terrains. Ce sont ces mêmes conseillés qui déterminent la date de récolte et font appel au matériel de l'entreprise.

Outre la tomate industrielle, on peut se féliciter en Algérie que certains industriels aient investi dans la mise en conserve de poivrons. De tels investissements sont à encourager.

 

Définir une gamme de légumes prioritaires

 

A ce propos, il faut noter la remarquable progression de la production et consommation de pomme de terre. Ce légume est devenu le premier aliment consommé derrière le blé. Ce tubercule peut faire l'objet de plusieurs récoltes dans l'année. Ces dernières années la filière pomme de terre s'est étoffée: début de mécanisation de la plantation et récolte, développement de l'irrigation – notamment sous forme du pivots artisanal "made in El Oued" – stockage en chambre froide, système Syrpalac. Notons au passage, que le stockage de la pomme de terre est moins aisé que celui des céréales. En matière d'ail, on assiste à une dynamisation de la filière avec notamment un début de mécanisation, un meilleur stockage et la décision des pouvoirs publics de ne plus laisser des importations sauvages concurrencer la production nationale.

 

Haricot vert, navets, carottes et fenouil

 

Il reste à définir la liste des légumes prioritaires qui pourrait faire l'objet d'un soutien multiforme de la part des pouvoirs publics. Ce choix doit être fait en fonction de leur valeur nutritionnelle, leur facilité de culture locale, des possibilités de conservation/transformation et bien sûr des goûts des consommateurs. Ce qui n'empêche pas de proposer à chaque fois sur les carreaux des marchés des produits nouveaux. Des légumes comme le haricot vert, les navets et carottes méritent toute l'attention. Un légume tel le fenouil a toute sa place. Il s'adapte très bien au Nord du pays et est ancré tant dans chez les agriculteurs du Nord du pays que chez de nombreux consommateurs. Une production de masse passe par une mécanisation de leur culture et une coordination avec des industriels de la transformation.

 

Des légumes sous différentes formes

 

Traditionnellement le consommateur achète des légumes entiers. Il est intéressant de développer la disponibilité de légumes frais épluchés et découpés ou même congelés. Les carottes peuvent être proposées rappées en barquettes plastique et les radis lavés, débarrassés de leurs fanes et mis sous sachet. Comme peut l'être également la salade verte. Une adjonction d'azote dans le sachet ralentit le développement éventuels de bactéries.

Certains industriels algériens de l'agro-alimentaire proposent déjà, pour les restaurants et collectivités, des pommes de terre épluchées et lavées sous vide en sac plastique d'une dizaine de kilogrammes.

La présentation de légumes en conserve (type "macédoine" par exemple) est également indispensable. A ce propos, il est regrettable que des entreprises privées ayant un savoir-faire reconnu aient abandonné la conserve pour un secteur plus juteux: les sodas. C'est le cas de NCA, leader algérien des boissons, dont les initiales signifient en effet "Nouvelles Conserverie Algérienne de Rouiba).

 

Des champignons cultivés dans des garages

 

Il faut noter l'importance de la filière champignon de couche. Ces champignons peuvent être produit à l'obscurité dans des garages. Cette production présente l'avantage d'être indépendante du climat. Leur culture se fait sur des étagères ou dans des sacs plastique suspendus à des poutres. La technologie de la préparation de leur substrat et des ferments est maîtrisé par des techniciens algériens. Un investisseur privé souhaite même développer à grande échelle ce type de culture. Il est urgent de créer une filière champignons. Pour cela, il s'agit de créer une structure industrielle produisant massivement des sacs de substrats et de ferments. Outre la fourniture de "viande végétale", cette activité est susceptible de création d'emplois en zone urbaine et rurale.

 

Réhabiliter la soupe de légumes

 

La soupe de légumes est présente dans les traditions culinaires algériennes sous la forme de chorba et hrira. Il s'agit de s'appuyer sur ces façons de consommer pour réhabiliter au niveau des jeunes, l'ensemble des soupes de légumes dont celles à base de légumes d'hiver (poireaux, pomme de terre et carotte). Les industriels des sodas possèdent des lignes d'emballage sous forme de TetraPack, il s'agit de leur proposer de développer la production de ces soupes et du gazpacho espagnol (soupe de légumes d'été). L'abandon de la loi du 49-51% devrait permettre de faciliter plus de partenariats avec des entreprises étrangères ayant de l'expérience dans ce domaine (Leibig, ...).

 

POUR UNE EDUCATION NUTRITIONNELLE

 

En Europe, après les cours d'éducation sexuelle inclus dans l'enseignement des Sciences Naturelles, c'est d'éducation nutritionnelle dont il est question face au surpoids des adolescents. Des notions simples sur les maladies telles le diabète, l'hypercholestérolémie ou l'hyper tension doivent figurer dans les programmes scolaires.

 

Une tendance au surpoids et aux maladies métaboliques

 

En Algérie, également cette question de surpoids s'observe. Il suffit de regarder les gens dans la rue. Il s'agit donc de développer une éducation nutritionnelle à tous les niveaux (école, lycées, cantines, restauration colletive, médias).

Au niveau personnel, il s'agit de "commencer par des gestes tout bêtes. Supprimez la baguette de pain sur la table. Prédécoupez plutôt des tranches dans une corbeille, ou limitez-vous à une tranche par personne1." Il s'agit également d'éviter les plats en sauce qui invite à "saucer" et donc à consommer plus de pain.

Autre astuce, consommer de la soupe de légumes en début de repas. En remplissant l'estomac, la soupe améliore la sensation de satiété.

 

Miser sur le packaging

 

Faire manger plus de légumes aux jeunes génération passe aussi par le packaging. De nos jours, nombre de femmes travaillent et recherche des produits lavés et découpés. La multiplication de grandes surfaces et de réfrigérateurs dans la population se prête donc à des innovations. C'est aux industriels des IAA, mais aussi des groupements d'agriculteurs de mettre sur pieds des ateliers de mise en sachet de légumes lavés et coupés. Dans le cas des radis, ou des jeunes carottes, il suffit d'un lavage à l'eau d'un traitement à l'eau légèrement javélisées puis d'une mise en sachet. La salade verte se prête également à l'ensachage, notamment la variété "iceberg". Les champignons de couche peuvent être mis en barquette plastique avec un simple film plastique. Les investisseurs s'engageant dans la production de légumes en sachet devraient pouvoir bénéficier d'une aide publique sous forme de subventions et d'exonérations fiscales.

 

UNE CONCERTATION A DIFFERENTS NIVEAUX

 

On le voit, vouloir réduire la consommation de pain blanc et ses effets néfastes sur la santé et les finances de l'Etat implique de très nombreux acteurs et cela à différents niveaux. Il s'agit donc de définir une structure qui permettra la concertation entre les différents acteurs locaux et étrangers.

 

Concertation et ré-orientation des subventions

 

En effet, on ne peut engager un processus de soutien à la production d'un légume particulier si les industriels de la conservation et les consommateurs ne sont pas associés. Par ailleurs, un vigoureux programme de subventions multiformes à la production et la transformation des légumes doit être défini par les pouvoirs publics. Il est temps de ré-orienter une partie des subventions auparavant destinées à la seule consommation de pain blanc vers la production et surtout la transformation de légumes. Si les gros investisseurs privés des IAA doivent encouragés, il s'agit également d'apporter également une aide multi-forme à de petits ateliers de mise en sachets de légumes lavés et coupés et de production et transformation de champignons.

 

Suivre l'exemple de l'APAB

Dans le cas de la consommation de sucre, ce type d'approche a déjà été mis en oeuvre entre les professionnels du secteur des boisons (APAB) dont Ali Hamani et les pouvoirs publics. L'Algérie présente l'avantage de posséder déjà des investisseurs dans l'agro-alimentaire (boissons, conserveries) et des compétentes universitaires en IAA. A cela peut s'ajouter des mesures d'encouragement basés sur une plus faible fiscalité. Nul doute qu'il devrait-être possible de bâtir une stratégie pour réduire cette lourde facture d'importation des céréales.

Chiche, ce midi vous commencez! Pas de baguette de pain posée sur la table, mais seulement un à deux morceau de pain à côté de votre assiette.

 

Notes:

(*) https://chefsimon.com/articles/produits-la-farine

1 https://www.fitnessheroes.fr/manger-moins-de-pain-et-de-pates/

 

ALGERIE: CEREALES, LE TEMPS DU COURAGE POLITIQUE

La filière a besoin d'un choc de rupture

 

Djamel BELAID 7 septembre 2019

 

Ces jours-ci, la Une du journal "Le Monde" est consacrée à la situation économique actuelle de l'Algérie. Sont notés les défis à relever. C'est dans ce contexte difficile que le dossier Céréales revient sur la scéne. Le MADR souhaiterait trouver les moyens afin de réduire le montant des importations: 2 000 000 000 $/an. Le futur plan d'amélioration ne doit pas faire dans les demi-mesures. Il s'agit d'avoir le courage politique pour sortir du dirigisme administratif qui marque l'agriculture.

 

CHUTE DES REVENUS DES HYDROCARBURES

Cité par Le Monde, Dalia Ghanem, chercheuse résidente au Carnegie Middle East Center, déclare: « Avec une économie rentière fondée sur les exportations d’hydrocarbures, qui représentent 95 % des revenus en devises et plus de 60 % des recettes fiscales, la marge de manœuvre des dirigeants est limitée. Le recours à la planche à billets n’a fait que retarder l’échéance en plus de permettre plus ou moins à l’Etat de faire face à ses engagements internes – paiement des créditeurs, entreprises de construction… Le tableau dressé par le FMI montre que la situation économique se dégrade inexorablement : les réserves de change sont passées de 194 milliards de dollars en 2013 à 72 milliards en avril 2019. Ce qui reste pourra couvrir à peu près treize mois d’importations alors que l’Algérie importe 70 % des produits qu’elle consomme. »

 

Sont ensuite cités ces chiffres qui donnent clairement l'image des défis à relever. "Pour équilibrer son budget, le pays aurait besoin d’un baril à 116 dollars – soit 50 de plus que le cours actuel – et du maintien du niveau de sa production, en chute libre depuis le début de l’année".

 

EVITER LES SEULES RECETTES FINANCIERES ET TECHNICISTES

Pour le MADR chargé du dossier Céréales, l'objectif est de parer au plus pressé. La tentation est d'avoir recours aux recettes du passé: augmentation des prix à la production, des subventions et des prêts à taux bonifié. Sauf que cette fois ci, les moyens bugétaires sont réduits.

 

Ces dernières années, les cadres du MADR se sont confortés dans l'idée que la solution passait par plus de semences certifiées, d'engrais, de produits phytosanitaires, d'irrigation, de semoirs et d'engins de récolte. Certes, ces moyens modernes sont nécessaires pour augmenter les rendements. Mais ces seules recettes faisant recours à plus de moyens financiers et techniques ne suffisent pas. Le plus grave est que ce message ne semble pas être reçu par les décideurs actuels.

 

La véritable solution passe par la levée des goulots d'étranglements à caractère politique et organisationnel. Ainsi, du point de vue politique, les pouvoirs publics sont-ils prêts à :

  • ne plus favoriser – objectivement ou non – l'agriculture entrepreunariale et les entreprises privées de l'agro-transformation?

  • ne plus favoriser – objectivement ou non – les seules grosses exploitations du fait de l'absence de statut du fermage et autres moyens juridiques afin d'éviter le morcellement des exploitations?

  • autoriser plus de représentativité des agriculteurs au niveau des chambres d'agriculture, syndicats agricoles et autres structures agricoles (CCLS, Cassap, Instituts Techniques ...)?

  • ne plus laisser la plus-value tirée de la transformation des produits agricoles aller vers les seuls investisseurs privés urbains?

     

LE COURAGE POLITIQUE QUI MANQUE

Lever ces goulots d'étranglements est fondamental. Certes, leur effet sur l'augmentation sur la production peut ne pas être immédiat, mais c'est là un passage obligé.

Car sinon, c'est oublier que l'acte agricole vise en fait à assurer un revenu aux agriculteurs. Or, rappelons le, comme tout investisseur, ces derniers ont l'aversion du risque et arbitrerons à chaque fois la production à même de leur garantir le meilleur revenu. Aussi, comment faire du blé si il est plus rentable de louer ses terres aux éleveurs de moutons? Comment faire de la pomme de terre quand la pstèque est plus rentable? Comment continuer à produire du lait lorsque le prix des fourrages flambe?

La réponse, nous l'avons dit à maintes reprises, n'est pas dans l'augmentation des subventions, mais dans la création du cadre juridique légal qui permettra aux agriculteurs d'apprendre à s'organiser afin de défendre un partable plus équitable de la plus-value actuellement captée par les seuls agro-transformateurs et autres madataires et maquignons.

La réponse est également dans la création du cadre juridique légal qui permettra aux agriculteurs d'avoir accès à l'innovation technique en recrutant eux-même leurs techniciens au niveau d'instances où ils auront enfin leur mot à dire. Il n'y a pas d'autres voies.

Or, dans un pays, où l'administratif prime sur l'agriculteur, pour nombre de cadres, de telles mesures sont inimaginables. Il faudra que les pouvoirs publics imaginent que ce n'est plus à eux de gérer certains budgets, mais que ce sera à des instances paysannes représentatives de le faire. Il faudra, par exemple, que des céréaliers puissent écraser leurs grains et qu'ils bénéficient des généreux avantages dont bénéficient actuellement les moulins privés1. Il faudra mettre un coup d'arrêt aux tentatives d'accaparement des terres agricoles, notamment par des processus de privatisation des terres arch. C'est pourquoi nous parlons de courage politique.

 

 

 

1 Selon le PDG de SIM, TaÏeb Ezzraïmi, c'est Mr Sid Ahmed Ghozali alors premier ministre qui lui avait conseillé d'investir dans la reprise des moulins de l'Ex-Sempac alors bradés.

 

 

 

ALGERIE: les 5 handicaps de la céréaliculture.

Une organisation à la Nord-Coréenne très prégnante au niveau de l'encadrement.

25 juillet 2019   Djamel BELAID.

مهندس زراعي

En Algérie, nombreuses sont les études sur le coût des importations de céréales. Trop souvent, au delà de savants constats, les chercheurs restent coi quant aux solutions à proposer afin de débloquer les réserves de productivité.

 

PREGNANCE DU CONSERVATISME

Nombreux sont les analystes algériens – et Français – qui se confortent dans le schéma actuel, schéma digne de l'économie nord-coréenne. La prégnance du conservatisme est forte. C'est comme si ces analystes1 méconnaissaient les formes d'organisation qui à l'étranger ont fait le succès des filières céréales. Pour eux, les céréales en France, Canada, Australie, connait pas!

Un exemple nous est donné avec les dernières analyses parues dans la presse et qui portent seulement sur les dysfonctionnements conjoncturels (trafic de blé importé, exagération des capacités des moulins) tout en occultant les dysfonctionnements structurels.

 

Si cela peut s'expliquer pour les analystes locaux, formatés par un enseignement universitaire sans ouverture vers l'étranger et par un attentisme professionnel qui ignore ce qui se passe au delà des frontières, on peut être qu'étonné par ces directeurs de thèse d'universités françaises qui donnent leur imprimatur à des mémoires fades et sans originalité.

Au risque de passer pour iconoclaste, nous analyserons la situation locale par rapport aux formes d'innovations techniques, organisationnelles et managériales qui ont cours dans les grandes régions céréalières dans le monde.

C'est ainsi qu'il nous apparaît de résoudre 5 difficultés particulières de la céréaliculture telle qu'elle se pratique en Algérie:

-sur le plan technique, revisiter le dry-farming,

-sur le plan de l'organisation, promouvoir des coopératives de collecte et d'approvisionnement,

-sur le plan de la collecte, ouvrir celle-ci à des opérateurs autres que les CCLS,

-sur le plan de la transformation des céréales, permettre aux producteurs d'investir dans des moulins,

-sur le plan du foncier, légaliser le fermage .

 

DRY-FARMING, PASSER AU SEMIS DIRECT

Diagnostic

Plus de 98% des surfaces céréalières sont travaillées de façon conventionnelle (labour ou pseudo-labour au cover-crop). Cette méthode ne permet pas de valoriser l'humidité du sol.

L'encadrement agricole est peu sensibilisé à l'agriculture de conservation (abandon du labour et remplacement par le semis direct).

 

Conséquences

Les coûts d'installation des cultures sont élevés en main d'oeuvre et carburantdu fait des nombreuses passages de tracteur.

Les chantiers de semis sont peu rapides et s'éternisent jusqu'à la fin du mois de décembre; d'où des chutes de rendement. Le travail du sol est à l'origine de mottes de terre qui nuisent à la qualité de la germination-levée des semences.

 

Propositions

Promouvoir l'usage de semoirs pour semis direct. Améliorer la disponibilité de ces engins qui commencent à être fabriqués par CMA-SOLA (Sidi Bel-Abbès). Intéresser les fabriquants privés de matériel agricole au semis direct.

 

DES COOPERATIVES DE COLLECTE AUX COTES DES CCLS

Diagnostic

En Algérie, il n'existe pas de coopératives de collecte et d'approvisionnement (CCA). Alors que l'agriculture coloniale a laissé le modèle des SAP, il reste à étudier l'origine de l'absence de coopératives. Actuellement, les CCLS sont affublées du nom ce coopératives alors que leurs statuts sont très éloignés des statuts universels des coopératives.

 

Conséquences

Les conséquences sont une infantilisation du monde paysan, des intrants à prix élevé mais surtout une absence de diversification des activités. En effet, si les CCLS assurent la vente de semences certifiées à des prix raisonnables, le marché des engrais et produits phytosanitaires est, en partie, entre les mains de commerçants privés. D'où, souvent, des prix spéculatifs.

 

Propositions

Promotion de CCA par l'utilisation de tous les outils aux mains des pouvoirs publics: financiers, fiscaux et juridiques. En effet, si en Europe, l'apparition de coopératives paysannes a été permis par la présence d' élites paysannes et rurales, leur essor n'a été permis que par un fort appui de la puissance publique (lois de 1947 puis de 1960 en France).

 

DES MOULINS DISPOSANT D'UN AGREMENT POUR LA COLLECTE

Diagnostic

Actuellement en Algérie, seules les CCLS organisent la collecte du blé dur et blé tendre. Etant donnée la tension sur l'orge, trés recherchée par les éleveurs d'ovins, la collecte de cette céréale échappe, en partie, aux CCLS.

 

Conséquences

Les nombreux moulins privés ne sont pas agréés pour la collecte. Souvent installés au sein des régions céréalières, ils tournent donc le dos aux producteurs locaux.

En dépît d'investissements conséquents, les CCLS peinent à assurer la collecte et le stockage des récoltes. Cela se traduit par des durées d'attente pouvant aller jusqu'à 3-4 jours devant les silos et du stokage à l'air libre durant les mois de juillet et août.

 

Propositions

Attribuer des agréments aux moulins les plus professionnels. Le prix des céréales comprend une partie qui correspond au soutien à la production. Faire transiter par les moulins, le soutien des prix à la production assuré par les pouvoirs publics. Autre solution, sur présentations des listes des agriculteurs et des quantités livrées au collecteur, faire transiter les sommes relatives au soutien des prix à la production par l'organisme payeur.

Exiger des moulins qu'ils assurent un suivi technique des producteurs afin d'améliorer les quantités et la qualité de leurs récoltes. En effet, à part quelques actions ponctuelles de la part des stations de l'ITGC et des technico-commerciaux des firmes d'agro-fourniture, le céréalier algérien reste éloigné des progrès agronomiques.

 

POUR DES MOULINS PAYSANS

Diagnostic

Afin de bénéficier du soutien public des prix à la production, la majorité des producteurs livrent leurs récolte aux CCLS. Celles-ci vendent ensuite les lots de grains aux moulins privés. Comme au niveau de la consommation, les prix de la farine et de la semoule sont soutenus, les moulins reçoivent des compensations financières.

 

Conséquences

De ce fait, les producteur ne peuvent transformer eux-m^me leurs grains. Rien n'est prévu au niveau des CCLS ou de groupements d'agriculteurs pour se doter de moulins mais surtout pour bénéficier de ces compensations financières.

 

Propositions

Encourager les CCLS et des céréaliers constitués en groupement de producteurs de pouvoir bénéficier des compensations financières publiques permettant de transformer leurs grains en semoule et farine et vendre leurs produits au tarifs consommateurs.

Envisager également à ce que les CCLS puissent passer des accords avec les moulins privés pour utiliser (sous contrat) leurs installations en sous-régime.

 

POUR UN STATUT DU FERMAGE

Diagnostic

La structure de la propriété foncière est très morcelée. Que ce soit les terres privées, les EAC, EAI ou concessions agricoles, nombre de propriétaires ou d'ayants droit ne travaillent pas leur terre.

 

Conséquences

Pour les fermiers louant ces terres, il n'existe aucune législation. Ils sont donc hors-la-loi et ne bénéficent pas des dispositifs publics de soutien à la production.

 

Propositions

Combattre l'idée très ancrée que tout agriculteur doit être propriétaire de la terre qu'il travaille.

Promulguer une loi sur le fermage et instaurer des comités de wilaya afin de déterminer les barèmes de location des terres selon la fertilité du sol.

 

CONCLUSION

En Algérie, la céréaliculture est menée en dépît du bon sens. Ainsi, dans un pays sec, les paysans continuent d'assècher le sol en pratiquant le labour, n'ont pas le droit de s'organiser en coopérative de collecte, ne peuvent vendre leur récolte aux moulins qui de ce fait leur tournent le dos et sont empêchés d'écraser leurs propres grains. Nombre d'entre eux exercent sans être protégés par le statut du fermage.

Pire, pour les décideurs et encadrement, cette façon de procéder est la norme. Les tares de la céréaliculture ne sont vus que comme des dysfonctionnements conjoncturels et non pas structurels. Tant que cette situation persistera, il est illusoire d'espérer une augmentation de la production céréalière locale.

1Par analystes, nous entendons, journalistes, "experts agricoles" locaux, universitaires.

 

ALGERIE: ouvrir la collecte des céréales aux opérateurs privés.

OAIC, en finir avec la vue à court terme.

23 juillet 2019      Djamel BELAID.

مهندس زراعي

En dépit des larges subventions accordées à la filière, la production locale de céréales n'augmente pas aussi vite que prévue. Une refonte de la collecte des céréales pourrait apporter une bouffée d'oxygène, mais concernant ce produit stratégique les pouvoirs publics restent extrémement frileux.

 

CCLS, UNIQUE COLLECTEUR DE CEREALES

Actuellement, l'OAIC à travers les CCLS est le seul organisme habilité à collecter les céréales. L'attractivité des prix à la production des blés durs et blés tendres fait que les céréaliers livrent la plus grande partie de leur récolte aux CCLS. Cest moins le cas conc

ernant l'orge très prisé des éleveurs de moutons et donc très demandé sur le marché parallèle.

 

Au niveau des CCLS, la collecte les céréales a longtemps était entachée de dysfonctionnements: lenteurs des opérations de déchargement, problème de pesée des livraisons, retards de paiement et barême d'agréage ne favorisant pas une politique de qualité.

 

OUVRIR LA COLLECTE AUX OPERATEURS PRIVES

A terme, comme pour le Maroc, l'Algérie devrait adhérer à l'OMC. Ce pays ne peut rester, avec la Corée du Nord, parmi les derniers pays non signataires. Cela oblige à des aménagements progressifs. En effet, un monopole d'Etat sur le commerce des céréales est incompatible avec l'OMC.

Aussi, il s'agit d'envisager d'autres acteurs pouvant exercer le rôle de collecteurs de céréales. Outre les CCLS, l'agrément comme collecteur pourrait être attribué aux moulins publics et privés ayant fait preuve de leur professionnalisme. Une charte des critères permettant l'attribution d'un tel agrément devrait être définie par les pouvoirs publics. En cas de manquement à cette charte, l'agrément permettant la collecte serait retiré. Au lieu d'essayer de collecter toutes les céréales, et de le faire mal, les pouvoirs publics feraient mieux d'exercer le pouvoir régalien de l'Etat en édictant des régles précise et mobiliser l'initiative privée.

L'agrément devrait permettre la collecte de volumes déterminés sur une zone précise. Le moulin devrait être en mesure de présenter tous les justificatifs en cas de contrôle. En la matière, il s'agirait de s'inspirer des modalités de versements des primes liéesà la Politique Agricole Européenne (PAC). En Europe, ce sont en effet les organismes collecteurs qui versent les primes aux agriculteurs.

 

FAIRE DES SURCAPACITES DES MOULINS UN ATOUT

Actuellement, les surcapacités des moulins sont considérées comme un inconvénient. Sur injonction ministérielle, l'OAIC a d'ailleurs réduit les livraisons de blé importés aux moulins privés.

L'autorisation qui pourrait être faite à certains moulins de collecter des céréales pourrait permettre de favoriser la contractualisation déjà présente dans les filières lait et tomate industrielle. Face à l'apétit des moulins pour la recherche de matière première, aucun subside étatique ne serait ainsi nécessaire pour attirer les investisseurs.

Mieux, en échange d'un agrément, il devrait être possible de demander aux moulins détenteurs du précieux sésame d'assurer un appui technique aux producteurs. Un tel appui serait nettement plus efficace que les structures administratives de vulgarisation que soutiennent à bout de bras les pouvoirs publics.

 

OUVRIR LA COLLECTE AUX COOPERATIVES PAYSANNES

En parallèle, il s'agit d'encourager les céréaliers à s'organiser en coopérative de collecte et d'approvisionnement. Le semi-échec des coopératives liées à la réforme agraire des années 70 ont parfois laissé de mauvais souvenirs. Mais, il s'agit d'expliquer à chacun, que des coopératives céréalières de collecte ne sont pas un retour en arrière. Il s'agit en effet de formes d'organisation courantes et souvent majoritaires dans de nombreux pays (France, Pays-Bas, Irlande, Nouvelle-Zélande, ...) à l'économie non administrée. Cependant, cete voie nécessite des mesures juridiques et financières conséquentes. Par ailleurs, traditionnellement à l'étranger, ces structures reposent sur la participation de leaders paysans blanchis sous le harnais du militantisme syndical agricole. En Algérie, il s'agirait de compter sur les élites rurales qui ont émergé ces dernières années.

 

FORT CONSERVATISME AU SEIN DE L'APPEREIL D'ETAT

Les pouvoirs publics ont longtemps fait fonctionner un système ultra centralisé. Depuis 2008, les émeutes de la fain ont tétanisé les décideurs qui se sont cantonnés dans un immobilisme absolu. Les dysfonctionnements liés à une sytricte application du monopole dEtat sur les céréales et au manque d'imagination pouvaient jusque là être amortis par la manne des hydrocarbures. Or, celle-ci se trouvant réduite, le système en cours se doit d'être revu.

Mais il faut compter avec le conservatisme des décideurs au sein de l'appareil d'Etat et de l'encadrement de l'OAIC – dont 500 ingénieurs - qui de tout temps a été habitué à un mode de gestion étatique. Or, envisager que d'autres opérateurs puisse exister sur le marché est impensable pour cet encadrement. Aussi étonnant que cela puisse paraître nombreux sont les managers qui ne connaissent rien de l'existence et donc du mode de fonctionnement des coopératives de collecte de céréales telles qu'elles existent à l'étranger. Le seul mode connu est de type nord-coréen;

 

NOUVEAUX OPERATEURS, DEVELOPPER L'INITIATIVE

La mobilisation d'investisseurs privés pourrait permettre, par exemple, de développer le stockage à la ferme et d'en finir avec le stockage en plein air comme cela se pratique traditionnellement en juillet-août.

En outre, il pourrait être possible d'utiliser les potentialités locales en matière de chaudronnerie afin de mettre sur pied un réseau de silos métalliques (cellules) dans les fermes. Une telle démarche permettrait également d'assurer une meilleure traçabilité des récoltes et favoriser une politique d'allotement seul moyen de développement des blés de qualité dont à si besoin les secteurs de la boulangerie et des pâtes alimentaires.

 

RESOUDRE LE LANCINANT PROBLEME DES BLES DETOURNES

Une politique de stockage à la ferme – bien moins onéreuse que le tout béton des silos des CCLS - nécessite cependant de résoudre l'actuel traffic portant sur les blés importés. Ceux-ci se retrouvent parfois utilisés comme aliment du bétail ou présentés aux portes des silos des CCLS par des agriculteurs véreux les présentant comme des produits locaux.

On peut penser qu'ouvrir la voie vers une collecte locale permettrait aux moulins de s'assurer de plus grandes quantités de grains nécessaires à leurs installations. En effet, la persistance de terres en jachère et le non respect des itinéraires techniques montrent les immenses réserves de productivité qui existent.

Enfin des mesures allant des plus simples (mesure du taux d'impuretés, du taux de protéine ou de la force boulangère) aux plus sophistiquées (mesure du profil protéique) permettraient de détecter les lots frauduleux.

 

CCLS, EVOLUER VERS DES COOPERATIVES PAYSANNES?

Ouvrir le champs à des opérateurs privés ou coopératifs ne signifie pas la disparition des CCLS. Même si une adhésion à l'OMC devrait aboutir à leur disparition, des mesures progressives sont permises. Elles permettent aux Etats de se préparer à leur rythme. Cependant, les CCLS devraient dès aujourd'hui anticiper les évolutions futures.

Les CCLS disposent d'actifs considérables dont des silos modernes de grande capacités, des unités d'usinage de semences, un parc de matériel agricole et bien sûr d'un potentiel humain considérable. Les silos permettant la constitution de réserves stratégiques, nul doute que des solutions originales devraient être trouvées avec l'OMC afin que ces installations restent un bien public.

Lorsqu'on considére les mesures de réajussement structurel des années 90, une grande partie de ce patrimoine risque de tomber sous la coupe d'intérêts privés.

La solution pourrait être de le confier, en partie, à des coopératives paysannes.

 

CCLS, S'INNITIER A LA COOPERATION

Dès maintenant, il s'agit de revoir les statuts des CCLS et leur management afin de créer les prémisses à l'émergence de coopératives paysannes. A ce titre, les CCLS peuvent être des écoles afin de faire émerger de futurs gestionnaires paysans et cadres administratifs.

De premières mesures pourraient consister en plus de co-gestion. Il s'agit d'assurer plus de représentativité paysanne au niveau des instances élues, de confier plus de responsabilités aux élus paysans et d'élargir progressivement leur champs de compétence. En parallèle, il s'agit d'aller vers une participation financière (parts sociales) des céréaliers envers les CCLS.

 

MOINS DE DIRIGISME ADMINISTRATIF

Entre augmentation des besoins de la population et baisse des rentrées financières, les pouvoirs publics sont à la croisée des chemins. Il s'agit de prendre des mesures allant dans le sens des choses et donc de privilégier les mesures ne nécessitant pas de multiplier le dirigisme administratif. L'agrément de nouveaux organismes de collecte va dans ce sens.

 

Par ailleurs, afin de mieux cibler les ménages à qui assurer un soutien des prix du pain, il s'agit d'attribuer des cartes à puces. Certes, pour les pouvoirs publics, il s'agit d'un terrible aveu d'impuissance, mais contre toute "honte bue" la mesure est devenue nécessaire.

 

CEREALES, LIMOGEAGE A LA TETE DE L'OAIC

EFFET DU HIRAK ET DE LA BAISSE DES REVENUS DES HYDROCARBURES.

 

Djamel BELAID 22 juillet 2019

 

Le directeur général de l'OAIC, Mr Mohamed BELABDI a été limogé le 10 juillet suite à une réunion du gouvernement. Cette réunion s'est également soldée par la fermeture de 45 minoteries pour "violation de la réglementation en vigueur". Ce limogeage constitue un signe des dysfonctionnement de la filière céréales. En effet, l'OAIC gére les importations de blé, est le principal organisme collecteur et a pour tâche l'appui à la production. Au delà de ce limogeage, c'est toute l'organisation de la filière qui est interpellée.

 

TRAFFIC DE BLE IMPORTE

Depuis plusieurs mois la presse a rapporté des cas de détournements de cargaisons de blé importé. Ce blé cédé par l'OAIC au prix de à 1285 DA le quintal est revendu plus cher à des éleveurs de bétail. Au moment des récoltes, il est redirigé vers les silos des CCLS par des agriculteurs véreux où il est présenté comme du blé produit localement et donc racheté au prix fort1 (3500 DA/qx). C'est ce dernier cas qui pourrait expliquer que 45 moulins ait été fermés. Ces deux dernières années, face à la multipliication de nouveaux moulins, l'OAIC avait réduit les attributions de quotas de blé importé. Cette mesure avait entraîné une fronde des propriétaires de moulins. Les plus récents n'arrivant pas à rembourser leurs dettes face à la sous activité liée à cette baisse des livraisons de l'OAIC.

 

L'OAIC, GARANT DU SOUTIEN DU PRIX DU PAIN

En fait ce limogeage du DG de l'l'OAIC, revient à s'attaquer à l'homme qui gère le pain quotidien des Algériens. En effet, c'est gra^ce à l'OAIC que d'Alger à Tamarasset, le consommateur peut acheter une baguette de pain au mêm prix. Un prix soutenu par l'Etat qui certaines années consent l'effort d'importer jusqu'à 3,4 milliards de dollars de céréales.

Or, même si la pomme de terre prend de plus en plus de place, le pain constitue l'aliment de base en Algérie. En 2008, lorsque que les pouvoirs publics avaient tenté de remettre en cause partiellement le soutien des prix pour les produits de première nécessité (pain, huile, sucre), cela avait causé des émeutes "de la faim".

 

OAIC, MISSION IMPOSSIBLE

Le rôle de régulateur de l'OAIC est quasiment une "mission impossible" lorsqu'on considère l'ampleur de la tâche et l'environnement économique et administratif actuel.

Outre l'importation de quantités toujours croissantes de blé tendre, blé dur et orge, l'OAIC a pour charge de collecter la récolte des agriculteurs mais également de réaliser un "appui à la production". Cela sous forme de livraison de semences certifiées, d'aide à l'irrigation d'appoint, d'approvisionnement en engrais et produits phytosanitaires et de location de matériel allant depuis les travaux de labour jusqu'à la récolte. C'est ce genre de structure qui fait dire à l'unviversitaire Slimane Bedrani que l'agriculture est marquée de "dirigisme administratif". Par certains aspect, l'organisation de l'OAIC semble tout droit venu de Corée du Nord.

Collecte et appui à la production sont mis en oeuvre par les CCLS. Ces CCLS, véritables dépôts de wilaya sont chargés de la mise en oeuvre à la base de la politique définie à Alger. Le directeur de chaque CCLS est nommé depuis Alger et est flanqué d'un conseil de gestion sans véritable pouvoir et qui sert à justifier la pompeuse dénomination de "coopérative". Pour la majorité des agriculteurs, la CCLS représente le "razk el-beylik", c'est à dire, les biens des pouvoirs publics. Ils ne s'identifient pas dans ce qui, à l'étranger et avec d'autres statuts, représente la base de toute politique céréalière.

 

DOULEURS ET GLOIRE DES CCLS

Pour de nombreux agriculteurs et observateurs, après la vague de privatisation des années 80, les CCLS restent les seuls structures d'aide aux agriculteurs. Il est vrai que les CCLS achètent la totalité des récoltes qui leur sont livrées par les agriculteurs. Et cela, à des prix garantis et soutenus par l'Etat quel que soient les fluctuations du prix des céréales sur le marché international. Depuis 2012, le développement d'unités motoculture au sein des CCLS permet aux agriculteurs d'avoir recours à des travaux agricoles à des prix raisonnables.

Traditionnellement pourvoyeurs de semences certifiées, les CCLS se sont récemment équipées de matériel ultra-moderne d'origine turque qui permet de décupler leur capacité à produire des semences triées et traitées.

Mais à côté de ces succès combien de frustrations suite à des passe-droits ou à l'incurie de petits chefs locaux. Ces dernières années, en plein hiver, il n'était pas rare de voir devant les guichets de CCLS des agriculteurs patienter des journées entières pour se voir délivrer engrais, semences ou orge pour leur cheptel ovin. En été, il n'est pas rare de voir de longues files de remorques chargées de grains devant les silos des CCLS. Certains agriculteurs déclarant patienter trois jours durant avant de pouvoir livrer leurs grains.

 

APPROVISIONNER LES MOULINS, LA QUADRATURE DU CERCLE

Les détournement du blé importé vers d'autres usages que la fabrication de pain subventionné représente l'un des plus grands défis qu'à à relever l'OAIC.
Certes, il ne s'agit pas de renforcer les dispositifs administratifs et de mettre un contrôleur devant chaque moulin privé. Cependant, il est urgent de remédier à ce type de dysfonctionnement qui remet en cause le soutien des prix pour un produit de base.

Le cas des 45 moulins privés récemment sanctionnés montre qu'il est possible de déceler les cas de malversations. Connaissant combien de kilo de farine peut produire un quintal de blé tendre, il est possible de vérifier les flux entrant et sortant au niveau des moulins privés. Encore faut-il que les ventes sans facture aux grossistes et autres intermédiaires ne soient pas monnaie courante. Ce phénomène des ventes sans facture constitue un fléau qui alimente le secteur informel et prive l'Etat de colossales rentrées financières.

 

MONOPOLE D'ETAT, DEMON OU DEMIURGE?

Le monopole d'Etat sur le commerce des céréales protège sans aucun doute consommateur et producteur local de céréales. Mais il n'est pas sans inconvénients.
Concernant le consommateur, la presse se fait souvent l'écho de cas de gaspillage de pain. Il n'est pas rare de voir des baguettes dépasser de poubelles à Alger. Par ailleurs, le soutien des prix concernant tous les types de revenus, certains s'interrogent sur la possibilité de ne l'octroyer qu'aux ménages à faibles revenus. Cela en recourant, comme en Egypte, à une carte à puces permettant l'accès au pain subventionné.

 

Concernant le producteur, le mécanisme de soutien des prix à la production présente un effet pervers: celui de désaisir l'agriculteur de sa production. En effet, la majorité des producteurs livrent la totalité de leur production. De ce fait les possibilités de valorisation des grains par leur transformation en farine ou en semoule se voient confiées aux moulins privés. De ce fait les céréaliers se voient désaisis de la valeur ajoutée.

Mais plus grave. Le statut actuel des CCLS est éloigné des statuts universel des coopératives. Aussi, les producteurs ne sont pas associés aux décisions. Ils se voient infantilisés alors que dans les coopératives céréalières ayant cours à l'étranger ce sont eux qui détiennent les manettes.

 

POUVOIRS PUBLICS, FAIRE PREUVE D'IMAGINATION ET DE COURAGE

Les pouvoirs publics ont longtemps fait fonctionner un système ultra centralisé. Les émeutes de la fain ont tétanisé les décideurs qui se sont cantonnés dans un immobilisme absolu. Les dysfonctionnements liés au monopole d"Etat sur les céréales pouvaient jusque là être amortis par la manne des hydrocarbures. Or, celle-ci se trouvant réduite, le système en cours se doit d'être revu.

 

Mais, il s'agit d'un secteur ultra-sensible. Par ailleurs, l'appétît de certains affairistes liés au secteur privé est grand et est capable de mettre à bas l'édifice. Depuis peu, la corporation des moulins privés s'est organisée et multiplie les pressions sur les poiuvoirs publics: rassemblement devant les ministères, courriers aux autorités.

 

A terme, l'Algérie adhérera à l'OMC. Ce pays ne peut rester, avec la Corée du Nord, parmis les derniers non signataires. Cela oblige à des aménagements. En effet, un monopole d'Etat sur le commerce des céréales est incompatible avec l'OMC.

Aussi, il s'agit d'envisager d'autres acteurs comme organismes collecteurs de céréales. Outre les CCLS, l'agrément comme collecteur pourrait être attribué aux moulins publics et privés ayant fait preuve de leur professionnalisme (une charte des critères permettant l'attribution d'un tel agrément devrait être défine). La mobilisation d'investisseurs privés pourrait permettre de développer le stockage à la ferme et d'en finir avec le stockage en plein air comme il se pratique en juillet-août. Ainsi, il pourrait être possible d'utiliser les potentialités locales en chaudronnerie afin de mettre sur pied un réseau de silos métalliques (cellules) dans les fermes. Une telle démarche permettrait d'assurer une meilleure traçabilité des récoltes et favoriser une politique d'allotement seul moyen de développement des blés de qualité.

 

ENCOURAGER DES COOPERATIVES PAYSANNES

Par ailleurs, il s'agit d'encourager les céréaliers à s'organiser en coopérative de collecte et d'approvisionnement. Le semi-échec des coopératives liées à la réforme agraire des années 70 ont parfois laissés de mauvais souvenir. Mais, il s'agit d'expliquer à chacun, que des coopératives céréalières de collecte ne sont pas un retour en arrière. Il s'agit en effet de formes d'organisation courantes et souvent majoritaires dans de nombreux pays (France, Pays-Bas, Irlande, Nouvelle-Zélande, ...) à l'économie non administrée. Cependant, cete voie nécessite des mesures juridiques et financières conséquentes. Par ailleurs, traditionnellement, ces structures reposent sur la participation de leaders paysans blanchis sous le harnais du militantisme syndical agricole. En Algérie, il s'agirait de compter sur les élites rurales qui ont émergé ces dernières années.

 

Il ne nous appartient pas de juger des motifs connus ou non ayant aboutit au limogeage du DG de l'OAIC, cependant, une direction collégiale rajeunit et techniquement de haut niveau pourrait permettre de relancer la filière céréales. Le Ministère de l'agriculture compte organiser fin juillet une conférence sur le développement des céréales en Algérie. Il est à espérer qu'à cette ocassion seront présents différents sons de cloche et qu'il sera tenu compte de la nécessité de revoir la politique qui a prévalue depuis une dizaine d'années.

1Pour le blé dur ce montant est de 4500 DA/qx.

 

ALGERIE, GERER L'APRES BOUTEFLIKA

20 MESURES URGENTES ET PRATIQUES POUR AUGMENTER LA PRODUCTION LOCALE DE CEREALES.

 

Djamel BELAID. 21 juillet 2019

 

Ce document liste des propositions à l'intention des pouvoirs publics qui succéderont au président Bouteflika. Mais ces propositions concernent également céréaliers, cadres de terrain et élites rurales. En effet, nous pensons que la participation de tous est nécessaire à la poursuite du renouveau agricole qui se manifeste ces dernières années. Et en particulier les agriculteurs, trop longtemps cantonnés par l'administration agricole dans un rôle subalterne.

 

En effet, en Agérie, il n'existe aucun organisme agricole où ce sont des agriculteurs qui gèrent un budget et recrutent des techniciens. En Algérie, le paritarisme en matière agricole est pratiquement inexistant.

Cette façon de voir est prégnante à tous les niveaux de l'encadrement agricole. Il s'agit d'en être conscient et de s'en défaire. C'est l'agriculteur qui est le maître du développement agricole, les pouvoirs publics n'ayant pour rôle que de mettre à leur disposition les outils les plus adaptés1.

 

Ces propositions visent donc avant tout à :

-rendre plus attractive la production de céréales à travers une meilleure répartition de la valeur ajoutée provenant de la transformation des grains,

-formaliser l'informel agricole à travers la mise sur place d'un statut du fermage,

-revisiter les pratiques du dry-farming à la lumière des récents progrès agronomiques (agriculture de conservation),

-envisager un plan d'ensemble en abordant les aspects technico-économiques mais également juridiques et fiscaux,

-confier plus de responsabilités aux membres de la filière céréales et notamment aux agriculteurs à travers leur Chambre d'Agriculture, la promotion d'organisations professionnelles agricoles (OPA), et de coopératives de collecte de céréales.

-provoquer un choc de rupture et être directement profitables à la filière céréales,

-redéployer, plus que demander de nouveaux moyens financiers au budget de l'Etat.

 

 

 

 

1 . Des propositions destinées aux pouvoirs publics.

 

DU POINT DE VUE ECONOMIQUE

 

 

Augmenter les surfaces emblavées en céréales

De nombreuses terres agricoles ne sont pas emblavées en céréales. Elles restent en jachère (travaillée ou pâturée). Les causes d'une telle situation sont diverses. Afin de pousser les agriculteurs à emblaver ces terres, il serait possible d'envisager de sanctionner financièrement les jachères et de valoriser financièrement les terres mises en culture.

 

Un autre moyen serait de proposer une prime ayant un effet symbolique (seuil à définir) sur les terres consacrées aux surfaces autres que les céréales et les fourrages récoltés c'est à dire les légumes secs et les mélanges fourragers pâturés.

 

Un impôt lié aux surfaces agricoles nécessite des moyens humains de contrôle. Aussi, dans un premier temps, elles pourraient n'être mises en œuvre qu'au niveau des régions céréalières à fort potentiel. A noter que des outils tel le GPS et la cartographie aérienne permettent aujourd'hui de contrôler la surface des exploitations et la nature des cultures mises en place.

 

Propositions :

-instaurer un impôt agricole sur chaque hectare de terre.

-maintenir, voire augmenter l'attractivité financière des légumes secs venant en rempacement de la jachère.

-rendre éligible à une prime les terres anciennement en jachères pâturées et aujourd'hui semées de fourrages et autres mélanges fourragers (méteil).

 

Financement des activités agricoles, soliciter les grainetiers et les moulins

Des études universitaires réalisées sur la plasticulture dans le sud du pays montrent la place grandissante des grainetiers dans le financement des activité agricoles. Il s'agit donc d'étudier dans quelle mesure ces grainetiers pourraient être des partenaires des services agricoles publics et notamment de quelle façon ils pourraient être sollicités afin d'encourager le financement de la culture des céréales.

 

Propositions :

-favoriser la création d'une représentation nationale de la corporation des grainetiers,

-encourager les grainetiers à pratiquer des prix de gros aux céréaliers réalisant des commandes groupées d'engrais et de produits phytosanitaires.

 

Financement des exploitations agricoles, créer une banque agricole

Selon certains spécialistes2 une des causes du retard du développement agricole en Afrique du Nord vient du fait qu'il n'existe pas de banque appartenant aux agriculteurs. Une telle structure pourrait drainer les liquidités du monde agricole. Et qui mieux que l'expertise d'agriculteurs et d'agronomes afin de juger de la solidité de projets agricoles?

 

Propositions :

-créer les prémisses d'une banque des agriculteurs.

 

Financement de l'appui technique de terrain

Les CCLS prélèvent sur chaque quintal de blé livré une taxe servant à financer des opérations d'appui technique à la production. Les sommes collectées sont actuellement reversées à la Chambre nationale de l'Agriculture. Il s'agit également d'élargir l'assiette de ce type de cotisations aux grainetiers, firmes de l'agro-fourniture et entreprises de transformation des céréales,

 

Propositions :

-assurer une transparence et un contrôle paysan des taxes prélevées par les CCLS pour l'appui technique à la production,

-laisser gérer à travers des associations professionnelles locales, les céréaliers eux mêmes le montant des taxes prélevées pour l'appui technique à la production,

-utiliser les fonds issus des taxes prélevées pour permettre le recrutement par les agriculteurs eux mêmes de techniciens,

-prélever sur chaque quintal de céréales transformés par les moulins une taxe destinée au financement de l'appui technique de terrain,

-asujettir chaque litre de produit phytosanitaire ou quintal d'engrais vendu par les grainetiers, firmes de l'agro-fourniture et entreprises de transformation des céréales d'une taxe destinée à l'apui technique.

 

 

Moulins, développer la contractualisation

Ce n'est pas au MADR d'assurer le suivi technique de proximité aux céréaliers. Comme pour les filières lait et tomate industrielle, ce rôle doit être dévolu aux opérateurs en amont (sociétés d'agro-fourniture, chambre d'agriculture, coopératives paysannes) et en aval de la production (minoteries et semouleries).

Quant à eux, les Instituts Techniques doivent avoir pour rôle de produire des références techniques.

 

Concernant les moulins, il s'agit d'étudier l'expérience des quelques réseaux techniques d'appui à la production (Groupe Benamor, SMID Tell) afin de les généraliser. A ce props, l'expérience marocaine en matière de contractualisation (nommée « agrégation ») mériterait d'être étudiée.

 

Propositions :

-autoriser les moulins privés à collecter directement les récoltes des céréaliers (cela, sous réserve de poursuite du monopole d'Etat sur le commerce des céréales).

-encourager les efforts déployés par les moulins privés afin d'augmenter la production et la qualité des céréales cultivées localement (encadrement technique des producteurs). Cela pourrait se faire par l'attribution préférentielle de quotas de blé importé aux moulins les plus impliqués dans l'appui technique.

-exiger les moulins à financer des postes budgétaires de techniciens céréaliers de terrain,

-définir un cahier des charges définissant les obligations minimales des moulins en matière d'appui technique aux agriculteurs.

 

Exploitations, réduire les coûts de production

Afin de réduire le fardeau des subventions sur le budget public et afin de maintenir l'attractivité des céréales (voir plus rémunératrice que l'élevage du mouton), les pouvoirs publics doivent orienter les exploitations vers la réduction de leur coût de production.

Cela passe par l'emploi de techniques peu coûteuses. Dans le cadre de l'agriculture de conservation, il s'agit, par exemple, d'aller vers un abandon progressif du labour pour le remplacer par le semis direct. Celui-ci allie, en effet, plus grande rapidité d'exécution des chantiers de semis, et réduction des doses de semences et d'engrais utilisés. Selon la précocité des pluies automnales, un désherbage est nécessaire.

En année sèche, grâce à une meilleure préservation de l'humidité du sol, le semis direct présente l'avantage pour l'agriculteur de pouvoir récolter un minimum de quintaux et de récupérer sa mise de départ.

 

Propositions :

-accroitre la production des semoirs low-cost pour semis direct (type Boudour) produit à Sidi Bel-Abbès par l'entreprise CMA-SOLA (seuls 15 exemplaires produits à ce jour),

-assurer une plus grande disponibilité des semoirs Boudour par la participation de leur commercialisation et maintenance par les concessionnaires privés de matériel agricole,

par une aide à l'achat et à l'emploi de ce type d'engins.

-Associer les artisans soudeurs locaux à la maintenance et l'amélioration des semoirs Boudour (exemple, par l'installation de roues plombeuses),

-lier le montant des crédits de campagne à l'utilisation des semoirs pour semis direct.

-interdire le labour en amont des barrages (zones à définir), étant donnée l'érosion provoquée par la pratique du labour, les semoirs pour semis direct pourraient être les seuls admis.

-équiper les unités motoculture de semoirs Boudour,

-reconnaître et promouvoir les entreprises privées de travaux agricoles,

-promouvoir les CUMA et autres Cercles d'Echange de Matériel (un animateur en Chambre d'Agriculteur mettant en relation offre et demande de travaux).

 

 

Exploitations, encourager des moulins paysans

Actuellement, les surfaces consacrées au blé dur et blé tendre sont concurrencées par les surfaces réservées à l'élevage ovin. C'est le cas avec la culture de l'orge et la jachère pâturée. Afin de conserver une plus forte attractivité à la culture du blé, les pouvoirs publics peuvent adopter plusieurs mesures. La principale est d'assurer une répartition plus équitable de la valeur ajoutée (liée à la transformation des céréales) entre céréaliers et transformateurs.

 

Propositions :

-encourager la constitution d'ateliers modernes de transformation des céréales au sein de structures communes à plusieurs exploitations céréalières.

-assurer à ces ateliers les mêmes avantages financiers et fiscaux (exonération sur les bénéfices et bien sûr bénéficier des mêmes compensations financières que les grands moulins privés)

 

 

CCLS, participation à la transformation des céréales

La baisse des revenus pétroliers implique d'envisager de nouvelles rentrées financières pour rémunérer les céréaliers mais aussi assurer le fonctionnement des CCLS. La transformation des céréales constitue une activité très rentable. Ce type d'activité devrait être autorisé au niveau des CCLS; au moins pour une partie ou la totalité des céréales qu'elles collectent.

Il s'agirait ainsi, de procéder à une meilleure répartition de la valeur ajoutée obtenue lors de la transformation des céréales. Rappelons que cette valeur ajoutée est actuellement essentiellement captée par les urbains détenant des moulins privés.

 

Propositions :

-autoriser les CCLS à transformer des céréales et à conditionner les légumes secs (demi-gros et détail). L'activité de transformation par les CCLS pourrait se faire en s'équipant de matériel neuf ou en rachetant des moulins privés, actuellement en surcapacité, ou en collaborant avec eux.

-autoriser les CCLS à passer des accords avec les moulins privés afin d'utiliser leurs installations. Pour cela, définir la legislation adéquate.

 

Instituts techniques, participation financières des firmes d'amont et d'aval

Afin de leur donner plus de moyens matériels, humains et financiers, les instituts techniques dépendant du MADR devraient s'ouvrir à l'amont, à l'aval et aux agriculteurs.

Des partenariats sont possibles. En effet, plusieurs sociétés développent des initiatives originales. Exemples:

-promotion des analyses d'azote du sol pour affiner les apports d'engrais aztés (Syngenta Saba Plus),

-encouragement de la production de semences de vesce3 par Axium Spa à Constantine,

-construction de pivots rotatifs par des artisans soudeurs à El Oued.

 

Propositions :

-intégrer dans leur conseil scientifique ou conseil d'administration des représentants des firmes d'amont et d'aval de la filière céréales ainsi que des représentants des céréaliers.

-accompagner cette participation d'une contribution financière au budget des instituts,

-dissoudre l'INVA et ré-affecter ses moyens matériels aux autres instituts techniques,

-utiliser les postes budgétaires de l'INVA pour doter des associations de céréaliers en moyens humains.

Chambres d'Agriculture, attribution d'une partie des impôts fonciers

Les Chambres d'Agriculture (CA) devraient recevoir une partie des sommes provenant des impôts fonciers prélevés sur le monde agricole, rural et urbain.

-doter les CA de délégations de daïra composées d'équipes de 2 à 3 techniciens recrutés par les adhérents paysans de la CA.

 

Coopération internationale, bénéficier du savoir-faire étranger

Il ne faut pas se voiler la face. De nombreux cadres des services agricoles sont restés dans des schémas techniques datant des années 60. La formation passée et actuelle de techniciens et ingénieurs agronomes reste coupée des avancées techniques mais surtout organisationnel existant à l'étranger. Une mise à jour des connaissances est indispensable. Or, dans le domaine de la céréaliculture en zone semi-aride plusieurs organismes (CIHEAM, ICARDA, FERT) possèdent une réelle expérience.

 

En Syrie, de 2005 à 2011, l'ICARDA a beaucoup travaillé sur l'agriculture de conservation et notamment a impulsé la fabrication de semoirs low-cost par des artisans locaux. Quant à FERT, ses réalisations en Tunisie sont exceptionnelles : promotion du semis direct de céréales sous couvert de luzerne, mise au point de mélanges fourragers (méteil) à base d'espèces fourragères locales, réalisation de témoignages vidéo en langue arabe.

 

Propositions :

-inviter les experts Australiens ayant travaillé auprès de l'ICARDA afin de stimuler la production locale de semoirs pour semis direct par des entreprises et artisans locaux (les besoins en semoirs sont immenses),

-créer autour de ces experts internationaux et des experts locaux un cluster machinisme dans le but de regrouper les intervenants de la filière afin d'améliorer le matériel spécifique aux céréales (semoirs, bineuses, herses, houes rotatives, moissonneuses-batteuses, ... etc),

-développer une coopération active avec FERT et les services agricoles Tunisiens impliqués dans l'agriculture de conservation,

-donner, à qualité équivalente, la priorité à la production locale de petit matériel de manutention des céréales (tapis roulants, vis sans fin, ...). Entreprises concernées (BEKAI, ...),

-stimuler la production nationale de cellules métaliques pour stockage des céréales (entreprises concernées DJOUDI Métal, ...)

 

DU POINT DE VUE JURIDIQUE ET ORGANISATIONNEL

 

 

Actuellement, comme le note l'agro-économiste Omar BESSAOUD, c'est un véritable vide juridique qui entoure les exploitations4. Dans de telles conditions, des céréaliers sans terre se voient exclus des aides publiques et cantonnés dans l'informel.

Concernant les coopératives de service et de collecte des céréales, de nouveaux droits devraient leur être octroyés afin de susciter plus d'intérêt de la part des céréaliers.

Concernant les chambres d'agriculture, un premier bilan d'étape mérite d'être établi afin de renforcer la représentativité des agriculteurs.

 

Foncier, officialiser la location des terres agricoles

L'existence d'un marché de la location des terres agricoles est normal. Rappelons qu'en France plus de 60% des superficies cultivées n'appartiennent pas aux agriculteurs mais sont louées. Les pouvoirs publics ne doivent donc pas criminaliser ce genre de pratiques mais les encadrer comme cela se fait à l'étranger.

 

Propositions :

-promulguer une loi sur le fermage.

-installer pour chaque zone agro-climatique, des commissions mixtes définissent annuellement les tarifs de location des terres.

 

Statut des exploitations : éviter le morcellement

Au niveau de certaines exploitations familiales, il arrive que le travail des terres soit confié à un seul membre de la famille. Il s'agit donc de légaliser ce genre de situation qui permet d'éviter le morcellement des exploitations.

 

Propositions :

-développer des formes juridiques telles les sociétés civiles d'exploitation agricole (SCEA).

-assurer un cadre juridique afin que les co-indivisaires puissent être rémunérés légalement.

 

Coopératives paysannes, offrir des avantages fiscaux et de nouveaux droits

En Algérie, il n'existe pas de véritables coopératives paysannes. Les CCLS usurpent cette dénomination. Elles ne sont que des dépôts décentralisés de l'OAIC dont le directeur local est flanqué d'un conseil de gestion élu mais sans aucune prérogative.

Il s'agit de maintenir le monopole d'Etat sur le commerce du blé mais aussi, sur le long terme, de faire évoluer les CCLS en de véritables coopératives céréalières tel que le défini le statut internationnal de la coopération.

Les CCLS doivent être le lieu de formation de leaders paysans à même de s'affranchir à terme de la tutelle de l'administration.

A travers l'activité de leurs technico-commerciaux, les CCLS doivent montrer ce que pourraient être, à l'avenir, de véritables coopératives céréalières de collecte et d'approvisionnement.

 

Propositions :

-envoyer à l'étranger des missions d'études pour étudier le fonctionnement de coopératives céréalières de collecte et d'approvisionnement,

-laisser de façon générale plus de place à l'initiative paysanne dans la gestion des CCLS (exemple dans la planification des travaux des unités motoculture des CCLS),

-attribuer aux technico-commerciaux des CCLS des zones régionales précises (secteur),

-rémunérer les technico-commerciaux des CCLS au volume d'engrais et de produits phyto-sanitaires vendus dans leur secteur,

-rémunérer les technico-commerciaux des CCLS aux volumes de céréales collectées sur leur secteur.

 

Coopératives paysannes, offrir des avantages fiscaux et de nouveaux droits

Il s'agit d'encourager les céréaliers à investir dans la création de coopératives paysannes de collecte des céréales, d'approvisionnement (vente d'intrants agricoles). Ces coopératives existeraient aux côtés des CCLS et possèderaient une totale autonomie de gestion. Elles seraient organisées selon le statut intérnational des coopératives agricoles.

 

Propositions :

-promulguer ou dépoussiérer la legislation actuelle afin de développer aux côtés des CCLS, des coopératives selon le statut international de la coopération (part sociale, un adhérant pour une voix, recrutement du directeur par les adhérents). Ces coopératives concerneraient la collecte, les approvisionnements et la transformation.

-encourager, à travers le maintien et le renforcement d'avantages fiscaux et financiers, la création de Coopératives d'Utilisation du Matériel Agricole (CUMA) et de Cercles d'Echange de matériel.

 

Négoce des céréales

Une éventuelle adhésion de l'Algérie à l'OMC obligerait à revoir le monopole d'Etat sur les céréales. Comme au Maroc, une telle adhésion devrait se traduire par la disparition de l'OAIC. Dans une telle optique, comment se préparer?

-envisager l'achat direct de blé local par les moulins privés et publics, cela par l'attribution de quota sous forme d'enveloppes financières assurant la compensation entre prix à la production et prix de vente à la consommation.

 

 

Chambre d'agriculture, pour plus de représentativité

L'agro-économiste Omar BESSAOUD5 porte un regard sévère sur le mode de fonctionnement des chambres d'agriculture: « Les Associations professionnelles agricoles sont créées dans le cadre de la loi sur les associations (quel que soit leur type). Elles étaient quasiment inexistantes avant les années 1990, mises à part deux ou trois s’occupant de l’élevage. En 1999, on compte, d’après les services du ministère de l’Agriculture, environ 1 300 associations regroupant 112 000 adhérents, toutes ayant été créées dans le cadre de la loi 90-31 sur les associations de 1990 (qui ne soumet plus à autorisation politique la création d’associations de citoyens). Les associations de wilaya, nationales et régionales, ont pratiquement toutes été créées à l’instigation de l’administration agricole qui en avait besoin pour mener à bien la mise en place des Chambres d’agriculture de wilaya et nationale. »

 

Propositions :

-baser les élections non plus par rapport aux associations professionnelles, mais sur la base des adhérents selon la formule : « une personne, une voix »,

-décider que le secrétaire de chambre d'agriculture soit recruté par les adhérents et non plus nommé par le MADR.

 

Grainetiers, partenaires des céréaliers

Comme déjà souligné, les céréaliers font de plus en plus appel aux « grainetiers » encore appelés « négoce » ou secteur de l'« agro-fourniture » à l'étranger. A côté des filiales de grands groupes étrangers spécialisés dans les produits phytosanitaires (Syngenta, Bayer... etc) ou les fertilisants (Timac, …) existe différents établissements à capitaux nationaux et de plus ou moins grande taille (ProFert, détaillants locaux…).

 

Dans le cadre d'une étude sur la plasticulture dans le Sud, l'agro-économiste Ali DAOUDI note l'apport technique mais aussi financier de cette corporation aux exploitations. Dans le domaine céréalier, concernant les produits phytosanitaires et les engrais l'apport technique de l'agro-fourniture est indéniable. Grâce aux spécialistes travaillant dans les maisons mères de ces sociétés, les agriculteurs Algériens sont en mesure de bénéficier de techniques nouvelles que les Instituts Techniques et la Recherche Agronomique locale sont encore incapables d'apporter.

 

Propositions:

-assurer l'organisation de la corporation de l'agro-fourniture afin que les pouvoirs publics aient des interlocuteurs identifiés et fiables,

-agir sur le secteur de l'agro-fourniture et des grainetiers à travers les outils que sont la TVA (suppression/augmentation) et la fiscalité,

-définir, un cahier des charges en matière de vulgarisation technique (reconnaissance du travail des agents technico-commerciaux, journées techniques, visite de parcelles, plate-forme de démonstration, …),

-définir les modalités d'un partenariat gagnant-gagnant entre agriculteurs et agro-fourniture. Exemples: possibilité d'aides financières aux agriculteurs (sous forme d'avance sur récolte) ou d'achats groupés par des agriculteurs afin de bénéficier de prix de gros (l'idée étant également de favoriser la coopération entre agriculteurs).

 

Pain, réduire le gaspillage

Les images de baguettes de pain jetées dans des poubelles constituent l'une des manifestations les plus visibles du gaspillage du pain en Algérie. Le climat sec ou humide sur le littoral ne garantit pas une qualité durable à la baguette de pain (baguette parisienne).

 

Les solutions sont multiples : assurer une « vérité des prix » du pain (en Egypte, grâce à une carte à puces, seuls les ménages à faibles revenus bénéficiient du soutien des prix), jouer sur les qualités boulangères des farines ou adopter des mesures de réutilisation du pain sec.

-étudier l'expérience égyptienne de cartes à puces pour les ménages à faible revenu,

-revoir à la hausse les paramètres technologiques des blés tendres importés,

-tester la vente au détail de pain sous forme de pâte fraîche levée ou congelée que les consommateurs pourraient cuire chez eux à leur guise et selon leurs besoins,

-développer des formes de ré-utilisation par les boulangers-patissiers et les ménages du pain sec non consommé (exemple sous forme de chapelure).

 

DU POINT DE VUE TECHNIQUE

 

 

Concernant les aspects techniques, il s'agit d'agir sur des points prioritaires. Contrairement aux régions d'Europe à climat tempéré qui peuvent pratiquer des semis d'automne ou de printemps, dans le cas algérien toutes les grandes cultures (céréales, fourrages, légumes secs, oléagineux) sont à implanter lors d'une seule période : l'automne. Cela engendre de fortes pointes de travail dans les exploitations qui ont de multiples conséquences négatives.

Par ailleurs, le contexte actuel est marqué par le réchauffement climatique. Il oblige à tenir compte des nouvelles façons de procéder afin de valoriser au mieux l'humidité du sol. Dans ce cadre là, l'agriculture de conservation trouve toute sa place, notamment en agriculture pluviale (terres non irriguées). Afin de maintenir le maximum d'humidité dans le sol, la lutte contre les mauvaises herbes constitue également une priorité.

 

Les propositions qui suivent seront à moduler selon les régions. Celles à haut potentiel pourraient se voir accorder une attention particulière afin que ces techniques soient le plus rapidement adaptées.

 

De par les moyens dont elles disposent, les CCLS méritent toute l'attention. Leur contribution actuelle à l'inovation agronomique concerne surtout les semences certifiées. Il s'agit de voir comment mieux utiliser leurs moyens afin de couvrir les autres aspects techniques: fertilisation et désherbage. Cependant, il ne faut pas oublier que quelque soit leur mérite et dévouement, les services administratifs des CCLS, comme ceux des DSA et des Instituts techniques dépendant du MADR ne peuvent en aucune manière remplacer

  • un corps de techniciens recrutés par des élus paysans des OPA,

  • les services technico-commerciaux des firmes d'amont et d'aval.

 

C'est à ces derniers que doit revenir à l'avenir l'animation de terrain.

 

Travail du sol : abandonner le labour

Le labour est une perte de temps et de carburant. Il est à l'origine de l'érosion des sols. Pourtant cette opération est ancrée chez les agriculteurs. Après les opérations de labour, les façons superficielles relatives à la préparation du lit de semences sont longues et souvent inadaptéess. D'où un retard des semis et également de faibles taux de germination-levée obligeant les agriculteurs à utiliser de plus fortes doses de semences.

Plus grave, en climat semi-aride comme les cultures semées au printemps sont rares, la majorité des semis se font à l'automne d'où des pointes de travail à l'origine de retards de semis. Or, le cycle de vie des céréales se trouve raccourcit et le rendement réduit d'autant. La priorité est donc d'arriver à semer à temps (octobre) et non plus jusqu'au mois de décembre.

 

Propositions :

-tirer un premier bilan de la pratique du semis direct (à Sétif notamment),

-remplacer le labour par le semis direct pour mieux valoriser l'humidité du sol,

-remplacer le labour par le semis direct pour multiplier par 6 la vitesse de réalisation des semis (les semis peuvent ainsi être réalisés avant décembre).

-équiper les unités motoculture des CCLS du semoir low-cost Boudour (produit par CMA-SOLA) afin de mieux vulgariser ce type de matériel.

-envisager les moyens afin de dynamiser les ventes du semoir Boudour (seuls 15 exemplaires construits à ce jour).

 

En zone steppique il existe des zones au sol assez profond pour pratiquer des cultures de céréales irriguées ou non. Des possibilités d'une céréaliculture extensive existent. Elle peut permettre la production

  • d'orge en grains,

  • d'orge en vert à l'automne (g'sill),

  • d'orge immature pâturée ou récoltée en début d'épiaison.

Mais il s'agit d'adopter les mesures agro-écologiques adaptées au milieu fragile de la steppe. Dans la mesure où l'aléas climatique rend plus aléatoire les récoltes en grains, il devient indispensable de réduire les coûts de production. Dans cette optique le semis-direct présente un fort intérêt et les récoltes pourraient être même envisagées en utilisant des moissonneuses-lieuses (spicadora) dont bon nombre fonctionnent encore.

 

Propositions:

-interdire les labours et travail au cover-crop,

-promouvoir le semis direct,

-poursuivre la politique initiée par le HCDS de construction de sed de dérivation dans le lit des oueds en utilisant les images satellitales afin de déterminer les meilleurs emplacements,

-construire des semoirs adaptés à l'irrigation de submersion (cas de l'irrigation liée au sed de dérivation) en utilisant la technique dite du "raised-bed" développée en Egypte par l'Icarda (voir fiche technique sur le site "Impact Sciences" de l'Icarda).

 

Travail du sol, transformer les semoirs conventionnels en semoirs pour semis direct

Le manque de semoirs pour semis direct est actuellement crucial. Selon l'expert australien Jack Desbiolles ayant testé sur le terrain le semoir conventionnel fabriqué à Sidi Bel-Abbès par CMA-SOLA, il est possible de transformer ce semoir conventionnel à dents en double spire en semoir pour semis direct. Cela est en effet possible dans le cas des sols meubles et non caillouteux en suivant les modalités suivantes.

 

Propositions:

  • enlever 4 des onze dents du semoirs,

  • espacer ces dents afin de réduire les forces s'exerçant sur le chassis du semoir et pour éviter tout bourrage avec les résidus de récolte,

  • remplacer l'actuelle pointe des dents par des dents plus étroiutes afin de renforcer la pénétration des dents dans le sol et afin de réduire les efforts de traction sur le tracteur,

  • renforcer si besoin l'armature du chassis du semoir,

     

Travail du sol, cas des 24 semoirs SD SOLA acquis par les CCLS

L'OAIC a acquis 24 semoirs à gros gabarit pour semis direct. Il s'agit de semoirs portés de marque SOLA. Le fait que ces semoirs soient portés exige d'utiliser des tracteurs de forte puissance. Par ailleurs, étrangement, le modèle de semoir importé ne comporte qu'une trémie à grains et pas de trémie à engrais. Or, les CCLS peuvent avoir un effet d'entrainement à propos du semis direct lorsque celui-ci est correctement réalisé (dépot de la semence et de l'engrais en même temps).

 

Propositions:

  • modifier ces semoirs pour leur adjoindre une trémie à engrais.

 

Désherbage : développer la lutte chimique et mécanique

En milieu semi-aride, les céréales poussent dans un contexte marqué par le manque d'eau. Assurer une lutte implacable contre la concurence exercée par les mauvaises herbes permet donc d' assurer une meilleure alimentation hydrique aux plantes. C'est l'un des principaux facteur limitant des cultures.

 

Propositions :

-favoriser le désherbage chimique en prenant les mesures adéquates permettant une plus grande disponibilité (quantités, prix) en désherbants chimiques et en matériel (pulvérisateurs, citernes d'eau).

-favoriser le désherbage mécanique en rendant disponible bineuses, herses étrilles et houes rotatives (cette démarche initialement propre à l'agriculture biologique européenne se développe aujourd'hui en agriculture conventionnelle).

-demander aux concessionnaires de faire connaître tout type de matériel de désherbage mécanique en important les outils adaptés.

-réduire temporairement les droits de douanes sur l'importation de bineuses, houes rotatives et herses étrilles.

-initier la construction locale de bineuses, houes rotatives et de herses étrilles par des artisans soudeurs6 et par le groupe PMAT.

-encourager la fabrication de ces engins en accordant une aide financière7 et matériel à tout constructeur local (ces engins, peu sophistiqués peuvent être aisément produit localement).

-envisager de recourir à la pulvérisation par avion.

 

Désherbage : développer la concertation avec les constructeurs et importateurs

L'industrie locale produit des pulvérisateurs et divers outils de désherbage dont des bineuses. Il s'agit de perfectionner le matériel existant (pulvérisateurs et bineuses) et de fabriquer les engins ayant fait leur preuve à l'étranger (herses étrilles, houes rotatives).

 

Propositions:

-réunir les fabriquants (petits et grands, public et privés) et chercheurs au niveau d'un cluster afin de construire bineuses, herses rotatives et herses étrilles mais également d'envisager une modernisation des modèles de pulvérisateurs construits localement par PMA.

 

Fertilisation : développer la localisation des engrais

En Algérie, les sols calcaires et secs réduisent l'absorption des engrais par les plantes (surtout dans le cas des engrais phosphatés). La solution passe donc par leur localisation au plus près des semences lors du semis. Par ailleurs, il semble que des intermédiaires spéculent sur le prix des engrais.

 

Propositions :

-vulgariser la technique de localisation des engrais au semis des céréales et des légumes secs. Et cela que ce soit par le biais de l'emploi de semoirs pour semis direct ou conventionnel.

-demander la possibilité de faire installer une deuxième trémie pour les engrais sur les modèles de semoirs conventionnels produits par l'entreprise CMA-SOLA à Sidi Bel-Abbès.

-demander de faire installer une deuxième trémie pour les engrais sur les modèles de semoirs conventionnels produits par des artisans soudeurs.

-équiper les semoirs conventionnels des unités motoculture des CCLS d'une deuxième trémie à engrais permettant de localiser les engrais et ainsi de contribuer à vulgariser ce type de matériel et de pratique.

 

Fertilisation azotée: développer l'analyse des reliquats azotés en sortie hiver

Dans le sol l'azote possède une dynamique particulière qui nécessite des analyses de sol en sortie hiver. Sinon, il est difficile d'adapter la dose d'azote aux caractéristiques des parcelles. Conséquences: moindres rendements et moindre qualité des grains (mitadinage et faible poids spécifique).

La situation sécuritaire oblige à l'utilisation d'urée à la place d'ammonitrate. Les exploitations se trouvent défavorisées du fait des pertes par volatilisation de l'urée apportée en couverture. Ces pertes sont accrues par temps de vent et par temps sec. Bon nombre de céréaliers se plaignent des coûts élevés des engrais azotés.

 

Propositions:

-demander aux propriétaires de moulins de réaliser les analyses de l'azote du sol,

-demander aux autres opérateurs locaux (Fertial, laboratoires privés et d'universités, ...) de réaliser les analyses de l'azote du sol,

-publier en temps réel, sur les sites internet des opérateurs locaux (DSA, chambres d'agriculture, ...) les résultats de ces analyses d'azote afin d'indiquer aux agriculteurs n'ayant pas effectué d'analyses la tendance annuelle,

-favoriser (par des outils à développer) les pratiques d'enfouissement de l'urée apporté en couverture afin de réduire les fortes pertes enregistrées par volatilisation.

 

Semences certifiées

Grâce à l'acquisition d'un matériel moderne et d'un réseau de multiplicateurs les CCLS usinent des lots conséquents de semences certifiées. A côté de de type de semences, il s'agit de favoriser l'amélioration qualitative des semences de ferme.

-favoriser par l'importation temporaire et l'encouragement de la production locale la disponibilité en tarare,

-favoriser par l'importation temporaire et l'encouragement de la production locale la disponibilité en engins de traitement des semences,

-reconnaître et encourager le tri et le traitement à façon des semences de ferme par des unités mobiles appartenant à de petits investisseurs privés (exemple Ansej).

 

Rotations des cultures, développer l'alternance

Du fait de la prime de 1000 da/ha, les surperficies de blé dur se sont considérablement développées depuis 2008. Ce retour fréquent de céréales à pailles sur les parcelles s'est accompagné d'une cohorte de ravageurs (petits rongeurs, parasites divers dont insectes et nématodes, mauvaises herbes). La lutte contre ces nuisances passe par un allongement des rotations. Dans ce cadre là, selon les étages bio-climatiques, les cultures industrielles et fourragères ont toute leur place.

-obliger les raffineurs d'huile et de sucre importés à développer par contractualisation des cultures industrielles locales,

-obliger les producteurs locaux d'aliments du bétail à développer par contractualisation les cultures permettant un remplacement partiel du maïs et soja importé. Il s'agit de l'orge, triticale, féverole, colza...

 

Afin de tenir compte de l'élevage ovin souvent associé à la céréaliculture, il est indispensable d'utiliser les techniques permettant d'améliorer l'offre fourragère: cultures associées, méteil, sursemis des jachères pâturées.

-vulgariser la culture associée de céréales et de luzerne (variété africaine) développée en Tunisie par l'ONG française FERT (l'optimum de croissance de chacune des cultures étant décalé, il est possible de les cultiver en même temps sur la même parcelle),

-vulgariser la culture de mélanges fourragers (méteil) comportant orge, vesce, sulla et fenugrec développée en Tunisie par l'ONG française FERT,

-vulgariser les techniques de "sursemis" consistant à semer sans labour et à moindre coût les jachères pâturées avec des espèces fourragères plus productives que la flore spontannée,

-assurer la production de semences nécessaire afin de permettre de cultiver des mélanges tels pois-triticale mais aussi méteil ou le traditionnel mélange vesce-avoine.

 

Obtention de références techniques

Il est illusoire de faire progresser à la même vitesse l'ensemble des céréaliers. Mais les innovations peuvent se répandre à la faveur d'agriculteurs leaders.

Dans cette optique, il est impératif d'acquérir des références techniques locales. Cela peut se faire par l'édition de "carnets de champs" permettant de noter l'itinéraire technique de leurs parcelles. Un technicien local peut alors récupérer le maximum de données et les rentrées sur un tableur afin de comprendre quel a été l'itinéraire technique des meilleures parcelles.

 

Propositions

- faire éditer par l'ITGC, les DSA ou les CCLS des carnets de champs (ils pourront être sponsorisés par des firmes de l'agro-fourniture).

 

Mise en oeuvre des aspects techniques, aspects généraux

La mise en oeuvre des aspects techniques ne peut être confiée aux DSA ou stations de l'ITGC mais à des techniciens recrutés (pour des contrats de 2 à 3 ans renouvelables) par:

  • les élus paysans d'associations professionnelles locales,

  • les élus paysans de Chambre d'Agriculture,

  • les élus paysans de coopératives céréalières,

  • les services techniques des moulins privés (voir le cas de Groupe Benamor).

 

Des contrats courts permettront de ne conserver que les techniciens les plus motivés par l'animation de terrain. Leur recrutement et financement par leur employeur paysan permettra

  • d'exiger une obligation de résultats,

  • d'éviter le sempiternel problème de la voiture de fonction en leur demandant d'utiliser leur véhicule personnel en se faisant rembourser les frais kilométriques suite à leurs déplacement dûment justifiés.

Si les références techniques de base sont fournies par les stations de l'ITGC et par l'INRAA, les références techniques locales ne peuvent que provenir de pratiques novatrices paysannes et d'essais locaux de techniciens de terrain motivés travaillant sur des parcelles d'agriculteurs.

 

Mise en oeuvre des aspects techniques, cas particulier des moulins et unités d'aliments du bétail

Ce sont les pouvoirs publics qui

  • dotent les moulins et unités d'aliments de bétail de quotas de matières premières importées,

  • assurent à ces investisseurs privés l'exclusivité sur un marché protégé par de fortes barrières douanières,

  • privilégient le secteur de l'agro-transformation privée au dépend du secteur coopératif (voir la puissance des coopératives paysannes en France, Pays-Bas, Irlande ou Nouvelle-Zélande).

 

Aussi, la puissance public est en mesure d'exiger, en échange, plus de patriotisme économique. Cela, à travers la mise sur pied de services techniques d'appui à la production afin d'encourager la production de matières premières locales.

 

Dans ce cadre là, ce secteur de l'agro-transformation doit être en mesure de déployer les efforts nécessaires de vulgarisation. En s'appuyant sur des techniques de management moderne et d'intéressement des technico-commerciaux, cette action d'animation de terrain présente une efficacité bien supérieure à celle que les services agricoles peuvent offrir.

 

DU POINT DE VUE FISCAL

 

 

 

Un impôt pour les terres en jachère

Actuellement, une proportion non négligeable de surfaces agricoles ne sont pas emblavées (jachère). Les causes sont diverses. La mise en œuvre d'un impôt agricole au prorata de la superficie des exploitations agricoles pourrait pousser propriétaires et fermiers à les travailler ou les louer.

Par ailleurs, il s'agit de permettre à ces exploitants de s'affranchir du labour. Cela, par une meilleure disponibilité en semoirs pour semis direct. Ils permettent de réduire les coûts de mécanisation et donc les besoins de financement des exploitants. Plus de surfaces pourraient donc être emblavées chaque année en céréales. Ce phénomène d'augmentation des surfaces emblavées a été observé en Espagne avec l'introduction du semis direct.

 

Propositions :

-imposer fiscalement les terres laissées en jachère,

-alléger le coût de l'implantation des céréales pour les petites exploitations ne disposant pas de leur propre matériel, en renforçant le service motoculture des CCLS,

-alléger le coût de l'implantation des céréales pour les petites exploitations ne disposant pas de leur propre matériel, en assurant une plus large disponibilité en semoirs pour semis direct.

 

 

2 . Des propositions destinées aux céréaliers, cadres de terrains et élites rurales.

 

Il s'agit là d'actions à entreprendre en dehors des cadres administratifs habituels. Des initiatives doivent être prises par les céréaliers, les membres de la filière et les élites rurales. Il ne faut plus se contenter dans un attentisme.

 

JURIDIQUEMENT

Le vide juridique qui entoure actuellement les exploitations ne pourra être comblé au plus vite que par des pressions venues des premiers concernés.

 

Fermage : définir des barèmes de location des terres pr chaque wilaya

Face à l'immobilisme des pouvoirs publics concernant le fermage, c'est aux acteurs de terrain de préparer les conditions à la venue de ce statut. Cela peut commencer par la création de commissions locales de fermage au sein de l'UNPA, Chambre d'Agriculture ou associations professionnelles définissant les barèmes de location des terres à céréales. Selon la fertilité des sols des différentes zones dans une wilaya, peuvent être définis des montants de location ; exemple : 4 quintaux de blé par hectare loué et par année.

 

Fermage : définir les fondements du fermage

Les commissions définissant le barème de location des terres agricoles, ou tout autre collectif paysan ou rural pourraient élaborer ce que devrait être la loi sur le fermage. A partir des traditions locales et au regard de considérations juridiques il s'agit de fixer les modalités du bail pour la terre et les bâtiments.

 

 

 

ECONOMIQUEMENT

 

Exploitations : développer des moulins paysans

 

Etant donnée la rentabilité de la transformation du blé, les céréaliers ont avantage à s'intéresser à ce type d'activité. Cependant, rien n'est prévu afin qu'ils reçoivent les mêmes compensations financières que les moulins privés. Aussi, pour le céréalier, se lancer dans la transformation tout en étant concurrentiel passe par la réduction de ses coûts de production et par la recherche de niches : farine et semoule bio et/ou complète, fabrication artisanale de couscous ou de pâtes alimentaires. Loin d'être une vue de l'esprit, ce type de démarche est indispensable afin d'arracher des concessions aux pouvoirs publics qui ne privilégient actuellement que les transformateurs.

 

1On lira à ce propos l'analyse de l'agronome Denis Pommier qui a longtemps travaillé en Tunisie dans le cadre de la coopération avec l'UE.

2Denic Pommier

3Cette production de semences de vesce est originale; elle utilise la féverolle comme tuteur.

4Consulter à ce propos le travail du Pr Omar BESSAOUD.

5 Loi n° 90-31 du 4-12-90 relative aux associations. ÉCONOMIE RURALE 303-304-305/JANVIER-MAI 2008.

6Ce type de matériel peut également intéresser les producteurs de cultures maraîchères.

7On peut penser à des exonérations fiscales et ou baisse de TVA.

 

ALGERIE, HOLD-UP SUR LE FONCIER

Nous proposons à nos lecteurs un article édifiant sur le hold-up des terres arch en Algérie. Cet article documenté est de l'économiste Omar Bessaoud, notamment spécialiste du droit foncier. Il nous semble que le Hirak doit avoir un prolongement dans le domaine agricole. Il faut s'opposer à la dépossession de la terre arch des petits agriculteurs. En effet, les rapaces qui veulent s'accaparer cette terre vont aussi s'accaparer comme en Andalousie d'un droit de pompage de l'eau dans les nappes phréatiques. Cela demande vigilance de chacun. Djamel BELAID.

ps: merci de la confiance des lecteurs. Le compteur indique à ce jour le chiffre de 1,2 millions connexions. Les contributions patriotes de chacun pour développer une agriculture durable, qui réduit la dépendance alimentaire et qui crée des emplois sont les bienvenues.

 

Economie politique du pillage du foncier agricole

Publié par LSA

le 19.06.2019 , 11h00

 

 

Par Omar Bessaoud, économiste

L’ex-wali d’El-Bayadh et l’Office national des terres agricoles (Onta) ont pris, tout récemment, la décision d’annuler une concession de terres accordée à Ali Haddad d’une superficie de 50 000 ha. Plus récemment, des citoyens de Blida ont dénoncé, auprès du wali, les attributions abusives de terres à des clients du régime et réclamé leur restitution. Les scandales liés au détournement du foncier ou d’attribution en violation des lois du pays révèlent à l’opinion publique l’une des sources d’enrichissement illégitime de nombreux affairistes et des appétits sans limite d’une classe de prédateurs aidés en cela par l’Etat makhzénien.

 

La liste des hommes d’affaires qui ont bénéficié des largesses des autorités et des institutions publiques (services agricoles, Onta) dans cette région du pays est longue, car de nombreuses mesures foncières ­— prises sous le prétexte de la réalisation de «projets structurants», selon l’expression du ministère de l’Agriculture — ont facilité ces quasi-acquisitions. Le projet de privatisation des terres arch est aujourd’hui estimé entre 2 et 2,5 millions d'hectares, et un groupe de travail a été mis en place l’automne 2018 avec le ministère de l'Intérieur pour enquêter sur les exploitants de ces terres, «afin de les sécuriser et doter ses occupants d’actes administratifs».

Pour n’évoquer que le cas de la wilaya d’El Bayadh, rappelons que plus de 360 000 ha de terres qui ont le statut de arch auraient été délimités pour être redistribués à des affairistes influents parmi lesquels — et la liste n’est pas exhaustive — le groupe de Abdelmalek Sahraoui (bénéficiaire de 18 000 ha), le fils Tahkout (à qui l’on vient de reprendre les 8 000 ha concédés), le groupe Lachheb (35 000 ha) et Sami Agli (actuel candidat à la présidence du FCE, concessionnaire de 5 000 ha)…

Le compromis historique, qui date de l’ère coloniale (sénatus-consulte de 1863), était que même si ces terres sont toujours classées dans le domaine de l’Etat, les droits historiques de possession sont exercés par les tribus locales, et la coutume en vigueur était que les attributions individuelles se réalisaient avec l’assentiment des représentants des communautés rurales locales.

Ces concessions à grande échelle aux milieux d’affaires nous rappellent celles que Napoléon III et le IIe Empire (1850-1870) avait accordées en 1865 à de riches entrepreneurs, aux banques et autres sociétés financières. Près de 350 000 ha avaient ainsi été distribués et livrés à la spéculation (concession de 25 000 ha à la société française de l’Habra et de La Macta, de 100 000 ha localisés pour l’essentiel dans l’est du pays, vastes concessions de terres du domaine de l’Etat à l’ouest…).

Les cas d’attribution de terres de l’Etat aux entrepreneurs nationaux que nous venons d’évoquer ne sont pas isolés. Tous les nouveaux riches (affairistes, commerçants, grands propriétaires, industriels, dignitaires et clients du système) se sont empressés, au cours de ces quatre dernières décennies, soit de racheter à des bénéficiaires, souvent démunis de moyens, les actifs fonciers attribués par l’Etat, soit ont bénéficié de concessions foncières du pays à la faveur des mesures foncières adoptées par les différents gouvernements depuis la présidence de Chadli… La réforme agricole de 1987 a été le prélude au détournement du foncier hérité de la colonisation : rappelons-nous la publication, en 1990, par El-Moudjahid, et ce, à l’initiative du gouvernement Hamrouche, des listes des attributions illégales de terres.

De très nombreux scandales ont, depuis, jalonné l’histoire foncière du pays. Rappelons, à titre d’exemple, les attributions d’assiettes foncières par les responsables élus du FIS en 1990 qui ont effacé du paysage agricole le périmètre irrigué du Hamiz, à l’est d’Alger.

L’histoire du foncier rural algérien est riche d’épisodes, où l’accumulation des richesses matérielles et l’accaparement des terres se sont réalisés dans un climat de violence politique et sociale extrême. C’est, par exemple, au cours des années 1990 que l’on a observé une accélération des processus d’accaparement des terres agricoles de l’Etat. La terre changera de main à la faveur de la décomposition des collectifs ouvriers, et toutes les réformes agricoles (loi 87/19 et la loi foncière 90/25 de décembre 1990 pour laquelle le FIS avait beaucoup milité) ont été favorables à l’émergence d’investisseurs privés mieux dotés en capitaux (monétaires, physiques ou sociaux) et bien mieux insérés aux marchés des produits agricoles (souvent spéculatifs) que la majorité des fellahs.

Les fortes pressions exercées par certains industriels, relayés par des réseaux politiques influents, ont souvent brisé les résistances des collectifs ouvriers des exploitations agricoles collectives et individuelles (EAC/EAI), disqualifiés par les banques dans l’accès aux crédits, les actes administratifs établis ne présentant pas une garantie suffisante.

De nombreux attributaires se sont vu ainsi proposer des millions (de 200 millions de centimes à 1 milliard) dans la Mitidja pour la cession des actifs fonciers qui leur avaient été attribués par l’Etat. Les quelques enquêtes instruites par les services de l’Etat, à l’instar de l’IGF (Inspection générale des finances), ou de la Cour des comptes ont attesté de ces pratiques totalement illégales. Nous citerons pour mémoire l’affaire du domaine Bouchaoui (que la presse avait évoquée en 2006), et où l’enquête de la Gendarmerie nationale décrivait les pratiques d’industriels puissants dans l’accaparement de parcelles agricoles d’EAC, en violation même des textes régissant la cession des droits d’exploitation des terres du domaine privé de l’Etat.

Un groupe immobilier, celui du richissime homme d’affaires libanais Hariri, s’était même porté candidat pour acquérir des terres agricoles de ce domaine dans le but de réaliser un projet immobilier ; on affectera ces terres à un projet national réalisé par le directeur de la Société d’investissement hôtelier (Club-des-Pins). Que reste-il aujourd’hui du domaine Bouchaoui, l’un des premiers domaines autogérés, créé sur les terres du colon Borgeaud, et qui fut un symbole de la colonisation des terres algériennes ?… Si le vent libérateur qui soufflait en 1962 avait permis aux ouvriers agricoles d’accomplir la tâche historique de transférer au jeune Etat national, en voie d’installation, les terres coloniales spoliées au peuple algérien et à la paysannerie, des vents contraires portés par le climat libéral des années 1990 aura eu raison de cette période. «Les capitalistes qui rôdent autour des agriculteurs ont déjà acheté locaux, étables et bâtisses en tous genres. Ils louent leurs terres à l’année et achètent à l’avance les productions. Ils sont largement entrés dans les territoires des exploitations de l’ancien domaine autogéré», témoignait un ouvrier agricole d’une EAC à un journaliste d’investigation… Le bilan de ces pratiques d’accaparement reste à établir : que sont devenus, par exemple, les actifs fonciers (ne parlons pas des actifs économiques) des centaines de coopératives communales de services, des offices nationaux (terrains et hangars des Offices des fruits et légumes, l’Office du matériel agricole… et des autres SAP) dissous, sans fondement juridique, et effacés définitivement du paysage agricole ? Quel bilan peut-on faire de toutes les mesures liées à l’accession de la propriété foncière agricole (APFA) qui date, faut-il le rappeler, de 1983 (il y a donc plus de 35 ans), et quels sont les résultats des grandes exploitations modèles créées à cette époque et équipées de forages, de pivots, très souvent soutenus à coups de subventions publiques, et qui nous promettaient un nouvel eldorado ?

La nation s’est-elle enrichie et a-t-elle gagné en termes de sécurité alimentaire, et la population achète-t-elle moins cher les fruits et légumes produits sur ces nouveaux périmètres ? Quels sont les groupes qui contrôlent aujourd’hui les actifs fonciers agricoles de l’Etat, plus de cinquante ans après la récupération des terres coloniales ?

Le bilan provisoire que l’on peut établir est que si l’offre agricole (de lait, de céréales, de fruits ou de légumes) est aujourd’hui plus abondante, cela résulte essentiellement du travail de centaines de milliers de producteurs agricoles familiaux de petite et moyenne échelle, et de l’effort de familles paysannes de toutes les régions du pays, qui ont su mobiliser leurs ressources et tirer profit d’investissements publics inédits dans l’histoire agricole du pays (dans le domaine de l’irrigation agricole et la mise en valeur des terres, de l’équipement en matériel, de l’approvisionnement en intrants agricoles, de l’encadrement technique…). Avec les multiples fonds créés dans le cadre du Programme national de développement agricole au début des années 2000, le secteur agricole a été, comme on le sait, l’un des premiers secteurs économiques à bénéficier des plans de relance de l’économie nationale — plus de 500 millions de dollars/an entre 2000 et 2007 et plus de 1,5 milliard de dollars/an sur la période quinquennale 2010-2014.

Les grands concessionnaires ont, quant à eux, été davantage intéressés par la rentabilité financière (qui est fondée sur l’intérêt privé et non sur l’intérêt général) d’une agriculture de mieux en mieux dotée en ressources (eau et terre, capital, matériel), et fortement motivés par la conquête des marchés (nationaux et étrangers) ; ils ont combiné, dans leurs stratégies d’expansion, mobilisation des fonds publics, fonds privés et fait valoir un partenariat technique étranger, qui s’est révélé très souvent défaillant. Comme l’évoquait la presse en novembre 2016, la concession agricole était devenue, «après l’importation, le commerce des grandes-surfaces, l’immobilier ou le BTP», le «nouveau business juteux des dirigeants algériens». Ils se sont portés candidats à la concession de terres dans le cadre de la mise en valeur mais aussi au partenariat public-privé qui a concerné, non seulement les terres des EAC, mais surtout aussi les terres des fermes-pilotes, terres qui sont, comme tout le monde le sait, les terres les mieux situées et les plus fertiles du pays.

Les principaux partenaires algériens identifiés dans le cadre de ce partenariat public-privé sont pour leur majorité des groupes de l’agroalimentaire (Sim de Blida, Sarl Hodna Lait, Cevi-Agro Alger, Laacheb de Blida, la Société Tifralait, le groupe Safruit…), ou des «professionnels» impliqués dans le développement de filières agricoles, des commerçants, des propriétaires de biens immobiliers ou des hommes politiques. Certains hommes d’affaires se sont même vu attribuer plusieurs fermes-pilotes (de 100 ha en irrigués dans la plaine de la Mitidja à près de 1000 ha dans d’autres régions agricoles du pays), en violation des règles et lois agricoles du pays.

L’on connaît le sort politique qui a été réservé à l’ancien Premier ministre Tebboune qui avait décidé en juin 2017 de remettre en question les décisions de l’ancien Premier ministre Sellal d’attribuer des terres de fermes-pilotes au profit de ces hommes d’affaires alliés du système, voire d’autoriser des sociétés étrangères à bénéficier de ce partenariat… A quoi donc aura servi la lutte engagée par le peuple algérien pour recouvrer sa souveraineté et récupérer, en 1962, des terres spoliées par le colonisateur pour les transférer, un demi-siècle plus tard, à d’autres «colonisateurs»?… L’accès à la rente foncière était ouvertement mise au service d’une rente politique, et l’on est loin ici des formes d’alliance politique avec la paysannerie que le mouvement national avait su tisser au cours de l’histoire récente pour libérer le pays de l’oppression et de l’exploitation coloniale.

Le partenariat public-privé et l’attribution de grandes concessions aux investisseurs privés ont donc été autant de mécanismes qui ont contribué à transformer les conditions d’accès à la terre ; ils sont à l’origine d’un ordre foncier qui a été mis au service de groupes qui ne sont pas des «gens de terre» (pour reprendre une expression de Jacques Berque), et donc est non seulement injuste socialement, mais aussi inefficace sur le plan économique.

Face aux changements climatiques qui se profilent, cet ordre foncier menace, par ailleurs, gravement des ressources naturelles, objet aujourd’hui d’une exploitation minière, car, comme dans tous les secteurs où l’Etat cède des actifs naturels ou distribue généreusement des soutiens financiers, aucun instrument ne permet de contrôler efficacement l’usage réel qui est fait des communs ou des ressources foncières partagées.

Le mouvement en cours dans notre pays et la dénonciation de la corruption et du pillage de nos ressources qu’il développe («klitou lebled ya serraqine») concernent aussi la terre et l’eau qui sont des patrimoines naturels que la nation partage.

La question de la préservation de ces ressources naturelles est d’une importance vitale pour l’avenir du pays (ses sécurité et souveraineté alimentaires, l’emploi, le développement des territoires ruraux…). Il est temps de mettre fin à ce pillage, à la dégradation de nos ressources, et de renouer avec les aspirations historiques d’un peuple qui a libéré le pays du système colonial, et qui exprime aujourd’hui sa fidélité à nos martyrs, peuple qui s’est mobilisé pour garder le contrôle des terres des colons après l’indépendance.

Le message profond que le mouvement en cours nous invite à entendre est que ces terres algériennes spoliées par le système colonial ne doivent aucunement être de nouveau confisquées par un système politique et économique fondé, lui également, à la fois sur l’appropriation individuelle et à grande échelle des terres qui appartiennent à la nation entière, sur la confiscation des droits historiques des communautés rurales du pays et sur l’exploitation du travail paysan.

O. B.

 

 

MINISTERE DE L'AGRICULTURE

CHERIF OMARI, UN MINISTRE QUI FAIT LE JOB.

 

Djamel BELAID 26 juin 2019

 

Depuis sa nomination comme ministre de l'agriculture, Mr Chérif OMARI est sur tous les fronts: là il récompense des producteurs d'huile d'olives, ailleurs il inspecte sur le terrain le dispositif de réception des céréales. Pour faciliter les livraisons de céréales, cet ancien universitaire a annoncé que la seule possession d'une carte d'identité pouvait suffire pour livrer son orge au niveau des CCLS. Mieux, il a annoncé pour septembre la tenue d'une conférence sur la production des céréales où tous les membres de la filière seraient invités et toute proposition écoutée. La question qu'on est en droit de se poser concerne la liberté de manoeuvre dont dispose le ministre.

 

CHERIF OMARI, UN LANGAGE NOUVEAU

Depuis sa nommination, Mr OMARI nous a habitué à un langage nouveau. A propos du sempiternel débat sur les statistiques agricoles, récemment, il n'a pas hésité à adresser ce message aux directeurs départementaux de l'agriculture: adressez nous vos chiffres, qu'ils soient bons ou mauvais (voir notre article sur ce sujet).

Puis toujours lors de la même réunion, il n'a pas hésité a tancé les cadres départementaux à propos des dossiers d'agrément de coopératives. Il avait reproché les batons mis dans les roues de la part de l'administration agricole, lançant "le bon cadre, c'est celui qui en fin de journée a contribué à faire avancer des dossiers et non pas celui qui l'a passé à en refuser" (voir la déclaration précise sur le site du MADR).

Enfin, il a indiqué que "notre agenda n'était pas politique, mais était l'agenda de l'auto-suffisance alimentaire" citant en exemple la contrariété que lui occasionnait la vue de bateaux déchargeant des conteneurs dans le port d'Alger". S'écriant alors: "notre ennemi, c'est le conteneur".

De telles déclarations très iconoclastes et donc en totale rupture avec le ronronnement des précédents ministres peut étonner. Est-ce des slogans si souvent entendus ou bien s'agit-il d'une nouvelle politique en réponse au tsunami politique que constitue le Hirak?

 

CHERIF OMARI, COMBIEN DE DIVISIONS?

Différents indices indiquent semblent confirmer l'idée d'une assez grande liberté de manoeuvre dont disposerait le ministre. Le ton et l'assurance affichée montrent que le ministre a reçu, de la part de ses supérieurs ou directement de la part de Mr GAÏD SALAH, l'objectif d'accélérer le redressement du secteur agricole.

 

Lors de ses visites de terrain et lors de réunions au sein de son ministère, Mr OMARI a multiplié les interventions. Celles-ci ont été largement diffusées par le service de presse du MADR. Nous en retiendrons quelques unes.

A propos de la réception des céréales au niveau des CCLS, Mr OMARI a déclaré que dorénavant les silos seraient ouverts de la levée du jour à la tombée de la nuit1 et même plus si cela était nécessaire. Il a fait ces déclarations en présence de Mr Mohamed BELABDI, DG de l'OAIC. A priori, c'est à ce dernier que revenait le rôle de faire de telles annonces2. A une autre occasion, il a ajouté qu'à l'avenir il suffisait de la seule présentation d'une carte d'identité pour livrer sa récolte d'orge au niveau des CCLS. Là aussi, une telle déclaration revenanit à Mr BELABDI.

Lorsqu'on connaît le zèle de chaque administration à défendre son pré-carré, le fait que Mr OMARI empiète sur les prérogatives de l'OAIC est un signe clair de son poids politique.

 

Un autre signe qui ne trompe pas consiste en l'annonce pour septembre d'une conférence sur l'intensification de la production des céréales. Mr OMARI a déclaré qu'elle serait largement ouverte à tous les opérateurs de la filière et qu'il souhaitait qu'à l'occasion un choc de rupture permette de donner une nouvelle dynamique à ce secteur.

 

CEREALES, PLUS QUE DES MESURETTES

L'assurance que met Mr OMARI dans ses déclarations, montre clairement qu'il a reçu des consignes venant de haut lieu. Il faut dire que la situation est dramatique. Dans un contexte de baisse des rentrées liées aux hydrocarbures, les importations annuelles de céréales tournent autour de 2 milliards $. Or, relancer le secteur céréalier ne peut plus se faire à coups de subventions comme lors de ces dernières années. Certes, Mr OMARI a récemment abordé la revalorisation des prix à la production des céréales, mais il les a lié à la nécessaire ré-indexation des barèmes d'agréage. On peut donc penser que cette ré-indexation concernera principalement les céréaliers s'inscrivant dans une démarche de qualité. Ce qui est loin de représenter la majorité de la profession.

 

Aujourd’hui, ce qui bloque la production céréalière peut être résolu autrement que par la manne financière publique. Les pouvoirs venant d'indiquer qu'ils renonçaient à la planche à billets, on peut penser que c'est la voie de la rationalisation de la filière céréales qui a été choisie. Et justement en la matière, les stratégies à déployer ne manquent pas. Il suffit pour cela de lire des agro-économistes Omar BESSAOUD de l'Académie de l'Agriculture de France ou Ali DAOUDI de l'ENSA d'El Harrach.

 

FERMAGE ET CONTRACTUALISATION

Le premier déplore le manque d'un statut du fermage qui pourrait sortir de l'informel bon nombre de céréaliers. Dans un pays qui compte une très grande majorité de petites exploitations de 5 à 10 hectares – il faut tenir compte du démantellement des domaines auto-gérés et des coopératives datant des années 70 – il est illusoire de penser que ce sont les petits propriétaires fonciers qui travaillent leur terre. Celle-ci sont souvent louées à des éleveurs de moutons ou à des céréaliers sans terre et donc sans carte de fellah. C'est à dire à des céréaliers ne bénéficiant pas de l'aide publique. Comment donc leur demander d'intensifier leur production dans ces conditions: absence de prêts de campagne, absence de vision à long terme pour investir dans du matériel performant permettant de parer à l'aléas climatique?

Par ailleurs, plusieur fois Mr BESSAOUD a soulevé le risque de morcellement des terres agricoles en l'absence de textes juridique permettant la création de nouvelles formes d'exploitation des terres telles des sociétés civiles d'exploitation agricole (SCEA).

 

Le second possède une réelle expertise en matière de contractualisation agricole. Il a ainsi dirigé des études sur deux filières pionnières en matière de contractualisation: les filières lait et tomate industrielle. Mr DAOUDI serait tout en mesure de proposer aux pouvoirs publics des dispositifs afin de développer la contractualisation dans le dommaine des céréales et des aliments du bétail (les deux étant liés du fait du principe des rotations sur les parcelles agricoles). Si dans les deux cas étudiés, ce sont les fortes subventions agricoles qui avait dopé ces deux filière, cet économiste avait clairement indiqué qu'il pouvait y avoir d'autres façons de procéder en faisant moins appel au budget publique.

 

Or, dans le domaine des céréales et de l'aliment du bétail, il devrait être possible de demander aux transformateurs de mettre sur pied des réseaux d'appui technique aux céréaliers. Déjà quelques initiatives se font jour. C'est le cas avec le groupe Benamor de Guelma et de Smid Tell à Sétif. Mais développer la contractualisation en matière de céréales implique d'assurer que les moulins privés ou publics puissent devenir des organismes collecteurs. Or, dans un pays où le blé est l'aliment de base, le commerce de cette céréale a toujours été un monopole d'Etat. La solution pourrait passer par l'attribution de quotas provisoires de collecte aux moulins publics et privés.

1A ce propos une telle déclaration semblerait totalement incongrue en France ou dans d'autres pays développés. En effet, dans les pays où l'agriculture est développée, ce n'est pas l'administration qui gère les horaires des agriculteurs, mais les agriculteurs eux-mêmes organisés en coopératives de service qui fixent ce genre de menue décision au personnel qu'ils recrutent. Cette anecdaote très révélative de la situation montre combien en Algérie le chemin à parcourir est long afin d'arriver à une politique agricole efficiente.

2A noter que de telles horaires étaient déjà apparues il y a quelques années dans des comptes-rendus rendus publics par la presse.

 

GERER L'APRES BOUTEFLIKA

20 MESURES URGENTES POUR AUGMENTER LA PRODUCTION LOCALE DE BLE

 

Djamel BELAID. Le 21 mars 2019*

(document de travail en cours d'élaboration)

 

Ce document liste des propositions pour les pouvoirs publics qui succéderont au président Bouteflika. Mais ces propositions concernent également céréaliers, cadres de terrains et élites rurales. En effet, nous pensons que la participation de tous est nécessaire à la poursuite du renouveau agricole qui se manifeste ces dernières années. Et en particuliers les agriculteurs, trop longtemps cantonnés en Algérie dans un rôle subalterne vis à vis de l'administration agricole. Il n'existe aucun organisme agricole où ce sont des agriculteurs qui gèrent un budget et recrutent des techniciens. En Algérie, le paritarisme en matière agricole est pratiquement inexistant.

Cette façon de voir est prégnante à tous les niveaux de l'encadrement agricole. Il s'agit d'en être conscient et de s'en méfier. C'est l'agriculteur qui est le maître du développement agricole, les pouvoirs publics n'ayant que pour rôle de mettre à leur disposition les outils les plus adaptés1.

 

Ces propositions visent avant tout à :

-rendre plus attractive la production de céréales à travers une meilleure répartition de la valeur ajoutée liée à la transformation des grains,

-créer un cadre légal à l'informel agricole à travers la mise sur place d'un statut du fermage,

-revisiter les pratiques du dry-farming à la lumière du progrès agronomique (semis direct),

-envisager un plan d'ensemble en abordant les aspects technico-économiques mais également juridiques et fiscaux,

-confier plus de responsabilités aux agriculteurs céréaliers.

 

 

 

 

1 . Des propositions destinées aux pouvoirs publics.

 

DU POINT DE VUE ECONOMIQUE

 

 

Augmenter les surfaces emblavées en céréales

De nombreuses terres ne sont pas emblavées de céréales. Elles restent en jachère. Les causes d'une telle situation sont diverses. Afin de pousser les agriculteurs à emblaver ces terres, il serait possible d'envisager un impôt agricole calculé à l'hectare.

 

Un autre moyen est de proposer une prime ayant un effet symbolique (seuil à définir) sur les terres consacrées aux surfaces autres que les céréales et les fourrages récoltés c'est à dire les légumes secs et les mélanges fourragers pâturés.

Ce genre de mesures nécessitent des moyens humains de contrôle. Aussi, elles pourraient être mise en œuvre qu'au niveau des régions céréalières à fort potentiel.

 

Des outils tel le GPS et la cartographie aérienne permettent aujourd'hui de contrôler la nature des cultures en place au niveau des exploitations.

 

Propositions :

-Maintenir, voire augmenter l'attractivité financière des légumes secs.

-Rendre éligible à une prime les terres anciennement en jachères pâturées et aujourd'hui semées de mélanges fourragers (méteil).

 

Financement des activités agricoles, soliciter les grainetiers et les moulins

Des études sur la plasticulture dans le sud montrent la place grandissante des grainetiers dans le financement des activité agricoles. La même démarche a également été observée avec de laiteries. Il s'agit d'étudier dans quelle mesure les grainetiers pourraient être sollicités afin d'encourager le financement de la culture des céréales.

 

Propositions :

-Favoriser la création d'une représentation nationale de la corporation des grainetiers,

-Encourager les grainetiers à pratiquer des prix de gros aux céréaliers réalisant des commandes groupées d'engrais et de produits phytosanitaires.

 

Financement des activités agricoles, créer une banque agricole

Selon certains spécialistes une des cause du retard en matière de développement agricole vient du fait qu'il n'existe pas de banque appartenant aux agriculteurs. Une telle structure pourrait drainer les liquidités du monde agricole. Et qui mieux que l'expertise d'agriculteurs afin de juger de la solidité de projets.

 

Propositions :

-Créer les prémisses d'une banque des agriculteurs.

 

Financement de l'appui technique de terrain

Les CCLS prélèvent sur chaque quintal de blé livré une taxe servant à financer des opérations d'appui technique à la production. Les sommes collectées seraient actuellement reversées à la Chambre nationale de l'Agriculture.

Chaque quintal de céréales transformés par les moulins devrait faire l'objet d'une taxe servant à financer l'appui technique de terrain.

 

Propositions :

-assurer une transparence des taxes prélevées pour l'appui technique à la production,

-laisser gérer les agriculteurs eux mêms le montant des taxes prélevées pour l'appui technique à la production,

-utiliser les fonds issus des taxes prélevées pour permettre le recrutement par les agriculteurs eux mêmes de techniciens,

 

Moulins, développer la contractualisation

Ce n'est pas au MADR d'assurer le suivi technique des céréaliers sur le terrain. Comme pour les laiteries, ce rôle doit être dévolu aux opérateurs en amont (sociétés d'agro-fourniture, chambre d'agriculture, coopératives paysannes) et en aval de la production (minoteries). Les Instituts Techniques ont pour rôle de produire des références techniques.

 

Concernant les moulins, il s'agit d'étudier l'expérience des réseaux techniques d'appui à la production (Groupe Benamor, SMID Tell) afin de les généraliser. A ce props, l'expérience marocaine en matière de contractualisation (nommée « agrégation ») mériterait d'être étudiée.

 

Propositions :

-Autoriser les moulins privés à collecter directement les récoltes des céréaliers.

-Attribuer des quotas de blé importé ou attribuer une prime en fonction des efforts déployés par les moulins privés afin d'augmenter la production des céréaliers locaux et donc à les encadrer techniquement.

-Contribuer au financement de postes budgétaires de techniciens céréaliers de terrain recrutés par les moulins,

-Définir un cahier des charges minimum définissant les obligations des moulins en matière d'appui technique aux agriculteurs.

 

Exploitations, réduire les coûts de production

Afin de réduire le fardeau des subventions sur le budget public et afin de faire des céréales une culture aussi intéressante (voir plus que l'élevage du mouton) les pouvoirs publics doivent orienter les exploitations vers des techniques peu coûteuses. Il s'agit d'aller vers un abandon du labour pour le remplacer par le semis direct.

 

Propositions :

-Permettre une plus grande disponibilité en semoirs low-cost pour semis direct, l'aide à l'achat et à l'emploi de ce type d'engins.

-Lier le montant des crédits de campagne à l'utilisation des semoirs à semis direct.

-Interdir le labour en amont des barrages, étant donnée l'érosion provoquée par la pratique du labour, les semoirs pour semis direct pourraient être les seuls admis.

 

Exploitations, encourager des moulins paysans

Actuellement, les surfaces consacrées au blé dur et blé tendre sont concurrencées par les surfaces réservées à l'élevage. C'est le cas avec la culture de l'orge et la jachère pâturée. Afin de conserver une plus forte attractivité à la culture du blé, les pouvoirs publics devraient encourager la constitution d'ateliers modernes de transformation des céréales au sein de groupements de céréaliers. Afin d'être concurrentiels, ces ateliers devraient bénéficier d'avantages financiers et fiscaux (exonération sur les bénéfices et bien sûr bénéficier des mêmes compensations financières que les grands moulins privés).

 

CCLS, participation à la transformation des céréales

La baisse des revenus pétroliers implique d'envisager de nouvelles rentrées financières pour rémunérer les céréaliers et aussi assurer le fonctionnement des CCLS. La transformation des céréales constitue une activité très rentable. Ce type d'activité devrait être autorisé au niveau des CCLS au moins pour lune partie ou la totalité des céréales qu'elles collectent. Il s'agirait de procéder à une meilleure répartition de la valeur ajoutée obtenue lors de la transformation des céréales. Rappelons que cette valeur ajoutée est actuellement essentiellement captée par les urbains détenant des moulins privés.

 

Propositions :

-Autoriser les CCLS à transformer des céréales. L'activité de transformation par les CCLS pourrait se faire en rachetant des moulins privés, actuellement en surcapacité, ou en collaborant.

-Autoriser les CCLS à passer des accords avec les moulins privés afin d'utiliser leurs installations.

 

Instituts techniques, participation financières des firmes d'amont et d'aval

Afin de leur donner plus de moyens matériel, humains et financiers, les instituts techniques dépendant du MADR devraient s'ouvrir à l'amont, à l'aval et aux agriculteurs.

 

Propositions :

-intégrer dans leur conseil scientifique ou conseil d'administration des représentants des firmes d'amont et d'aval de la filière céréales ainsi que des représentant des céréaliers.

-accompagner cette participation d'une participation financière au budget des instituts.

 

Coopération internationale, bénéficier du savoir faire étranger

Il ne faut pas se voiler la face. De nombreux cadres des services agricoles sont restés dans des schémas techniques datant des années 60. Une mise à jour des connaissances est indispensable. Or, dans le domaine de la céréaliculture en zone semi-aride plusieurs organismes (ICARDA, FERT) possèdent une réelle expérience. En Syrie, de 2005 à 2011, l'ICARDA a beaucoup travaillé sur l'agriculture de conservation et notamment la fabrication de semoirs low-cost par des artisans locaux. Quant à FERT, ses réalisations en Tunisie sont exceptionnelles : promotion du semis direct de céréales sous couvert de luzerne, mise au point de mélanges fourragers (méteil) à base d'espèces fourragères locales.

-Inviter les experts Australiens ayant travaillé auprès de l'ICARDA afin de stimuler la production de semoirs pour semis direct par des entreprises et artisans locaux (les besoions en semoirs sont immenses),

-Développer une coopération active avec FERT et les services agricoles Tunisiens impliqués dans l'agriculture de conservation.

 

DU POINT DE VUE JURIDIQUE ET ORGANISATIONNEL

 

 

Actuellement, c'est un véritable vide juridique qui entoure les exploitations2. Dans de telles conditions, des céréaliers sans terre se voient exclus des aides publiques et cantonnés dans l'informel.

Concernant les coopératives de service et de collecte des céréales, de nouveaux droits devraient leur être octroyé afin de susciter plus d'intérêt de la part des céréaliers.

Concernant les chambres d'agriculture, un premier bilan d'étape mérite d'être établi afin de renforcer la représentativité des agriculteurs.

 

Foncier, officialiser la location des terres agricoles

Qu'il existe un marché de la location des terres agricoles, cela est normal. Les pouvoirs publics ne doivent pas criminaliser ce genre de pratiques mais les encadrer comme cela se fait à l'étranger.

 

Propositions :

-Promulguer une loi sur le fermage.

-Installer pour chaque zone agro-climatique, des commissions mixtes définissent annuellement les tarifs de location des terres.

 

Statut des exploitations : éviter le morcellement

Au niveau de certaines exploitations familiales, il arrive que le travail des terres soient confiées à un seul membre de la famille.

-assurer un cadre juridique afin que les co-indivisaires puissent être rémunérés légalement.

 

Propositions :

-Développer des formes juridiques telles les sociétés civiles d'exploitation agricole (SCEA).

 

Coopératives paysannes, offrir des avantages fiscaux et de nouveaux droits

En céréaliculture, il n'existe pas de véritables coopératives paysannes. Les CCLS usurpent cette dénomination. Elles ne sont que des dépôts décentralisés de l'OAIC. Il s'agit de maintenir le monopole d'Etat sur le commerce du blé mais aussi, sur le long terme, de faire évoluer les CCLS en de véritables coopératives céréalière tel le statut internationnalement reconnu. Les CCLS doivent être le lieu de formation de leaders paysans à même de s'affranchir à terme de la tutelle de l'administration. A travers l'activité de leurs technico-commerciaux, elles doivent montrer ce que pourraient être à l'avenir de véritables coopératives céréalières (à ce propos des missions d'études devraient aller voir les homologues à l'étranger).

 

Propositions :

-Laisser plus de place à l'initiative paysanne dans la planification des travaux des unités motoculture des CCLS,

-Attribuer aux technico-commerciaux des CCLS des zones régionales précises (secteur),

-Rémunérer les technico-commerciaux des CCLS au volume d'engrais et de phyto-sanitaires vendus dans leur secteur,

-Rémunérer les technico-commerciaux des CCLS au volume de céréales collectés sur leur secteur.

 

Coopératives paysannes, offrir des avantages fiscaux et de nouveaux droits

Il s'agit d'encourager les céréaliers à investir dans la création de coopératives de service.

 

Propositions :

-Promulguer ou dépoussiérer la legislation actuelle afin de développer aux côtés des CCLS, des coopératives selon le statut international de la coopération (part sociale, un adhérant pour une voix, recrutement du directeur par les adhérents). Ces coopératives concerneraient le secteur des services et de la transformation.

-Encourager, à travers le maintien et le renforcement d'avantages fiscaux et financiers, la création de Coopératives d'Utilisation du Matériel Agricole (CUMA).

 

Chambre d'agriculture, pour plus de représentativité

Selon l'agro-économiste Omar BESSAOUD3 « Les Associations professionnelles agricoles sont créées dans le cadre de la loi sur les associations (quel que soit leur type). Elles étaient quasiment inexistantes avant les années 1990, mises à part deux ou trois s’occupant de l’élevage. En 1999, on compte, d’après les services du ministère de l’Agriculture, environ 1 300 associations regroupant 112 000 adhérents, toutes ayant été créées dans le cadre de la loi 90-31 sur les associations de 1990 (qui ne soumet plus à autorisation politique la création d’associations de citoyens). Les associations de wilaya, nationales et régionales, ont pratiquement toutes été créées à l’instigation de l’administration agricole qui en avait besoin pour mener à bien la mise en place des Chambres d’agriculture de wilaya et nationale. »

 

Propositions :

-Baser les élections non plus par rapport aux associations professionnelles, mais sur la base des adhérents selon la formule : « une personne, une voix ».

-Décider que le directeur de chambre d'agriculture soit recruté par les adhérents et non plus nommé par le MADR.

 

Grainetiers, partenaires des céréaliers

Les céréaliers font de plus en plus appel aux « grainetiers » encore appelé « négoce » ou « agro-fourniture » à l'étranger. A côté des filiales de grands groupes étrangers spécialisés dans les produits phytosanitaires (Syngenta, Bayer... etc) ou de fertilisants (Timac, …) existe différents établissements de plus ou moins grande taille (ProFert, détaillants locaux…). Dans le cadre d'une étude sur la plasticulture dans le Sud, l'agro-économiste Ali DAOUDI note l'apport technique mais aussi financier de cette corporation aux exploitations. Dans le domaine céréalier, l'apport technique de l'agro-fourniture est indéniable. De part les spécialistes travaillant dans les maisons mères, les agriculteurs Algériens sont en mesure de bénéficier de techniques nouvelles que les Instituts Techniques et la Recherche Agronomique locale sont encore incapables d'apporter.

 

-Assurer l'organisation de l'agro-fourniture afin que les pouvoirs publics aient des interlocuteurs fiables,

-Agir sur le secteur de l'agro-fourniture et les grainetiers à travers les outils de suppression de la TVA et la fiscalité,

-Définir, un cahier des charges en matière de vulgarisation technique (reconnaissance du travail des agents technico-commerciaux, journées techniques, visite de parcelles, plate-forme de démonstration, …),

-Définir les modalités d'un partenariat gagnant-gagnant telle la possibilité d'aides financières aux agriculteurs (sous forme d'avance sur récolte), possibilité d'achats groupés à des prix de gros (l'idée étant de favoriser la coopération entre agriculteurs).

 

Pain, réduire le gaspillage

Les images de baguettes de pain jettées dans des poubelles est l'une des manifestations les plus visibles du gaspillage du pain en Algérie. Le climat sec ou humide sur le littoral ne garantit pas une qualité durable à la baguette de pain (baguette parisienne). Les solutions sont multiples : assurer une « vérité des prix » du pain (en Egypte, grâce à une carte à puces, seuls les ménages à faibles revenus bénéficiient du soutien des prix), jouer sur les qualités boulangères des farines ou adopter des mesures de réutilisation du pain sec.

-Etudier l'expérience égyptienne de cartes à puces pour les ménages à faible revenu,

-Revoir les paramètres technologiques des blés tendres importés,

-Tester la vente au détail de pain sous forme de pâte fraîche levée ou congelée,

-Développer des formes de ré-utilisation par les boulangers et les ménages du pain sec non consommé.

 

DU POINT DE VUE TECHNIQUE

 

 

Il s'agit d'agir sur des points prioritaires. Contrairement aux régions d'Europe à climat tempéré qui peuvent pratiquer des semis d'automne ou de printemps, dans le cas algérien toutes les grandes cultures (céréales, fourrages, légumes secs, oléagineux) sont à implanter lors d'une seule période : l'automne. Cela engendre de fortes pointes de travail dans les exploitations qui ont de multiples conséquences négatives.

Le contexte actuel est marqué par le réchauffement climatique. Il oblige à tenir compte des nouvelles façons de procéder afin de valoriser au mieux l'humidité du sol. Dans ce cadre là, l'agriculture de conservation est à développer sur les terres non irriguées.

 

Travail du sol : abandonner le labour

Le labour est une perte de temps et de carburant. Il provoque l'érosion des sols. Pourtant cette opération est ancrée chez les agriculteurs. Suite au labour, les façons superficielles relatives à la préparation du lit de semences sont souvent insuffisantes. D'où des retards dans les semis et de faible taux de germination-levée obligeant les agriculteurs à utiliser de plus fortes doses de semences.

Propositions :

-auditionner les agriculteurs pratiquant le non labour avec semis direct (à Sétif notamment),

-remplacer le labour par le semis direct pour mieux valoriser l'humidité du sol,

-remplacer le labour par le semis direct pour multiplier par 6 la vitesse de réalisation des semis (les semis peuvent ainsi être réalisés avant décembre).

-équiper les unités motoculture des CCLS du semoir low-cost Boudour (produit par CMA-SOLA) afin de mieux vulgariser ce type de matériel.

-Envisager les moyens afin de dynamiser les ventes du semoir Boudour (seuls 15 exemplaires construits).

 

Désherbage : développer la lutte chimique et mécanique

En milieu semi-aride, les céréales poussent dans un contexte marqué par le manque d'eau. Assurer la lutte contre les mauvaises herbes permet donc de leur assurer une meilleure alimentation hydrique. C'est le principal facteur limitant les cultures.

 

-Favoriser le désherbage chimique en prenant les mesures permettant une plus grande disponibilité en désherbants et en matériel.

-Favoriser le désherbage mécanique en rendant disponible bineuses, herses étrilles et houes rotatives.

-Encourager la fabrication de ces engins en accordant une aide à tout constructeur local (ces engins, peu sophistiqués peuvent être aisément produit localement).

 

Désherbage : développer la concertation avec les constructeurs et importateurs

L'industrie locale produit des pulvérisateurs et divers outils de désherbage dont des bineuses. Il s'agit de perfectionner le matériel existant (pulvérisateurs et bineuses) et de fabriquer les engins ayant fait leur preuve à l'étranger (herses étrilles, houes rotatives).

-Importer des bineuses, herses rotatives et herses étrilles afin de mieux faire connaître ces outils.

-Réunir les fabriquants (petits et grands, public et privés) afin de construire bineuses, herses rotatives et herses étrilles mais également d'envisager une modernisation des modèles de pulvérisateurs construits localement par PMA.

 

Fertilisation : développer la localisation des engrais

En Algérie, les sols calcaires et secs réduisent l'absorption des engrais par les plantes (surtout dans le cas des engrais phosphatés). La solution passe donc par leur localisation au plus près des semences lors du semis.

-Vulgariser la technique de localisation des engrais au semis des céréales et des légumes secs,

-Etudier la possibilité de faire installer une deuxième trémie pour les engrais sur les modèles de semoirs conventionnels produits par l'entreprise CMA-SOLA à Sidi Bel-Abbès.

-Equiper les unités motoculture des CCLS de semoirs permettant de localiser les engrais afin de vulgariser ce type de matériel.

 

 

DU POINT DE VUE FISCAL

 

 

 

Un impôt pour les terres en jachère

Actuellement, une proportion non négligeable de surfaces agricoles ne sont pas emblavées (jachère). Les causes sont diverses. La mise en œuvre d'un impôt agricole au prorata de la superficie des exploitations agricoles pourrait pousser propriétaires et fermiers à les travailler ou les louer.

Par ailleurs, il s'agit de permettre à ces exploitants de s'affranchir du labour. Cela, par une meilleure disponibilité en semoirs pour semis direct. Ils permettent de réduire les coûts de mécanisation et donc les besoins de financement des exploitants. Plus de surfaces pourraient donc être emblavées chaque année en céréales. Ce phénomène d'augmentation des surfaces emblavées a été observé en Espagne avec l'introduction du semis direct.

 

Propositions :

-Imposer fiscalement les laissées terres en jachère,

-Alléger le coût de l'implantation des céréales pour les petites exploitations ne disposant pas de leur propre matériel, en assurant une plus large disponibilité en semoirs pour semis direct.

 

 

 

2 . Des propositions destinées aux céréaliers, cadres de terrains et élites rurales.

 

Il s'agit là d'actions à entreprendre en dehors des cadres administratifs habituels. Des initiatives peuvent être prises par les céréaliers, les membres de la filière et les élites rurales.

 

JURIDIQUEMENT

Le vide juridique qui entoure actuellement les exploitations ne pourra être comblé au plus vite que par des pressions venues des premiers concernés.

 

Fermage : définir des barèmes de location par chaque wilaya

Face à l'immobilisme des pouvoirs publics concernant le fermage, c'est aux acteurs de terrain de préparer les conditions à la venue de ce statut. Cela peut commencer par la création de commissions locales de fermage au sein de l'UNPA, Chambre d'Agriculture ou associations professionnelles définissant les barèmes de location des terres à céréales. Selon la fertilité des sols des différentes zones dans une wilaya, peuvent être définis des montants de location ; exemple : 4 quintaux de blé par hectare loué et par année.

 

Fermage : définir les fondements du fermage

Les commissions définissant le barème de location des terres agricoles, ou tout autre collectif paysan ou rural pourraient élaborer ce que devrait être la loi sur le fermage. A partir des traditions locales et au regard de considérations juridiques il s'agit de fixer les modalités du bail pour la terre et les bâtiments.

 

 

 

ECONOMIQUEMENT

 

Exploitations : développer des moulins paysans

 

Etant donnée la rentabilité de la transformation du blé, les céréaliers ont avantage à s'intéresser à ce type d'activité. Cependant, rien n'est prévu afin qu'ils reçoivent les mêmes compensations financières que les moulins privés. Aussi, pour le céréalier, se lancer dans la transformation tout en étant concurrentiel passe par la réduction de ses coûts de production et par la recherche de niches : farine et semoule bio et/ou complète, fabrication artisanale de couscous ou de pâtes alimentaires. Loin d'être une vue de l'esprit, ce type de démarche est indispensable afin d'arracher des concessions aux pouvoirs publics qui ne privilégient actuellement que les transformateurs.

 

 

(*) réactualisé le 23/06/2019

 

 

1On lira à ce propos l'analyse de l'agronome Denis Pommier qui a longtemps travaillé en Tunisie dans le cadre de la coopération avec l'UE.

2Consulter à ce propos le travail du Pr Omar BESSAOUD.

3 Loi n° 90-31 du 4-12-90 relative aux associations. ÉCONOMIE RURALE 303-304-305/JANVIER-MAI 2008.

 

OMARI, UN DISCOURS VOLONTARISTE, MAIS LES VIEILLES HABITUDES PERDURENT

 

Djamel BELAID 12 mai 2019

 

Le site du MADR met en ligne en date du 8 mai, des extraits d'une rencontre entre le ministre de l'agriculture, Chérif OMARI, et divers responsables dont les directeurs des services agricoles de wilaya. Les propos sont fortement teintés de volontarisme. On peut se demander de quels moyens dispose le ministre pour mener cette politique. Mais au delà du discours les vieilles pratiques ont-elles disparu des esprits?

 

POUR DES STATISTIQUES REFLETANT LA REALITE

L'un des premiers signes de changement impulsé par le ministre concerne les statistiques agricoles. Le ministre a tenu à ce que le message soit clair. Il a demandé que quelque soient les résultats locaux, bons ou mauvais, des statistiques reflétant la réalité doivent être envoyées au ministère. Cela est nouveau dans la mesure où plusieurs fois la presse et des universitaires ont mis en doute les chiffres avancés par le ministère de l'agriculture.

A cet égard, suscitant les applaudissements enthousiastes de l'auditoire, il a indiqué qu'il n'y avait pas d'agenda politique. Et que le seul agenda était celui de la réduction des importations de produits alimentaires.

 

LE CONTENEUR, NOTRE ENNEMI

Prenant l'exemple d'un bateau déchargeant actuellement des conteneurs dans le port d'Alger, le ministre a indiqué que chaque conteneur de produits alimentaires représente un défi à relever. N'hésitant à déclarer que "le conteneur est notre ennemi", il a indiqué qu'à travers ces importations, nous faisons travailler des agriculteurs étrangers. Or, l'objectif actuel est avant tout de faire travailler les agriculteurs locaux et notamment les jeunes. A ce propos, il s'est félicité de la production d'ail qui permet une autosuffisance et même d'envisager des exportations. Prenant l'exemple d'un producteur de la région de Tizi-Ouzou, il a relevé le haut niveau de maîtrise technique atteint par cette filière. Chérif OMARI a indiqué que l'ail était un début et qu'il fallait poursuivre dans cette voie. Rien cependant n'a été dit concernant la relance des cultures industrielles (oléagineux et betterave à sucre).

 

ENCOURAGER LA CREATION DE COOPERATIVES

Le ministre a longuement appelé les DSA à encourager la création de coopératives agricoles. Il a indiqué que souvent c'était les services locaux eux mêmes qui mettaient les bâtons dans les roues aux agriculteurs désirant créer ce type de structure. Il a ainsi indiqué que créer une coopérative était devenu une tâche presque insurmontable.

Il a ajouté qu'un responsable de l'administration ne pouvait estimer son devoir accompli que lorsqu'en fin de journée, il avait facilité la tâche aux agriculteurs et non pas leur avoir dressé des obstacles.

 

BLE, PRENDRE EXEMPLE SUR LE CLUB DES 50 QUINTAUX

Concernant la production de céréales, le ministre a noté les progrès mais également qu'il reste des réserves de productivité. Il a demandé que soit pris comme exemple les agriculteurs arrivant à produire 50 quintaux par hectare. Dans la foulée, il a indiqué que ce rendement était largement dépassé par des agriculteurs de pointe qui obtenaient jusqu'à 80 quintaux par hectare. De façon étonnante, Mr OMARI n'a donné aucune indication sur la façon de lever les freins à cette hausse des rendements. Or, en matière de céréales, ce secteur lui échappe puisque c'est l'OAIC qui a la main sur l'appui à la production.

 

GARE AUX VIEILLES METHODES DE TRAVAIL

Bien que le ministre ait exhorté les DSA a plus de dynamisme, aucune orientation nouvelle n'est apparue dans son discours. Certes, être à l'écoute du monde agricole est louable. Mais est ce que cela permet d'atteindre les "réserves de productivité" citées plus haut? Plusieurs universitaires et experts ont depuis longtemps dénoncé le dirigisme administratif qui caractérise notre agriculture. Malgrè les progrès accomplis avec par exemple la loi relative à la création d'associations professionnelles, la création des Chambres d'Agriculture ou celle concernant des conseils de filière, l'agriculteur a peu droit à la parole.

 

AGRICULTEURS, SUBORDONNES OU PARTENAIRES?

Dans chacune des structures agricoles actuelles, les agriculteurs sont plus considérés comme des subordonnés que des partenaires de l'administration. Ainsi, au niveau des chambres d'agriculture, les directeurs sont nommés par le ministère de l'agriculture, le pluralisme des syndicats agricoles n'existe pas. Dans les CCLS dénommées pompeusement "coopératives", c'est un directeur désigné depuis Alger qui dirige les affaires quotidiennes des agriculteurs. Il est un fait qui ne trompe pas. Dans son allocution, le ministre a indiqué qu'il s'adressait aux directeurs de wilaya des services agricoles, aux directeurs de CCLS et aux directeurs de chambre d'agriculture (CA). Cela illustre la poursuite du dirigisme de l'administration centrale depuis Alger. Car à ce qu'on sache, les CCLS et CA sont à priori des structures indépendantes du MADR. En effet, ces deux types de structures ont, en principe, des instances "élues" par des adhérents. A moins que le ministre conçoive que l'administration centrale ait la primauté sur des structures qu'on nous présente comme disposant d'une liberté de gestion.

Si on recherchait en Algérie des structures agricoles où des agriculteurs, élus par leurs pairs, gèrent un budget et recrutent leurs techniciens, force est de constater qu'on ne trouverait rien. Tout est géré depuis Alger par l'administration. Or, comment dans ces conditions atteindre ces "réserves de productivité" tant vantées par le ministre?

Concernant cet aspect des choses, Mr Chérif OMARI n'a marqué aucune rupture avec ces prédécesseurs. Le message est resté le même; c'est "El-Idara" qui décide de tout.


DSA, PARLEZ LA LANGUE DU TERROIR, CELLE DE L'AGRICULTEUR!

Le ministre a demandé à ce que les services agricoles parlent dans une langue que comprennent les agriculteurs. « Ne leur parlez pas en français. Parlez leur en arabe, en kabyle ou en targui selon l'endroit où vous êtes a-t-il lancé. Parlez leur la langue du terroir ». Il a insisté pour que les services agricoles soient au service des agriculteurs. Encore une fois, cela est louable. Mais "être au service de l'agriculteur" ou "parlez la langue du terroir" ne rompt pas le rapport de subordination entre administration et agriculteurs. D'ailleurs, dans cette orientation de "parlez la langue de l'agriculteur", se profile la prégnance du discours de type "top-down", c'est à dire du sommet vers la base. En effet, le ministre n'a pas dit "écoutez", mais "parlez".

Certes, les agriculteurs ont besoin qu'on parle leur langue, mais ils ont surtout besoin qu'on arrête de les infantiliser. Répetons le, un agriculteur élu doit pouvoir participer à la gestion du budget d'une structure agricole. Il doit, par exemple, pouvoir donner son avis sur le recrutement des techniciens agricoles ou encore disposer du cadre juridique lui permettant d'acquérir, au meilleur prix, ses intrants et vendre ses produits. Or, cela a été pratiquement absent des orientations du ministre. Rendons lui cependant justice puisque cela a été effleuré seulement à propos de la dynamisation du processus de création de coopératives agricoles ou de l'installation de points de vente de produits agricoles.

 

LE FONCIER, GRAND OUBLI DE CHERIF OMARI,

Mais ce qui choque le plus au niveau du discours du nouveau ministre, c'est l'absence de toute référence à la question du foncier. Or, il est connu en Algérie que de nombreux agriculteurs louent les terres qu'ils travaillent à des propriétaires terriens ou à des ayant droits. La législation locale n'ayant pas prévu de statut du fermage, comme cela existe dans d'autres pays, ces agriculteurs se voient relégués dans l'informel. Ils n'ont pas droit aux crédits bancaires et à la carte de fellah leur permettant de bénéficier des services des CCLS et des autres organismes publics. Nous ne militons pas pour les agriculteurs soient propriétaires des terres qu'ils travaillent (cela ne ferait que renchérir leurs produits). C'est cette absence de statut qui empêche la mise en culture de nombreuses terres agricoles et d'atteindre ces fameuses "réserves de productivité". Ces questions ont depuis longtemps été soulevées par des économistes tel Omar BESSAOUD. Cet oubli du ministre est étonnant et préoccupant. D'autant plus qu'avant sa carrière au sein du ministère de l'agriculture, il a été un brillant économiste ayant encadré des thèses en économie rurale.

 

POUR DES SYNDICATS ET ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES SOLIDES

Même si le nouveau ministre semble de bonne volonté et ouvert au dialogue, on note chez lui la dominance d'une vision relevant du dirigisme centralisé. Et cela, même s'il semble s'en défendre; exemple lorsqu'il défend la création de coopératives agricoles. On note des dossiers non abordés tel le foncier (avec la cruciale question d'un statut du fermage), la législation relative aux exploitations organisées en société civile afin de résister au morcellement ou la nécessaire relance des cultures industrielles. Cela peut-être des oublis provisoires. Mais cela pose également la question des moyens dont dispose Mr Chérif OMARI. Sinon, c'est rester dans des effets d'annoce.

Face à la valse des ministres de l'agriculture, les agriculteurs ont donc tout intérêt à disposer de syndicats et associations professionnelles solides où ils pourront faire valoir leurs droits. Espérer que tout vienne de l'administration centrale est un leurre. Dans le contexte actuel du Hirak, tout est possible. C'est donc aux producteurs et membres des filières d'exiger les moyens pour une agriculture durable, créatrice d'emplois et visant à plus d'auto-suffisance alimentaire : des syndicats agricoles autonomes, des CCLS privées, le droit à moudre son grain, un statut du fermage, … C'est seulement à ce prix là que plus d'auto-suffisance alimentaire sera atteinte. Mais Mr Chérif OMAIR entend-t-il cela ou bien le peut-il?

 

REBRAB dans le Hirak: vers un renouveau des cultures industrielles?

Le Hirak est l'occasion de bien des surprises. On a ainsi pu voir messieurs A. Mokri et Issad Rebrab tenter de se mêler à la foule des manifestants. Pour ce dernier, le départ du Président Bouteflika va-t-il permettre l'ouverture de son usine de trituration de graines d'oléagineux?

 

REBRAB, UN PDG ENTRE EN POLITIQUE

On peut s'étonner de cette volonté des pouvoirs publics à empêcher l'ouverture de l'usine de trituration de Cevital.

Jusqu'à ces dernières années, le PDG de Cevital était bien vu des cercles du pouvoir. Il était bien en cour. De par les avantages dont il bénéficiait, on peut affirmer qu'il appartenait même au système.

Il avait ses entrées et bénéficiait de nombreux appuis au niveau de l'administration.

 

« Il n’a jamais fait autant d’argent que sous Bouteflika ! s’offusque un ancien ministre. Vous n’avez qu’à comparer son chiffre d’affaires de 1999 à celui qu’il fait aujourd’hui. Même les stations d’essence Naftal, publiques, ont confié la gestion des supérettes à Uno, filiale de Cevital.1 »

 

C'est cette confortable situation proche des milieux dirigeants qui avait permi à ce roi du fer à béton de se construire un empire agro-industriel.

Grâce à de solides appuis politiques, Issad Rebrab a pu obtenir un quasi monopole sur l'importation du sucre roux brésilien. Quant à l'huile brute, il partage ce monopole avec la famille Kouninef. Cevital raffine dans des usines toutes situées à même les ports d'arrivée de ces matières premières.

 

CEVITAL, DE NOMBREUSES AIDES PUBLIQUES

Pour développer ces activités Cevital a perçu de nombreuses aides publiques (subventions à l'investissement, prêts bancaires bonifiés, exonération de TVA sur les matières premières importées, ...).
Par ailleurs, le sucre et l'huile étant des produits de base largement subventionnés par les pouvoirs publics, Cevital reçoit de confortables royalties pour chaque kilo de sucre ou litre d'huile raffiné dans ses usines et vendu au consommateur local algérien.

Ces deux activités situées dans un marché captif et assuré de la garanti de paiement de l'Etat sont devenues au fil des années une prodigieuse machine à cash pour Cevital. Fort de cette position, Issad Rebrab a souhaité s'affranchir de ses parrains notamment en tentant d'acheter un organe de presse. Progressivement, il est entré en politique.

Ainsi en mai 2018, Cevital publie dans TSA-Algérie un communiqué indiquant: « le président de Cevital, M. Issad Rebrab, ainsi que l’ensemble des collaborateurs du groupe […] expriment leur soutien total et leur solidarité agissante avec Me Ali Yahia Abdennour, dont le parcours, les sacrifices et le sens de la justice imposent à tous reconnaissance, respect et considération ». Or, Me Ali Yahia Abdennour en prise avec un problème de cadastre pour son logement est le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, est un farouche opposant à Abdelaziz Bouteflika.

 

« Mais quelle mouche a piqué Issad2 ? se désole un proche. En tant qu’opérateur économique, quel besoin d’appuyer un opposant direct au régime dans un conflit avec le cadastre ? C’est clairement une marque de soutien à la dissidence !

 

 

REBRAB, UN JEU DANGEREUX

En se mêlant avec aisance à la foule qui défilait à Béjaïa, Issad Rebrab poursuit un cheminement entamé depuis plusieurs mois. Il a pour cela utilisé plusieurs registres.

Ainsi, il a joué sur le côté régionaliste. Face à la réistance de ses anciens parrains contre son entrée en politique, il n'a pas hésité à clamer que sis ses projets faisaient l'objet de blocages, cela était à cause de ses origines kabyles. On ne peut que s'étonner de ces propos. Pour rappel, d'autes agro-transformateurs ont vu leurs projets bloqués telle la boulangerie industrielle du groupe Benamor.

Mais ce qui peut expliquer la facilité avec laquelle le "tueur au regard d'ange" a pu rejoindre les cortèges de manifestants c'est que Cevital est devenu l'un des plus gros employeur régional. Face à la baisse des investissements publics et des recrutements, l'entreprise Cevital apparaît aujourd'hui pour beaucoup de jeunes à la recherche d'emploi comme la seule issus entre hittisme et harga.

 

CEVITAL, FAIRE TRAVAILLER LES PAYSANS ALGERIENS

Avec son projet d'usine de trituration de graines d'oléagineux, Cevital pourrait créer de nombreux emplois locaux. Cela, d'abord dans l'usine proprement dite, mais également dans les campagnes.

 

Actuellement, les importateurs tels Rebrab, Dahmani de LaBelle ou Mazouz font essentiellement travailler les paysans américains, brésiliens ou français. En effet, la matière première agricole de leurs usines provient entièrement de l'étranger. Or, afin de créer des emplois ruraux, il serait possible de produire une partie de cet approvisionnement localement. L'avantage supplémentaire serait de réduire l'hémorragie actuelle de devises.

 

SUCRE ET HUILE DZ, YES WE CAN!

Produire du sucre et de l'huile à partir de matières premières locales est possible. Certes, il ne s'agit pas de produire la totalité des besoins locaux, mais seulement une partie afin de garder une plus grande liberté de manoeuvre de négociation lors des achats sur les marchés mondiaux.

 

Outre la création d'emplois, la production locale de betterave à sucre et d'oléagineux présente l'intérêt de mettre en repos les sols. En effet, depuis 2008, du fait des prix rémunérateurs offerts par l'OAIC, on enregistre un regain d'intérêt pour la culture du blé dur. Mais le retour fréquent des céréales à paille sur les mêmes parcelles a entrainé l'apparition de tout un cortège de parasites (nématodes, maladies à champignons et mauvaises herbes) et de ravageurs (vers blancs, rongeurs). Intecaler entre deux cultures de céréales une culture d'espèce différente permet de casser le cycle de vie de ces indésirables. Par ailleurs, souvent oubliée, la transformation locale de plantes entières génère la production de sous-produits (mélasse, pulpe, tourteaux) qui entrent dans la fabrication des aliments du bétail. Ces sous-produits seraient les bienvenus. Rappelons que les importations annuelles de soja et de maïs pour aliments du bétail se chiffrent à 1,4 milliard de dollars.

 

USINES DE TRANSFORMATION, DES INVESTISSEMENTS IMPORTANTS

Le développement de la betterave à sucre en Algérie, n'est pas une chose inimaginable. Jusque dans les anées 70, en Algérie des agriculteurs poduisaient de la betterave à sucre. Pendant la période coloniale une raffinerie avait été constuite à Sfisef puis dans les années 70, sous l'impulsion du Président Houari Boumédiène, une autre usine avait été construite à Guelma.

A cette époque, les semences monogermes n'existaient pas et les agriculteurs devraient recourir à la pénible opération manuelle du démarriage. C'est une des causes du désamour des producteurs pour cette culture. A cela, il faut ajouter les dysfonctionnements du secteur agricole de l'époque. Cela a aboutit a aboutit à l'arrêt de la culture. Pourtant, les agriculteurs Marocains arrivent, bon an mal an, à produire 50% des besoins nationaux en sucre.

En Algérie, l'augmentation de la production de tomate industrielle montre le haut niveau de maîtrise technique auquel sont arrivés les producteurs et transformateurs. Aujourd'hui les techniques mises en oeuvre font appel à l'introduction de variétés à maturation groupée, la production de jeunes plants, l'irrigation au goutte à goutte, la mécanisation progressive de la récolte. Cette récolte est l'occasion d'une mobilisation de moyens logistiques conséquent afin d'approvisionner les conserveries.

 

Dans le cas de la betterave à sucre, les usines de transformation nécessitent des investissements considérables. Ceux-ci ne peuvent être amortis qu'avec une aide publique ainsi qu'une vision à long terme permettant la mobilisation de capitaux privés importants. Un approvisionnement conséquent des conserveries nécessite également une implication des transformateurs dans l'encadrement technique des producteurs. L'exemple de la Cosumar au Maroc est particulièrement édifiant.

 

L'expérience acquise par nos voisins montre que si la production locale de sucre de betterave nécessite des investissements conséquents elle n'en reste pas moins très rentable pour les agriculteurs et les transformateurs.

 

REBRAB, JOUER LA CARTE NATIONALE

En se mêlant au flot des manifestant, le milliardaire Rebrab a voulu se refaire une virginité et se forger l'image d'une personnalité proche des petites gens. Déjà, par le passé, il avait fait appel aux services de la société française Publicis afin de redorer l'image de Cevital. En fait, l'amélioratiuon de l'image de ce groupe et de son PDG auprès de l'opinion publique passent par des gestes concrets en faveur de l'emploi rural et des jeunes diplômés. Dans cette optique, il est à souhaiter qu'à l'avenir l'usine de trituration de Cevital utilise, au moins en partie, une matière première locale.

 

HIRAK, IMPOSER RELANCE DES CULTURES INDUSTRIELLES ET CONTRACTUALISATION

Ce qui a jeté dans la rue des dizaines de milliers de manifestants est un sentiment d'indignation face à la volonté d'un 5ème mandat. Mais à l'avenir, la cause de nouveaux mouvements sociaux pourrait être les mesures d'austérité que ne manqueront pas de devoir prendre les pouvoirs publics de quel bord qu'ils puissent être. En effet la baisse de la rente liée à la vente des hydrocarbures devrait amener dans les deux ans à venir à des choix budgétaires douloureux. L'ex-premier ministre Ahmed Benbitour a régulièrement indiqué dans les médias l'impasse budgétaire actuelle.

Des amortisseurs de crise sont donc nécessaires. La relance des cultures industrielles (betterave sucrière, oléagineux) s'avère un moyen de créer des emplois. Dans le cas des oléagineux, il peut être envisagé l'installation de petits ateliers de trituration à côté d'usines d'investisseurs privés3. Ces ateliers permettraient une meilleure répartition de la valeur ajoutée actuellement captée par les seuls raffineurs d'huile brute importée.

Mais audelà des cultures industrielles, la participation de tous les transformateurs s'avère indispensable à l'effort de soutien au secteur agricole. En effet, comme dans le cas de la tomate industrielle et dans le cas de certaines laiteries privées, en l'absence de coopératives paysannes, c'est aux transformateurs d'encourager la production locale de lait, céréales, légumes secs ou cultures industrielles.

 

La signature de conventions entre agriculteurs et transformateurs doit permettre une politique de contractualisation. Dans ce système, le transformateur aide le producteur en intrants (semences, engrais, phytosanitaires, ...) voire en moyens de financement (avance sur récolte, ...) et en échange celui-ci s'engage à lui verser sa récolte sur la base de prix équitablement négociés.

 

Le hirak pourrait donc être l'occasion d'un renouveau des cultures industrielles.

1Jeune-Afrique Farid Alilat et Neila Latrous. 06 juin 2018

2 Jeune-Afrique 6 juin 2018.

3En 2014, le groupe Mazouz avait un temps envisagé un investisseemnt de 280 millions d'euros dans une usine de trituration.

 

 

GERER L'APRES BOUTEFLIKA

20 MESURES URGENTES POUR AUGMENTER LA PRODUCTION LOCALE DE BLE

Le 21 mars 2019

 

Ce document liste des propositions pour les pouvoirs publics qui succéderont au président Bouteflika. Mais ces propositions concernent également céréaliers, cadres de terrains et élites rurales. En effet, nous pensons que la participation de tous est nécessaire à la poursuite du renouveau agricole qui se manifeste ces dernières années.

Ces propositions visent avant tout à :

  • rendre plus attractive la production de céréales à travers une meilleure répartition de la valeur ajoutée liée à la transformation des grains,

  • créer un cadre légal à l'informel agricole à travers la mise sur place d'un statut du fermage,

  • revisiter les pratiques du dry-farming à la lumière du progrès agronomique,

  • envisager un plan d'ensemble en abordant les aspects technico-économiques mais également juridiques et fiscaux.

 

1 . Des propositions pour les pouvoirs publics.

 

ECONOMIQUEMENT

Minoteries : Développer la contractualisation

Ce n'est pas au MADR d'assurer le suivi technique des céréaliers sur le terrain. Comme pour les laiteries, ce rôle doit être dévolu aux opérateurs en amont (sociétés d'agro-fourniture, chambre d'agriculture, coopératives paysannes) et en aval de la production (minoteries).

Concernant les minoteries, il s'agit d'étudier l'expérience des réseaux techniques d'appui à la production (Groupe Benamor, SMID Tell) afin de les généraliser. L'attribution de quotas de blé importé pourrait être liée aux efforts déployés par les moulins privés afin d'augmenter la production des céréaliers locaux et donc à les encadrer techniquement. L'expérience marocaine de « l'agrégation » mériterait d'être prise en compte.

 

Exploitations : Réduire les coûts de production

Afin de réduire le fardeau des subventions sur le budget public et afin de faire des céréales une culture aussi intéressante (voir plus que l'élevage du mouton) les pouvoirs publics doivent orienter les exploitations vers des techniques peu coûteuses. Exemple, abandonner le labour et le remplacer par le semis direct. Cela implique une plus grande disponibilité en semoirs low-cost pour semis direct, l'aide à l'achat et à l'emploi de ce type d'engins. Les crédits de campagne pourraient être plus avantageux en cas d'utilisation de ces engins. En amont des barrages, étant donnée l'érosion provoquée par la pratique du labour, ces engins pourraient être les seuls admis.

 

Exploitations : encourager des moulins paysans

Actuellement, les surfaces consacrées au blé dur et blé tendre sont concurrencées par les surfaces réservées à l'élevage. C'est le cas avec la culture de l'orge et la jachère pâturée. Afin de garder une forte attractivité à la culture du blé, les pouvoirs publics devraient encourager la constitution d'ateliers modernes de transformation des céréales au sein de groupements de céréaliers. Afin d'être concurrentiels, ces ateliers devraient bénéficier d'avantages financiers et fiscaux (exonération sur les bénéfices).

 

CCLS : participation à la transformation des céréales

La baisse des revenus pétroliers implique d'envisager de nouvelles rentrées financières pour rémunérer les céréaliers et assurer le fonctionnement des CCLS. La transformation des céréales constitue une activité très rentable. Ce type d'activité devrait être autorisé au niveau des CCLS au moins pour les céréales collectées. Il s'agirait de procéder à une meilleure répartition de la valeur ajoutée obtenue lors de la transformation des céréales. Cette valeur ajoutée est actuellement essentiellement captée par les moulins privés. L'activité de transformation par les CCLS pourrait se faire en rachetant des moulins privés, actuellement en surcapacité, ou en collaborant.

 

Instituts techniques : participation financières des firmes d'amont et d'aval

Afin de donner plus de moyens et de les dynamiser, les instituts techniques dépendant du MADR devraient intégrer dans leur conseil d'administration les firmes d'amont et d'aval de la filière céréales. Cette intégration devrait s'accompagner de paiement d'une participation financière au budget des instituts.

 

JURIDIQUEMENT

Actuellement, c'est un véritable vide juridique qui entoure les exploitations. Dans de telles conditions, des céréaliers sans terre se voient exclus des aides publiques et cantonnés dans l'informel.

 

Fermage : officialiser la location des terres agricoles

Qu'il existe un marché de la location des terres agricoles, cela est normal. Les pouvoirs publics ne doivent pas criminaliser ce genre de pratiques mais les encadrer comme cela se fait à l'étranger. Pour cela, une loi sur le fermage doit être promulguée afin que pour chaque zone agro-climatique, des commissions mixtes définissent annuellement les tarifs de location des terres.

 

Statut des exploitations : éviter le morcellement

Au niveau de certaines exploitations familiales, il arrive que le travail des terres soient confiées à un seul membre de la famille. Il s'agit d'assurer un cadre juridique afin que les co-indivisaires puissent être rémunérés légalement. A cet effet il s'agit de développer des formes juridiques telles les sociétés civiles d'exploitation agricole (SCEA).

 

Coopératives paysannes: offrir des avantages fiscaux

En céréaliculture, il n'existe pas de véritables coopératives paysannes. Les CCLS usurpent cette dénomination. A côté des CCLS, définir des textes statuant sur des coopératives selon le statut international de la coopération (part sociale, un adhérant pour une voix, recrutement du directeur par les adhérents). Ces coopératives concerneraient le secteur des services et de la transformation. A leur côté, des Coopératives d'Utilisation du Matériel Agricole (CUMA) seraient également à encourager.

 

TECHNIQUEMENT

Il s'agit d'agir sur des points prioritaires. Contrairement aux régions d'Europe à climat tempéré qui peuvent pratiquer des semis d'automne ou de printemps, dans le cas algérien toutes les grandes cultures (céréales, fourrages, légumes secs, oléagineux) sont à implanter lors d'une seule période : l'automne. Cela engendre de fortes pointes de travail dans les exploitations.

 

Travail du sol : abandonner le labour

Le labour est une perte de temps et de carburant. Il provoque l'érosion des sols. Les façons superficielles relatives à la préparation du lit de semences qui suivent sont la plupart du temps inadéquates. La solution consiste à remplacer le labour par le semis direct. Il permet de mieux valoriser l'eau du sol et de multiplier par 6 la vitesse de réalisation des semis. Ainsi les semis peuvent être réalisés avant décembre.

 

Désherbage : développer la lutte chimique et mécanique

En milieu semi-aride, les céréales poussent dans un contexte marqué par le manque d'eau. Assurer la lutte contre les mauvaises herbes permet donc de leur assurer une meilleure alimentation hydrique. C'est le principal facteur limitant les cultures. Il s'agit donc de favoriser le désherbage chimique en prenant les mesures permettant une plus grande disponibilité en désherbants et en matériel. Le désherbage mécanique nécessite de rendre disponible bineuses, herses étrilles et houes rotatives. Ces engins, peu sophistiqués peuvent être aisément produit localement. Mais l'usage de ces engins, issus de l'agriculture bio européenne, est pratiquement inconnu en Algérie.

 

Fertilisation : développer la localisation des engrais

En Algérie, les sols calcaires et secs réduisent l'absorption des engrais par les plantes. La solution passe donc par leur localisation au plus près des semences lors du semis. Il faut donc pour cela installer une deuxième trémie à engrais sur les modèles de semoirs conventionnels produits par l'entreprise CMA-SOLA à Sidi Bel-Abbès.

 

FISCALEMENT

Imposer fiscalement les terres en jachère

Actuellement, une proportion non négligeable de surfaces agricoles ne sont pas emblavées (jachère). La mise en œuvre d'un impôt agricole au prorata de la superficie des exploitations agricole pourrait pousser propriétaires et fermiers à les travailler ou les louer. Mais afin d'alléger le coût de l'implantation des céréales pour les petites exploitations ne disposant pas de leur propre matériel, il est important d'assurer une plus large disponibilité en semoirs pour semis direct. En effet, en permettant de s'affranchir du labour, ces engins permettent de réduire les coûts de mécanisation et donc les besoins de financement des exploitants. Plus de surfaces pourraient donc être emblavées chaque année. Ce phénomène a été observé en Espagne avec l'introduction du semis direct.

 

2 . Des propositions pour les céréaliers, cadres de terrains et élites rurales.

Il s'agit là d'actions à entreprendre en dehors des cadres administratifs habituels. Des initiatives peuvent être prises par les céréaliers, les membres de la filière et les élites rurales.

 

JURIDIQUEMENT

Le vide juridique qui entoure actuellement les exploitations ne pourra être comblé au plus vite que par des pressions venues des premiers concernés.

 

Fermage : définir des barèmes de location par chaque wilaya

Face à l'immobilisme des pouvoirs publics concernant le fermage, c'est aux acteurs de terrain de préparer les conditions à la venue de ce statut. Cela peut commencer par la création de commissions locales de fermage au sein de l'UNPA, Chambre d'Agriculture ou associations professionnelles définissant les barèmes de location des terres à céréales. Selon la fertilité des sols des différentes zones dans une wilaya, peuvent être définis des montants de location ; exemple : 4 quintaux de blé par hectare loué et par année.

 

Fermage : définir les fondements du fermage

Les commissions définissant le barème de location des terres agricoles, ou tout autre collectif paysan ou rural pourraient élaborer ce que devrait être la loi sur le fermage. A partir des traditions locales et au regard de considérations juridiques il s'agit de fixer les modalités du bail pour la terre et les bâtiments.

 

ECONOMIQUEMENT

Exploitations : développer des moulins paysans

Etant donnée la rentabilité de la transformation du blé, les céréaliers ont avantage à s'intéresser à ce type d'activité. Cependant, rien n'est prévu afin qu'ils reçoivent les mêmes compensations financières que les moulins privés. Aussi, pour le céréalier, se lancer dans la transformation tout en étant concurrentiel passe par la réduction de ses coûts de production et par la recherche de niches : farine et semoule bio et/ou complète, fabrication artisanale de couscous ou de pâtes alimentaires. Loin d'être une lubie, ce type de démarches est indispensable afin d'arracher des concessions aux pouvoirs publics qui ne privilégient actuellement que les transformateurs.

 

 

AGRICULTURE, LES ANNEES BOUTEFLIKA

UN BILAN EN MI-TEINTE

Djamel BELAID 09.03.2019

 

Encore récemment, Abdelkader Bouazgui, ministre de l'agriculture, se félicitait que l'actuelle production agricole représentait l'équivalent de 30 millions de dollars. Il ne fait aucun doute que, sous la présidence de Bouteflika, la production a augmenté. Mais en examinant de près chacune des filières agricoles, force est de constater que ce bilan est en mi-teinte.

 

SUBVENTIONS ET EFFACEMENT DES DETTES

Dès les premiers mandats du président Bouteflika, l'agriculture est redevenue une priorité nationale. Avec le Programme National de Développement Agricole, la décennie écoulée s'est traduite par une forte augmentation des sommes allouées à l'agriculture - plusieurs dizaines de milliards de dollars. En 2009, sur ordre du président Bouteflika, les banques ont même reçu l'ordre d'effacer les dettes des agriculteurs. A ces largesses dans le secteur secteur agricole, il faut rajouter le budget faramineux du secteur de hydraulique qui a permis la construction de dizaines de barrages. Ils permettent aujourd'hui de retenir 6,5 mètres milliards de mètres cubes d'eau.

 

La manne pétrolière a également concerné le secteur de l'agro-transformation. Elle a permis l'émergence de grands groupes tels Benamor, Metidji ou Cevital dirigé par le médiatique Issad Rebrab. Aux capitaux privés sont parfois venus s'agréger des capitaux venus du Moyen-Orient ou de France.

 

LE MYTHE DES EXPORTATIONS AGRICOLES

Ainsi dopées par les subventions, la production de céréales, légumes, lait, huile et viandes ont connu de notables augmentations. L'actuel ministre de l'agriculture, Mr Abdelkader Bouazghi, ne rate jamais l'occasion de rappeler que la production agricole atteint aujourd'hui une valeur estimée à 30 milliards de dollars.

 

L'arrêt des importations a également encouragé les producteurs: c'est le cas de l'ail ou de la tomate industrielle. Ainsi, aujourd'hui le pays est autosuffisant en pomme de terre et en ail. Des productions primeurs sont mêmes exportées vers la Russie ou le Qatar. Néanmoins, les importations de céréales et de lait en poudre représentent encore 60% des importations de produits alimentaires.

 

Face à la baisse vertigineuse des réserves de change1, l'exportation des produits agricoles est considérée à Alger comme un paliatif à la manne pétrolière. Mais les chiffres sont cruels. Si l'an passé les exportations agricoles ont atteint 57 millions de dollars celles liées aux produits pétroliers ont représenté plus de 30 milliards de dollars. L'idée que le salut viendra de l'export agricole reste fermement ancré dans l'opinion publique. Le mythe de "l'Algérie grenier de Rome" reste vivace. Le défi est de faire aussi bien que le voisin marocain. Ainsi, la chambre d'agriculture d'El Oued s'enorgueillit d'avoir inauguré une chaîne logistique permettant des exportations de dattes par avion.

 

NOURRIR LES HOMMES ET LES ANIMAUX

Mais, avec l'augmentation du niveau de vie, il faut compter avec une évolution du mode de consommation alimentaire. Ces dernières années, la demande en viande et produits laitiers s'est considérablement accrue. Yaourts et fromages sont aujourd'hui présents sur toutes les tables. Ramenés auparavant de France à l'occasion de voyages, ils sont maintenant produit localement. Mais la conséquence est que de plus en plus de superficies sont aujourd'hui consacrées à la production d'orge et de fourrages verts. En Algérie, pays semi-aride, avant de nourrir les hommes, on nourrit les animaux.

 

Et aux vaches et moutons, il faut ajouter les volailles. Pour celles-ci, le modèle d'alimentation repose sur l'importation de maïs et de soja. Bon an mal an, la facture est de 1,43 milliards de dollars. Quand, il y a un an l'éphémère premier ministre du moment a voulu s'attaquer à ce type d'importations, les fabricants privés d'aliments du bétail ont brandit l'arme du licenciement dans une filière qui emploie, entre l'amant et l'aval plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Il s'agit par ailleurs de tenir compte également des besoins locaux en sucre et en huile actuellement importés. Lorsque le médiatique Issad Rebrab se targue d'être le premier fournisseur de sucre, il oublie de signaler qu'il ne fait que rafffiner du sucre brut brésilien.

Cette liste serait incomplète si on ne mentionnait pas les céréales. Ce type d'importations est en constante progression. Les montants annuels – 2 milliards de dollars – consacrés à ces achats extérieurs pésent si lourd qu'il est de plus en plus envisager de ne plus importer de blé dur. Celui-ci, plus rare sur les marchés extérieurs, grève les achats de blé tendre qui sert à confectionner les baguettes parisiennes dont sont si friands les consommateurs des grandes villes. Ce sont 70% des calories consommées localement qui sont importées.

 

SUBVENTIONNER A TOUT VENT NE SUFFIT PAS

Le bilan de l'ère Bouteflika apparait donc en demi-teinte. Les subventions au secteur agricole ont été massives. L'agriculture entrepreunariale a souvent été privilégiée au dépends des petites stuctures pourtant majoritaires. Dans le cas l'attribution de concessions agricoles dans le sud, la durabilité des exploitations a été mise de côté. La plupart des exploitations utilisent des eaux fossiles chargées en sel.

Aurait-on pu faire mieux? Certainement et sans dépenser plus. Là où le bât blesse, c'est au niveau réglementaire. De tous les ministres qui se sont succèdés à l'agriculture, aucun n'a proposé des mesures permettant de moderniser les exploitations agricoles et leur environnement. C'est le cas en matière de coopératives de commercialisation. Les actuelles CCLS sont dirigées par un directeur nommé par la tutelle à partir de la capitale. Le statut du fermage est inexistant. De ce fait, les agriculteurs désirant travailler des terres qui ne leur appartiennent pas sont dans l'illégalité ou "informel" selon la formule d'usage à Alger. Ils ne peuvent consentir à demander de prêts ni être éligibles aux subventions publiques.

Aussi grave est le processus de morcellement des terres lié à l'héritage entre générations. Seules la création par les co-exploitants ou co-ayant droit d'exploitations sous forme de société civile d'exploitation agricoles (SCEA) permettrait de maintenir l'intégrité et la viabilité des terres agricoles.

 

UNE MULTITUDE D'INITIATIVES DE TERRAIN

A cela il s'agit de noter la faiblesse de l'encadrement technique des exploitations. Si nombre de techniciens dépendant de structures administratives se démènent avec les moyens de bord pour vulgariser de nouvelles techniques, beaucoup restent sous employés. Suite à la dynamique de l'investissement publique, le secteur de l'agro-fourniture et de la transformation s'est considérablement étoffé. Plusieurs laiteries privés telles Danone-Djurdjura ou Soummam assurent un suivi technique des éleveurs. Cette dernière n'a pas hésité des éleveurs à acquérir des enrubanneuses afin d'assurer une meilleure conservation de leur fourrage. Même démarche avec certaines minoteries ou transformateurs de tomate industrielle. Dans le cas des minoteries, c'est le fort pourcentage d'impuretés dans les livraisons de grains qui a motivé des industriels. Dans le cas de la conserverie liée au Groupe Benamor, la fourniture de plants et un suivi technique, a permi de trippler les rendements. La multiplication de salons et de foires agricoles a permis également de faire connaître ces nouveaux matériels et procédés. Les technico-commerciaux de nombreuses firmes parcourent la campagne pour faire connaître produits phyto-sanitaires, matériel de culture ou d'élevage. Le désherbage chimique des céréales connaît un renouveau tandis que nombre d'étables se voit doter d'abreuvement automatique.

A El-Oued, à partir des pivots de large dimension, des artisans soudeurs ont mis au point des engins plus modestes. Ces engins ont permis le succès de la culture de la pomme de terre. Face au développement des cultures maraîchères sous serre, le président de la filière en question milite pour des coopératives permettant le conditionnement et le stockage des produits avant exportation.

 

Telle une chrysalide, l'agriculture de l'ére Bouteflika se développe et se transforme. Elle reste corsetée par une législation ancienne et les traditions tatillonnes d'une administration centralisée. Mais elle porte en elle-même les graines du changement.

 

1Devant les députés, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, a indiqué le 23 décembre dernier que les réserves de change du pays étaient de 82 milliards de dollars fin novembre contre 97 milliards de dollars fin 2017.

 

20 ANS DE POLITIQUE AGRICOLE AVEC BOUTEFLIKA

Nourrir 40 millions d'Algériens ?

Djamel BELAID Ingénieur agronome. 6/03/2019

 

Les dernières manifestations qu'a connu l'Algérie concernent le désir d'un 5ème mandat du président Bouteflika. Mais ces prochaines années, dans les rues d'Alger, si les prix du pétrole venaient encore à baisser, il faudrait s'attendre à des émeutes de la faim. Certes l'agriculture locale a fait l'objet de notables progrès, mais pour de nombreux aliments de base: céréales, lait, huile ou sucre le recours aux importations1 reste de mise. Comment nourrir 40 millions d'Algériens?

 

UNE SITUATION PREOCCUPANTE

En Algérie, c'est une population de 40 millions d'habitants que l'agriculture locale doit nourrir. Or, avec la récente remontée du taux de natalité, ce sont 1 million de bouches à nourrir qui s'ajoutent chaque année. Si en 1962, chaque habitant, disposait d'un hectare de terre agricole, ce ratio est aujourd'hui tombé à 0,2 hectare. La majorité de la population vivant à moins de 10 km du littoral, la pression urbaine est forte sur les terres les plus fertiles. Ainsi, la Mitidja, autrefois pays des oranges, est aujourd'hui rongée par le béton.

Avec le réchauffement climatique, les terres de l'intérieur du pays ont vu la moyenne des précipitations baisser de 50 à 100 mm. Les terres sont par ailleurs menacées par l'érosion et la désertification. Dans le grand sud la mise en valeur n'est possible que grâce à un arrosage continu à partir de l'eau prélevée dans les nappes préatiques. Si ces réserves en eau sont considérables, elles n'en demeurent pas moins non renouvelables. Et le sel contenu dans ces eaux fossiles stérilise peu à peu les sols obligeant les agriculteurs à déplacer leurs pivots d'irrigation tous les 4-5 ans.

 

NOURRIR LES HOMMES ET LES ANIMAUX

Dès les premiers mandats du président Bouteflika, l'agriculture est redevenue une priorité nationale. Avec le Programme National de Développement Agricole, la décennie écoulée s'est traduite par une forte augmentation des sommes allouées à l'agriculture - plusieurs dizaines de milliards de dollars. En 2009, sur ordre du président Bouteflika, les banques ont même reçu l'ordre d'effacer les dettes des agriculteurs. A ces largesses dans le secteur secteur agricole, il faut rajouter les budgets faramineux du secteur hydrulique qui ont permis la construction de dizaines de barrages. Ils permettent aujourd'hui de retenir 6,5 mètres milliards de mètres cubes d'eau.

La manne pétrolière a également concerné le secteur de l'agro-transformation. Elle a permis l'émergence de grands groupes tels Benamor, Metidji ou Cevital dirigé par le médiatique Issad Rebrab. Aux capitaux privés sont parfois venus s'agréger des capitaux venus du Moyen-Orient ou de France.

Ainsi dopées par les subventions, la production de céréales, légumes, lait, huile et viandes ont connu de notables augmentations. L'actuel ministre de l'agriculture, Mr Abdelkader Bouazghi, ne rate jamais l'occasion de rappeler que la production agricole atteint aujourd'hui une valeur estimée à 30 milliards de dollars.

 

L'arrêt des importations a également encouragé les producteurs: c'est le cas de l'ail ou de la tomate industrielle. Ainsi, aujourd'hui le pays est autosuffisant en pomme de terre et en ail. Des productions primeurs sont mêmes exportées vers la Russie ou le Qatar. Néanmoins, les importations de céréales et de lait en poudre représentent encore 60% des importations de produits alimentaires.

 

Face à la baisse vertigineuse des réserves de change2, l'exportation des produits agricoles est considérée à Alger comme un paliatif à la manne pétrolière. Mais les chiffres sont cruels. Si l'an passé les exportations agricoles ont atteint 57 millions de dollars celles liées aux produits pétroliers ont représenté plus de 30 milliards de dollars. L'idée que le salut viendra de l'export agricole reste fermement ancré dans l'opinion publique. Le mythe de "l'Algérie grenier de Rome" reste vivace. Le défi est de faire aussi bien que le voisin marocain. Ainsi, la chambre d'agriculture d'El Oued s'enorgueillit d'avoir inauguré une chaîne logistique permettant des exportations de dattes par avion.

 

Mais, avec l'augmentation du niveau de vie, il faut compter avec une évolution du mode de consommation alimentaire. Ces dernières années, la demande en viande et produits laitiers s'est considérablement accrue. Yaourts et fromages sont aujourd'hui présents sur toutes les tables. Ramenés auparavant de France à l'occasion de voyages, ils sont maintenant produit localement. Mais la conséquence est que de plus en plus de superficies sont aujourd'hui consacrées à la production d'orge et de fourrages verts. En Algérie, pays semi-aride, avant de nourrir les hommes, on nourrit les animaux.

 

L'AGRICULTURE DES POSSIBLES

Si au sud, les réserves limitées en eau font de l'actuel développement agricole un pari douteux, plus au nord existent de réelles réserves de productivité. Une part importante des terres reste restent en jachère du fait de pratiques dépassées. L'irrigation d'appoint reste balbutiante. Quant à l'appui technique, bien que l'agro-fourniture fasse une percée remarquée, il reste le plus souvent aux mains d'administratifs. Si les lois sur les associations ont permi l'émergence de chambres d'agriculture celles-ci restent trop souvent vues comme des passages obligés pour recevoir des subventions. Dans le domaine céréalier, il n'existe pas de coopératives paysannes assurant l'encadrement des producteurs et la valorisation de leurs productions. Quant au fermage, il est inexistant. Par manque de statut, un propriétaire désirant louer ses terres ne peut le faire légalement.

Depuis peu de nombreuses fermes pilotes font l'objet de partenariats public-privé. Ce système a notamment permis le développement rapide d'une arboriculture moderne.

Les partenariats concernent également les capitaux étrangers. Des investisseurs américains sont actuellement associés à la production de lait et de céréales comme à Brézina. Danone a racheté une laiterie locale et s'active dans les produits laitiers. L'amont et l'aval sont également concernés: l'entreprise Sola (Espagne) construit des semoirs à Sidi Bel-Abbès alors que Galucho (Portugal) produit du matériel aratoire. La filiale Sanders du groupe français Avril fabrique des aliments du bétail à Aïn Defla. Face aux récentes restrictions des importations, une autre filiale de ce groupe français produit depuis peu de la mayonnaise.

Effet de la loi 51-49% sur les investissements? En tout cas la participation des entreprises françaises reste prudente et cela malgrè le patient travail du précédent ambassadeur de France en Algérie. Bernard Emié n'a jamais ménagé sa peine pour renforcer les liens avec les agro-transformateurs locaux (Grands Crus de l'Ouest ou Groupe Metidji). Face au forcing des entreprises, chinoises, turques ou russes avec le blé de la mer Noire, les entreprises françaises ont des positions privilégiées du fait de la proximité géographique et culturelle. Sauront-elles être au rendez-vous?

1Les importations de produits alimentaires ont atteint 4,59 milliards de dollars entre janvier et fin juin 2018 contre 4,43 milliards durant la même période de 2017, soit une hausse de 3,45%.

2Devant les députés, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, a indiqué le 23 décembre dernier que les réserves de change du pays étaient de 82 milliards de dollars fin novembre contre 97 milliards de dollars fin 2017.

 

 

 

TIARET, UN WALI OFFENSIF

"EL ARDH LI MANE YOUKHDIMOUHA ET PAS LI IBISNASS BIHA"

 

Djamel BELAID 12.12.2018

C'est un wali à l'offensive qui en ce début de mois de décembre qui a rassemblé les cadres du secteur agricole pour faire le point sur la situation locale. S'exprimant d'abord en langue arabe, Mr Abdessalam Bentouati, wali de Tiaret a, au bout d'un moment, utilisé la langue de Voltaire pour mettre en garde les faux investisseurs et pour appeler cadres agricoles et agriculteurs à plus d'efforts ?

 

DES RESULTATS EXCEPTIONNELS GRACE A ALLAH MAIS PAS GRACE AUX HOMMES

Le wali a noté les résultats exceptionnels en matière de céréales. Faisant sans doute référence aux pluies de la campagne écoulée, il a ainsi déclaré que c'était grâce à la volonté divine qu'un tel résultat avait été obtenu. Alors qu'on aurait pu penser que c'était là les traditionnelles paroles afin de satisfaire les plus bigots des participants, il a ensuite ajouté que ce résultat n'était pas attribuable aux hommes du secteur agricole. Retenant son souffle, l'assistance est restée bouche bée. Dans la salle, on aurait pu entendre les mouches voler.

Poursuivant, Mr Bentouati a explicité son propos : « que ce soit en matière d'irrigation d'appoint ou de la fertilisation, la productivité du secteur des céréales est loin des normes universelles ». Il a aussi indiqué qu'il ne se satisfaisait d'une classification de la wilaya à la 17 ème place quant aux résultats dans le secteur agricole.

 

EN FINIR AVEC LES EFFETS D'AUBAINE

Le wali s'est surtout insurgé contre la mentalité des pseudos investisseurs qui accourent à chaque projet de distribution de concessions agricoles comme le feraient de prétendus bénéficiaires de logements sociaux. « L'investissement dans l'agriculture, ce n'est pas l'attribution de logements sociaux » a-t-il déclaré.

Il a annoncé être en possession d'une liste de 32 investisseurs potentiels locaux qui représentaient une véritable force avec près de 2 millions de dollars d'investissement. « Il leur suffit d'un seul claquement de doigts pour qu'ils accourent à conditions qu'il y ait un accord en bonne et due forme. Ils viendraient avec armes et bagages » a-t-il ajouté.

 

Il a indiqué qu'à « Rechgaia tous les autochtones qui avaient déposé des dossiers étaient confortés » mais qu'il ne souhaitait plus de pratiques mafieuses. « Que ces gens là se taisent sinon ils seront poursuivis devant les tribunaux ».

 

PLACE AUX VRAIS INVESTISSEURS

Il faut en finir avec ceux qui se disent « je vais à Tiaret car ils donnent des terres agricoles et des logements sociaux ». Il a poursuivi (propos retranscris de la vidéo):

« J'ai invité à une réunion de travail les investisseurs du secteur agricole. Sur les 32 pré-selectionnés, tous étaient présents.

Je remercie à ce propos le Bneder pour le travail de préparation des dossiers. Tous répondent à une acceptabilité sociale. De même que le responsable de l'hydraulique est à féliciter pour son travail et sa présence à nos côtés.

L'ancien DSA est également à féliciter. Il est aujourd'hui présent dans la salle même s'il est actuellement affecté à la wilaya de Tlemcen. Je le remercie car il a cru en notre démarche et motivation.

 

Il y a aujourd'hui des investisseurs qui se sont lancés, il y a trois ans dans la production d'olives et qui aujourd'hui pressent leur première récolte et sont en mesure de commercialiser une huile qu'ils peuvent vendre à 800 DA le litre3."

 

EN JANVIER, UN PLAN DACTION POUR TIARET

Mr Bentouati a également annoncé : « En janvier, nous organiserons des journées de réflexion sur le secteur agricole. Cela se fera au niveau de chaque filière. Nous en comptons une vingtaine depuis la production de safran à celle des céréales.

Avec la profession et l'aide du ministère de l'agriculture nous souhaitons faire de Tiaret une wilaya pionnière ».

 

C'est là un beau projet de la part d'un responsable local.  Mais, il est regrettable que des présidents d'APC, d'APW, des chefs de daïra et des walis n'aient pas les éléments clés techniques pour débloquer la situation sur le terrain.

 

Concernant la céréaliculture, nous souhaiterions proposer à ce wali (et aux autres décideurs locaux) de mettre sur pied un groupe de céréaliers et d'artisans soudeurs pour mettre au point un semoir low-cost pour semis direct (sans labour). Cette méthode est la seule qui réponde aux conditions climatiques, agronomiques et économiques de Tiaret. Il existe à la station ITGC de Sétif un exemplaire de semoir syrien qu'il s'agirait de copier (et d'améliorer).

 

Mr LE WALI N'ATTENDEZ PAS CMA-SOLA

A la wilaya de Tiaret, et à son wali, d'impulser le même succès de la wilaya de Oued Souf. Dans cette wilaya, ce sont des fellahs et des artisans soudeurs qui ont inventé les pivots rotatifs qui ont permis le succès de la pomme de terre. En zone céréalière, face à la criminelle inertie de certaines entreprises publiques, c'est à la filière de fabriquer ses propres outils dont ce semoir.

 

Mr le wali, attendre indéfiniment que l'entreprise CMA-SOLA se bouge pour fabriquer ce type de semoir est une perte de temps. Dès les prochains semis, il vous faudrait 50 de ces semoirs pour remonter le classement de la wilaya. Pensez à ces semoirs lil ou n'har monsieur le wali (ainsi que tous les patriotes qui veulent le succès de notre céréaliculture).

 

Mr LE WALI, PENSEZ VALEUR AJOUTEE

Espérant que Mr le wali nous lise, nous aimerions lui dire que pour assurer le succès de notre céréaliculture, il faut que cette culture rapporte financièrement beaucoup plus céréaliers. Pour cela, il y a un moyen radical. Permettez aux céréaliers d'écraser leur récolte de blé dur pour en faire de la semoule (comme le font les moulins privés qui engrangent des fortunes). En lui permettant de récupérer cette valeur ajoutée, le fellah sera ainsi amené à emblaver toutes ses terres en jachère, à mettre de l'engrais, à désherber et à faire de l'irrigation d'appoint. Mais pour cela, il faudrait que les CCLS prennent l'initiative  de se lancer dans ce type de transformation.

 

A défaut des CCLS, pourquoi ne pas imaginer des G.I.E paysans qui se doteraient des moyens pour écraser le grain mais aussi bénéficieraient des mêmes restitutions financières que les moulins privés.

 زرع بدون حرث  POUR REDUIRE VOS COUTS, SEMEZ SANS LABOURER

 

 

APAB, L'ALLIANCE DU LAIT ET DES SODAS

Patrons de toutes wilaya, unissez vous !

Djamel BELAID 26.11.2018

 

Les patrons algériens ont réellement le sens de l'innovation. Surtout ceux du secteur des sodas et du lait. Non pas qu'ils aient créé un moyen afin de réduire leurs coûteuses importations de poudre de lait et de sucre. Ces deux catégories de patrons se sont unis au sein d'une même association patronale pour mieux peser sur les décisions de pouvoirs publics pris à la gorge par la baisse des cours du prix du pétrole.

 

UNE INITIATIVE POSITIVE

En un sens, cette initiative est positive. Les pouvoirs publics ont ainsi face à eux des interlocuteurs, certes plus forts, mais identifiés. Cela peut permettre d'établir le dialogue si nécessaire avec les opérateurs économiques. Qu'on en juge : face au secteur de l'informel, l'Etat n'a pas d'interlocuteurs et à part des mesures coercitives, il n'a pas prise sur ce secteur de l'économie.

 

Sur certains points, l'APAB-Soda présente un bilan positif. En effet, il s'agit de l'une des seules filières qui se soit structurée de façon indépendante. Dans le cas des minoteries ou des mandataires en fruits et légumes cela n'est pas le cas. Son bilan positif concerne surtout la réduction les discussion avec les services de l'Etat sur la réduction du taux de sucre dans les boissons. L'APAB mène également un combat interne à la filière afin de normaliser les produits de la filière ainsi que les normes d'hygiène. Si cela permet de rehausser la confiance des consommateurs vis à vis de ce type de boissons, c'est également un moyen d'écarter des concurrents qui pourraient leur faire de l'ombre.


On se rappelle les propos dédaigneux de Mr Othmani, PDG de NCA Rouiba, à l'encontre des petits limonadiers informels préparant des boissons dans des baignoires. On aurait pu s'attendre à ce que l'APAB tende la main à ces jeunes investisseurs pour les guider vers de meilleures pratiques.

 

Au delà de l'injonction concernant la baisse des taux de sucre, les pouvoirs publics devraient inciter les limonadiers à une substitution , même partielle, des importations de concentrés de jus et de sucre. Ces patrons devraient être encouragés, voire incités, à aider les agriculteurs à produire des extraits de fruits ou des produits sucrant (sucre de dattes, sirop de glucose obtenu à partir de pomme de terre, stevia, …).

 

LAIT, LA BATAILLE POUR L'OR BLANC

Mais ce qui a motivé cette soudaine alliance du lait et du soda réside dans la baisse des quotas de poudre de lait attribués aux laiteries privées. Le montant de importations de cette matière atteint aujourd'hui des montants faramineux. La situation devient intenable dans un contexte de baisse des prix du pétrole. Les patrons des laiteries privées se plaignent également du mode d'attribution de ces quotas et de la non possibilité de réceptionner cette marchandise dans le port de leur choix.

 

Il est à espérer que réunis dans une même structure professionnelle, les patrons des laiteries privées essayent d'innover. Ils disposent de moyens modernes dont ceux de l'emballage. Au delà du lait de vache, il existe des « laits » dit végétaux. Ces laits sont en fort développement à l'étranger. Ils sont le fait de plusieurs sociétés : SojaSun.fr ou Bjorg.fr pour n'en citer que les plus connues. Il serait intéressant que l'Apab-lait se dote d'un laboratoire de recherche afin de mettre au point de tels laits végétaux. Ceux-ci sont à base de soja, de riz, d'orge ou d'amandes. Il y a tout un pan de l'industrie laitière à développer. On pourrait penser à des laits mixtes : lait de vache coupé au lait végétal, lait végétal aromatisé au chocolat, à la fraise ou à la vanille. De telles produits pourraient soulager les finances publique, créer de l'emploi local et soutenir la production agricole. Ainsi, auparavant, du fait de sa faible taille, la production locale d'amandes était confidentielle. Or, grâce aux subventions du PNDA, par exemple à Djelfa, des investisseurs commencent à produire des quantités phénoménales d'amandes. Il y aurait ainsi de quoi tester la production de lait d'amandes.

 

LAITERIES, DES PATRONS ENCORE TROP HITTISTES

Si les patrons des usines de boissons sont totalement liés aux importations de leur matière première (concentré de jus, sucre, malt, …), ceux des laiteries le sont un peu moins globalement. En effet, cette catégorie de patrons peut s'enorgueillir de contribuer à la productions de lait frais local. C'est le cas des laiteries Soummam, Djurdjura-Danone et d'une kyrielle de petits établissements. Cette aide se fait le plus souvent par l'aide aux éleveurs dans l'acquisition de génisses, d'aliments de bétail, de matériel de récolte des fourrages, de soins vétérinaires voire d'avances sur revenu. Mais la situation est telle, que ce mouvement doit être amplifié et étendu à l'ensemble des laiteries privées et publiques. Il est regrettable que des laiteries coopératives ne soient pas encouragées. La valeur ajoutée des activités qu'elles pourraient créer irait dans la poche des éleveurs et pourrait contribuer à rendre l'élevage laitier plus rémunérateur. Actuellement, l'or blanc va uniquement dans les poches d'urbains ayant investi dans la collecte et transformation du lait : éleveurs, consommateurs et pouvoirs publics sont les grands perdants d'une telle organisation de la filière.

 

POUDRE DE LAIT, REVOIR LE MODE DE COMMERCIALISATION

L'Algérie est l'un des seul pays au monde à utiliser des sachets plastique pour le lait . Il s'agit de revoir le mode de commercialisation de la poudre de lait. Pourquoi la faire reconditionner par des industriels qui, au passage, en détourne une partie pour faire des yaourts et du fromage ? Il serait plus logique, comme en Chine et en France, de commercialiser la poudre de lait au détail directement vers le consommateur. Cela, par exemple sous forme de paquets de 300 grammes.

 

 

Ces deux secteurs lait et sodas sont très consommateurs en intrants importés de l'étranger. La constitution d'unions professionnelles dédiées à ces activités constituent une bonne nouvelle. A condition que cela permettent la concertation entre industriels afin d'innover techniquement et non pas seulement comme moyen de pression contre les pouvoirs publics. Quant à ceux-ci, ils ne seront que plus respectés par ces industriels et les consommateurs en favorisant transparence et incitation à l'innovation.

 

 

 

 

5 EME MANDAT, MEME LE LAIT CONCERNE ?

Quand le débat sur la production de lait devient politique.

Djamel BELAID 2.11.2018

Un récent article1 du site « Maghreb Emergent » concernant la filière lait en Algérie trace un bilan catastrophique de la situation de ce secteur. Certes, le montant des importations de poudre de lait est affolant. Ces importations nous coûtent de plus en plus cher. Cependant à ne voir que des aspects négatifs dans un secteur où nombre d'éleveurs laitiers, laiteries et entreprises déploient des trésors d'innovations techniques révèle d'une certaine myopie ; à moins que l'auteur ne soit utilisé à son insu pour de sombres desseins. La négation des réussites de ces dernières années est prégnante. C'est à se demander si le débat économique n'est pas contaminé par le débat politique.

 

L'ARTICLE EN QUESTION

Ce qui est troublant dans un tel article est la litanie des dysfonctionnements constatés. Nulle intention de notre part de les masquer. Mais analyser un problème, c'est déjà trouver la cause d'un dysfonctionnement. Donc, à tout problème, doit suivre des propositions de solutions. Mais, là nulle trace de propositions (si ce n'est pour « de grands élevages »). A part, parfois quelques rapides généralités : « mise en place de modules des grands élevages pour élever cette filière au rang d’un tissu industriel par l’acquisition de la technologie des conduites informatisées des cheptels ». Faut-il absolument passer par un ordinateur pour nourrir une vache ? Si une gestion rigoureuse d'un atelier bovin passe par l'outil informatique, l'urgence actuelle est de mieux valoriser les fourrages disponibles.

A ce petit jeu, c'est à se demander s'il ne s'agit pas là d'une tentative de réponse aux dernières assises de l'agriculture. C'est une hypothèse que nous soumettons à l'attention de chacun. En effet, selon certains observateurs, celles-ci n'auraient eu pour seul but d'établir par des laudateurs patentés un bilan positif du secteur agricole et ainsi apporter un soutien à l'idée d'un cinquième mandat présidentiel.

Que ce soit de la part d'un camp ou de l'autre, l'agriculture doit rester loin des querelles de chapelles. Ce secteur a besoin d'analyses, de bilans, de prospectives constructives. L'enjeu de nourrir 40 millions d'habitants dans un pays à dominante semi-aride et aride est trop grand pour se prêter à des luttes d'influence ou à des constats béats sur une impuissance présumée de notre agriculture.

 

SUR LA RENTABILITE DES PETITES EXPLOITATIONS

Les petites exploitations sont raillées dans l'article. Or, il est établit que de petites exploitations agricoles peuvent avoir une rentabilité meilleure à de grands complexes. Par ailleurs, comme le note l'agro-économiste Omar Bessaoud, l'agriculture algérienne emploie un million de familles. Leur travail permet de satisfaire, en partie, les consommateurs. Leur travail leur permet ainsi d'avoir un revenu. Confier notre agriculture à de seules entreprises de grandes taille, c'est denier la contribution du secteur agricole à l'emploi. Par ailleurs, la politique de l'emploi en milieu agricole et rural est le seul moyen d'éviter l'exode rural. Nourrir encore plus de populations urbaines entassées dans des agglomérations, la plupart du temps situées sur les meilleures terres agricoles n'aurait pas de sens.

 

Quant aux grands complexes laitiers installés en plein désert que nous promettent des investisseurs américains, leur réussite est aléatoire. Les lobbyistes pro-américains sont à l'oeuvre. Mais à part des consortiums véreux venus des USA car attirés par le soutien que consentent les pouvoirs publics, nous n'avons pas vu de réalisations concrètes.

Par contre dans la région du M'Zab, des investisseurs locaux, installés sur des exploitations à taille humaine, ont su mobiliser des ressources fourragères pour développer la production locale de lait.

 

POUDRE DE LAIT, MIEUX MAITRISER LE MARCHE

Le montant de la facture liée aux importations de lait en poudre est de plus en plus élevée. Cette situation n'est pas tenable. Aux pouvoirs publics de réagir. Nous aurions aimé quelques suggestions de la part des contradicteurs.

Selon les potentialités climatiques et agricole, les pouvoirs publics doivent conditionner la délivrance aux laiteries de quota de poudre de lait par l'engagement de celle-ci dans la production locale – directe ou indirecte - de lait frais. Cette production pouvant se faire par l'investissement dans des fermes laitières, mais surtout par l'encadrement technique des éleveurs.

Quant à la distribution du lait en poudre, elle pourrait être revue. Actuellement, la méthode de reconditionnement par ajout d'eau est privilégiée. De nombreuses laiteries en profitent pour « faire leur beurre ». Elles détournent cette poudre pour faire du fromage et ainsi maximiser leurs marges bénéficiaires. Question : dans de nombreux pays, le lait en poudre est commercialisé sous forme de paquets de 300 grammes et ce sont les consommateurs qui rajoutent chez eux de l'eau pour en faire du lait. Pourquoi ne pas faire de même en Algérie ? Les livraisons de poudre de lait aux laiteries seraient alors réservées à la seule production de fromages et de déserts lactés et donc facturés comme il se doit.

 

PRODUCTION DE LAIT FRAIS, POUR ALLER DE L'AVANT

Les éleveurs et les professionnels de la filière ont certainement des suggestions afin de développer la production. A Sétif, la coopérative d'élevage Anfel produit du « mash fourrager », une sorte de mélange de différents aliments et fourrages qui améliore les performances des animaux. A Constantine, les éleveurs laitiers ont été aidé par laiterie Soummam pour bénéficier d'enrubanneuses et mieux conserver leur fourrage. Dans le Haut-Chélif, des laiteries recrutent des vétérinaires et les mettent à la disposition des éleveurs adhérents. Le centre national d'insémination animale propose des méthodes modernes pour améliorer la rentabilité des élevages.

Aux décideurs régionaux d'agir sur ces différents leviers. Il existe des solutions concrètes pour améliorer la production et répondre aux pleureuses qui ne voient que dysfonctionnements et font silence des réussites.

Parmi, toutes ces solutions techniques et organisationnelles, il nous semble que développer le soutien technique des éleveurs par les laiteries privées et publiques est d'une urgence nécessité. Ces laiteries captent l'or blanc des éleveurs. A elles d'investir dans la production. Et d'ailleurs, certaines jouent le jeu. A cet égard l'analyse de leur expérience à des fins de généralisation s'avère urgente.

 

POUVOIRS PUBLICS, DIRE LA VERITE AUX ALGERIENS

Promettre à chaque consommateur algérien – 40 millions de consommateurs - du lait et des produits laitiers est une voie hasardeuse. Cette stratégie repose sur l'importation d'aliments concentré pour bétail et de poudre de lait. Tôt ou tard, face à la chute des revenus pétroliers et à l'augmentation des besoins de la population, cette voie apparaîtra comme un échec. Aux pouvoirs publics d'informer les consommateurs de l'impossibilité pour nous de suivre le modèle de consommation occidental.

Ainsi, il est impensable de songer à des steacks « Made in Algeria » pour tous. La filière d'engraissement de jeunes veaux localement peut être améliorée par l'importation de veaux des ex-pays de l'Est, par l'amélioration des disponibilités locales en fourrages et de la conduite. Mais les énormes besoins en eau qu'exige ce type de production ne pourra jamais en faire un produit de large consommation (sauf pour les hauts revenus). Mais proposer des steacks végétaux est une voie à explorer.

Dès aujourd'hui, il s'agit de proposer aux consommateurs locaux des produits de substitutions : laits végétaux ainsi que fromages et déserts lactés dérivés de ce type de lait. En la matière il s'agit de s'inspirer des innovations du secteur agro-alimentaire des firmes étrangères orientées vers la satisfaction des consommateurs européens végétariens.

A ce titre, il est indécent de voir des investisseurs locaux penser à exporter des produits laitiers en Mauritanie comme le propose Falait avec son fromage Tartino.

 

En définitive, face aux insuffisances et dysfonctionnements dont se gaussent les détracteurs, nous pensons qu'il existe des alternatives. Cependant, à différents niveaux des institutions, les pouvoirs publics restent dans une position attentiste par incompétence technique et organisationnelles et par effet des pressions de lobby. Mais pour notre part, surtout en ce début de mois de Novembre, nous sommes loin de tomber dans le défaitisme. Aux patriotes en tout point du territoire et à différents niveaux des filières animales de relever le défi. D'autres, avant nous en Novembre 1954 ont relevé des défis bien plus grands. La profession agricole en est capable. Encore faut-il que contrairement aux détracteurs et pleureuses de tout bord, nous soyons déterminés, après une analyse sans complaisance de la situation, à formuler des propositions constructives.

Nous en sommes capables.

1“La production algérienne de lait ne couvre que 15% des besoins locaux” (Akli Moussouni). Par Maghreb Émergent. 28 octobre 2018

IMPORTATIONS DE BLE RUSSE PAR L'ALGERIE

Interview accordée à Dziri.com

25/10/2018

 

1/Quelle est votre appréciation du bilan de la production céréalière de l'Algérie 2018?

Incontestablement, cette récolte de 60 millions de quintaux de céréales montre les progrès de la filière. Certes, les pluies ont été abondantes mais elles n'ont fait que valoriser les efforts des céréaliers. La production locale de tracteurs n'a jamais aussi été élevée. Cette meilleure disponibilité en moyen de traction permet d'emblaver plus de surfaces. Grâce à la mise en service de nouveaux équipements fournis par la société turque Akyurek, l'OAIC, à travers ses CCLS, a contribué à couvrir les besoins en semences certifiées. Ce matériel moderne a considérablement renforcé les capacités déjà existantes. Outre, la qualité des semences, les CCLS ont été en mesure de fournir avec 50 jours d'avance les céréaliers. Cela a réduit les semis tardifs qui pénalisent fortement les rendements. Un autre facteur, trop souvent oublié, est la présence sur le terrain des firmes d'agro-fournitures. Qu'il s'agisse d'investisseurs privés ou de grands groupes étrangers (Syngenta, Timac Agro filiale du Groupe Roullier), les campagnes sont aujourd'hui quadrillées par des réseaux de technico-commerciaux qui réalisent un véritable travail de vente et de vulgarisation. Cette année par exemple, à travers sa campagne Saba-Plus, Syngenta-Algérie a animé de nombreuses journées techniques en salle et sur le terrain à travers la visite de parcelles d'essais. Ainsi, aujourd'hui de nombreux céréaliers utilisent comme désherbants les mêmes molécules que les gros céréaliers du bassin parisien. En matière d'engrais au traditionnel super-phosphate, est venue s'ajouter une foule de formulations plus efficaces.

Concernant les surfaces irriguées, elles progressent que ce soit celles en irrigation de complément ou dans le sud les surfaces sous pivot.

Nombre d'ingénieurs agronomes et de techniciens – voire d'universitaires investissant dans le secteur agricole – sont présents dans les exploitations. Nombreux sont ceux qui mettent en pratique des techniques modernes : semis direct à Sétif ou traitements fongicides à Constantine. Le non-labour avec semis direct permet de réduire de 40% les coûts de mécanisation et de semer 6 fois plus vite. A Sétif, un groupe de céréaliers, conseillés par des universitaires, vont jusqu'à analyser chaque hiver l'azote du sol afin d'affiner les doses d'engrais azotés à apporter au printemps. Ainsi, aux côtés d'agriculteurs traditionnels, apparaît une nouvelle catégorie de céréaliers performants.

 


2/Comment jugez-vous la dépendance de l'Algérie à l'importation des céréales, autrement avons-nous les moyens de devenir indépendant à l'importation à moyen terme?

Actuellement, l'autonomie en céréales est impossible. En effet, l'Algérie ne possède pas de vastes plaines avec du tchernoziom, ces sols noirs de Russie et d'Ukraine disposant de 3 à 10% de matière organique et profond de 1 à 6 mètres. En Algérie, les sols sont peu épais et n'ont, en moyenne, que 1 à 1,5% de matière organique. Ils reposent pour beaucoup sur une couche de calcaire peu favorable au développement des racines. Par ailleurs, la population algérienne augmente rapidement. Le consommateur désire plus de viandes et de produits laitiers. D'où les surfaces en orge consacrées à nourrir les animaux. L'objectif immédiat est donc avant tout de réduire les importations de blé tendre.

Pour cela, il existe de fortes réserves de productivité. Un expert australien a dit de l'Algérie que nous avions 30 ans de retard sur ce qui se fait aujourd'hui en Australie. S'il nous faut poursuivre les efforts en matière d'irrigation de complément, dans le cas des cultures non irriguées, il s'agit surtout de définir les itinéraires techniques les mieux adaptés à nos conditions. Ainsi, une grande majorité d'agriculteurs continuent à labourer le sol. Or, labourer prend du temps, coûte cher, assèche le sol et favorise l'érosion d'où un envasement des barrages. Concernant les engrais, le fort taux de calcaire et le déficit hydrique nous oblige à localiser les engrais au semis. Quant au désherbage, sous nos conditions, il est vital afin de réserver le peu d'eau du sol aux seuls plants de blé. Or, qu'il soit mécanique ou chimique, le désherbage reste encore non généralisé. Seuls des itinéraires techniques économes en eau et sobres en matériel et intrants nous permettrons d'intéresser les céréaliers à cultiver plus de blé.

Il s'agit donc de mettre à leur disposition le matériel nécessaire et les formes d'organisation les plus appropriées. Nous ne produisons ni les semoirs qui permettraient de s'affranchir du labour et de localiser les engrais ni les herses étrilles et autres houes mécaniques qui permettraient aux petits fellahs de désherber mécaniquement à moindre frais. Pourtant, à Oued Souf, des artisans soudeurs ont su concevoir les pivots artisanaux qui ont permis le succès de la pomme de terre dans cette région. Il est à espérer que cette succes story soit réitérée dans le cas des céréales avec la fabrication locale de semoirs low-cost pour semis direct. Un cluster machinisme agricole mériterait d'être mis sur pied.

Quant aux formes d'organisation, si les chambres d'agricultures sont encore à leur début, il doit y avoir à leurs côtés des coopératives céréalières paysannes. Comme dans les grands pays agricoles, indépendantes d'une bureaucratie tatillonne, elles doivent pouvoir recruter elles même directeur, ingénieurs et techniciens avec un seul mot d'ordre : « l'obligation de résultats ». Elles doivent pouvoir également transformer le grain en semoule, voire en pâtes alimentaires et ainsi produire plus de valeur ajoutée. C'est là le moyen de rendre plus attractif la culture des céréales et de pérenniser cette attractivité. Actuellement l'élevage du mouton reste très rémunérateur, et si ce n'étaient les subventions publiques, bon nombre de terres à blé seraient consacrées exclusivement au mouton. C'est dire l'urgence de revisiter nos façons de faire.

En attendant, il s'agit d'orienter les transformateurs vers la création de réseaux d'appui technique aux céréaliers comme le font groupe Benamor ou Smid Tell. Dans le cas de la tomate industrielle, ce sont des conserveries qui ont vulgarisé les techniques modernes permettant de tripler les rendements. Des laiteries privées ont également mis sur pied un tel appui technique.

Enfin, un statut du fermage permettrait de légaliser la location des terres agricoles et sortirait de l'informel bon nombre de céréaliers qui n'ont donc pas accès aux prêts de campagnes et subventions.


3/Que pensez-vous de la décision de l?Algérie de diversifier ses fournisseurs en blé (Polémique concernant une possibilité d'achat de blé russe) ?

Le blé russe bénéficient d'un avantage, il est moins cher de 20 dollars la tonne par rapport aux blés français. Ce différentiel est lié aux coûts de production : faibles salaires à l'Est et taille des exploitations : 150 hectares en moyenne en France contre 1000 à 2000 hectares en Russie. Nous avons donc tout intérêt à consommer, comme les Egyptiens et les Marocains, du blé russe. C'est en 2016 que du fait d'une faible récolte, la France a perdu des parts de marché en Afrique au profit de la Russie.

La Russie et l'Ukraine ont des terres fertiles et une population qui n'augmente pas ou peu. De ce fait, ces pays de la mer Noire sont des exportateurs avec qui il faudra compter. Leur blé est naturellement riche en protéines, ce qui n'est pas le cas des blés français. Jusqu'à présent, les céréaliers français privilégiaient le rendement au détriment des protéines. Sans aucun état d'âme, ils versaient dans le trou du silo de la coopérative des remorques entières de blé fourragers. Il fallait faire du tonnage. De quoi remplir rapidement un train pour l'export via le port de Rouen. Par ailleurs, les opérations de nettoyage des grains n'étaient pas systématiques. « Papa, j'ai honte du blé français que j'ai vu débarquer en Egypte » m'a confié un jour un céréalier du bassin parisien dont la fille travaillait dans le négoce. Aujourd'hui sous l'impulsion, notamment de Rémi Haquin, président du conseil de FranceAgriMer, la filière française tente de conserver ses parts de marché en jouant la carte de la qualité. Ainsi, les silos sont aujourd'hui équipés d'analyseurs à infra-rouge permettant de déterminer de façon instantanée le taux de protéines de toute remorque de blé arrivant devant un silo. Par ailleurs, la sélection s'oriente vers des variétés permettant de meilleurs taux de protéines et valorisant mieux les apports d'engrais azotés. Mais ce n'est pas chose facile, car les mesures environnementales visant à lutter contre la pollution des nappes phréatiques par les nitrates contraignent les céréaliers à réduire leurs apports d'azote. Les blés français sont également handicapés par les pluies d'été. Alors que les grains ne sont pas encore récoltés, le développement de moisissures sur les épis est à l'origine de la présence de mycotoxines (D.O.N) dangereuses pour la santé. En 2016, le phénomène était tel que lorsqu'on se promenait près d'un champs de blé, on pouvait être dérangé par une odeur de moisi.

De leur côté les blés de la mer Noire sont sujet à des attaques de punaises qui réduisent le poids spécifique et les propriétés de panification. Selon Pierre Duclos, président d'Agri Trade Consulting : « il y une autorisation maximale de 0,10 % (de grains punaisés) dans le cahier des charges de l'OAIC et les blés russes sont en général entre 0,50 et 0,70 % alors qu'ils étaient par le passé plutôt entre 1 et 1,50 % », explique-t-il. L'OAIC a le choix de réduire son cahier des charges. On peut se demander si une telle décision pourrait être prise face à la sensibilité de l'opinion publique très sensible sur la qualité sanitaire des cargaisons de blés déchargées au niveau du port d'Alger. De son côté, afin de conquérir de nouveaux marchés, le partenaire russe a tout intérêt à montrer qu'il est capable de nouveaux progrès.

 

La volonté d'être présent sur le marché de l'export est tel que nul doute que la filière russe saura trouver la parade. D'autant plus que cette filière fait l'objet de lourds investissements dans les infrastructures portuaires. De grands groupes de négoce tels Louis Dreyfus Company ou Cargill investissent dans des terminaux céréaliers à Novorossiisk. Il est a espérer des progrès dans le transport ferroviaire russe qui a souvent été montré du doigt pour le manque de wagons.

Les récentes visites d'experts algériens dans les ports russes auront permis de vérifier des capacités locales d'exportations. Comme le port de Rouen, les ports russes disposent aujourd'hui de quais capables de recevoir des cargos de fort tonnage de type Panamax.

 

Si comme l'autorité égyptienne en charge des céréales (GASC), l'OAIC venait à choisir le blé russe, cela ne passerait pas inaperçu. L'Algérie est en effet le plus gros client de la France. Selon France Export Céréales, près de 4,3 millions de tonnes de blé ont été exporté vers l'Algérie en 2017/2018. Un tel choix pourrait faire l'objet de fortes pressions de la part du partenaire français. En effet, avec la nouvelle mouture de la Politique Agricole Commune, les céréaliers vont voir se réduire le montant des aides. Le Brexit verra également une réduction du budget agricole du fait de la perte des contributions anglaises.

Le choix vers le blé russe obligerait les meuniers algériens à travailler des grains plus durs, d'où une nécessaire adaptation et des coûts de mouture quelque peu plus élevés. Mais ils y gagnerons en taux de protéines. Selon les meuniers du Cameroun, Sénégal et Maroc qui l'utilisent depuis 2016, le blé russe permet de produire toute sorte de farine : ménagère, boulangère ou pâtissière. Et ils en sont satisfait.

 

 

 

LANCEMENT DE LA CAMPAGNE LABOURS-SEMAILLES A SETIF

LE WALI PRONE UNE MEILLEURE ATTRACTIVITE DE LA CCLS

Djamel BELAID 9.10.2018

 

Le site de la wilaya de Sétif met en ligne une vidéo relative au lancement de la campagne « labours-semailles ». Avec ses cheveux blancs et sa cravate rouge, le wali était bien reconnaissable parmi les responsables locaux se pressant sous une tente pour écouter les responsables du secteur agricole. Les échanges entre les participants était particulièrement intéressant. Mais, Mr le wali pose-t-il les bonnes questions ? Et lui donne-t-on les bonnes informations ?

 

Apparemment le wali de Sétif est un innovateur. Accueilli avec des fleurs, pour cette inauguration, il a eu l'élégance de les offrir à la dame qui était chargée de les lui remettre. Mais, c'est surtout au niveau des échanges avec les responsables agricoles que les propos du wali sont détonants.

 

LE WALI : DEVELOPPER L'ATTRACTIVITE DE LA CCLS DE SETIF

Répondant aux chiffres sur les progrès de la collecte de céréales de la CCLS, le wali n'a pas manqué de noter la meilleure attractivité que représente cet organisme pour les céréaliers. « Nous sommes dans une économie de marché ».

Il a conseillé à la CCLS de ne plus avoir une position attentiste. Et pour mieux illustrer son propos, le wali a abordé les livraisons frauduleuses de blé importé. L'évocation de ce sujet a suscité la stupeur de son interlocuteur qui a répondu qu'il y avait eu quelques tentatives minimes. Le responsable de la CCLS a cru un instant que cela lui était reproché.

Revenant à la charge, le wali a repris les propos : « ces tentatives, elles sont minimes, el-hamdoulah. Mais cela montre que vous êtes devenus attractifs ». Puis généralisant aux cas les plus généraux, le wali a ajouté « le fait que les gens viennent vous voir [pour livrer des céréales] montre que vous êtes devenus plus attractifs ». Avec le responsable de la CCLS, il a insisté sur la nécessité d'aller au devant des fellahs.

 

LES QUESTIONS A POSER AU DSA ET A LA CCLS

On ne peut que se réjouir du souci d'un wali de contribuer au développement de la production de céréales. Afin d'aider ces responsables de l'exécutif de wilaya ou de daïra, il nous semble que d'autres questions devraient être posées. Par exemple l'évolution des livraisons de matériel d'irrigation et les surfaces effectivement irriguées, l'évolution des surfaces emblavées par semis direct, l'évolution des livraisons de semences certifiées, l'évolution des surfaces recevant des fertilisants1 et désherbées. Mais pourquoi n'aborder que des questions relatives au matériel ? Les questions devraient également porter sur la gouvernance des hommes au niveau des CCLS. Quid du rôle des élus paysans de la CCLS ? Quid de l'émulation salariale des agents chargés de la vente des intrants agricole ou de la collecte ? Revenons sur ces différents points.

 

Concernant l'irrigation, si celle-ci mérite toute l'attention, il ne faut pas perdre de vue que la majorité des surfaces sont en sec et le resteront. L'attention doit donc porter également sur l'innovation technique en culture pluviale. Cette innovation est d'autant plus fondamentale que les importations de céréales se chiffrent en centaines de milliers de dollars et que pour les fellahs le réchauffement climatique est devenu une réalité.

 

LA QUESTION CENTRALE : PRODUIRE A SETIF DES SEMOIRS POUR SEMIS DIRECT

Concernant le semis-direct. Il s'agit d'une technique d'avenir aujourd'hui adoptée par les agricultures modernes des pays connaissant des conditions semi-arides (Australie, Espagne...). Or, force est d'observer que nous sommes à la traîne en Algérie. Et la vidéo mise en ligne par la wilaya de Sétif en témoigne pour qui sait décrypter les faits. Ce sont trois semoirs conventionnels qui ont symboliquement inauguré le déclenchement de la campagne « labours-semailles ». Le seul semoir moderne capable d'un semis direct était bien présent. Mais il était en photo ! Mr le wali, à l'avenir, demandez pourquoi ce semoir ne vous est présenté seulement en photo. Demandez pourquoi cette technique plébiscitée par plusieurs gros céréaliers algériens du groupe des 50 quintaux n'est pas mise en avant par la DSA et la CCLS de Sétif ? Ce sont là les questions décisives, les questions qui dérangent. L'urgence de la situation oblige à être plus exigeant.

 

Certes, il ne s'agit pas d'accabler des responsables locaux pour un matériel développé par l'entreprise SOLA-CMA de Sidi Bel-Abbès. Mais, la question qu'on se doit de poser est la suivante : dans une des principales wilaya céréalière d'Algérie, comment se fait-il que les semoirs utilisés soient si peu performants ?

 

Mr LE WALI DE SETIF, REITEREZ LE SUCCES DES PIVOTS DE OUED SOUF

En effet, les trois semoirs alignés sous les yeux du wali ne permettent ni de réaliser un semis direct2 ni de localiser les engrais près des semences3.

Mais que pourraient faire des directeurs dynamiques de CCLS et de DSA ? Ils pourraient, en liaison avec l'ITGC, des agriculteurs et artisans soudeurs, contribuer à modifier les semoirs locaux et notamment ceux du parc des CCLS. Ils pourraient également faire appel à des artisans soudeurs pour les aider à produire des semoirs pour semis direct. La technologie relative à la construction de ces semoirs est simple. Elle est même mise en ligne sur le net en langue arabe4. A Mezloug, Mr Refoufi s'est lancé dans cette aventure.

Pourquoi, comme à Oued Souf, dans le cas de la production de pivots artisanaux mieux adaptés aux conditions locales, ne pas essayer à Sétif, de réunir les conditions pour la fabrication et la modification du matériel local (up-grading) ? Les semoirs pour semis direct permettent d'économiser l'eau du sol et de restaurer la fertilité des sols. Seuls ces engins permettront, en cas d'année sèche à venir (et elles viendront), de s'adapter au manque de pluie.

 

Il y a là un combat dont pourrait s'emparer Mr le wali de Sétif : arriver à produire localement des semoirs low-cost pour semis direct. A Sétif, il y a sur place les hommes (céréaliers, universitaires, artisans soudeurs, investisseurs) et le matériel (découpe et pliage de l'acier, soudure). Il manque seulement un leader capable de fédérer les nombreuses énergies locales. Trop souvent nous avons négligé l'initiative privée. Les pivots de Oued Souf sont là pour nous montrer « l'Algérie des possibles ». Fédérer les hommes autour de l'adaptation et la fabrication locale de semoirs pour le semis-direct, Mr le wali de Sétif pourrait être cette personne.

 

POUR UN SEMOIR MADE IN SETIF

Les conseils de Mr le wali de Sétif concernant la nécessaire attractivité de la CCLS lors de la collecte des céréales, pourraient s'appliquer à la modernisation du parc de semoirs de cet organisme. Avec l'aide des moyens humains dont dispose la wilaya, dans un premier temps, il est possible d'envisager d'adapter les semoirs conventionnels. Ceux de ces engins disposant de dents en double spire ont la capacité de semer sans labour sur les sols les plus meubles. Pour arriver à cela, de légères modifications seraient à opérer sur les engins5. Rappelons le, l'intérêt de cette mesure est de semer plus vite et à moindre coût. Dans une seconde phase, il s'agit d'arriver à produire un semoir low-cost pour semis direct Made In Sétif. L'enlisement actuel du projet de semoir Boudour par CMA-SOLA dans la lointaine usine de Sidi Bel-Abbès montre la nécessité que la wilaya de Sétif et les céréaliers sétifiens s'emparent de ce dossier. Il s'agirait d'aider à copier le semoir syrien actuellement à la station ITGC. Mr Refoufi a ainsi produit un premier exemplaire.

 

PRODUCTION CEREALIERES, OBLIGATION DE RESULTATS

Nos propos peuvent sembler sévères. Il ne s'agit d'accabler personne, mais de rappeler l'obligation de résultats à laquelle nous sommes tous tenus : responsable d'exécutif, élu, universitaire, cadre de terrain ou fellah. Le niveau des importations de céréales et le réchauffement climatique nous poussent à toujours faire mieux. Mieux dans l'aspect quantitatif mais également qualitatif.

 

 

1 A ce propos, il suffit de considérer le rapport entre les surfaces céréalières et les quantités d'engrais utilisées. En prenant comme postulat qu'il faut en moyenne un quintal d'engrais par hectares, on s'aperçoit immédiatement que peu de surfaces reçoivent des engrais.

2 Voir dans nos précédents articles l'intérêt de ce matériel.

3 Dans nos conditions une bonne partie des engrais utilisés de façon conventionnels sont bloqués par le calcaire ou se perdent sous forme de gaz.

4https://apps.icarda.org/wsInternet/wsInternet.asmx/DownloadFileToLocal?filePath=Tools_and_guidelines/Practical_Implementation_conservation_agriculture.pdf&fileName=Practical_Implementation_conservation_agriculture.pdf

5Il s'agit d'espacer les dents de 17 cm à 22 cm. Les pointes de ces dents doivent être remplacées par des pièces plus étroites.

 

WALI, CHEF DE DAÎRA, COMMENT AIDER LES CEREALIERS ?

Manuel de survie pour superviser le secteur agricole.

 

Que de plus réjouissant de voir des walis et chefs de daïra lancer officiellement la « campagne labours- semailles » dans leur secteur respectif. Drapeau en main, le plus souvent entourés d'une nuée de responsables locaux, ils agitent leur fanion déclenchant dans des nuages de fumées de pots d'échappement le départ d'une multitude de tracteurs tirant charrue, cover-crop ou semoirs. Au delà de ce geste symbolique, comment ces responsables locaux peuvent-ils aider des céréaliers à produire plus ?

 

AIDER A BANNIR LA CHARRUE

Messieurs, les walis et chefs de daïra le premier geste que vous pourriez faire serait de bannir les charrues de votre circonscription. En effet, il est prouvé que les labours favorisent l'érosion hydrique et éolienne des sols. Une érosion qui entraîne de la terre dans les barrages et provoque un envasement catastrophique.

Le traditionnel itinéraire labour, recroisage au cover-crop et passage de semoir est dépassé. Ces opérations, à laquelle il faut ajouter un passage de tracteurs pour épandre les engrais, coûtent trop cher et prennent trop de temps à être réalisées. Conséquence : des fellahs qui laissent plus de terres en jachère et des semis qui s'éternisent jusqu'en décembre. Donc, moins de grains produits dans votre secteur.

 

Mr LE DSA, COMBIEN DE SEMOIR SD,

Mais alors par quoi remplacer les charrues ? Par des semoirs pour semis direct. Ces semoirs spécifiques sont équipés de dents ou de disques qui permettent de travailler le sol sur quelques centimètres. Juste ce qu'il faut pour déposer semences et engrais.

On raconte que quand on lui parlait d'un pays qu'il ne connaissait pas, Staline demandait à son interlocuteur « combien de divisions compte leur armée ? ». Aujourd'hui, en Algérie, au lieu de se contenter d'agiter un drapeau, tout wali ou chef de daira devrait demander au directeur des services agricoles (DSA), « de combien de semoirs pour semis direct disposez vous ? ».

 

Pour équiper les fellahs de semoirs SD, il est possible de compter sur les concessionnaires locaux, l'unité moto-culture de la CCLS locale et sur les artisans soudeurs. En effet, il existent deux catégories de semoirs SD. Des engins de grande capacité fabriqués au Brésil, Australie, USA ou en Europe ou des semoirs low-cost, moins chers à l'achat, qu'il est possible de fabriquer localement. Fabrication que pratiquent des artisans soudeurs de Syrie et d'Irak suite à une aide d'experts agricoles australiens. Un spécimen de semoirs SD syriens est basé à la station ITGC de Sétif. Une piste serait d'essayer de proposer à des artisans soudeurs locaux et des céréaliers de copier ce type de matériel. Il s'agirait de reproduire la succes story d'El Oued. Dans cette région ce sont de simples artisans soudeurs qui ont imaginé et construit les pivots qui ont permis le succès de la culture de la pomme de terre.

Compter sur de petits ateliers, en attendant que l'entreprise CMA-SOLA daigne enfin produire des semoirs SD. Cette société a bien mis au point un prototype de semoir, mais le dossier traîne. Une autre solution serait de transformer les semoirs conventionnels produits par CMA-SOLA en semoirs SD. Sur sol meuble, quelques modifications toute simples permettraient de s'affranchir du labour.

 

TRAVAILLER AVEC LES MINOTERIES LOCALES

Semer n'est pas tout. Même avec le semis direct. Il s'agit ensuite d'assurer un suivi de tout l'itinéraire technique. Et pour cela, Mr les walis et chefs de daïra, vous disposez d'alliés précieux : les minoteries. A Guelma, le groupe Benamor a recruté des techniciens agricoles pour encadrer les fellahs. Le but est de disposer plus de volumes de blé dur mais surtout de volumes de qualité. On pourrait penser que c'est aux services agricoles d'encadrer les agriculteurs. Mais croire qu'une administration puisse encadrer des fellahs est une erreur. Dans le secteur laitier, que ce soit dans le Haut Chélif ou dans la Soumam, ce sont des techniciens des laiteries qui encadrent les éleveurs.

 

Et si, face aux minoteries qui réclament votre intervention au niveau de l'OAIC afin de disposer de plus gros quota de céréales, vous teniez ce langage : « faites comme Amor Benamor ou Hammitouche, encadrez techniquement les fellahs de votre secteur! ».

Un autre moyen pour produire plus serait d'encourager ces minoteries à acquérir des concessions agricoles.

 

TRAVAILLER AVEC LES TECHNICO-COMMERCIAUX DES FIRMES D'AGRO-FOURNITURE

Mr les walis et chefs de daïra, parmi vos différents interlocuteurs, il y a une catégorie à ne pas négliger : les firmes d'agro-fourniture. Depuis plusieurs années, ces entreprises développent un réseau de technico-commerciaux qui parcourent les campagnes et sont présent dans les moindres foires agricoles. Ces firmes vulgarisent les techniques les plus modernes. Les services agricoles et les instituts techniques du MADR ne peuvent rivaliser. D'ailleurs, nombre de ces commerciaux sont d'anciens cadres des services agricoles. Ce personnel du secteur privé est généralement rémunéré à la commission. Plus ils vendent de produits aux fellahs, plus la partie variable de leur salaire augmente. Avec eux, plus de problèmes de voiture de service ou de bons d'essence. C'est l'obligation de résultats qui compte.

 

SORTIR DES SENTIERS BATTUS

En Algérie, la législation est souvent kafkaienne. Nombre de vos interventions peuvent être en limite de cette législation. L'idée est donc de trouver les failles, de pousser les limites, de trouver les bons interlocuteurs. Un directeur de CCLS  ou un propriétaire de minoterie dynamique peut être un partenaire conséquent. Idem en cas de proximité avec le responsable local d'un réseau commercial lié à l'agro-fourniture.

Les situations étant différentes selon les régions et les hommes, il s'agit de s'adapter. Mais les principes agronomiques évoqués plus haut demeurent.

 

 

ALGERIE, RETARD DANS LA VULGARISATION DU SEMIS DIRECT

Djamel BELAID 30.9.2018

 

Dans de nombreux pays pratiquant la céréaliculture en conditions de déficit hydrique, l'abandon du labour et l'adoption du semis direct est devenue une évidence. C'est le cas de l'Australie, ou en Espagne. En conditions sèches, cette nouvelle façon de faire permet de produire plus et à moindre coût. De façon étonnante, en Algérie, l'abandon de la pratique des labours ne semble pas la priorité des services agricoles. Nous nous proposons d'analyser les causes du faible développement du semis direct en Algérie.

 

SEMIS DIRECT, UNE DIZAINE DE MILLIERS D'HECTARES

Il n'existe pas de statistiques nationales précises sur les surfaces cultivées en semis direct. Lors, du dernier séminaire consacré à cette pratique, les surfaces étaient estimées à 6500 hectares. Actuellement, sur les 3 millions d'hectares réservés aux grandes cultures, ces surfaces peuvent être estimées à 10 000 hectares.

Certains concessionnaires importent des semoirs turcs ou indiens. Quelques grosses exploitations sont équipées de semoirs brésiliens Semeato. On note également quelques engins de marque Sola, Kuhn, Gaspardo, John Deer, ou John Shearer.

Les constructeurs locaux de semoirs SD sont ont produit des prototypes, c'est le cas des établissements Refoufi de Mezloug (Sétif) et Sola-CMA de Sidi bel-Abbès. L'ITGC et le HCDS ont procédé à des essais de SD chez des agriculteurs. Ceux-ci ont favorablement accueilli cette façon d'implanter les cultures.

Les unités motoculture des CCLS disposent de 1500 semoirs conventionnels qu'ils louent aux agriculteurs. Ces engins sont conçus par l'usine SOLA-CMA de Sidi Bel-Abbés. Ces dernières années, un partenariat a été signé entre CMA et l'entreprise portugaise Galucho pour la fabrication de charrues.

Nombreux sont les investisseurs locaux qui importent ou fabriques des charrues et autres engins de travail du sol.

 

SOLA, LE MAUVAIS CHOIX DE CMA ?

On peut s'étonner du choix de CMA. Cette entreprise a choisi l'entreprise espagnole SOLA comme partenaire pour développer des semoirs à céréales à Sidi Bel Abbés. En effet, si cette entreprise fabrique en Espagne des semoirs pour semis direct, elle ne brille pas par la qualité de certains de ses matériels. Ainsi, SOLA a livré à l'OAIC 24 semoirs pour semis direct. Or, pour la majorité des constructeurs étrangers, les modèles de semoirs SD comprennent une trémie pour les semences et une autre pour les engrais. En effet, lorsqu'on sème sans labour, il est impératif que les engrais dits « de fonds » soient enfouis en même temps que les semences. Or, les 24 semoirs SD livrés à l'Algérie ne comportent pas de trémie pour les engrais.

C'est également le cas pour les semoirs conventionnels fabriqués à Sidi Bel Abbés conjointement par les deux entreprises . Certes, une deuxième trémie pour les engrais n'est pas obligatoire sur des semoirs conventionnels. Cependant, cette disposition aurait pu permettre de développer la fertilisation localisée qui constitue une voie d'avenir en zone semi-aride. Par ailleurs, une telle disposition aurait pu permettre une polyvalence des semoirs. En effet, le modèle de semoir à double spires du partenaire espagnol de CMA peut être utilisé en semis direct ; cela moyennant quelques adaptations1. Cela est si vrai, que dans la région espagnole de la Rioja, il n'est pas rare de voir des céréaliers détourner des semoirs conventionnels SOLA de leur usage premier et de les utiliser comme semoir SD.

 

On l'aura compris, SOLA n'est pas une entreprise ou polyvalence et adaptivité est le maître mot. Mais le faible intérêt manifesté par le groupe CMA est d'autant plus étonnant que certains de ses cadres ont démarré leur carrière en travaillant sur des projets de développement de semoirs SD.

 

LE SUCCES DU SEMIS DIRECT EN SYRIE

Ce retard de la production de semoirs SD en Algérie est d'autant plus préoccupant que d'autres pays ont réussi leur mue vers cette nouvelle technique adaptée à l'agriculture en sec. Et un des pays les plus emblématiques en la matière est la Syrie.

Dès 2005 et jusqu'en 2011, le centre ICARDA d'arido-culture situé à Alep a bénéficié d'une aide technique australienne. A travers une équipe d'experts qualifiés et motivés, la partie australienne a opéré un transfert de technologie. En effet, la partie australienne n'a pas essayé de faire acheter aux agriculteurs locaux les lourds semoirs SD de marque John Shearer produit au pays des kangourous. Les ingénieurs australiens ont préféré se rapprocher de petits ateliers de soudure et leur montrer comment fabriquer des semoirs low-cost pour SD. Durant la période du projet, 7 ateliers syriens ont produit 92 semoirs (dont un exemplaire à été importé en Algérie et se trouve à la station ITGC de Sétif).

On peut se demander quel motif a poussé l'Australie à tant de générosité. La réponse est simple. Comme les kangourous qui n'existent qu'en Australie, les variétés originelles de blé n'existent qu'au Proche-Orient et sur le pourtour méditerranéen. Aussi, bien que non écrit, le deal a été technologie des semoirs contre variétés de blé2.

A travers l'Icarda, les experts australiens ont également opéré un transfert de technologie à l'Irak et à la Jordanie. En Irak, cela s'est traduit par une transformation de semoirs conventionnels en semoirs SD ; cela par l'importation de certaines pièces de Turquie. Des ingénieurs de Mousoul ont par la suite fabriqué leurs propres semoirs. En Jordanie, c'est l'entreprise privée RAMA spécialisée en matériel agricole qui a immédiatement décidé la production en série de semoirs SD basés sur la technologie australienne.

 

MATERIEL AGRICOLE, LE SUCCES DES PIVOTS MADE IN OUED SOUF

Comment ce qui est possible en Syrie, Irak et Jordanie est-il si difficile à réaliser en Algérie ? Serions nous l'objet d'une quelconque malédiction qui touche nos capacités à fabriquer du matériel agricole ? Si on considère l'extraordinaire succes story du pivot artisanal Made in Oued, il est évident que nous pouvons faire aussi bien que nos lointains voisins qui, en leur temps, avaient accueilli l'Emir Abdel Kader lors de son exil forcé.

En effet, en une dizaine d'années les agriculteurs et soudeurs de Oued Souf ont développé un modèle original de pivot qui permet à cette région d'être aujourd'hui la première région d'Algérie pour la production de pomme de terre.
Tout a commencé lorsque les pouvoirs publics ont tenté de vulgariser la culture des céréales sous pivot. Les premiers projets ont mobilisé de grands pivots à l'image de ce qui se faisait en Arabie saoudite. Les premières tentatives ont parfois amenés à de cuisants échecs3. Les pivots ont été parfois abandonné à la rouille en plein désert.

Mais un jeune agriculteur local a récupéré un des gigantesques éléments et a tenté de le faire pivoter sur un axe. Cette première réalisation a été observée avec intérêt par ses voisins. Ce modèle de pivot a été amélioré par un soudeur qui avait travaillé en Allemagne. Plusieurs améliorations ont été faites en fabriquant sur place certaines pièces et en récupérant d'autres dans des casses automobiles. Les premiers pivots ont permis de produire du blé mais surtout des pommes de terres sur de petites surfaces : un hectare. Développer un projet agricole devenait ainsi à la portée d'agriculteurs et d'investisseurs disposant de peu de moyens. Le contexte d'abandon des traditionnels ghouts gagnés par la remontée de la nappe phréatique a permis à bon nombre de petits agriculteurs de se reconvertir. Les températures et le sol sableux de la région convenaient particulièrement bien à la culture de la pomme de terre – devenue progressivement deuxième aliment après les céréales. Progressivement des artisans soudeurs ont développé un réseau pour la fourniture des pièces entrant dans la confection des pivots. Aux premiers réducteurs de vitesse importés de Chine sont venus s'ajouter ceux produits localement par des tourneurs locaux. Progressivement c'est tout une industrie locale qui s'est mise en place. Les ateliers ont ainsi recruté des jeunes formés par des centres de formation professionnelle. Aujourd'hui ce sont 350000 pivots qui ont été produits localement.

 

SEMOIRS SD, REPRODUIRE LA SUCCES STORY DE OUED SOUF ?

Que ce soit à Alep ou à Oued Souf, c'est un contexte particulier qui a permis le succès des innovations (semoirs et pivots).

Par exemple, en Syrie, les agriculteurs et artisans soudeurs ont bénéficié d'une aide technique d'experts de haut niveau et très motivés. L'un de ces experts possède « une double casquette », il conjugue le métier de céréalier et d'universitaire.

Autour d'Alep, la Syrie possède toute une série de petites entreprises très dynamiques. Les traditions industrielles4 sont anciennes, en témoignent les entreprises de fabrication de savon d'Alep et de textile.

Certains céréaliers syriens indiquent que c'est la difficulté à se procurer du carburants qui les a fait se tourner vers l'abandon du labour.

Enfin, dans le cas de Oued Souf, c'est également un contexte particulier qui a permis le développement des pivots : présence d'artisans soudeurs, réseau de fabricants et de fournisseurs de pièces, conditions favorables liées au sol et au climat, forte demande nationale en pomme de terre.

 

Sur les hautes plaines céréalières algériennes, est-il possible de réunir les moyens permettant, comme autour d'Alep ou de Oued Souf, le succès d'une innovation telle que le semis-direct ?

On pourra objecter que le non développement d'une production locale de semoirs low-cost vient du fait que nous n'avons pas bénéficié du séjour des experts australiens en Algérie. En fait, l'un des meilleurs éléments de l'équipe australienne s'est déplacé plusieurs fois en Algérie. Son rapport de mission5 est même consultable en ligne. Y figurent des conseils pour la partie algérienne ainsi qu'un programme de travail avec répartition des tâches entre les différents partenaires. Par ailleurs, plusieurs ingénieurs algériens ont approché, en Algérie ou en Syrie, ces experts et ont accès à la technologie australienne6.

 

Serait-ce le matériel de découpe de l'acier et de soudure qui fait défaut localement ? La simple observation des moyens dont disposent de grands groupes publics ou des sociétés privées de fabrication de matériel agricole montre le bon niveau d'équipement dont ils disposent. Il suffit de visiter les atelier de l'entreprise FAMAG.

Il faut peut-être rechercher la cause dans le fait que le projet de conception d'un semoir low-cost a été confié à un groupe public noyé dans la bureaucratie. Ainsi, le premier prototype « Boudour » de SOLA-CMA est à l'essai depuis plusieurs années. Or, dans le cas des semoirs syriens et des pivots de Oued Souf, la conception et la mise en place du matériel s'est faite de façon concomitante. Les imperfections étaient alors progressivement corrigées par les artisans qui étaient en étroits lien avec les agriculteurs. « Les artisans et les agriculteurs du Souf ont fait preuve d’une capacité de dialogue continue avec des référentiels multiples pour concevoir un dispositif d’irrigation de plus petite taille qui réponde aux objectifs des agriculteurs7. »

 

Là réside certainement la clé du succès. Certes, disposer de semoirs SD ne garantira pas automatiquement de hauts rendements. Cette façon de faire nécessite un désherbage impeccable. Il s'agit également de laisser un minimum de chaume sur le sol afin de favoriser l'infiltration des eaux de pluie et réduire l'évaporation.

1Il s'agit de retirer quelques dents, d'espacer les dents de 17 à 22 cm (afin d'éviter d'éventuels risques de bourrages avec les résidus de récolte tels que la paille) et de remplacer les pointes situés à l'extrémité des dents par des points plus étroites.

2L'importation d'une variété de blé par un pays peut viser deux buts : la cultiver telle qu'elle ou bien la croiser avec une variété locale afin d'enrichir celle-ci de gènes de résistance à la sécheresse ou à des maladies.

3Voir sur internet l'étude «  Bilan spatialisé de la mise en valeur agricole au Sahara algérien Mythes, réalisations et impacts dans le Touat-Gourara-Tidikelt ». https://journals.openedition.org/cybergeo/25732

4Plus près de nous la guerre imposée au peuple syrien a montré la capacité de l'armée syrienne à assurer la maintenance d'un matériel datant parfois des années 70. Des réfugiés syriens installés en Algérie développent des procédés simples et astucieux tels la fabrication de tuyaux plastiques d'irrigation pour l'agriculture.

5http://www.cana-project.org/medias/files/Notes-Visit-Algeria-8-14Dec12-FINAL.pdf

6Les principes de construction de ces semoirs a été mis en libre accès sur le site de l'ICARDA.org en langue anglaise et arabe.

7Une innovation incrémentielle : la conception et la diffusion d'un pivot d'irrigation artisanal dans le Souf (Sahara algérien). http://agritrop.cirad.fr/584602/

 

 

OAIC 2018, UNE CAMPAGNE EXCEPTIONNELLE

CCLS, CHANGER LES STATUTS POUR MIEUX FAIRE ?

Djamel BELAID 18.09.2018

 

Le passage du DG de l'OAIC sur les ondes de la chaîne III est toujours l'occasion de glaner des informations sur la filière céréales. Il est vrai qu'en la matière les informations sont rares et distillées au compte goutte. En effet, il n'existe pas à ce jour d'organe d'information donnant des chiffres précis de la situation et réalisant des analyses exhaustives sur un secteur vital. Encore une fois, l'entretien aura permis de mesurer l'écart entre consommation locale de céréales et la production nationale. C'est dire la mission impossible dont est chargée Mr Mohamed BELABDI.

 

LA PLUIE ET LES EFFORTS DE LA FILIERE

L'invité de la Chaîne a pu confirmer les chiffres du ministre de l'agriculture concernant le niveau de la récolte de céréales. Ce sont plus de 60 millions de quintaux de céréales qui ont été récoltés cette année. Si tout au long de la campagne, la pluie a été au rendez vous, les efforts des producteurs, des acteurs d'amont et d'aval ainsi que de l'OAIC ont nettement contribué à ce résultat. Qu'on en juge.

En matière de semences certifiées, les CCLS ont livrés avec 50 jours d'avance des lots considérables de semences triées et traitées. Ce résultat est dû à la réception et la mise en œuvre de matériel turc afin d'améliorer les capacités des stations de semences. Plus de 17 unités de tri de semences dernier cri ont permis de renforcer un parc déjà non négligeable.

Loin d'être anecdotique, livrer aux céréaliers des semences certifiées à temps est capital dans un pays semi-aride. En Algérie, on s'est trop habitué à semer des céréales jusqu'à la fin décembre. Cela est une aberration. Les céréales doivent être semées en octobre ce qui laisse à la plante tout le loisir de s'installer et de développer le réseau racinaire qui lors des sécheresses printanières lui permettra de résister au manque d'eau.

 

 

Les unités moto-culture des CCLS et nombre d'exploitants ont acquis des moissonneuses-batteuses Sampo. Celles-ci sont montées localement. Ce matériel a permis de récolter à temps plus de superficies éloignant ainsi le risque d'égrenage qui guette les blés non récoltés à temps.

 

Parallèlement, au matériel de récolte, ces dernières années, les livraisons de tracteurs aux exploitations se sont poursuivies. Le groupe PMAT fait état de la livraison de 28 000 engins. Fait nouveau, aux modèles de moyenne puissance, l'économie locale propose aujourd'hui des tracteurs de 80 à 100 chevaux. PMAT en aurait livrait 6 000. L'intérêt de ce type d'engins et de permettre de tirer des outils plus larges et donc d'augmenter la cadence des chantiers de semis.

 

Résorber la jachère

La journaliste n'a pas manqué d'abordé un point sensible : la résorption de la jachère. Il faut savoir que près de 50% des superficies céréalières ne sont travaillées qu'une année sur deux. Les terres en jachère ne sont pas sans ramener de confortables revenus aux céréaliers. Le plus souvent elles servent de pâturage aux troupeaux de moutons. L'élevage représente en effet une activité bien plus rémunératrice que la céréaliculture, notamment en cas de printemps sec.

Grâce à des prix plus attractifs à la production et à un meilleur encadrement technique (variétés, semences, désherbage), des surfaces de jachère sont de plus en plus reconvertis en culture de légumes secs (lentilles et pois chiches).

 

Mr BELABDI a déclaré « qu'en zones potentielles, nous sommes en train de les réduire ». Il a pu ainsi annoncer une nette augmentation de la production des légumineuses alimentaires et fourragères. La production de légumes secs s'est élevée à 1,3 millions de quintaux . « Alors qu'en 2013, nous collections 400 quintaux de lentilles, cette année nous en avons collectés 100 000 quintaux ». Pour les pois-chiche, durant le même intervalle, la collecte est passée de 11000 qx, à 95 000 qx. Ces résultats ont été obtenus grâce à l'utilisation de variétés nouvelles et anciennes mais sans importations de semences. C'est dire l'excellent travail du réseau de multiplicateurs de semences mis en place par les services agricoles. Ces efforts permettent d'entrevoir la fin des importations de légumes secs.

 

 

 

Les zones d'épandage de crues

A propos des terres en jachère, Mr BELABDI s'est longuement étendu sur la question des zones « d'épandage de crue ». Pour les zones agro-pastorales, les zones de parcours et les zones d'épandage de crues il a recommandé d'«  installer des espèces fourragères pour assurer le renouvellement du couvert végétal ». Il s'est également félicité des récentes pluies.

 

Un gros effort d'amélioration des productions fourragères en zone agro-pastorale est manifestement à accomplir. Sur les terres à céréales, l'année de jachère mériterait d'être optimisée. Pour cela, il est possible d'apporter des engrais azotés pour favoriser les espèces naturelles de graminées fourragères. Une autre solution serait de semer des mélanges fourragers. En Tunisie, l'ONG française FERT vulgarise avec succès le semis de méteil, un mélange d'orge, vesce, sulla et fenugrec. Sur ces terrains peu productifs et pour des exploitations aux moyens matériels limités, ces semis nécessitent d'être effectués avec un coût minimal. Les techniques de non-labour avec semis direct semblent les plus indiquées. Ces solutions mériteraient d'être validées et moyens matériels adaptés proposés aux agriculteurs.
A cet égard, à travers leurs unités moto-cultures, les CCLS louent aux agriculteurs du matériel. Cela peut être un moyen de les initier à ces nouvelles pratiques de production fourragères.

A notre connaissance, les zones d'épandages sur lesquelles le DG de l'OAIC est plusieurs fois revenu constituent des surfaces limitées en zone steppique. Il s'agit le plus souvent de parcelles situées en bordure d'oueds. Une pratique traditionnelle consiste à réaliser des obstacles de terre et de roseaux au milieu des oueds. L'eau ainsi détournée permet d'irriguer les parcelles limitrophes et de recharger les nappes phréatiques superficielles. Le Haut Commissariat au Développement de la Steppe (HCDS) est à l'origine de l'installation de « sed de dérivation ». Ces petits ouvrages maçonnés – parfois de simples gabions – permettent à peu de frais l'extension des surfaces irriguées. Des images satellites ont permis de cartographier les zones propices à ce type d'ouvrages. Cependant, les superficies aménagées pour l'épandage de crues sont encore trop modestes pour arriver aux attentes de Mr BELABDI.

Cela d'autant plus que l'épandage de crues est le plus souvent réalisé sous la forme d'une irrigation de submersion qui gaspille une eau précieuse. La technique dite du « raised bed » développée actuellement aux abords du Nil et qui consiste à munir les semoirs à blé de socs pour tracer des raies d'irrigation entre les sillons de céréales est encore inconnue des agriculteurs steppiques.

 

Effort sur l'irrigation

A cet effort sur le matériel et sur les semences, il faut ajouter l'effort sur le matériel d'irrigation. A ce propos, l'OAIC peut accrocher à son palmarès, une contribution à l'effort d'irrigation. Mr BELABDI a indiqué que les pouvoirs publics prennent à leur charge 50 à 60% du coût des équipements et que l'office accepte que le restant lui soit payé en grains par les nouveaux irrigants. Cette opération concerne aussi bien l'irrigation de complément en zone semi-aride que l'irrigation totale dans le grand sud.

Alors qu'on aurait pu penser que ce type d'opération est anecdotique, il apparaît que c'est loin d'être le cas. Les livraisons de grains opérées par les agriculteurs aux CCLS du sud ont doublé « nous étions à 800 000 qx, cette année, nous avons doublé la collecte » a affirmé le DG de l'OAIC. Il faut cependant signaler que l'irrigation est réalisée à partir d'une eau fossile chargée en sel ce qui présente un double inconvénient : amenuisement progressif des réserves en eau et salinisation des sols.

 

Un effort sur les variétés de blé

La question des variétés de blé a été longuement abordé. Mr BELABDI a rappelé l'accord réalisé avec la coopérative paysanne française Axéréal pour sélectionner de nouvelles variétés de blé et organiser localement la production de leurs semences.

Il a également rappelé les efforts afin de choisir les variétés les mieux adaptées à la culture de céréales sous pivot dans le grand sud. Nous devons « avoir le maximum de rendement pour rentrer dans les charges » a-t-il déclaré. Cette année, l'ITGC a envoyé des techniciens basés à Oued-Smar (W d'Alger) réaliser des essais de variétés sous pivot. Une telle approche permettra un meilleur choix variétal.

Une autre approche que pourrait adopter les CCLS, techniciens de Chambre d'Agriculture de DSA ou de minoteries seraient d'exploiter les informations de terrain. La technique dite « d'enquête culture » ou « d'enregistrement de performances » consiste à demander aux exploitations agricoles de noter sur des fiches l'itinéraire technique adopté sur 5 ou 6 de leurs parcelles. Dans une même petite région, il est ainsi possible de collecter les données d'une centaine de parcelles. Connaissant ainsi les dates d'intervention, les variétés, les herbicides, les quantités d'engrais et d'eau utilisées ainsi que les rendements obtenus la consignation de ces données sur un tableur type Excell permet de déterminer comment les meilleurs rendements ont été obtenus. Ce traitement du « DATA » local permet de tirer rapidement des enseignements sur le choix variétal et les autres interventions à réaliser sur les cultures.
Ce type de démarche a notamment été mis en œuvre dans les années 80 par l'Union des Coopératives Agricoles françaises sous le nom de « OptiCoop ». Elle est encore actuellement utilisée par des techniciens et universitaires de la région de Sétif dans le cadre de réseaux de soutien technique mis en place par des minoteries au profit des agriculteurs. Nul doute que ce procédé serait extrêmement profitable aux nouveaux investisseurs installant des pivots dans le sud.

 

Maximum de rendement pour rentrer dans les charges

A ce propos on ne peut que se féliciter de cette préoccupation de Mr BELABDI. On peut se demander pourquoi ce souci n'est pas aussi affirmé dans le cas des céréaliers du Nord du pays. En effet, parmi leurs charges, le labour est le poste le plus coûteux. Si l'OAIC souhaite aider les céréaliers, la première chose qui serait à faire serait de mettre à leur disposition – à travers les unités motocultures des CCLS – des semoirs pour semis direct. Certes, l'OAIC a acheté 24 gros semoirs pour le semis direct. Il s'agit des semoirs de la marque espagnole SOLA, mais les engins achetés ne permettent pas d'apporter les engrais en même temps que les semences comme cela se fait couramment sur les autres modèles.

 

LA PROBLEMATIQUE DU BLE TENDRE

Mais c'est en matière de blé tendre que le bat blesse. Selon les chiffres communiqués, la production locale reste très en deçà de la consommation. Nous produisons à peine 10% des quantités que nous consommons.

Sur cette question Mr BELABDI a suggéré l'emploi de variétés plus productives et la montée en puissance de l'utilisation de l'irrigation, notamment dans le grand sud.

 

Il a également évoqué la possibilité de remplacer une partie de la farine destinée à la fabrication de la baguette parisienne par de la semoule – rappelons les quantités appréciables de blé dur et donc de semoule produites localement. Il a également rappelé la nécessité que les subventions sur le pain profitent avant tout aux « nécessiteux ».

 

La préférence accordée par les céréaliers à la culture du blé dur au détriment de celle du blé tendre est liée à plusieurs facteurs. De façon générale, le blé dur est mieux adapté aux sols à déficit hydrique. Par ailleurs, le quintal de blé dur est payé aux agriculteurs 1000 DA de plus que le quintal de blé tendre.

 

En la matière, des techniques nouvelles sont à développer et des décisions courageuses à prendre. Concernant les techniques, les CCLS et les autres partenaires des céréaliers se doivent de mettre l'accent sur le semis direct, la localisation des engrais et le désherbage. Concernant les décisions courageuses, on peut se demander si la prime actuellement accordée au blé dur ne devrait elle pas être attribuée – en partie ou en totalité - au blé tendre. Ne faudrait-il pas régionaliser ce type de prime ? Les céréaliers des zones disposant de 500 mm de pluviométrie doivent-ils recevoir le même niveau de prime que ceux des zones à 300 mm ?

 

OAIC, USURPATION DU MOT « COOPERATIVE »

L'OAIC est un office public des céréales. Il chapeaute un réseau de dépôts de wilaya dénommé pompeusement « coopératives ». Mais en fait, malgré cette dénomination, les CCLS n'ont rien qui ressemble à un fonctionnement d'une coopérative paysanne. Cette dénomination qui est une véritable usurpation de nom, n'est pas anecdotique. Elle est grave en conséquences et ne peut détourner encore plus les fellahs de l'idée de coopération en agriculture. Précisons que notre propos ne concerne uniquement les coopératives de services.

Certes, les CCLS disposent de représentants paysans élus. Mais que pèsent-ils dans les décisions face au directeur nommé par la tutelle ? Dans une véritable coopérative paysanne, les adhérents achètent des parts sociales et l'assemblée générale élit un conseil d'administration qui recrute un directeur. Au niveau des CCLS, rien de tout cela. Mais ce qui n'empêche pas la tutelle de les nommer « coopératives ».

Cette remarque n'a rien d'anecdotique, elle est d'une importance capitale. Car, malgré tous les efforts de leur personnel, les CCLS sont des appareils bureaucratiques auxquels est assigné des missions que seules des coopératives paysannes disposant d'une réelle liberté de décisions seraient en mesure d'accomplir.

Ainsi, à l'étranger les coopératives paysannes disposent par exemple de moulins ce qui leur permet de gagner plus en produisant de la farine. Au niveau des CCLS, dont la plupart sont déficitaires, une telle initiative est impossible. Autre exemple ; afin d'améliorer la collecte de grains, les chefs de silos sont rémunérés au prorata des volumes engrangés. Au niveau des CCLS, quelque soit le volume de céréales collectés, le salaire des chefs de silo reste inchangé.

Bref, on confie aux CCLS des missions que la rigidité de leur structure ne permet pas d'accomplir. La solution serait de progressivement faire évoluer le statut des CCLS ou de créer à leur côté de réelles coopératives paysannes. L'OAIC réussit avec brio à distribuer en tout point du territoire (d'Alger à Tamanrasset) des céréales au même prix subventionné. A travers le monopole d'Etat sur le commerce du blé, l'OAIC est donc un garant contre toute tentative de spéculations sur le blé, aliment de base (avec les pommes de terre) en Algérie.

 

Cependant, l'office peine à stimuler les agriculteurs afin de produire plus. Il est confié à l'OAIC et à son DG, des missions, que son statut enserre dans des liens qui le maintiennent dans un carcan qui l'empêche d'agir plus efficacement. Il ne s'agit pas de remettre en cause le monopole d'Etat sur le commerce des céréales - le FMI ou l'OMC nous l'imposeront - un jour. Il s'agit simplement d'explorer les voies afin de créer les meilleures conditions afin de produire plus.

 

 

 

ALGERIE, L'ILLUSION DES EXPORTATIONS AGRICOLES.
Djamel BELAID 25.07.2018

 

Récemment invité par « Maghreb Emergent », Mr BENBITOUR rappelait que le montant actuel de la rente provenant de la vente des hydrocarbures rapportait actuellement à peine une trentaine de milliards de dollars/an. Quant aux exportations de produits agricoles, elles auraient rapporté 57 millions de dollars. L'agriculture pourra-t-elle un jour se substituer à la rente pétrolière comme en rêvent décideurs et opinion publique? Les chiffres sont cruels pour les tenants de cette lubie. Ils sont nettement en défaveur des partisans de l'exportation tout azimut.

 

LES DATTES, MOTEUR DES EXPORTATIONS AGRICOLES

Qu'avons nous à exporter? Nous qui importons 70% des calories que nous consommons. Selon l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal) nous exportons 45 types de produits dont dattes, truffes, caroubes, pommes de terre, tomates, oranges, melons, citrons, piments, figues sèches, oranges, haricots, carottes et navets, aubergines, châtaignes et marrons, abricots, olives, raisins, vin, épinards et prunes. Les dattes constituent la grande majorité de nos exportations. Le reste constitue des opportunités : vins, primeurs, plantes aromatiques, caroube.

En 2017, le montant de ces exportations a été de 57 millions de dollars. Près de 90% de ce montant a été constitué par les dattes. Viennent ensuite les truffes (4,26 millions de dollars), les oignons et échalotes (600 000 dollars), les pommes de terre primeur (347 000 dollars), truffes sèches (235 000 dollars) et tomates (146 000 dollars).

 

UN MILIEU NATUREL FRAGILE

Cette volonté affichée du secteur privé et du MADR de vouloir nourrir les Européens est étonnante de la part d'un pays semi-aride et aride. L'image coloniale de l'Algérie « grenier de Rome » reste vivace dans les esprits. Mais comment comparer deux époques ? L'une avec à peine 4 millions de bouches à nourrir et l'autre avec 40 millions d'habitants. Deux époques, une où l'araire n'avait pas épuisé les sols contrairement à la charrue en acier introduite avec la colonisation.

Pourtant, la réalité est là : nos sols sont rongés par l'érosion, la désertification et la salinisation. En une cinquantaine d'années, avec le réchauffement climatique, certaines de nos zones céréalière ont perdu jusqu'à 100 mm de pluviométrie annuelle. En juillet, cette année, des pics de température ont atteint 51°C dans les villes du sud. Du jamais vu.

Quant à nos zones agricoles, qu'en est-il ? D'étroites plaines côtières rongées par l'urbanisation. Des hauts-plateaux fertiles mais seulement arrosés par les pluies d'octobre à avril. Une steppe d'une trentaine de millions d'hectares surexploitée par l'élevage ovin et minée par la désertification.

 

EAU, LA CONCURRENCE DES VILLES

Certes, nous dira-t-on, avec de l'eau on peut faire tout pousser en plein désert. Mais l'agriculture doit être durable. Elle doit laisser intact la fertilité des sols ainsi que le niveau et la qualité des réserves d'eau. Nous ne pouvons consommer le capital des générations à venir.

Or, quelle est la situation en matière d'hydraulique ? Les nappes phréatiques du sud ne se renouvellent pratiquement pas. Pire, l'eau est parfois chargée en sel, et au fur et à mesure des campagnes d'irrigation, le sol se charge en sels et devient stérile.

Quant à nos barrages, financés avec un baril de pétrole à 154 dollars, ils s'envasent. Pour certains, leur durée de vie est estimée à dix ans. Aux coûteuses opérations de dragage, il faudrait protéger les basins versants en interdisant le labour et le pâturage sauvage des moutons. Par ailleurs, avec le réchauffement climatique l'eau de surface va se réduire. Pour la rive sud de la Méditerranée, les prévisionnistes le pire pour les années à venir. La situation est telle, que déjà nos grandes villes sont alimentées grâce au dessalement de l'eau de mer. Or, ce procédé est coûteux en énergie.

Au Maroc, dans les zones de production intensive de fruits et légumes pour l'export, le niveau des nappes phréatiques est dans une situation alarmante.

 

En Palestine occupée, le lobby des kibboutz a longtemps milité en faveur de l'exportation des fruits et légumes. Mais avec le manque d'eau structurel de la région, le secteur agricole est dorénavant sur la sellette. En effet, ce secteur mobilise la plupart des ressources en eau pour un apport minime au PIB. Le high-tech est préférée à l'agriculture, secteur dévoreur d'eau.

 

Techniquement, pour les pays en déficit structurel de ressources hydriques, la nano-irrigation pourrait apporter un sursis à certaines cultures. Il s'agit de tubes poreux enterrés distribuant que l'eau dont ont besoin les racines. Ce système est nettement plus performant que le goutte à goutte, il permet 70% d'économie de l'eau d'irrigation. En effet, l'eau ne percole pas, elle va directement entièrement aux racines.

 

AGRICULTURE, L'INVESTISSEMENT PRIVE SOURCE D'EMPLOIS

Cependant, si un facteur peut militer en faveur d'une politique d'exportations de produits agricoles, il s'agit de l'emploi. Chaque année, ce sont 300 000 diplômés qui sortent de nos universités. Sans compter les jeunes exclus du système scolaire.

Certes, à lui seul, le secteur agricole ne pourra pas seul cette main d'oeuvre. Mais une chose est à considérer, à part la construction des barrages, l'investissement agricole mobilise surtout des investissements privés. Or, ce type d'investissement représente la condition sine qua none pour tout développement économique.

A ce titre, le mirage de l'exportation peut drainer les sommes venues du secteur informel, les drainer, vers de l'investissement créateur d'emplois. Certes, des investissements dans le secteur de l'agro-alimentaire local peut être également induire la création d'emplois. C'est par exemple le cas des conserveries de tomates industrielles ou de fruits. De telles unités ont pour effet de stimuler l'activité agricole dans leur bassin d'approvisionnement. Mais face à l'impérative nécessité de création annuelle de dizaines de milliers d'emplois, rien ne saurait être négligé.

A ce propos, on peut noter la récente augmentation du taux de natalité du pays. Entre 2000 et 2016, la population a augmenté de 10 millions. Si cette augmentation indique un mieux être de la population algérienne, on ne saurait rester sans réagir. En la matière, plus que jamais, une dynamique politique d'espacement des naissances est indispensable. Pilules normo-dosée, pilule du lendemain, implants stérilets doivent être disponibles sur le marché.

 

REDUCTIONS DES IMPORTATIONS, UN MOYEN D'ECONOMISER DES DEVISES

L'argument en faveur du développement des exportations agricoles est de procurer des rentrées financières au pays. Mais pour cela, il s'agit également de réduire la facture de nos importations de blé dur, lait en poudre et aliments pour bétail. Les sommes consacrées à ces importations stratégiques se chiffrent en milliards de dollars et leur croissance est continue.

 

Selon Omar Bessaoud (El Watan 01.08.2016) « dans les dépenses alimentaires annuelles d’un algérien (ONS, 2011), la fraction importée représente 308 dollars/habit/an : le blé dur (pâtes, couscous, galette) représente 122 dollars de cette «allocation-devises alimentation», le blé tendre (pain...) 77 dollars et le lait 60 dollars. Réduire les importations de blé dur et de lait signifie que l’on peut réduire à terme de 60% la facture alimentaire du pays, réduction qui pourra profiter au secteur productif national. » C'est à ce niveau que doivent porter les efforts (qu'on multiplie 308 $ par 40 millions d'habitants). Pour rappel, l'ambition du MADR est de porter ces exportation à 500-600 millions de dollars à l'horizon 2020-2022.

 

Or, les moyens techniques existent afin d'augmenter les rendements de ces cultures. Outre l'irrigation, il est possible d'améliorer les techniques de culture en sec. Rappelons que la majorité des surfaces agricoles sont cultivées en sec. Ces techniques concernent les rotations des cultures, le désherbage chimique et mécanique, le semis direct, la localisation des engrais au semis... Chacune de ces techniques est porteuse de gains de rendements et de réduction des coûts de culture. Or, très peu est fait pour vulgariser ces techniques et les rendre disponibles sur le terrain.

 

Mais apporter le progrès technique au plus profond des campagnes ne peut être le rôle des fonctionnaires des services agricoles. Ce rôle doit être dévolu à des techniciens de coopératives agricoles, aux technico-commerciaux de l'agro-fourniture, aux réseaux de soutien technique des agro-industriels impliqués dans la transformation des produits agricoles (minoteries, laiteries, huileries d'olives et de trituration de graines d'oléagineux, usines de conserves et de sodas). C'est aux pouvoirs publics de leur imposer un minimum d'incorporation de matières premières agricoles locales.

Enfin, encourager les investisseurs (petits et grands) nécessite de sécuriser l'accès à la terre. La politique actuelle de concessions agricoles est une bonne mesure. Elle doit être accompagnée d'une législation nouvelle instituant le fermage (location des terres) comme cela existe à l'étranger. Nulle besoin d'être propriétaire pour travailler la terre, en être locataire sur une longue durée suffit à sécuriser l'investissement privé.

Enfin, afin d'encourager les agriculteurs à produire , il s'agit également de mieux répartir la valeur ajoutée liée à la transformation des produits agricoles. Les agriculteurs doivent pouvoir accéder à ce juteux secteur. Cela passe par un encouragement public (réglementation, fiscalité) à la création de Groupement d'Intérêt Economique paysans ou de coopératives. Il est inconcevable qu'un céréalier ne puisse pas moudre son grain et vendre de la semoule ou du couscous. Cela lui est actuellement économiquement interdit.

 

POUR UN BILAN DES OPERATIONS D'EXPORTATION

Une politique d'exportation de produits agricoles mérite d'être réfléchie. Elle doit tenir de différents exigences.

-L'une d'entre elle est de se faire à partir d'une agriculture durable. Si la région d'Oued-Souf doit devenir exportatrice mais au prix d'une pollution de sa nappe phréatique en nitrates et pesticides, on peut se demander si « le jeu en vaut la chandelle ». A se propos, si les populations du sud ont su se mobiliser contre l'exploitation du gaz de schiste, elles doivent aussi être vigilantes sur le niveau de pollution de leurs réserves en eau.

-Une autre exigence est de tenir compte des coûts induits par une telle politique. La presse nationale s'est récemment alarmée de ses « exportateurs » de pâtes alimentaires et de sodas qui profitent des subventions sur le blé dur ou le sucre. Quant au coût des barrages et des forages publics permettant de disposer en quantité d'eau d'irrigation, il serait intéressant de l'intégrer dans le prix de vente de nos produits. Seraient-ils alors concurrentiels ? Et cela sans parler des subventions en tout genre et exemption des impôts dont bénéficie le secteur agricole

-Un aspect négligé des partisans de l'exportation concerne l'accès aux marchés européens. Ceux-ci sont la chasse gardée des pays méditerranéens de la rive nord. Une politique drastique de quota limite les importations des pays non CEE. Le Maroc en a fait la triste expérience. Pour l'exportation de ses agrumes, il a d'ailleurs vu d'un très bon œil les mesures européennes de boycott du marché russe suite à la question ukrainienne. Cela a permis une lueur d'espoir.

-Certaines productions locales constituent incontestablement des niches pour l'export : dattes, vin, primeurs. Ces secteurs méritent toute l'attention des autorités agricoles. Rappelons que la vigne offre 7 emplois par hectare contre un seul pour les céréales.

-Reste l'emploi. Face au trop faible encouragement de l'investissement privé industriel de la part des pouvoirs publics, de par son dynamisme, le secteur agricole peut constituer un secteur offrant de nombreux emplois. Dans la région d'Oued Souf, dans le grand sud mais aussi sur le littoral l'extraordinaire développement de la plasticulture a créé un nombre considérable d'emplois.

-Un point positif concernant l'exportation concerne la rigueur en matière de production de masse et de qualité, en matière de packaging. Se frotter au marché international et aux normes en vigueur ne peut être que profitable.

 

Le constat que nous dressons peut paraître sévère. Mais, s'il s'agit d'essayer de copier le Maroc, où l'agriculture familiale est abandonnée et où l'agriculture tournée vers l'exportation exploite une main d'oeuvre bon marché et dilapide les maigres ressources naturelles du pays, l'export devient alors plus un mal qu'un bien.

 

PRENEZ AUTANT SOIN DE VOS OLIVIERS QUE DE VOS EPOUSES

Djamel BELAID. 15/07/2018

 

On pense parfois qu'en juillet, il n'y a rien à faire sous les oliviers. Cela est faux. Les oliviers demandent beaucoup de soins. Il y a toujours quelque chose à leur apporter.

 

TAILLER LES GOURMANDS

Il faut éliminer les gourmands. Il s'agit de branches qui poussent verticalement et qui ne portent pas d'olives. Ces rameaux volent la sève des branches qui portent les olives. Ils ne produisent que des feuilles, ce qui accroît le besoin en eau de vos arbres. Il faut leur faire une lutte impitoyable en les coupant le plus tôt possible. De plus, pour faciliter la récolte, il ne faut pas laisser vos oliviers pousser en hauteur.

 

ARROSER VOS OLIVIERS

Si vous n'avez pas d'irrigation au goutte à goutte, avec une citerne apportez un peu d'eau à chaque arbre. Des études montrent que même si on n'apporte que 60% des besoins en eau, cela suffit pour se rapprocher du rendement potentiel. En sol en pente, réalisez des cuvettes en demi-lune autour de vos oliviers. Ainsi lorsqu'il y a des orages d'été l'eau est piégée et s'infiltre au pied de vos arbres.

 

FABRIQUER DES PIEGES CONTRE LA MOUCHE DE L'OLIVE

Contre la mouche de l'olivier, l'idéal est de traiter chimiquement avec un produit homologué. Une autre façon de se débarrasser de la mouche de l'olive est de la piéger. Dans une bouteille en plastique peinte en jaune (cette couleur attire les insectes), diluez un peu d'engrais DAP (di-ammonium de phosphate) dans de l'eau. Cet engrais attire les mouches. Au milieu de la bouteille percez des trous et accrochez une à deux bouteilles par arbres (sur you tube, il existe de nombreuses vidéos expliquant ce système, voir aussi le site Afidol.fr).

 

LUTTEZ CONTRE LES MAUVAISES HERBES

Un chêne adulte peut absorber 500 litres d'eau par jour. Les mauvaises herbes également absorbent beaucoup d'eau. Donc luttez contre ces mauvaises herbes qui poussent sous vos oliviers. Elles pompent l'eau du sol au détriment de vos arbres. Afin d'éviter l'érosion, fauchez l'herbe ou faîtes pâturer des moutons mais ne retournez pas le sol.

 

DES SUBVENTIONS POUR LA PLANTATION D'OLIVIERS

Les pouvoirs publics doivent attribuer des subventions à la plantation d'oliviers en zone montagneuse. Car on voit que la culture des oliviers demande de la main d'oeuvre. C'est donc l'occasion de procurer un revenu aux populations et de réduire le chômage en zone rurale.

 

 

APRES LA RECOLTE, GESTION DES PAILLES

Djamel BELAID 11.07.2018

La récolte de céréales terminée, il est de tradition de laisser les parcelles aux moutons. Ceux-ci pâturent les chaumes ce qui leur permet de reprendre du poids. Si le céréalier n'a pas de moutons sur son exploitation, les chaumes sont alors loués à prix d'or. Cette pratique présente cependant un inconvénient, elle réduit la fertilité du sol.

 

DES PRATIQUES AUSTRALIENNES

Dans le même type de situation, les agriculteurs australiens développent une « gestion des paille » (summer fallow) remarquables.

Pâturage des chaumes, pas plus de 30%

Suite à des études détaillées, le pâturage des chaumes n'est pas déconseillé par l'encadrement agricole. Il est cependant proposé aux agriculteurs de gérer le chargement ovin. Ainsi, seulement 30% des chaumes peut être consommé par les bêtes. Au delà de ce seuil, l'infiltration des pluies et la préservation de l'humidité du sol se trouve compromise.

 

Pour éviter le bourrage, semer dans les chaumes

Selon les situations, les quantités de chaumes peuvent être plus ou moins importantes. Il peut être alors difficile de semer sans labourer avec de telles quantités de résidus de récolte. La solution proposée est donc de semer entre les rangs de chaumes. Cette technique est facilitée par l'usage du GPS ; il permet de guider finement les tracteurs.

 

Avec les chaumes, plus de mobilisation de l'azote

La présence des chaumes n'est pas sans conséquence sur la mobilisation de l'azote dans la culture qui suit. Aussi, selon les situations, des doses complémentaires d'azote sont conseillées.

 

Lutte contre les mauvaises herbes

Les orages d'été permettent d'apporter quelques millimètres d'eau supplémentaires au sol. Ils ont malheureusement pour effet de favoriser les mauvaises herbes estivales. Aussi afin de préserver l'humidité du sol, il est devenu courant de désherber les chaumes. En effet, de par leur effet « mèche », les mauvaises herbes estivales sont capables de réduire l'humidité et l'azote du sol.

Aussi, en fonction des herbicides utilisés, les agronomes locaux, proposent les doses les mieux adaptées dans un environnement de sol présentant des résidus de récolte (chaumes).

 

En conclusion, dans un environnement semi-aride, les agronomes et agriculteurs australiens montrent la voie afin d'optimiser les rendements de céréales tout en se rapprochant de pratiques vers une agriculture durable.

 

 

DESERTIFICATION, VERS UN NOUVEAU BARRAGE VERT ?

Juin 2018

En visite à Naama, le Ministre de l'agriculture s'est penché sur la question de la désertification. On ne peut que se féliciter de la volonté des autorités agricoles de se pencher sur ces questions. En la matière, l'expérience du HCDS montre que la gestion scientifique des parcours permet de nettement réduire les processus de dégradation.

 

PARCOURS TOURNANTS

Qu'on protège les végétaux de la dent des moutons et arbustes et herbes repoussent. Le tout est d'organiser avec les populations locales un programme local de rotation. Il faut également proposer de l'emploi aux chômeurs de ces zones fragiles. La steppe ne peut recevoir autant de moutons en extensif. Une remarque pour soulager la steppe: de l'urée 46% ajoutée à l'orge grain assure un excellent complément azoté pour les moutons et bovins.

 

ADOPTER LE SEMIS DIRECT

Nos agriculteurs ne connaissent que le cover-crop. A qui incombe la faute? A nous, cadres de l'agriculture qui ne vulgarisons pas assez l'emploi de semoirs pour semis direct. Prenons exemple sur l'ICARDA d'Alep. Montrons à des soudeurs locaux comment fabriquer des engins low-cost. La doc est disponible en langue arabe et anglaise sur le site de l'ICARDA.

 

LIMOGEAGE DU GENERAL-MAJOR HAMEL

En tant qu'observateur de la scène politique, on peut noter les qualités professionnelles du Général-Major HAMEL. Il a notamment introduit la notion de « gestion démocratique des foules » et à ce titre, on lui doit une « fière chandelle ». Nombre de manifestations de rues n'ont jamais dégénérées grâce à cette volonté des force de sécurité.

Ceci dit, face au grand professionnalisme de ce monsieur et les criants besoins du machinisme agricole local, on pourrait rêver de voir ce secteur coiffé par un tel personnage. Le secteur du machinisme agricole a besoin d'un cluster avec un bon chef d'équipe.

 

Djamel BELAID (Ingénieur agronome) .

 

 

 

 

PESTICIDES, DES PRODUITS AGRICOLES ALGERIENS  « REFOULES DE L'ETRANGER ».

Djamel BELAID 11/06/2018

 

 

Ces dernière semaines plusieurs produits agricoles exportés ont été refoulés par les autorités sanitaires de pays étranger. Le motif concernerait une non-conformité avec les normes sanitaires locales. Ces produits agricoles recèleraient des teneurs en pesticides au delà des normes admises. Comment arriver à exporter sans risque de voir la marchandise retournée à l'envoyeur ? Mais au delà de ces péripéties, le consommateur algérien mange-t-il des produits sains ?

 

DES INSTITUTIONS LOCALES GARANTISSANT LA SANTE DU CITOYEN

En Algérie, différents organismes publics contrôlent l'emploi des produits phytosanitaires. C'est le cas de l'Institut National de la Protection Végétale (INPV). Sur la base d'études scientifiques, il délivre les autorisations de mise sur le marché local des produits phytosanitaires. Sur présentation d'un dossier scientifique, tout fabriquant algérien ou étranger doit demander une homologation à cet institut technique dépendant du ministère de l'agriculture.
Il est ainsi établi une liste des produits autorisés à la vente sur tout le territoire national. Tout produit ne figurant pas sur cette liste est interdit à la vente et il peut donc être immédiatement saisis par les autorités compétentes.

 

DES FAILLES DANS LE DISPOSITIF

Il peut exister des failles dans ce dispositif. Cela peut être, par exemple, le cas d'importations frauduleuses. Ces dernières années, l'augmentation du volume du transit au niveau des ports ont pu permettre de telles importations. Il est toujours possible de dissimuler des matières actives au sein des marchandises d'un conteneur ou de tricher en modifiant l'étiquette figurant sur l'emballage. Ce type de fraude vise à importer des matières actives déclassées par certains pays et donc moins chères.

Un autre type de faille peut venir de la méconnaissance des effets d'une nouvelle classe de matières actives. Généralement, des tests pharmacologiques sont réalisés par les laboratoires des géants de l'agro-chimie. Les dangers de certaines familles de phytosanitaires commencent à être bien connues. C'est le cas des organo-chlorés longtemps utilisés comme insecticides et qui commencent à être interdits un peu partout dans le monde. Longtemps utilisés durant les années 70 en Guadeloupe sur les bananiers, le chlordécone qui appartient à cette famille s'est avéré être très toxique pour l'homme. La Guadeloupe détient en effet un triste record mondial : celui du plus grand nombre de cancer de la prostate.

En Algérie, les services compétents tiennent compte bien entendu des informations les plus récentes afin d'actualiser la liste des produits autorisés à la vente.

 

Actuellement dans le monde, les craintes se portent sur les perturbateurs endocriniens. Ces substances englobent les produits phytosanitaires mais également un grand nombre de produits de l'industrie chimique. En Europe, une partie de bras de fer se joue actuellement entre l'Union Européenne et l'industrie chimique afin d'établir la liste des produits pouvant être considérés comme des perturbateurs endocriniens.

 

DEVELOPPER LA LUTTE BIOLOGIQUE

En Algérie, la tendance actuelle est à l'utilisation accrue de pesticides ou produits phytosanitaires. Il s'agit d'insecticides, fongicides et herbicides. Cette utilisation reste encore en

deçà de l'utilisation observée dans les pays à agriculture intensive. Mais sous l'effet des actions de vulgarisation des services agricoles et des firmes étrangères et locales, cette utilisation progresse.

Il existe cependant des exemples de lutte biologique contre les ravageurs des cultures. Dès les années 80, les Pr DOUMANDJI de l'ENSA d'El-Harrach ont testé contre les parasites des dattes le lâcher d'insectes auxiliaires. Ceux-ci s'attaquant prioritairement aux ravageurs.

L'INPV vulgarise actuellement contre des parasites des cultures maraîchères l'emploi de phéromones permettant une « confusion sexuelle ». De petites capsules renfermant des doses minimes des substances dégagées par les femelles de certains parasites sont disposées dans les serres ou les vergers. Ces substances fabriquées par synthèse indiquent aux mâles la présence éventuelle d'une femelle. Les mâles peuvent ainsi être piégés sur des supports collants ou désorientés.

 

INSTAURER UN CERTIFICAT POUR TOUT UTILISATEUR DE PHYTOSANITAIRES

Ces dernières années, que ce soit au nord ou au sud du pays, les cultures sous serres ont connu un fort développement. Ce type de culture intensive nécessite de nombreux traitement contre les maladies et les insectes. Dans le cas de la tomate, une chenille (Tutta absoluta) s'attaque aux feuilles et terrasse les plants en quelques semaines. C'est ce qui s'est passé en 2008. Les agriculteurs ont testé produits chimiques sans résultats. Puis l'INPV s'est saisi de la question et a proposé aux agriculteurs une réponse faisant appel à la lutte biologique. L'élimination des mâles a été possible grâce à l'emploi de pièges à phéromone. Des lâchers d'insectes s'attaquant à ce ravageur ont permis de juguler les infestations. Aujourd'hui, les agriculteurs maîtrisent la situation, ils n'utilisent plus à tort et à travers toutes sortes d'insecticides.

Dans ce cas précis les progrès ont été possibles grâce à une rapide mobilisation des services agricoles qui ont formé les agriculteurs et leur ont fourni les solutions adéquates.

Cependant, les ravageurs étant nombreux, toutes les situations ne sont pas aussi bien maîtrisées que dans le cas de Tutta absoluta. Aussi, la formation à l'emploi des pesticides pourrait obligatoire. Elle pourrait être sanctionnée par la délivrance par la délivrance d'un certificat telle le CertiPhyto que délivrent les Chambres d'Agriculture en France suite à un stage pratique de plusieurs demi-journées.

L'emploi des phytosanitaires en agriculture implique donc les agriculteurs mais également les revendeurs et les sociétés importatrices. Ces derniers devraient être regroupés dans une fédération afin de pouvoir discuter avec les pouvoirs publics.

 

GLYPHOSATE ET DESHERBAGE MECANIQUE

Ces derniers temps, les médias ont abondamment traité du cas du glyphosate. Ce désherbant est potentiellement classé comme cancérigène. Il s'agit de préciser les choses. Cet herbicide est massivement utilisé par les agriculteurs cultivant des OGM. C'est le cas aux USA, Canada, Amérique latine ou Australie. Ce n'est pas le cas en Algérie puisque les OGM sont interdits.

D'éventuelles cas de contaminations ne peuvent donc provenir que des cultures OGM importées : soja et maïs utilisées actuellement en alimentation du bétail ou huile de tournesol.

Certaines pratiques étrangères peuvent provoquer des contaminations. C'est le cas des agriculteurs étrangers pulvérisant du glyphosate juste avant la maturation complète de leur récolte de blé, lentille ou colza. Les mauvaises herbes présentent dans leur champs sont alors éliminées, elles ne formeront pas de graines. Mais également, en desséchant les plantes cultivées l'herbicide peut permettre une récolte homogène.

Certains herbicides tel le paraquat sont considérés comme nocif pour la santé. Auparavant utilisés en Algérie, ces désherbants ne figurent plus dans la liste des produits autorisés. L'INPV met en ligne sur son site l'index des produits phytosanitaires à usage agricole autorisés en Algérie.

 

A la place des désherbants chimiques, l'agriculture bio a proposé en Europe des solutions alternatives. Il s'agit de l'emploi de bineuses, de herses étrilles et de houes rotatives. Ces engins peuvent être utilisés en maraîchage sur de petites surfaces mais également sur culture de céréales et légumes secs. Si des bineuses commencent à être fabriquées en Algérie, ce n'est pas encore le cas pour les herses étrilles et houes rotatives qui s'avère être des outils qui révolutionnent le désherbage mécanique même sur de grandes surfaces. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter sur you tube les vidéos de l'organisme français Arvalis.fr traitant du désherbage mécanique.

Actuellement, les services agricoles comme les concessionnaires de matériel agricole ne s'intéressent pas à ce type de matériel. Cela est regrettable car ce type de matériel est facile à fabriquer localement. Alors que de nombreuses petites exploitations céréalières ne sont pas encore passées au désherbage chimique, il serait bon de leur proposer ce type de matériel.

 

REDUIRE L'EMPLOI DES ENGRAIS

Selon les récentes déclarations de Mr Ali Bey Nasri, président de l’Association nationale des exportateurs, les derniers refoulements de produits agricoles seraient également liés à l'emploi d’engrais interdits à l’étranger. Parfois décriés à travers le monde par les partisans du « bio », les engrais peuvent être une source de contaminants dans certains cas précis.

C'est le cas des engrais phosphatés qui peuvent contenir du cadmium.

Ceci dit, les engrais azotés et phosphatés sont plus connus comme polluants des nappes phréatiques et eaux superficielles. Ils concernent donc plus les populations résidant dans les zones de production que les populations vers lesquelles sont exportées les produits agricoles.

En Algérie, le département agronomie de l'Université de Batna a récemment mis au point une méthode pratique d'utilisation de doses d'azote adaptées aux besoins des cultures. Cette méthode simple a été adoptée avec succès par des agriculteurs de la région de Sétif1.

Une autre solution consiste également en la localisation des engrais. Cette technique permet d'apporter une quantité d'engrais à proximité des semences au semis. Les doses d'engrais à utiliser sont donc réduites. Cette technique nécessite l'utilisation de semoirs spécifiques permettant un semis direct. Cependant, en Algérie, les services du MADRP ne s'intéressent pas à cette technique.

L'utilisation des fientes de volailles est courante en maraîchage, elles apportent notamment de l'azote. Ces fientes sont indispensables aux cultures. Cependant, il s'agit de procéder régulièrement à des analyses de reliquats azotés et des eaux des nappes phréatiques pour éviter toute pollution aux nitrates. Enfin, il y a un risque de propagation de salmonelles. Des mesures appropriées permettent de gérer cette question.

 

MANGER BIO EN ALGERIE

Afin de se prémunir contre les risques sanitaires liés à la consommation de produits agricoles contaminés par des pesticides, la solution consiste à consommer des produits « bio ». Cette pratique est peu développée en Algérie. Elle nécessite des exploitations « bio » certifiées par des organismes agréés par les pouvoirs publics. En Europe ce type d'agriculture

est subventionnée. On pourrait imaginer une aide publique accordée par le MADR aux agriculteurs s'engageant à produire « bio »

A petite échelle, il est possible de s'adresser à une AMAP comme le développe l'association Torba.dz. Il est également possible de créer des potagers collectifs (jardins partagés) en ville en bas des immeubles avec l'aide des offices HLM et des municipalités.

 

Il apparaît que les pouvoirs publics ont développé des moyens afin que les produits phytosanitaires utilisés en Algérie soient contrôlés et autorisés en fonction de leur efficacité sur les cultures et leur moindre effet sur la santé humaine. Les failles dans le schéma ainsi établi peuvent provenir d'éventuelles importations illicites – il s'agirait dans ce cas d'étudier leur ampleur – ou d'une mauvaise utilisation de ces produits (non respect des doses ou des période d'utilisation). Aussi, formation des agriculteurs, fédération du négoces et des firmes de phytosanitaires sont indispensables.

Reste, que comme ailleurs dans le monde, le développement d'une agriculture raisonnée et d'une agriculture « bio » peut permettre de réduire l'utilisation des produits chimiques et les risques éventuels de contamination.

 

 

1Cette méthode développée par le Pr Nadia BOULELOUAH est visible à l'adresse : https://youtu.be/PpzzUnd0n-Q

 

 

 

CEREALIERS, FAITES DU FRIC AVEC LE « FRIK »

 

Djamel BELAID 21 mai 2018

Dans l'Est du pays, avant la récolte du blé, il n'est pas rare de voir des agriculteurs récolter des épis pour en faire du « frik ». Il s'agit de grains de blé dur encore verts grillés et concassés. Ils sont utilisés dans la « chorba frik ». Cette pratique ancestrale se fait en dehors des circuits traditionnels de commercialisation (CCLS). Elle permet à de petits céréaliers de mieux valoriser une partie de leur production de grains.

 

LA CHORBA FRIK DE L'EST ALGERIEN

Contrairement à la hrira oranaise ou à la chorba-vermicelle algéroise, la chorba-frik de l'Est Algérien contient des grains de blé dur grillés et concassés. Absorbant une partie du bouillon, ils acquièrent une texture malléable sans être trop molle. Cela donne une texture et un goût incomparable à ce type de chorba. En effet, utiliser du vermicelle, c'est s'exposer à obtenir des pâtes alimentaires flotter sans aucune consistance dans la soupe. Par contre, le frik garde toute sa fermeté. Les personnes découvrant pour la première fois la chorba-frik ne peuvent ensuite revenir à la chorba-vermicelle. Traditionnellement, à l'Est du pays , il n'est pas rare de voir à la fin du printemps, des particuliers s'arrêter au bord des routes pour cueillir une gerbe de blé afin de faire leur propre frik.

 

DEMARCHE COMMERCIALE SANS CCLS NI MINOTERIES PRIVEES

La vente du frik est réalisée par les céréaliers. Ils ne passent pas par le réseau habituel des CCLS. Cela signifie qu'ils renoncent au prix de 3500 DA le quintal proposé par les antennes de l'OAIC. Prix auquel il faut rajouter la prime de 1000 DA par quintal. Cela s'explique par le prix de vente dans le secteur privé : 16 000 à 20 000 DA le quintal. Les céréaliers réalisent donc eux-même une transformation du grain. Cette démarche est originale. En effet, traditionnellement, en Algérie dès la récolte, les agriculteurs se pressent aux portes des silos des CCLS pour livrer leurs grains. Il peut arriver qu'ils patientent 48 heures avec leur remorque devant les silos. Ce sont des minoteries, en majorité privées, qui se chargent de la transformation des grains en semoule puis couscous ou pâtes alimentaires. Au passage, ces transformateurs empochent une valeur-ajoutée liée à ce type d'activité. En Algérie, le soutien des prix passe par les CCLS. De ce fait, les céréaliers sont obligés de leur livrer leur production afin de profiter des prix subventionnés. La production de frik consiste en une transformation des céréales par les producteurs eux-mêmes et donc par la création d'une valeur-ajoutée qui leur revient en totalité. Cette valeur-ajoutée ne sert pas à financer les caprices équestres du rejeton d'un grand transformateur comme c'est le cas actuellement à l'Ouest du pays. Dans le cas du frik, elle revient entièrement « lel fellaha ».

 

UNE DEMARCHE TECHNIQUE INNOVANTE

La production de frik montre également plusieurs innovations techniques développées par les producteurs. Pour récolter les épis de blé, ils ont mis au point un matériel nouveau. Il s'agit d'une remorque attelée à côté d'un tracteur et dont l'avant est couplé à une faucheuse munies de rabatteurs (comme sur une moissonneuse -batteuse). Cet engin permet de ne récolter que les épis ainsi qu'une partie de la tige de blé. Juste ce qu'il faut afin d'assurer par la suite les opérations pour griller à la flamme les grains. La deuxième innovation concerne le procédé pour griller les épis de blé. Ces derniers sont disposés quelques heures en petits tas à même le sol. Cela permet aux épis de sécher. A l'aide d'un lance-flamme composé d'une longue lance en métal reliée à une bouteille de gaz, les tas sont enflammés et retournés quelques instants à l'aide d'une fourche. Les épis grillés sont par la suite introduits dans une moissonneuse-batteuse à poste fixe afin de débarrasser les grains de leurs enveloppes. Comme on peut le constater, ces manipulations sont exigeantes en main d'oeuvre.

 

LABELLISER LA PRODUCTION DE FRIK

La production de frik mériterait d'être labellisée. Ce type de production est typique de l'Est Algérien. On retrouve également cette pratique en Syrie. Il serait intéressant que les producteurs locaux puissent définir un cahier des charges. Des améliorations de la qualité du produit final sont possibles. Elles pourraient concerner le taux de protéines des grains, le choix variétal, la date exacte de récolte, les techniques optimales pour griller les épis et concasser le grain (type de granulométrie). L'aspect packaging n'est pas à négliger. La mise en sachets d'un kilo ou de 500 grammes dans un emballage approprié avec identification de la zone de production et du producteur pourrait être un gage de confiance vis-à-vis du consommateur. Des efforts publicitaires pourrait permettre de gagner de nouveaux consommateurs à l'Ouest du pays. En effet, dans cette région l'utilisation du frik est peu développée. D'autres consommateurs potentiels pourraient être approchés, c'est le cas de la diaspora algérienne à l'étranger. Le consommateur y est habitué à consommer du « boulgour ». Il s'agit d'un produit d'origine turque équivalent au frik. C'est dire le potentiel offert en matière de commercialisation.

 

DEVELOPPER LA FILIERE FRIK

Ce type de production est actuellement marginal. Il est possible d'augmenter rapidement les volumes. Cela peut passer par un échelonnement des dates de maturité afin d'étaler la pointe de travail lors de la récolte. Pour cela, il s'agit, à qualité égale, d'envisager l'utilisation de variétés de blé aux dates de maturité décalées de quelques jours. L'Algérie bénéficie de différents étages climatiques. Il devrait donc être possible d'étaler la production de frik entre le nord et le sud du pays. La mise au point d'un système artisanal de récolte des épis par des paysans de Biskra lève ce qui constituait jusqu'à présent un goulot d'étranglement. Concernant l'opération visant à griller les épis, celle-ci est actuellement manuelle. La mécanisation de cette opération pourrait être envisagée en utilisant un tapis roulant grillagé passant au dessus de brûleurs à gaz au calibre défini. Concernant la qualité, celle-ci passe par la tenue du grain concassé à la cuisson. Dans l'environnement aqueux que constitue la chorba, toute pâte alimentaire développe rapidement une consistance molle. C'est d'ailleurs le cas du vermicelle. Rappelons que pour beaucoup de consommateurs de pâtes alimentaires, la tendance est à un mode de cuisson privilégiant le type « aldente ». Afin de renforcer les qualités intrinsèques du grain de blé dur transformé en frik, il s'agit donc de produire des grains de blé riches en protéines et peu mitadinnés. Seuls de tels grains expriment la meilleure tenue à la cuisson. Cela suppose une fertilisation azotée ciblée. On consultera à ce propos les travaux réalisés à Batna par l'équipe du Pr Nadia Boulelouah. Un autre axe de développement peut consister en la production de frik bio. Aujourd'hui existent des solutions techniques pour remplacer le désherbage chimique par du désherbage mécanique à l'aide de herses étrilles ou de houes rotatives. En l'absence de tels engins, on peut penser à faire pâturer quelques semaines les parcelles de blé par des moutons. Un pâturage d'hiver de quelques jours avec un chargement hectare adapté peut permettre de réduire nettement l'infestation en mauvaises herbes.

 

LES PRODUCTEURS DE FRIK, DES HOMMES LIBRES

Les céréaliers qui produisent du frik le font en dehors de la filière blé dur des CCLS et des minoteries privées. Ils ne sont pas intéressés par les prix à la production soutenus par la puissance publique (OAIC). A ce titre, on peut dire qu'il s'agit d'hommes libres. Une telle filière (qui reste à créer) serait donc capable de résister à une éventuelle baisse des prix du blé dur. En effet, si les céréaliers Algériens ont la chance de se voir offrir par l'OAIC des prix à la production au dessus des fluctuations mondiales, la pérennité de ce système n'est pas assuré. Surtout lorsqu'on pense à l'évolution des prix des hydrocarbures ou d'une éventuelle adhésion de l'Algérie à l'OMC. Certes, en tonnage, la production de frik représente des quantités minimes. Cependant, le revenu dégagé par ce type de production garantit une partie des revenus financiers des exploitations. Cette garantie n'est pas conjoncturelle, mais structurelle. Ces exploitations se sont extraites du système des subventions publiques, du moins au niveau de la commercialisation de leurs produits.

 

FILIERE FRIK, DES POTENTIALITES CERTAINES

Il est certes trop tôt pour parler d'une filière frik. Celle-ci reste à créer. Mais quand on voit l'inventivité des agriculteurs concernés on ne peut qu'être admiratifs devant les potentialités que recèlent ce type de production. Que ce soit sur le plan des innovations matériels ou des circuits de commercialisation en dehors des CCLS, les producteurs de frik innovent. Avec un marché de 40 millions de consommateurs et de réelles possibilités d'exportations, la productions de frik peut permettre d'assurer un complément financier notable pour l'équilibre économique de petites exploitations. Chose extraordinaire, pour une fois, ce revenu exceptionnel ne vient pas de l'élevage ovin mais d'une production végétale et surtout d'une production de céréales. Cet exemple est là pour nous rappeler combien en Algérie, le potentiel des céréales est sous-estimé. En alimentation humaine, il serait intéressant d'envisager la production de germes de blé, de blé et d'orge malté. En matière d'aliments du bétail, la production de triticales peut remplacer partiellement le maïs importé. A cet égard, le prix des triticales mériterait d'être revalorisée par les CCLS. La production de frik est une production de terroir. Elle est propre au blé dur et est typiquement produite au sud-est du pays. Cette production est accrochée à une région. Elle fait l'objet de

savoirs ancestraux qui ont su évoluer (cas de la récolte). Son expansion et sa structuration pourrait être l'oeuvre des élites rurales fixées dans ces territoires : paysans éclairés, jeunes cadres, jeunes chômeurs ou retraités disposant d'une expérience. A cette élite rurale de rassembler les moyens agronomiques de production, de récolte, de transformation et de commercialisation d'un produit unique.

 

CEREALIERS, SE RE-APPROPRIER LA FILIERE CEREALES

L'exemple de la production de frik montre l'extraordinaire inventivité du monde paysan. Il faut voir les engins originaux mis au point pour récolter les épis. Cette mise au point de matériel et de pratiques montre également que les céréaliers Algériens peuvent ajouter plus de valeur à leur production. Il est à espérer que cet exemple les engagent à prendre confiance dans la transformation de leur récolte de blé dur en semoule, couscous et/ou pâtes alimentaires. Cette démarche pourrait se faire dans de petits ateliers ou des moulins semi-industriels. Vu l'excédent des capacités privées installées, on peut s'attendre à l'avenir à des faillites. L'occasion pour des céréaliers arrivant à réunir des quantités conséquentes de grains, de se positionner dans la production de semoule. Des formules telles les Groupements d'Intérêt Economiques (G.I.E) peuvent constituer le cadre à de telles activités. Les GIE constituent des structures plus souples que des coopératives de services. Celle démarche permettrait de rapatrier dans la poche des producteurs la valeur-ajoutée actuellement captée par les transformateurs. Ainsi, les céréaliers des zones faiblement productives pourraient tirer un meilleur parti de leur production. Les pouvoirs publics ont tout à y gagner. Ils auraient ainsi la possibilité d'amortir l'impact d'une éventuelle réduction des subventions à la filière céréales en cas de baisse des revenus issus de la vente des hydrocarbures.

Notes : Il existe sur Youtube une vidéo extraite d'un reportage de la chaîne Ennahar sur cette question. https://youtu.be/Uw_LfFOGcTY.

 

 

 

SLIM OTHMANI, FAIT "CHEVALIER DE LA LEGION D’HONNEUR" PAR LA FRANCE

Djamel BELAID 14.05.2018

Je ne me joindrais pas aux applaudissements pour le moment. J'attends que cet industriel fasse plus d'intégration de matières premières DZ. Car les concentrés de jus viennent du Brézil, idem pour le sucre brut raffiné par Cevital. Ce monsieur fait de "l'import-import". Il ne fait qu'assembler des matières importées. On peut cependant le féliciter d'utiliser de l'eau DZ.

J'attends des agro-industriels Algériens qu'ils contribuent, au moins en partie, à la production locale de leur approvisionnement. Il y a mille et une façons de le faire.
-contribuer à la replantation de vergers d'agrumes, d'abricots, ...
-contribution à la productions de sirops sucrant à partir de dattes, d'orge.
J'attends avant d'applaudir... Je ne peux applaudir un industriel de l'import-import intervenant sur un marché carrément captif dont les consommateurs bénéficient d'un bon revenu. faire du business dans ces conditions, c'est trop facile. Cela ne justifie pas une distinction. Celle-ci devrait aller à des agro-industriels tels les PDG de Laiterie Soummam ou de Groupe Benamor qui ont un milleur taux d'intégration de la matière première locale.

 

 

 

ALGERIE, DOIT-ON AUTORISER LES OGM EN AGRICULTURE?

Djamel BELAID 23.04.2018

 

Répondant sur la Chaine III de la radio à une question d'un auditeur, le Pr Arezki MEKLICHE a déclaré qu'il ne voyait pas d'objection à l'utilisation de ce type de technique en Algérie. Que pourrait nous apporter des variétés de blé OGM ?

 

UN TABOU BRISE

Le 7 décembre dernier, en déclarant qu'il ne voyait d'objection à utiliser des OGM en agriculture, le Pr MEKLICHE a brisé un tabou. Traditionnellement, dans la presse nationale, il est de bon ton de s'opposer aux OGM. L'idée de départ étant de protéger les consommateurs contre de nouveaux maux et d'éviter une éventuelle « pollution génétique » sur le sol national.

Mais l'invité de la Chaïne III s'est fait fort de rappeler à juste titre, qu'en Algérie, nous consommons quotidiennement des OGM. Et de citer le maïs et soja OGM importés pour nourrir nos poules, vaches et moutons. « Autant, en produire localement » a conclu l'invité.

 

OGM ET GLYPHOSATE, MELANGE CONTROVERSE

Sur le plan de la santé humaine, la consommation d'OGM n'a, jusqu'à ce jour, pas montré de risques sanitaires. L'OGM ne serait pas en lui même dangereux pour la santé. Cependant, dans le cas de variétés OGM résistantes aux herbicides, et notamment au glyphosate, le danger sanitaire proviendrait des résidus de cet herbicide dans les grains. En effet, face à l'apparition de mauvaises herbes devenues résistantes au glyphosate, les agriculteurs des pays autorisant cette technique ont tendance à multiplier les passages de désherbants et d'augmenter les doses. Des résidus d'herbicides sont donc présents sur les cultures.

D'autres façons de faire sont sources de résidus. Parfois, pour hâter le murissement d'une culture non-OGM de lentilles, de pois-chiche ou de colza, les agriculteurs pulvérisent du glyphosate en fin de cycle. Cela peut concerner également la lutte contre une mauvaise herbe présente en fin de cycle.

Attention à ne pas confondre ces utilisations avec celle des agriculteurs qui n'utilisent le glyphosate que pour un désherbage au semis. Ce type d'emploi très fréquent en agriculture de conservation permet d'éviter de labourer. De ce fait, les terres sont moins sujettes à l'érosion. Et dans ce cas là, le risque de résidus sur les cultures est de loin très inférieur aux pratiques décrites précédemment.

 

Du point de vu de la dissémination de gènes nouveaux dans la flore naturelle bordant des gènes d'OGM, ce risque existe. Dans les pays utilisant les OGM, il est parfois préconisé d'entourer les champs d'OGM d'une bande de culture non-OGM afin de créer une zone tampon.

 

ETAT DU DESHERBAGE CHIMIQUE EN ALGERIE

Les variétés OGM concernent notamment la résistance au glyphosate. Il devient alors possible d'épandre cet herbicide sur les cultures et donc, en un seul passage d'éliminer toutes les mauvaises herbes. Mais, cela est intéressant lorsque les techniques traditionnelles du désherbage chimique ont été épuisées. Or, c'est loin d'être le cas en Algérie. Le désherbage n'est utilisé que sur une superficie restreinte des surfaces consacrées aux céréales et des légumes secs.

Des cas de résistances aux herbicides conventionnels n'ont pas encore été relevés. Dans le cas de mauvaises herbes difficile à détruire dans une culture de céréales – cas du brome – l'utilisation de variétés OGM pourrait s'envisager. Mais, signalons que nous n'avons pas utilisé toute la panoplie des solutions conventionnelles, telles les rotations de cultures.

 

OBTENTION DES VARIETES OGM

Dans le cas où le choix de variétés OGM était fait, quel moyen devrions nous déployer pour mettre en œuvre la disponibilité en semences ? La technologie OGM concerne des variétés étrangères. Il s'agirait alors de faire des essais sur des variétés OGM pour chaque région du pays.

 

 

LA TECHNIQUE CLEARFIELD

A côté de la technique OGM – qui consiste à introduire un gène d'intérêt dans une variété – existe des techniques de mutagénèse. Les variétés ainsi obtenues sont disponibles sous la marque Clearfield. La technique de mutagénèse consiste à provoquer des mutations au niveau de semences. On utilise pour cela une dose de rayonnement mutagènes ou tout simplement des produits chimiques précis. Les semences ainsi traitées sont alors mise en culture. Et celles présentant de nouvelles caractéristiques, telle la résistance à un herbicide à large spectre, sont isolées.
Cette technique est utilisées sur les céréales, les oléagineux (colza) et les légumes secs.
Dès la fin des années 70, cette technique a été introduite en Algérie au niveau de l'ENSA d'El Harrach par des coopérants polonais. Des étudiants algériens ont travaillé dessus, mais faute de programme de développement, cette technique s'est perdue. Les étudiants formés ont été employés dans d'autres domaines de compétences.

Cette technique relativement simple pourrait être mise en ouvre par des obtenteurs privés. Des collaborations inter-Maghrébines pourraient également rationaliser les efforts.

 

OGM, UN INTERET RESTREINT EN ALGERIE

En conclusion, en Algérie, dans les situations extrêmes, il ne faut pas s'empêcher d'utiliser les OGM. Cependant, dans le cas de la lutte contre les mauvaises herbes, le recul des pays utilisateurs d'OGM montre l'apparition de plantes résistantes et la nécessité d'une lutte combinant plusieurs moyens. Contre les mauvaises herbes résistantes au glyphosate, les Australiens utilisent même la technique du double-knock. Il s'agit de la pulvérisation de deux herbicides avant semis. Le deuxième herbicide devant éliminer les plantes résistantes au glyphosate.

 

Cet exemple montre que les OGM ne sont pas la panacée. Reste la question du moyen d'obtention de ce type de semences et leur coût pour notre économie et pour l'agriculteur.

 

Il nous semble que la priorité concerne les légumes secs. Ces derniers sont très sensibles à la concurrence des mauvaises herbes. Il serait utile que des obtenteurs privés développent par mutagénèse des variétés non-OGM mais résistantes à des herbicides.

ASSISES DE L'AGRICULTURE

Quelques propositions:

 

PREAMBULE

-L'agriculture a pour mission de :

--nourrir la population algérienne (et pas les consommateurs européens),

--créer de l'emploi à nos jeunes (60 000 jeunes ruraux arrivant chaque année sur le marché de l'emploi), chose que ne peut pas faire une politique de fermes de 1000 hectares avec des capitaux privés locaux ou étrangers). L'agriculture ne peut à elle seule assurer l'emploi de l'ensemble des populations rurales. Afin d'éviter une sur-exploitation du milieu naturel par des pratiques agricoles inadaptées, il est indispensable que les pouvoirs publics développent une politique d'emplois ruraux hors du secteur agricole.

--contribuer à préserver l'environnement. En effet, le milieu naturel local est fragile. Il est sujet à des processus d'érosion, de désertification et de salinisation. L'agriculture doit revêtir un aspect durable.

Le déficit hydrique de l'agriculture en sec nécessite :

-une recherche-développement adaptée,

-le développement d'une politique de création de valeur ajoutée qui peut passer par la participation des producteurs à la transformation des produits agricoles. Il s'agit donc de l'encourager.

 

CONCERNANT L'OAIC ET LES CCLS :

Il est recommandé :

-maintien du monopole d'Etat sur le commerce du blé

-possibilité de transformer les céréales (activité de meunerie ou de semoulerie) et de fabriquer couscous, pâtes alimentaires ou pain,

-possibilité de fabriquer de l'aliment du bétail,

-statut du personnel technico-commercial: instaurer des primes indexées sur le volume des ventes d'engrais, de produits phytosanitaire et sur le volume des céréales collectées.

-envisager une évolution des statuts des CCLS permettant une plus grande co-gestion des membres élus du conseil de gestion (exemples : co-signature du président et du directeur sur certains dossiers, confier plus de responsabilité aux élus dans la gestion des unités de moto-culture).

 

COOPERATIVES AGRICOLES

Il ne faut pas se tromper. Les CCLS ne sont pas de vraies coopératives où ce sont les agriculteurs qui disposent de parts sociales et composent les organes de direction élus démocratiquement. Aucun développement agricole ne peut être envisager sur la seule impulsion de l'administration. Aussi, il est recommandé :

-d'assurer des avantages législatifs, financiers ou fiscaux à tout regroupement d'agriculteurs sous forme de coopérative ou de Groupement d'Intérêt Economique (GIE),

-cas d'attribution d'avantages :

--lors de groupement pour l'achat de matériel à plusieurs (réduction des taux bancaires, réduction du prix du matériel, …),

--lors de la transformation de céréales : attribution des restitutions financières liées au soutien des prix à la consommation (les mêmes que reçoivent les transformateurs Benaor, Dahra, SIM, Smid Tell, …).

 

FORMATION

-conditionner l'octroi de prêts agricoles à l'obtention d'une attestation de présence à des modules de formation agricole de base. Ces modules avec programme défini par le MADR devraient être dispensés sur tout le territoire en mobilisant toutes les compétences (MADR et Universités),

-financer un institut de gestion pour cadres paysans (à l'image de l'IFOCAP France) géré par la profession agricole,

 

CEREALES/LEGUMES SECS/FOURRAGES

-renforcer les moyens de recherche-développement sur les cultures en sec (semis direct, localisation des engrais au semis, sursemis des jachères pâturées,...),

-priorité au non-labour avec semis direct (produire massivement des semoirs low-cost), le retard du programme CMA-SOLA sur le semoir Boudour est inexcusable, encourager la production privée de semoirs,

-développer la production de matériel de désherbage mécanique (herse étrille, houe rotative),

-développer les rotations, seul moyen de lutter contre les graves infestations de brome, ver blanc, nématodes,

-développer la production d'oléagineux : colza, tournesol et carthame (voir le progrès variétal en Australie),

-semences : encourager la production de semences certifiées par les CCLS, mais aider les fellahs à améliorer la qualité de leurs semences de ferme,

-semences : développer un programme de semences non OGM de type Clearfield, encourager l'investissement privé local,

-notre céréaliculture en sec étant structurellement déficitaire, permettre à des céréaliers groupés en G.I.E de produire de la valeur ajoutée et donc de transformer leur production en semoule, couscous, pâtes alimentaires en recevant les mêmes aides financières que les grands groupes transformateurs (Benamor, Dahra, Smid Tell, …).

 

JACHERE

-mettre à la disposition des agriculteurs des outils permettant d'emblaver et d'exploiter à moindre coûts les surfaces de jachère. A ce titre, l'abandon du labour et son remplacement par des techniques culturales superficielles ou de semis direct est tout indiqué. Outre la rapidité d'exécution des emblavement, traitement et exploitation des cultures, il s'agit de veiller à la réduction des coûts.

-sur les surfaces de jachère pâturée, tester des outils de non labour (semis direct) afin de semer des mélanges fourragers à pâturer. A la traditionnelle association vesce-avoine, il s'agit de vulgariser de nouvelles associations (pois fourrager-triticale) mais également des espèces nouvelles telles le colza fourrager.

-tester le fourrage de medicago à la lumière du développement du non labour avec semis direct, ce qui préserve les semences de médicago d'un enfouissement néfaste à leur germination.

 

BANQUE AGRICOLE

-envisager la création d'une banque agricole gérée par des agriculteurs et disposant d'un capital propre provenant d'un prélèvement forfaitaire sur la vente des produits agricoles,

 

CHAMBRE D'AGRICULTURE

On ne peut envisager de développement agricole sans participation des premiers intéressés. Aussi, il s'agit

-d'assurer un fonctionnement démocratique des chambres d'agriculture,

-d'encourager la création d'association professionnelles agricoles et la constitution de filières.

 

INSTITUTS

Les instituts techniques sous l'égide du MADR permettent un encadrement technique des agriculteurs. Etant donnés les enjeux actuels, il s'agit d'arriver à arriver à une plus grande efficacité de ces structures.

-envisager la participation des firmes publiques et privées d'amont et d'aval au financement partiel des instituts techniques avec possibilité de participation au conseil d'administration,

 

FONCIER

-de nombreux exploitants sous-louent des terres de façon non officielle et de ce fait ne peuvent bénéficier de prêts bancaires et de l'aide des institutions agricoles.

-envisager un statut du fermage pour assurer la location des terres agricoles et sortir de l'informel,

 

MACHINISME AGRICOLE

-assurer une structure de coordination (permettant l'échange d'informations) entre d'une part fabricants publics et privés et d'autre part agriculteurs et université.

-étant donnée la faiblesse de la production locale pour certains matériels (semis direct, désherbage mécanique, …) envisager des mécanismes de soutien matériels et financiers aux entreprises locales.

 

AGRO-ALIMENTAIRE

Ces dernières années, le secteur agro-alimentaire s'est considérablement développé. Nombreux sont les industriels qui n'envisagent leur activité que sur la base de la transformation de produits importés. A l'avenir, il devrait leur être EXIGE de recourir progressivement à l'utilisation de matières premières locales. Cette évolution devrait se faire selon un cahier des charges et selon un calendrier défini avec les structures compétentes du MADR.

Comme le font certaines laiteries, semouleries mais aussi de nombreuses conserveries de tomate industrielle, les transformateurs devraient avoir obligation de :

-mettre sur pied des services d'appui technique aux agriculteurs,

-assurer une aide financière sous la forme d'avances financières partielles.

 

OLEAGINEUX

A part l'oléiculture, la production locale d'oléagineux est pratiquement inexistante. Pourtant, selon les étages climatiques du pays, différentes cultures sont possibles : colza, tournesol, carthame, arachides.

Outre la couverture partielle des besoins de la population, la culture d'oléagineux permet :

-d'assurer une rotation des cultures afin de réduire la monoculture des céréales qui pose d'énormes problèmes de parasitisme,

-d'assurer la production de tourteaux entrant dans la fabrication des aliments du bétail,

-d'assurer à des groupements d'agriculteurs de créer plus de valeur ajoutée en pressant leurs graines pour produire et vendre de l'huile.

Il s'agit d'assurer la disponibilité en semences d'oléagineux et en petit matériel de trituration.

 

MAIN D'OEUVRE ETRANGERE

-envisager un statut spécifique à la main d'oeuvre étrangère qualifiée afin de favoriser des séjours prolongés sur le territoire national,

 

COOPERATION INTERNATIONALE

-encourager la coopération avec les pays développés à climat semi-aride (exemple, l'Australie) afin de bénéficier des acquis de leur recherche-développement.

 

 

PLUS DE 3 MILLIONS D'HECTARES NON CULTIVEES

BOUAZGUI FACE AUX CONTRADICTIONS DU SYSTEME AGRICOLE

 

Djamel BELAID 3 avril 2018

 

Mr BOUAZGUI est sans aucun doute un homme honnête qui veut bien faire. En charge du MADR depuis quelques mois, il parcourt le pays, anime des réunions, bat la campagne écoute les agriculteurs (petits et grands) ainsi que les investisseurs privés. Bref, il fait le job du mieux qu'il peut. Il le fait avec honnêteté mais à sa manière. Ayant eut récemment en mains, les statistiques des terres réellement cultivées, il découvre l'ampleur de la tâche. Arrivera-t-il à encourager l'investissement vers les céréales, aliment de base de la population et faisant l'objet (avec la poudre de lait) de plus de 60% du montant des importations alimentaires?

 

ALGERIE, «GREVE DES LABOURS »

Alors que nous importons de plus en plus de blé, des dizaines de milliers d'hectares de terre ne sont pas cultivées. Mais qu'on ne s'y trompe. Ces terres sont cependant utilisées pour un usage agricole. Elles servent de parcours aux moutons. En effet, l'élevage du mouton est plus rentable que la culture des céréales. Les propriétaires y font paître leurs troupeaux de moutons ou bien les louent à des éleveurs.

Une autre explication à cette « grève des labours » vient de l'aspect peu rémunérateur de la culture des céréales. En effet, l'actuelle production de céréales sur les bonnes terres ne tient que grâce aux subventions publiques (prix à la production, crédits de campagne bonifiés, soutien pour l'achat des engrais des semences, des produits phytosanitaires et du matériel agricole). Sur ces terres, la stratégie adoptée est de faire revenir le plus souvent le blé dur afin de profiter de la prime « blé dur » de 1000 DA/qx en plus des 3500 DA/QX offert par les CCLS. Mais cette pratique n'est pas sans conséquences. Les sols s'épuisent et les cultures sont la proie de parasites spécifiques du blé dur: vers blancs, nématodes du sol lorsque ce n'est pas des infestations en mauvaises herbes telle le brome.

 

LE QUOTIDIEN DE LA PETITE ET MOYENNE PAYSANNERIE

Mais sur les terres à faible potentiel, celles à sol peu profond, il suffit d'un coup de sec à l'automne pour que les jeunes pousses de blé se dessèchent. Parfois, c'est au printemps que survient un manque de pluies ou une brusque hausse des températures. Les épis prometteurs se dessèchent alors et les grains ne se remplissent pas. Seules leurs enveloppes subsistent. Lors de ces années de sécheresse, les parcelles de céréales avortées sont laissées aux moutons et l'agriculteur tente, tant que bien que mal, de rembourser le crédit de campagne contracter envers la banque. C'est qu'emblaver coûte cher. Pour les petits agriculteurs, il faut louer tracteur et charrue, acheter des engrais et des semences. Au labour succède la préparation du sol puis le semis. Chacune de ses longues opérations se traduit en heures de location de tracteur avec la hantise de tout perdre si survient un coup de sec.

Certes, la disponibilité en tracteurs s'améliore. Il y les tracteurs Cirta, témoins de la volonté du président Houari Boumédiène de développer une industrie locale. Il y a également les tracteurs Sonalika indhous issus d'un montage local suite à l'import de pièces détachées. Mais même lorsqu'on possède un tracteur, il faut compter avec le coût des carburants, de main d'oeuvre et ce risque de coup de sec.

A l'heure actuelle, les CCLS rachètent le blé dur 4500 DA le quintal. Aux céréales est toujours adjoint un troupeau de moutons. Les moutons, cette assurance tout risque en cas de mauvais rendements...

Mais les prix proposés par les CCLS resteront-ils toujours à 4500 DA le quintal ? Ces derniers temps, les producteurs de maïs d'Adrar qui vendent leurs grains à l'ONAB ont vu la prime maïs non payée. Lenteur administrative ou difficultés des caisses de l'Etat suite à la baisse des prix du pétrole?

 

TRAVAILLER SANS TERRE ET SANS CARTE DE FELLAH

Que ce soit pour le maraîchage ou les céréales, nombreux sont les agriculteurs qui avouent ne pas être propriétaire des terres qu'ils travaillent. Ils les louent auprès de propriétaires privés, d'EAC ou d'EAI ou encore de titulaires de concessions. Cette situation qui apparaît injuste est pourtant la règle dans nombre de pays développés. La loi fixe chaque année le montant du fermage – un loyer de la terre - pour chaque région selon la fertilité de la terre.

Le fermage n'existe pas en Algérie ce qui relègue dans l'informel les travailleurs sans terre. C'est que pour obtenir des prêts, les banques exigent des titres de propriétés ou de concession. Il en est de même pour obtenir la carte de « fellah » véritable sésame auprès des organismes agricoles pour obtenir à prix réglementé les intrants agricoles indispensables pour produire du blé.

 

FAIRE QUE LE BLE RAPPORTE AUTANT QUE LE MOUTON

Afin que cesse la «grève des labours », il faudrait que la marge bénéficiaire à l'hectare augmente et que plus de valeur ajoutée soit tirée des céréales.

Pour augmenter les marges en céréaliculture, l'augmentation des rendements est actuellement la seule stratégie envisagée. Cependant 90% des surfaces sont en sec et le dry-farming (culture en sec) n'a pas été revisité. Il n'y a pas eu en Algérie de véritable effort de recherche. Par exemple, sur de nombreux hectares, la pratique de la jachère reste la règle.

Faute d'investissement dans la recherche sur les cultures en sec, le MADR a choisi la fuite en avant. Ces dernières années, les services agricoles ont misé sur l'irrigation de complément et l'irrigation continue dans le grand sud. Irriguer donne l'espoir de pouvoir s'affranchir des conditions du milieu naturel et de pouvoir importer les techniques agronomiques des pays tempérés. Mais, dans le grand sud, c'est sans compter sur la nature ingrate des sols, la salinité de l'eau d'irrigation et la très forte évaporation qui peut correspondre à un besoin de 2000 mm d'eau. Rentabiliser l'irrigation nécessite une approche de terrain. Des progrès durables sont certes enregistrés au Nord. Mais cela ne doit pas faire oublier que 90% des terres sont non irriguées et qu'elles ne pourrons pas l'être faute de disponibilités en eau du fait de la forte concurrence des villes et de l'industrie.

 

REDUIRE LES COUTS DE REVIENT DU BLE

Pour rendre plus rémunérateur la culture du blé, il faut donc s'orienter vers d'autres moyens que l'irrigation. Le premier concerne l'abandon du labour et son remplacement pas le semis direct. Les coûts de mécanisation sont ainsi réduits de 40% et la vitesse d'exécution des chantiers nettement accélérés. Un autre avantage loin d'être négligeable concerne la préservation de l'humidité du sol. Enfin, cette technique permet de localiser les engrais près de la ligne de semis ce qui permet de mieux les valoriser. Il est regrettable que cette option prometteuse actuellement généralisée dans un pays sec comme l'Australie ne soit que timidement envisagée par le MADR.

Cela est d'autant plus regrettable que le semis direct et notamment le sur-semis peut permettre de semer à peu de frais – puisque sans labour - les jachères pâturées. Des fourrages à base de mélanges de différentes espèces seraient les bienvenus. La pression de l'élevage ovin sur la céréaliculture pourrait ainsi être réduite.

 

Cet élevage constitue l'activité par excellence des ruraux sans emplois. Faire baisser la concurrence de cet élevage sur la céréaliculture passe donc par le développement d'emplois ruraux hors secteur agricole.

 

UN PARTAGE INEGAL DE LA VALEUR AJOUTEE

Jusqu'à présent, concernant le blé dur, les pouvoirs publics ont pu proposer au céréalier algérien des prix à la production très rémunérateurs. Chaque année, quelles que soient les variations du cours mondial du blé, le fellah est assuré de pouvoir écouler toute sa production auprès des CCLS. Ce système possède cependant un vice caché. On pourrait même dire que le « vers est dans la pomme ». En effet, dès qu'il récolte, le fellah n'a qu'une hâte : se débarrasser de son grain dans la fosse de la CCLS. Ces grains sont ensuite moulus par des transformateurs privés qui produisent du couscous et des pâtes alimentaires et font ainsi de très belle marges bénéficiaires. Dans de nombreux pays développés les céréaliers ont créé des coopératives et se sont équipés de moulins. Ce sont eux qui engrangent de la valeur ajoutée à leurs grains et ce qui leur permet de continuer à financer leur activité même les années où les cours mondiaux des céréales s'effondre. En Algérie, les pouvoirs publics, à travers l'OAIC, délivrent ce message : « khatikoum, nous sommes là pour vous soutenir quoique qu'il advienne ». Les céréaliers algériens ont pris de ce fait l'habitude de se reposer sur la puissance publique. C'est un tort et les céréaliers marocains en ont fait l'amer expérience lors de la signature de libre échanges avec les USA puis avec l'adhésion à l'OMC. Qu'adviendra-t-il si un jour les pouvoirs publics avouent ne plus avoir les moyens de cet effort financier? La nature ayant horreur du vide, en absence d'organismes stockeurs coopératifs investissant dans la transformation, ce sont des moulins privés qui se sont emparés du marché. C'est le cas des sociétés Benamor, Métidji, SIM, Smid Tell, etc... La valeur ajoutée liée à la transformation des grains importés mais également celle liée aux grains produits par le fellah leur revient entièrement.

 

CCLS, UN APPUI TECHNIQUE LIMITE

Une véritable révolution technique s'opère silencieusement dans nos campagnes. Le niveau technique des céréaliers s'élève régulièrement. La production nationale connaît de brusques variations annuelles liées à la faible maîtrise de des aléas climatiques. Cependant sur une décennie, le rendement moyen progresse nettement. Cette amélioration technique vient notamment des intrants agricoles employés en plus grand nombre et à meilleur escient. C'est le cas des semences certifiées produites par les CCLS, des engrais produits en masse mais également le cas des produits phytosanitaires. Ces deux derniers types de produits sont vulgarisés par des technico-commerciaux de firmes privés locales ou étrangères. Leur rémunération étant liée au niveau des volumes vendus, ils déploient une vulgarisation très dynamique qu'on ne retrouve malheureusement pas au niveau des CCLS.

 

UNE FEUILLE DE ROUTE POUR LE SOLDAT BOUAZGUI

Sur quels leviers peut donc agir le ministre de l'agriculture. Le niveau du prix du pétrole étant ce que chacun sait, ne lui reste plus que faire ce que ce disait Staline à ses généraux lors des pires moments de l'avancée des troupes nazis : « ne me demandez pas plus de moyens, mais envisagez de faire mieux avec les troupes et l'armement à votre disposition».

Concernant les fermes pilotes installées sur les meilleures terres, rien ne sert de vilipender leurs gestionnaires tel que cela a été rapporté par la presse nationale. Les gestionnaires de ces fermes font avec les moyens qui leur sont donnés et avec le carcan juridique qui est le leur. Leur action ne peut en aucune manière être comparée avec la liberté d'action d'investisseurs privés pour lesquels, pratiquement, tout est permis – telle l'importation de matériel dernier cri - et le plus souvent grâce à des aides publiques non remboursables.

 

Concernant les secteurs des fruits et légumes, de la viande et des produits laitiers (dérivés et fromages) les investisseurs disposent d'une liberté de fixation des prix. On ne peut comparer ce secteur à celui de la production des céréales dont les prix sont encadrés. Par ailleurs, les producteurs de céréales n'ont pas voix au chapitre concernant la transformation de leurs produits. Toute proposition d'amélioration de la production des céréales doit donc tenir compte de cet aspect des choses.

Pour arriver à ce que plus de terres soient consacrées aux céréales le MADR dispose d'une politique de court et moyen terme. Par politique, nous entendons des leviers sur lesquels il peut jouer ou être entendu par les autres ministères.

A court terme, ne pouvant augmenter les prix à la production, il s'agit de jouer sur la baisse des charges des exploitations. Cela passe par une plus grande disponibilité et moindre coût des approvisionnements (engrais, semences, produits phytosanitaires). Aux CCLS d'envisager les mesures à mettre en œuvre afin de lutter contre la spéculation. La constitution de groupements d'achat paysans pourraient être encouragée, cela pourrait constituer l'embryon de véritables coopératives paysannes.

En matière de charges de mécanisation et de carburants, l'urgence passe par l'accélération de la mise à la disposition des agriculteurs de semoirs low-cost pour semis direct. Le projet « Boudour » de CMA-SOLA, mais également les moyens des constructeurs locaux doivent être orientés vers cette priorité.

 

En matière de valeur ajoutée, les pouvoirs publics ne peuvent laisser les transformateurs privés s'accaparer de la totalité de celle-ci. La valeur ajoutée doit être partagée entre céréaliers et transformateurs. Des arbitrages doivent permettre aux CCLS et regroupements de céréaliers (par exemple sous forme de GIE) de pouvoir transformer tout ou partie de leur production de céréales. Les grands groupes agro-alimentaires doivent se rendre comptent qu'ils n'auraient rien à gagner de troubles sociaux dégénérant et pouvant aboutir dans des émeutes et d'éventuels saccages d'outils économiques.

 

Des partenariats publics-privés pourraient être imaginés (une CCLS devrait pouvoir s'associer à un moulin privé ou lui racheter des parts). Le partage de cette valeur ajoutée doit permettre de rendre plus rémunérateur la pratique de la céréaliculture dans un pays, rappelons le, semi-aride. Ce partage peut également se faire par le financement, par les transformateurs, de services d'appui technique aux céréaliers situés dans leur bassin d'approvisionnement (comme le font déjà certaines laiteries).

 

Enfin, il y a un statut du fermage à créer. Sortir l'informel agricole de la situation actuelle peut permettre de contrôler des masses monétaires importantes issues du secteur agricole, mais également en attirer d'autres actuellement thésaurisées.

 

Il apparaît ainsi, que l'encouragement à l'investissement dans la culture des céréales passe moins par l'augmentation des enveloppes financières actuelles que par une ré-affectation des moyens engagés. Le Ministre de l'agriculture aura-t-il les épaules assez larges pour impulser cette dynamique et s'opposer à certains lobby? Certes, cette voie est plus difficile que celle consistant à vilipender les cadres des fermes pilotes ou à faire accoster dans nos ports des cargos aux flancs chargés de grains étrangers ; mais elle est la voie du patriotisme économique.

 

PLUS DE 3 MILLIONS D'HECTARES NON CULTIVEES

BOUAZGUI FACE AUX CONTRADICTIONS DU SYSTEME AGRICOLE

Djamel BELAID 3 avril 2018

 

Mr BOUAZGUI est sans aucun doute un homme honnête qui veut bien faire. En charge du MADR depuis quelques mois, il parcourt le pays, anime des réunions, bat la campagne écoute les agriculteurs (petits et grands) ainsi que les investisseurs privés. Bref, il fait le job du mieux qu'il peut. Il le fait avec honnêteté mais à sa manière. Ayant eut récemment en mains, les statistiques des terres réellement cultivées, il découvre l'ampleur de la tâche. Arrivera-t-il à encourager l'investissement vers les céréales, aliment de base de la population et faisant l'objet (avec la poudre de lait) de plus de 60% du montant des importations alimentaires?

 

ALGERIE, «GREVE DES LABOURS »

Alors que nous importons de plus en plus de blé, des dizaines de milliers d'hectares de terre ne sont pas cultivées. Mais qu'on ne s'y trompe. Ces terres sont cependant utilisées pour un usage agricole. Elles servent de parcours aux moutons. En effet, l'élevage du mouton est plus rentable que la culture des céréales. Les propriétaires y font paître leurs troupeaux de moutons ou bien les louent à des éleveurs.

Une autre explication à cette « grève des labours » vient de l'aspect peu rémunérateur de la culture des céréales. En effet, l'actuelle production de céréales sur les bonnes terres ne tient que grâce aux subventions publiques (prix à la production, crédits de campagne bonifiés, soutien pour l'achat des engrais des semences, des produits phytosanitaires et du matériel agricole). Sur ces terres, la stratégie adoptée est de faire revenir le plus souvent le blé dur afin de profiter de la prime « blé dur » de 1000 DA/qx en plus des 3500 DA/QX offert par les CCLS. Mais cette pratique n'est pas sans conséquences. Les sols s'épuisent et les cultures sont la proie de parasites spécifiques du blé dur: vers blancs, nématodes du sol lorsque ce n'est pas des infestations en mauvaises herbes telle le brome.

 

LE QUOTIDIEN DE LA PETITE ET MOYENNE PAYSANNERIE

Mais sur les terres à faible potentiel, celles à sol peu profond, il suffit d'un coup de sec à l'automne pour que les jeunes pousses de blé se dessèchent. Parfois, c'est au printemps que survient un manque de pluies ou une brusque hausse des températures. Les épis prometteurs se dessèchent alors et les grains ne se remplissent pas. Seules leurs enveloppes subsistent. Lors de ces années de sécheresse, les parcelles de céréales avortées sont laissées aux moutons et l'agriculteur tente, tant que bien que mal, de rembourser le crédit de campagne contracter envers la banque. C'est qu'emblaver coûte cher. Pour les petits agriculteurs, il faut louer tracteur et charrue, acheter des engrais et des semences. Au labour succède la préparation du sol puis le semis. Chacune de ses longues opérations se traduit en heures de location de tracteur avec la hantise de tout perdre si survient un coup de sec.

Certes, la disponibilité en tracteurs s'améliore. Il y les tracteurs Cirta, témoins de la volonté du président Houari Boumédiène de développer une industrie locale. Il y a également les tracteurs Sonalika indhous issus d'un montage local suite à l'import de pièces détachées. Mais même lorsqu'on possède un tracteur, il faut compter avec le coût des carburants, de main d'oeuvre et ce risque de coup de sec.

A l'heure actuelle, les CCLS rachètent le blé dur 4500 DA le quintal. Aux céréales est toujours adjoint un troupeau de moutons. Les moutons, cette assurance tout risque en cas de mauvais rendements...

Mais les prix proposés par les CCLS resteront-ils toujours à 4500 DA le quintal ? Ces derniers temps, les producteurs de maïs d'Adrar qui vendent leurs grains à l'ONAB ont vu la prime maïs non payée. Lenteur administrative ou difficultés des caisses de l'Etat suite à la baisse des prix du pétrole?

 

TRAVAILLER SANS TERRE ET SANS CARTE DE FELLAH

Que ce soit pour le maraîchage ou les céréales, nombreux sont les agriculteurs qui avouent ne pas être propriétaire des terres qu'ils travaillent. Ils les louent auprès de propriétaires privés, d'EAC ou d'EAI ou encore de titulaires de concessions. Cette situation qui apparaît injuste est pourtant la règle dans nombre de pays développés. La loi fixe chaque année le montant du fermage – un loyer de la terre - pour chaque région selon la fertilité de la terre.

Le fermage n'existe pas en Algérie ce qui relègue dans l'informel les travailleurs sans terre. C'est que pour obtenir des prêts, les banques exigent des titres de propriétés ou de concession. Il en est de même pour obtenir la carte de « fellah » véritable sésame auprès des organismes agricoles pour obtenir à prix réglementé les intrants agricoles indispensables pour produire du blé.

 

FAIRE QUE LE BLE RAPPORTE AUTANT QUE LE MOUTON

Afin que cesse la «grève des labours », il faudrait que la marge bénéficiaire à l'hectare augmente et que plus de valeur ajoutée soit tirée des céréales.

Pour augmenter les marges en céréaliculture, l'augmentation des rendements est actuellement la seule stratégie envisagée. Cependant 90% des surfaces sont en sec et le dry-farming (culture en sec) n'a pas été revisité. Il n'y a pas eu en Algérie de véritable effort de recherche. Par exemple, sur de nombreux hectares, la pratique de la jachère reste la règle.

Faute d'investissement dans la recherche sur les cultures en sec, le MADR a choisi la fuite en avant. Ces dernières années, les services agricoles ont misé sur l'irrigation de complément et l'irrigation continue dans le grand sud. Irriguer donne l'espoir de pouvoir s'affranchir des conditions du milieu naturel et de pouvoir importer les techniques agronomiques des pays tempérés. Mais, dans le grand sud, c'est sans compter sur la nature ingrate des sols, la salinité de l'eau d'irrigation et la très forte évaporation qui peut correspondre à un besoin de 2000 mm d'eau. Rentabiliser l'irrigation nécessite une approche de terrain. Des progrès durables sont certes enregistrés au Nord. Mais cela ne doit pas faire oublier que 90% des terres sont non irriguées et qu'elles ne pourrons pas l'être faute de disponibilités en eau du fait de la forte concurrence des villes et de l'industrie.

 

REDUIRE LES COUTS DE REVIENT DU BLE

Pour rendre plus rémunérateur la culture du blé, il faut donc s'orienter vers d'autres moyens que l'irrigation. Le premier concerne l'abandon du labour et son remplacement pas le semis direct. Les coûts de mécanisation sont ainsi réduits de 40% et la vitesse d'exécution des chantiers nettement accélérés. Un autre avantage loin d'être négligeable concerne la préservation de l'humidité du sol. Enfin, cette technique permet de localiser les engrais près de la ligne de semis ce qui permet de mieux les valoriser. Il est regrettable que cette option prometteuse actuellement généralisée dans un pays sec comme l'Australie ne soit que timidement envisagée par le MADR.

Cela est d'autant plus regrettable que le semis direct et notamment le sur-semis peut permettre de semer à peu de frais – puisque sans labour - les jachères pâturées. Des fourrages à base de mélanges de différentes espèces seraient les bienvenus. La pression de l'élevage ovin sur la céréaliculture pourrait ainsi être réduite.

 

Cet élevage constitue l'activité par excellence des ruraux sans emplois. Faire baisser la concurrence de cet élevage sur la céréaliculture passe donc par le développement d'emplois ruraux hors secteur agricole.

 

UN PARTAGE INEGAL DE LA VALEUR AJOUTEE

Jusqu'à présent, concernant le blé dur, les pouvoirs publics ont pu proposer au céréalier algérien des prix à la production très rémunérateurs. Chaque année, quelles que soient les variations du cours mondial du blé, le fellah est assuré de pouvoir écouler toute sa production auprès des CCLS. Ce système possède cependant un vice caché. On pourrait même dire que le « vers est dans la pomme ». En effet, dès qu'il récolte, le fellah n'a qu'une hâte : se débarrasser de son grain dans la fosse de la CCLS. Ces grains sont ensuite moulus par des transformateurs privés qui produisent du couscous et des pâtes alimentaires et font ainsi de très belle marges bénéficiaires. Dans de nombreux pays développés les céréaliers ont créé des coopératives et se sont équipés de moulins. Ce sont eux qui engrangent de la valeur ajoutée à leurs grains et ce qui leur permet de continuer à financer leur activité même les années où les cours mondiaux des céréales s'effondre. En Algérie, les pouvoirs publics, à travers l'OAIC, délivrent ce message : « khatikoum, nous sommes là pour vous soutenir quoique qu'il advienne ». Les céréaliers algériens ont pris de ce fait l'habitude de se reposer sur la puissance publique. C'est un tort et les céréaliers marocains en ont fait l'amer expérience lors de la signature de libre échanges avec les USA puis avec l'adhésion à l'OMC. Qu'adviendra-t-il si un jour les pouvoirs publics avouent ne plus avoir les moyens de cet effort financier? La nature ayant horreur du vide, en absence d'organismes stockeurs coopératifs investissant dans la transformation, ce sont des moulins privés qui se sont emparés du marché. C'est le cas des sociétés Benamor, Métidji, SIM, Smid Tell, etc... La valeur ajoutée liée à la transformation des grains importés mais également celle liée aux grains produits par le fellah leur revient entièrement.

 

CCLS, UN APPUI TECHNIQUE LIMITE

Une véritable révolution technique s'opère silencieusement dans nos campagnes. Le niveau technique des céréaliers s'élève régulièrement. La production nationale connaît de brusques variations annuelles liées à la faible maîtrise de des aléas climatiques. Cependant sur une décennie, le rendement moyen progresse nettement. Cette amélioration technique vient notamment des intrants agricoles employés en plus grand nombre et à meilleur escient. C'est le cas des semences certifiées produites par les CCLS, des engrais produits en masse mais également le cas des produits phytosanitaires. Ces deux derniers types de produits sont vulgarisés par des technico-commerciaux de firmes privés locales ou étrangères. Leur rémunération étant liée au niveau des volumes vendus, ils déploient une vulgarisation très dynamique qu'on ne retrouve malheureusement pas au niveau des CCLS.

 

UNE FEUILLE DE ROUTE POUR LE SOLDAT BOUAZGUI

Sur quels leviers peut donc agir le ministre de l'agriculture. Le niveau du prix du pétrole étant ce que chacun sait, ne lui reste plus que faire ce que ce disait Staline à ses généraux lors des pires moments de l'avancée des troupes nazis : « ne me demandez pas plus de moyens, mais envisagez de faire mieux avec les troupes et l'armement à votre disposition».

Concernant les fermes pilotes installées sur les meilleures terres, rien ne sert de vilipender leurs gestionnaires tel que cela a été rapporté par la presse nationale. Les gestionnaires de ces fermes font avec les moyens qui leur sont donnés et avec le carcan juridique qui est le leur. Leur action ne peut en aucune manière être comparée avec la liberté d'action d'investisseurs privés pour lesquels, pratiquement, tout est permis – telle l'importation de matériel dernier cri - et le plus souvent grâce à des aides publiques non remboursables.

 

Concernant les secteurs des fruits et légumes, de la viande et des produits laitiers (dérivés et fromages) les investisseurs disposent d'une liberté de fixation des prix. On ne peut comparer ce secteur à celui de la production des céréales dont les prix sont encadrés. Par ailleurs, les producteurs de céréales n'ont pas voix au chapitre concernant la transformation de leurs produits. Toute proposition d'amélioration de la production des céréales doit donc tenir compte de cet aspect des choses.

Pour arriver à ce que plus de terres soient consacrées aux céréales le MADR dispose d'une politique de court et moyen terme. Par politique, nous entendons des leviers sur lesquels il peut jouer ou être entendu par les autres ministères.

A court terme, ne pouvant augmenter les prix à la production, il s'agit de jouer sur la baisse des charges des exploitations. Cela passe par une plus grande disponibilité et moindre coût des approvisionnements (engrais, semences, produits phytosanitaires). Aux CCLS d'envisager les mesures à mettre en œuvre afin de lutter contre la spéculation. La constitution de groupements d'achat paysans pourraient être encouragée, cela pourrait constituer l'embryon de véritables coopératives paysannes.

En matière de charges de mécanisation et de carburants, l'urgence passe par l'accélération de la mise à la disposition des agriculteurs de semoirs low-cost pour semis direct. Le projet « Boudour » de CMA-SOLA, mais également les moyens des constructeurs locaux doivent être orientés vers cette priorité.

 

En matière de valeur ajoutée, les pouvoirs publics ne peuvent laisser les transformateurs privés s'accaparer de la totalité de celle-ci. La valeur ajoutée doit être partagée entre céréaliers et transformateurs. Des arbitrages doivent permettre aux CCLS et regroupements de céréaliers (par exemple sous forme de GIE) de pouvoir transformer tout ou partie de leur production de céréales. Les grands groupes agro-alimentaires doivent se rendre comptent qu'ils n'auraient rien à gagner de troubles sociaux dégénérant et pouvant aboutir dans des émeutes et d'éventuels saccages d'outils économiques.

 

Des partenariats publics-privés pourraient être imaginés (une CCLS devrait pouvoir s'associer à un moulin privé ou lui racheter des parts). Le partage de cette valeur ajoutée doit permettre de rendre plus rémunérateur la pratique de la céréaliculture dans un pays, rappelons le, semi-aride. Ce partage peut également se faire par le financement, par les transformateurs, de services d'appui technique aux céréaliers situés dans leur bassin d'approvisionnement (comme le font déjà certaines laiteries).

 

Enfin, il y a un statut du fermage à créer. Sortir l'informel agricole de la situation actuelle peut permettre de contrôler des masses monétaires importantes issues du secteur agricole, mais également en attirer d'autres actuellement thésaurisées.

 

Il apparaît ainsi, que l'encouragement à l'investissement dans la culture des céréales passe moins par l'augmentation des enveloppes financières actuelles que par une ré-affectation des moyens engagés. Le Ministre de l'agriculture aura-t-il les épaules assez larges pour impulser cette dynamique et s'opposer à certains lobby? Certes, cette voie est plus difficile que celle consistant à vilipender les cadres des fermes pilotes ou à faire accoster dans nos ports des cargos aux flancs chargés de grains étrangers ; mais elle est la voie du patriotisme économique.

 

URGENCE DESHERBAGE

Cette vidéo montre l'efficacité du désherbage avec Traxos One. Mais elle montre aussi l'efficacité des technico-commerciaux recevant une prime sur les quantités vendues. C'est un puissant stimulant pour la vulgarisation. Espérons que les CCLS fassent de même...

Traxos ONE, herbicide efficace contre El-Bahma "brome" (vidéo).

Une metéorite algerienne renvoyée sur mars

Une météorite algérienne de très grande valeur (car originaire de Mars) trouvée dans le Sahara algérien et sortie en fraude par la ville frontalière d'Erfoud (plus gros marché de météorites algériennes) a été repérée par des chercheurs français. Elle va être utilisée pour la recherche sur Mars. LIEN

MINOTERIES, passer des subventions à la productions de céréales.
Nous avons beaucoup de minoteries. Il faut les pousser à soutenir la production céréalière.
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DEVELOPPEMENT DURABLE, LE MIRACLE BOUAZGHI

D. BELAID 5.02.2018

La presse nationale de ce jour rapporte qu'en déplacement à Béchar, le Ministre de l'agriculture, Mr AEK BOUAZGHI a mis en garde les agriculteurs. Il leur a recommandé d'économiser l'eau d'irrigation.

 

UN MESSAGE DE TYPE NOUVEAU

Ce type de message est nouveau dans la bouche d'un responsable agricole : « économiser l'eau d'irrigation ». Jusqu'à présent on nous avait habitué à un usage illimité des eaux souterraines du sud. On nous avait même presque fait croire que les exportations de dattes allaient remplacer celles de pétrole. Un responsable de premier plan avait même affirmé que puisque les réserves d'eau souterraines étaient estimées à une soixantaine d'années, nous avions bien le droit de les utiliser au moins durant une dizaine d'années. Juste le temps de réduire le déficit alimentaire du pays.

Que ce soit pour l'eau d'irrigation, les réserves de gaz naturel ou les surfaces agricoles gagnées par le béton, les responsables à la tête du pays nous avaient habitué à l'idée d'une permanence des bienfaits de dame nature. Pour irriguer, nous avions les nappes phréatiques et les barrages, pour le chauffage et la production d'électricité, nous avions des réserves « inépuisables » de gaz, quant aux terres agricoles perdues de la Mitidja, il nous suffisait d'aller mettre en valeur d'autres terres plus à l'intérieur du pays.

 

L'ECHEC DU GAZ DE SCHISTE

Et si se profilait un risque de baisse des hydrocarbures, que cela ne tienne. Il nous restait le gaz de schiste. Il y a quelques années, les pouvoirs publics avaient même tenté de lancer leur exploitation. Mais c'était sans compter sur la société civile. Elite rurale et urbaine du sud pays, jeunes chômeurs avaient alors réussi à mobiliser l'opinion publique locale. La fronde populaire avait alors annihilé toute velléité de décideurs peu férus d'écologie et de transition énergétique.

 

INCULTURE ECOLOGIQUE AU PAYS DE P. RABHI

« Wach mane h'mar mat ? » Mais quel est donc cet âne mort ? (dicton populaire). Qu'est ce qui avait soudainement fait naître dans l'esprit d'au moins un de nos dirigeants une conscience écologique. Comment expliquer cette inhabituelle prise en compte de la nécessité d'un développement durable au pays des richesses inépuisables?

Certes, une hirondelle ne fait pas le beau temps. Mais le propos est si inhabituel dans la paysage algérien que malgré la neige tombée en plein Sahara et celle de ce début février, le printemps semblait déjà à nos portes.

Cette sortie ministérielle est réellement étonnante. Etonnante, même au pays qui a vu naître P. RABHI. Cet Algérien originaire des oasis et actuellement vivant en France. Cet oasien devenu le chantre de la sobriété heureuse si lointaine à nos dirigeants,

 

LE MYSTERE CONTINU

Difficile de dire ce qui a amené le Ministre de l'agriculture à se préoccuper des réserves d'eau. Surtout, lui qui a récemment indiqué qu'à l'avenir plus de facilités seraient accordées aux agriculteurs afin d'utiliser les réserves d'eau plus profondes. Peut-être un bref instant de lucidité...

Certes, il n'est pas évident de concilier baisse des revenus de la vente des hydrocarbures et besoins d'une population de 40 millions d'habitants travaillée* par le modèle effréné de consommation occidental. Outre la couverture alimentaire en calories, il s'agit de couvrir les besoins en protéines de la population. Cependant, il n' a jamais été proposé au consommateur algérien autre chose que le modèle occidentale reposant sur la consommation de protéines animales. C'est tourner le dos à la traditionnelle diète méditerranéenne où les protéines végétales accompagnaient un régime à base de céréales, de fruits et légumes locaux.

 

ABSENCE LOCALE DE WHO'S WHO

Nous reste plus que nous perdre en conjoncture. Qu'est ce qui a pu amener ce ministre à prôner plus de sobriété ? Une volonté politique ou un avis personnel face aux défis à venir. On peut imaginer qu'à ce niveau de responsabilité, la connaissance des chiffres du déficit abyssal des besoins financiers du pays est connue. Et elle doit être le pain quotidien ou du moins hebdomadaire des réunions ministérielles.

A moins que ce soit une orientation personnelle. Une sensibilité accrue du fait d'études supérieures dans les universités du pays puis d'un passage dans des universités étrangères ? Là aussi, point de Who's who en Algérie. Rien pour nous indiquer l'itinéraire des ministres. A part un cercle restreint, pour le commun des mortels, nulle idée du parcours de ce ministre de l'agriculture soudainement sorti d'un chapeau. On sait simplement qu'il s'exprime parfaitement en arabe.

 

UNE LUEUR A L'HORIZON

En tout cas, une fumée blanche semble poindre à l'horizon. Une lueur d'espoir. Comme un signal de changement : la sobriété. Pas celle de P. RABHI, mais une sobriété qui tout de même apparaît enfin dans le discours officiel. Il était temps. Les choses sont si lentes chez nous. Qu'on en juge. Dans un pays disposant jusqu'à 300 jours d'ensoleillement, nulle trace de panneaux solaires au dessus des habitations. Au pays des orages torrentiels en automne, nulle trace de dispositifs pour freiner l'envasement des barrages. A quand un héros à la Giono re-semant les pentes boisées de nos collines ?

Cependant, ces jours-ci un espoir est né. Au delà de l'opinion qui peu à peu se fait jour dans la société civile – ça et là émergent des initiatives citoyennes** – l'idée d'un développement durable semble enfin pénétrer les cercles du pouvoir.

L'âne ne sera mort pour rien...

 

NOTES :

(*) un des responsables français de la laiterie Danone-Djurdjura expliquait récemment vouloir amener le consommateur algérien (habitant un pays à dominante semi-aride et aride) au même niveau de consommation de produits laitiers que le consommateur français.

(**) voir l'association de permaculture Torba.dz

 

URGENCE DU DESHERBAGE DES CEREALES
Nous recevons le message de Mr Abdelkrim Behlouli suite à une visite de parcelles chez des agriculteurs:

Ma dernière visite aux agriculteurs du groupe SIM révèle un  foisonnement de  mauvaises herbes qu'il faut traiter sous huitaine, profitons de l'accalmie  pluviométrique de cette semaine.
> Salutations...
> Envoyé par abdelkrim behlouli à AGRICULTURE ALGERIE le 15 janvier 2018
> à  12:49

 

 

RECUPERATION D'EAU DE PLUIE

CHARRUES PMAT, UNE ERREUR STRATEGIQUE

Fin novembre le groupe PMAT a organisé une demonstration de charrues et autres outils aratoires. On voyait des tracteurs peinant à tirer des charuues de différentes dimensions. Les moteurs des tracteurs tournaient à plein régime engloutissant des litres de carburants. On se serait cru aux USA ou en Europe. Ce spectacle était grotesque. Ce n'est pas ce modèle qu'il faut pour la céréaliculture DZ. En zone de déficit hydrique, avec les faibles rendements qui caractérisent nos exploitations, sans irrigation, il nous aller vers plus de sobriété énéergétique et mécanique. Ce modèle occidental n'est pas pour nous. Il a fait faillite aux USA, Brésil, Argentine et Australie.


Le progrès en la matière s'appelle non-labour et semis direct. On peut se demander dans quelles conditions une entreprise publique a pu développer une telle stratégie.
Nous conseillons aux agriculteurs de ne pas acheter de charrues, mais de se tourner vers les semoirs pour semis direct.

Les semoirs conventionnels à double spire (Sola, Agrisem, Agric, ...) peuvent être utilisés comme semoirs pour semis direct dans les cas de sols humides et ressuyés ou de sols meubles.

Seule cette prtique permet de réduire les coûts de mécanisation et de sortir des marges intéressantes en céréaliculture. Le labour appauvrit les sols et mène à un échec. Céréaliers, détournez vous du labour, détournez vous des charrues PMAT ou de tout autre constructeur. Suite (voir le fichier pdf ci-dessous).
Djamel BELAID. 18.1.2018

PMAT, L'ERREUR SUR LES CHARRUES
Un avis sur une erreur stratégique qui nous coûter cher...
aaaaaaaaProvisoire.pdf
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Fiche technique Betterave à sucre.
Le groupe Mazouz a récemment affirmé sa volonté de relancer la culture de la betterave à sucre en Algérie. A cette occasion, nous proposons des éléments techniques sur cette culture.
BrochureBetteraveTKEnvoi.pdf
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SURCAPACITES DES MINOTERIES, FAIRE D'UN INCONVENIENT UN ATOUT

Djamel BELAID 12.01.2018

Récemment, lors de sa visite à la foire de la production nationale, chacun se souvient que Mr le premier Ministre a fiérement annoncé la réduction du nombre d'entreprises de montage de véhicules. S'adressant au vice-président du FCE, il avait dit, « dites le à vos amis, même si cela ne leur fera pas plaisir, que nous allons ramener le nombre d'entreprises de montage à 5 ». A cette occasion, Mr Ouyahia avait ajouté : « nous n'allons pas refaire l'épisode des minoteries ». Comme chacun le sait, les capacités installées dépassent les besoin du marché locale. On a là, le même scénario qu'avec les laiteries. Peut-on faire de ces surcapacités un atout pour produire plus de céréales ?

 

MINOTERIES, UNE SITUATION PARADOXALE

Ces dernières années, en Algérie, les minoteries ont poussé comme des champignons. Parmis les dernières en date figurent celles de la wilaya d'El Bayadh. Se dressant dans la zone industrielle, pas moins de 5 minoteries ont été construites à partir de matériel étranger. Certes, le déficit en farine de la wilaya n'est maintenant plus qu'un lointain pasdsé, mais les quota de blé importé alloués à ces unités industrielles ne leur permet de travailler que quelques semaines par mois.

 

Or, contrairement aux laiteries privées qui connaissent également des surcapacités, les minoteries ne peuvent tenter de séduire les agriculteurs afin qu'ils leur vende leurs grains. En effet, le monopole du blé tendre et du blé dur est détenu par l'Etat à travers son bras armé : l'OAIC.

 

L'OAIC, « RAB AL MAQLA »

En Algérie, ce sont les pouvoirs publics qui détiennent le monopole du commerce du blé. Et cela est une chose heureuse. Cela empêche tout risque de spéculation sur l'aliment de base des Algériens : le pain.

Actuellement, quelque soit le niveau des cours mondiaux du blé, l'OAIC achète aux agriculteurs leurs récolte au prix garanti de 4500 DA le quintal de blé dur et de 3500 DA le quintal de blé tendre. Inutile de dire qu'il s'agit là d'une saignée pour les finances publiques. D'autant plus que le quintal de blé est revendu à moins de 2000 DA aux minoteries. Cela, quelque soit la région du pays et notamment Tamanrasset.

Cependant, cette situation a l'avantage de pousser les agriculteurs locaux à accorder plus d'intérêt à la culture des céréales. Autrement, on peut penser, que ceux qui disposent de l'irrigation produiraient de la pastèque tandis que ceux sans irrigation loueraient leurs terres aux éleveurs de moutons. C'est ce dilemne qu'avait tenté de résoudre dans les années 70 le président Houari Boumèdiene en lançant la nationalisation des terres des propriétaires absentéistes.

On peut se demander qu'elle chance de survie aurait ce schéma si l'Algérie était obligé d'adhérer à l'OMC. Dans le cas du Maroc, cette adhésion a mis fin à l'office Chérifien des Céréales et mis les céréaliculteurs dans le plus grand dénument au profit des importateurs de céréales.

 

LAITERIES, RUEE VERS L'OR BLANC

Dans le cas du lait, la situation est tout autre. Si les prix sont soutenus par la puissance publique, les laiteries privées ont tout loisir d'acheter directement à l'agriculteur les litres de lait. Le métier est si rentable que les laiteries privées se livrent à une concurrence féroce. Les apétits sont si grands qu'ils attirent même des firmes étrangères. Ainsi la société française Danone a racheté la laiterie Djurdjura pour donner l'ensemble Danone-Djurdjura.

Il semble cependant que ce soit là le passage obligé afin d'augmenter la production nationale de lait et réduire l'hémorragie de devises que constituent les importations de poudre de lait.

Notons, qu'il est regrettable que les hauts cadres du secteur agricole n'aient pas su ou pas voulu accompagner un processus vers la constitution de G.I.E privés ou de coopératives proivées laitières afin que la valeur-ajoutée que constitue la fabrication de fromages et produits dérivés reviene aux éleveurs. A notre connaissance, à par la coopérative Anfel de Sétif, les éleveurs laitiers se font « tondre la laine » par les laiteries.

 

Certes, tout est fait pour « faire passer la pilule ». Les laiteries mettent en branle tout un package technologique et financier afin de s'attirer les bonnes graces des éleveurs laitiers. Cela va des avances sur fonds, à la fourniture de génisses, d'aliments du bétail, de soins vétérinaires ou d'accompagnement dans le maquis administratif.

Force est de reconnaître une réelle augmentation de la production locale de lait même si un des principaux goulot d'étranglement réside dans l'autonomie fourragère des exploitations.

 

MINOTIERS, FAIRE COMME LES LAITERIES?

Alors que des minoteries privées tournent à moins de 30% de leurs capacités, est-il possible d'orienter leurs propriétaires vers un soutien à la production locale de céréales afin d'améliorer l'approvisionnement de leur outil?

Précisons tout d'abord que si nous voulons encourager les céréaliculteurs à produire des céréales dans un milieu hostile tel que l'étage climatique semi-aride, il s'agit de leur assurer un revenu décent. L'Etat ne pourra pas éternellement subventionner ce type de céréaliculture. La seule solution est que ces céréaliculteurs créent de la valeur ajoutée en transformant leurs maigres céréales en semoule et couscous ou pâtes à travers la création d'unités industrielles coopératives ou sous statut de G.I.E.

Si on considère l'actuelle surcapacité des minoterie, une des solutions serait de pousser celles-ci à soutenir l'effort de production des producteurs locaux. Cela pourrait se faire en adoptant le schéma des laiteries et notamment l'appui technique de terrain.

 

ORIENTER LES MINOTERIES VERS LES CONCESSIONS AGRICOLES

Parallélement, l'attribution de concessions agricoles aux minoteries peut permettre de produire eux même une partie de leur approvisionnement. La société S.I.M semble s'acheminer dans cette voie. Mais elle peut avoir l'avantage de faire toucher du doigt les techniques de production agricole aux propriétaires de minoteries. Ces derniers sont souvent des urbains n'ayant que peu d'attache avec le milieu agricole de la céréaliculture. Faire investir ces propriétaires dans l'acte de production des céréales ne comblera pas totalement leur déficit en matières premières, mais il peut les sensibiliser aux techniques modernes du dry-farming (voir nos articles sur ce qui se fait avec le GRDC.au en Australie). Ainsi sensibilisés, ces minotiers pourraient être à mieux d'encadrer les céréaliculteurs locaux.

A ce propos, il faut noter l'excellent travail réalisé par le groupe Benamor en matière d'encadrement technique des producteurs de blé dur de la région de Guelma. Cette expérience qui commence à faire tache d'huile mériterait d'être largement recommandée aux autres régions du pays.

 

En plus des silos des CCLS, les récoltes de céréales des régions concernées pourraient être acheminées directement vers les silos des minoteries sous réserve de la présence d'agents des CCLS pour contrôler les opérations de réception.

 

BAISSER LE COUT DE PRODUCTION DU QUINTAL DE BLE LOCAL

Pour produire des céréales, des légumes secs et des fourrages en milieu semi-aride, l'irrigation constitue un atout indéniable. Mais, les disponibilités en eau ne sont pas illimitées. Par ailleurs, en cas de sécheresse, l'approvisionnement en eau des villes est prioritaire par rapport au secteur agriole et industriel (en témoigne l'arrêt du complexe sidérurgique d'El Hadjar à l'été 2017).

Les minoteries doivent donc s'appuyer et diffuser les techniques modernes permettant de produire en sec. La principale concerne l'abandon du labour et l'adoption du semis-direct (voir nos articles ur le sujet). Seule cette technique est à même de réduire les coûts de mécanisation et de valoriser l'humidité du sol. En l'absence d'une disponibilité actuelle de semoirs pour semis direct, les minoteries pourraient participer à une meilleure disponibilité de ces engins. Il s'agit d'une priorité nationale très sous-estimée par le MADR.

Dans un premier temps, il s'agit le plus souvent de modifier les semoirs existant. En sol meuble, des semoirs à dents en forme de double spire peuvent permettre de se passer de labour. Parfois, il est nécessaire de renforcer leur armature. Dans un deuxième temps, il s'agit de modifier leur trémie afin de distribuer de l'engrais en même temps que les semences. Pour cela, il suffit de disposer de capacités de découpe de l'acier et de moyens de soudure. On peut penser que les ateliers de maintenance de minoteries disposent de tels outils ou ont les relations afin de créer des partenariats.

Les responsables locaux de l'agriculture (DSA, Chambre d'agriculture, agents de terrains), les walis et autres responsables locaux (chefs de daïras, président d'APC et membres d'APW) mais également les élites rurales de ces régions pourraient orienter ces investisseurs vers ce type d'approche.

 

MINOTIERS, MISER SUR L'ORGE ?

Afin de prolonger la période d'utilisation de leurs moulins, les minoteries ont la possibilité de se tourner vers l'orge. Sur ce créneau, ils ont plus de latitude que sur le blé tendre et dur dont le monopole d'Etat est absolu.

Il devrait leur être possible de fabriquer de la semoule d'orge. Cette semoule pourrait être utilisée en mélange avec la semoule de blé dur ou la farine de blé tendre. L'objectif serait de produire des mélanges riches en fibres (betaglucanes). Les produits issus de ce type de mélanges (pains, pâtes, couscous) présentent des qualités dans la lutte contre les maladies métaboliques (diabètes, cholestérol). Cependant, il s'agit de tenir compte de la forte demande en orge liée à l'élevage.

L'avantage également de proposer aux consommateurs de la semoule d'orge est de valoriser une céréale mieux adaptée aux conditions semi-aride du pays. A noter de l'intérêt diététique de la farine de pois-chiche pour sa richesse en acides aminés. Dans le cas de l'avoine, des transformations relativement simples permettent de produire des flocons d'avoines entrant dans la composition des « corn-flakes » de plus en plus prisées par les jeunes générations.

 

MINOTERIES, CAP VERS L'AVENIR

Le développement de surcapacités au niveau des minoteries pose donc la question d'un approvisionnement régulier en matières premières.

Deux scénarios s'offrent aux propriétaires de ces unités : moudre des grains provenant de l'importation ou moudre des grains produits localement.

Moudre plus de grains provenant de l'étranger correspondrait à une plus grande ouverture du marché local aux importations suite à une réduction des subventions publiques à la production nationale. Cela est envisageable dans le cas de l'adhésion de l'Algérie à l'OMC. C'est ce qu'a connu le Maroc.

L'autre scénario correpondrait en la participation des minoteries dans l'effort de production nationale. Il s'agirait de reproduire ce qui se fait actuellement avec les laiteries. Dans ce cas là, sans remettre en cause le monopole d'Etat sur le commerce du blé, il s'agirait de rechercher les modalités afin que les agriculteurs puissent choisir les silos vers qui livrer leurs grains. Outre un prix plancher fixé par l'OAIC, les minoteries pourraient avoir toute la latitude de proposer différents avantages aux agriculteurs leur livrant leur récolte : avances financières, aide à l'équipement en matériel d'irrigation, appui technique, location de matériel (labour, semis, récolte), vente d'intrants (semences sélectionnées, engrais, produits phytosanitaires) et vulgarisation-formation.

Malgré tout le dévouement du personnel des CCLS, l'analyse montre qu'à l'étranger, ce ne sont pas des organisme publics mais coopératif qui ont permis le développement agricole. A l'étranger que ce soit en France, en Hollande ou en Nouvelle-Zélande ce sont les agents technico-commerciaux des coopératives qui suivent les adhérents pour leur fournir une assistance technique. Ces agents sont rémunérés sur le pourcentage de leurs ventes. Si cela peut pousser à quelques excès, cela garantit une élévation régulière du niveau technique des gariculteurs.

En attendant le développement de coopératives céréalières libres (les CCLS ne sont pas de véritables coopératives), pourquoi ne pas impliquer les minoteries dans cet effort d'appui-technique de terrain qui réussit si bien avec les laiteries ?

 

MINOTERIES, MISER SUR LA QUALITE

Un autre axe de travail possible des minoteries est de développer un approvisionnement local avec les agriculteurs de leur région afin de disposer de blés aux qualités requises pour la transformation (variétés panifiables, variétés bonne semoulière aux qualités pastières). En effet, dans la mesure où les producteurs locaux sont incités à produire du blé dur et où les prix de ce type de blé à l'importation sont à la hausse, l'OAIC a tout intérêt à réduire ses importations.

Sur le marché mondial le blé dur est une denrée assez rare. Pour le budget de l'Etat, importer du blé dur grève les possibilités d'importations de blé tendre. Il est possible qu'à terme les pouvoirs publics cessent toute importation de ce type de blé. Si le défi de relever la production locale n'était pas atteint dans les années à venir c'est l'existance même de la filière blé dur qui serait en jeu. Ce serait le comble dans un pays dont le plat nationale est le couscous. Devrions nous alors tous passer à la baguette parisienne ?

 

Or, si les producteurs locaux livrent de plus en plus de blé dur – l'irrigation continue ou d'appoint permet de nettes augmentations de rendement – il sont encore loin de livrer des blés durs aux qualités requises pour produire semoule et pâtes alimentaires de qualité. Déjà, le groupe Benamor a eut à faire face à ce problème. C'est ce qui a poussé le groupe à travailler avec les céréaliers de sa région. Des visites des minoteries ont même été organisées afin de montrer aux producteurs qu'ils ne pouvaient continuer à livrer des grains auxquels étaient mélés des (impuretés : graines de mauvaises herbes, brins de paille, gravillons, …) car cela risquait d'endommager les meules des moulins.

 

Et quand ce ne sont pas des impuretés, cela peut être le mitadinage. Comme les dattes deglet nour, un grain de blé dur doit avoir une belle structure laissant passer la lumière. Or, tout manque d'azote provoque un grain opaque. Résultat, le grain de blé dur donne de la farine au lieu de la semoukle attendue. C'est ce que redoute le plus les minoteries.

 

Il apparaît que pour produire de la semoule de bonne qualité, le suivi d'un itinéraire précis est nécessaire. Or, a quoi cela set-il de faire plus d'effort au champs si dans les silos des CCLS, les blés durs de qualité sont mélangés au « tout venant » ?

En matière de qualité, le maître mot est la traçabilité des lots de blé. Toute activité de transformation nécessite de disposer de blés aux normes. Aussi, c'est à l'organismle stockeur de réaliser une politique d'allotement adaptée. Cela suppose une volonté bien affichée mais également de disposer du nombre de cellules suffisant et d'outils d'analyse rapide dès réception de la récolte. Un peu comme les analyses de lait qui se font à même la citerne de l'éleveur avant que son lait ne se déverse dans les cuves de la laiterie.

 

On peut penser que, contrairement aux CCLS qui ne sont pas impliquées dans l'acte de transformation des grains, les minoteries sont plus réceptives à ces impératifs de qualité. Pourquoi donc pour les minoteries, ne pas plaider auprès des pouvoirs publics, la possibilité, sans remettre en cause le monopole d'Etat sur le commerce du blé, de pouvoir directement récptionner les récoltes de céréaliers avec qui elles seraient en contrat afin de produire des blés tendres ou des blés durs de qualité destinés respectivement à la biscuiterie, au pain congelé ou aux pâtes alimentaires (dans ce cas, il s'agit de produire une semoule de couleur jaune). Les minoteries pourraient ainsi définir une grille spéciale d'agréage (celle-ci n'a pas été revue depuis 1988.

Les minoteries pourraient même encourager le stockage à la ferme. Cela permettrait un meilleur contrôle qualité, une meilleure régularité des flux aux portes des minoteries mais peut ouvrir la porte aux fraudes (faire passer du blé étranger pour du blé local et ainsi bénéficier illégalement de subventions).

 

 

NOUVEAUX EQUIPEMENTS DES CCLS, DES PERSPECTIVES DE DEVELOPPEMENT

Djamel BELAID 12.01.2018

 

Les CCLS, antennes régionales de l'OAIC, ont récemment renforcé leurs capacités de production de semences certifiées. Cela, pour le plus grand bénéfice des exploitations céréalières du Nord mais également du Sud du pays. Au delà des capacités technologiques nouvellement installées se pose la question de la rentabilité de cette activité alors que le prix des semences cédées aux agriculteurs est gelé depuis plusieurs années.

 

En 2017, plusieurs CCLS ont reçu les équipements de traitement de semences achetés à l'entreprise turque AKYUREK. C'est le cas des CCLS de Khemis-Milliana mais également d'Adrar. Cet équipement modernes permettent de trier les grains de céréales en les débarassant de diverses impuretés : graines de mauvaises herbes, grains cassés, débris de paille. Un système d'injecteurs permet également d'appliquer aux semences diverses insecticides ou fongicides. Ces équipements viennent s'ajouter au matériel déjà sur place ce qui permet d'augmenter nettement les capacités des CCLS et de répondre à la forte demande des agriculteurs.

 

CCLS, UN CAP TECHNOLOGIQUE FRANCHI

Un plus grand nombre de CCLS peuvent donc proposer aux agriculeurs des semences certifiées. Ce type de semences, débarassées de graines de mauvaises herbes ont donc la capacité de produire plus de rendement.

Jusque là les CCLS possédaient des équipements de faibles capacités et n'arrivaient pas à faire face à la demande. Il est à espérer que le matériel nouvellement acquis ainsi que des horaires du type « trois fois huit » permettent d'en finir avec le déficit en semences certifiées.

Avec l'acquisition de ce type de matériel, c'est un véritable cap technologique et organisationnel qui est franchi par les CCLS. Dans plusieurs cas, à l'occasion de la réception de ces équipements, des techniciens et ingénieurs sortis de nos universités ont été recrutés afin d'assurer la qualité de la production ainsi que la maintenance des équipements.

On ne peut qu'espérer ainsi que les meilleurs techniques soient employées en matière de tri, traitement et entreposage (un excès de chaleur sous hangar réduit considérablement la faculté germinative des semences).

 

MOBILISER LES CAPACITES NATIONALES

La production de ce type de semences est saisonnier. Entre le mois de juin et de novembre, il s'agit de récolter, trier et traiter les récoltes de céréales dédiées à la production de semences. C'est dire le défi que relèvent les CCLS. Ces dépôts régionaux de l'OAIC sont épaulés par les stations régionales de l'ITGC qui contribuent à la bonne marche d'un réseau national de multiplicateurs publics et privés de semences.

A ce propos, une voie complémentaire est possible : aider des agriculteurs et des jeunes de l'ANSEJ à s'équiper en petits trieurs de semences afin de proposer leurs services localement. De tels équipements de petite taille pourraient être importer puis fabriquer localement. Dans le cas du traitement insecticide et fongicide de petits lots de semences la construction locale de mécanismes avec vis sans fin et injecteurs incorporés est dans les capacités des ateliers métallurgiques locales.

 

AMELIORER LA QUALITE DES SEMENCES DE FERME

Traditionnellement, les agriculteurs resèment une partie de leur récolte de grains. Malgré l'augmentation des capacités des CCLS, il est à craindre qu'il restera encore des agriculeurs qui resèment leurs propres graines. Les causes peuvent être nombreuses : indisponibilité des semences des CCLS, retard de livraison, éloignement, coûts prohibitifs du transport, volonté de resemer des variétés locales délaissées par les CCLS.

Il est donc souhaitable de mettre sur pied un réseau complémentaire privé de production de semences de ferme. Outre le manque actuel de petit matériel, une telle démarche se heurte au risque de diminution de la qualité variétale des lots cultivés. En effet, contrairement aux parcelles officielles de production de semences, en semences de ferme, il n'y a aucune épuration au champs et aucun contrôle des organismes officiels. Cependant, au vu des enjeux, rien n'empêche agriculteurs et techniciens à améliorer localement le process de production de semences de céréales ou de légumes secs. En France, les agriculeurs engagés dans une telle démarche renouvellent chaque année seulement un quart de leurs besoins de semences en achetant des semences certifiées. Le reste provient de semences de ferme produites par des prestataires extérieurs disposant d'un matériel mobile mis sur camion.

 

CCLS, QUELLE RENTABILITE ?

Pour les CCLS, l'acquisition d'équipements modernes et le recrutement d'un personnel qualifié se traduit par de nouvelles charges. Certes, les semences certifiées sont rétrocédées à un prix supérieur au quintal de grains achetés aux agriculteurs. Cependant, ces prix sont gelés depuis plusieurs années. Dans un contexte de baisse des ressources publiques, on peut donc se demander quelle est la durabilité d'un tel système.

Plusieurs solutions s'offrent aux CCLS. Il est ainsi possible d'augmenter les capacités de production par un temps plus long d'utilisation des équipements (système des trois fois huit). Une autre voie serait d'utiliser ce matériel tout au long de l'année. Comment, sachant que la production de semences est saisonnière ? Les CCLS pourraient s'orienter vers l'utilisation du matériel acquis afin de trier les grains réceptionnés. En effet, à la réception des récoltes livrées par les agriculteurs, les lots de grains sont mélés à de nombreuses impuretés. Une fois triés selon les normes en vigeur, les grains de céréales et de légumes secs pourraient être valorisés et non plus être rétrocédés à des moulins privés ou à des grossistes privés.

 

CCLS, DEGAGER PLUS DE VALEUR AJOUTEE

Les lentilles et pois-chiches pourraient être conditionnés en sac de 1 à 5 kilo pour être vendus par les CCLS. Une partie des céréales triées pourraient être vendues à un prix supérieur aux moulins privés. Il faut se rappeler que souvent les moulins privés locaux ont accusé la production nationale de céréales d'être de second choix du fait du grand nombre d'impuretés mélées aux grains. Mais la voir royale pourrait consister à moudre une partie de ces grains. A cette première transformation pourrait être adjointe une deuxième transformation : celle de la production de couscous (roulé main par la création d'ateliers ou à la machine). Pourquoi ne pas imaginer le rachat par des CCLS de moulins privés ou des partenariats. Les CCLS possèdent un atout majeur, ce sont elles qui détiennent les récoltes de céréales.

Ces propositions sont à considérer dans le contexte où nombre de CCLS ne survivent que grâce à des subventions publiques. Une éventuelle adhésion de l'Algérie à l'OMC pourrait porter le coup de grâce à ce type d'aide interdit par ces accords internationnaux. Aux cadres de terrains, aux employés et syndicalistes des CCLS de réfléchir aux meilleures formes pouvant permettre de créer plus de valeur ajoutée. Il en va de leur survie professionnelle. A ce titre, on aimerait voir plus souvent le SG de l'UGTA auprès des travailleurs, dont ceux des CCLS, au lieu d'être dans des salons avec le responsable du FCE.

 

 

PARCOURS SANS FAUTE DU DG DE L'OAIC

A travers le renforcement des capacités des CCLS en production de semences certifiées, le DG de l'OAIC, Mohamed BELABDI, montre tout l'apport de structures publiques au développement agricole. En effet, la semence certifiées constitue un bon moyen afin de faire rentrer le progrès dans les exploitations. A ce titre le DG de l'OAIC réalise un parcours sans faute. Il lui reste cependant à faire face aux cas de trafics de blé importé et revendus à des CCLS comme blé produit localement et donc fortement subventioné (voir la presse nationale). Des tectniques simples d'analyse permettent d'assurer la traçabilité des différents lots de céréales.

 

Cependant, dans le contexte actuel l'OAIC se doit de se projeter dans l'avenir. Face aux apétits privés, il se doit de poursuivre sa mission : permettre d'offrir un prix du pain unique en tout point du territoire national. Cela peut passer par mieux valoriser le grain (première et deuxième transformation) ou par se lancer dans l'innovation et la rénovation du matériel mécanique (voir nos articles sur la production locale de semoirs pour semis direct).

 

Mais cet effort de prospective passe également par accorder plus de liberté de décision et d'encouragement aux cadres et des différents personnels de base.

 

SETIF: FABRICATION DE MASH FERMIER

SMAIL CHIKHOUNE, UN IGNORANT EN AGRICULTURE

Quand ignorants et charlatans conseillent ministres et walis

 

D BELAID 9.12.2017

S'exprimant ces jours-ci sur la télévision Ennahar, Mr Smaïl CHIKHOUNE, président du Conseil d’Affaires algéro-américain a déclaré que les grands projets agricoles en Californie n'avaient jamais posés de problèmes. Il s''exprimait à propos du projet de Brizina (W d'El Bayadh).

 

Or, il est connu que la Californie manque d'eau. Et le grand coupable, après la ville de Las Végas, se nomme Imperial Valley. La revue Sciences et Avenir rappelle qu'il s'agit « d'une riche région agricole du sud de la Californie sur 191000 hectares en plein désert, alimentée en eau par les 132 km de l’All-American Canal qui détourne le Colorado depuis la frontière mexicaine ».

 

Faire de l'agriculture en zone sèche consomme énormément d'eau. L'Arabie saoudite l'a appris à ces dépends. Dans ce pays, la culture sous pivot en plein désert alimentée par l'eau des nappes phréatiques « ground-water economy » a été arrêtée sous ordre express du roi. Ce type d'agriculture a vidé les nappes du royaume. Situé dans un des déserts les plus arides du monde, l'absence de pluies ne permet par une réalimentation des nappes phréatiques. Les pivots ont donc été abandonnés et rouillent maintenant en plein désert.

 

L'EAU ALGERIENNE AUX ALGERIENS

En Algérie, tout projet agricole doit donc tenir compte du renouvellement des ressources hydrauliques. En matière de projets, il s'agit avant tout de tenir compte de la parole de nos experts en hydraulique. Nos ministres ne doit pas écouter des ignorants et des charlantans qui promettent monts et merveilles.

L'Algérie est un pays qui manque d'eau. Aussi parler d'exporter des produits agricoles, c'est également exporter l'eau qui a servi a faire pousser ces produits. Avons nous assez d'eau pour penser à nourrir les Européens ? L'eau algérienne doit servir avant tout aux Algériens. La crise de l'eau qu'ont connu cet été de grandes villes comme Sétif ou Annaba doit nous rappeler qu'en Algérie l'eau est une ressource rare.

 

POUR DES PROJETS AGRICOLES DURABLES

Il ne s'agit pas de mettre en garde contre ces méga-projets car ils sont américains. Nous leur reprochons de ne pas assez tenir compte de l'aspect renouvellement de l'eau. Puiser dans nos réserves d'eau souterraine nécessite de mettre en œuvre des ouvrages hydrauliques permettant l'infiltration des eaux de pluie. Les agriculteurs du sud algérien ou du sud tunisien possèdent une large expérience en matière de mobilisation des eaux de surface. Le plus souvent, il s'agit de petits ouvrages de pierres. Il nous faut vulgariser et amplifier ce genre d'ouvrages. Le Haut Commissariat au Développement de la Steppe a commencé à édifier, avec succès, dans des oueds des ouvrages d'épandage de crues.

Par ailleurs, nous faut-il vouloir suivre aveuglément le modèle de consommation français qui privilégie les produits laitiers et le fromage ? Il est étonnant d'entendre l'un des responsables français de Danone-Djurdjura souhaiter amener la consommation locale en yaourts au niveau de celui qui se fait en France. Rappelons que légumes secs et champignons constituent une source de protéines au même titre que les protéines animales. Or, si pour produire un kilo de viande de bœuf, il faut 15 000 litres d'eau, il n'en faut que 50 pour produire 1 kg de lentilles et seulement 15 pour produire 1 kg de champignons.

 

On peut s'étonner que par exemple un producteur de pastèques (produit très peu nourrissant) bénéficient des mêmes subventions en matière d'hydraulique et de prêts agricoles qu'un producteur de céréales.

 

POUVOIRS PUBLICS, LE TEMPS DU COURAGE

Face aux défis que posent l'alimentation de 40 millions d'Algériens, il est temps que les pouvoirs publics élaborent une stratégie de développement agricole durable. Cela nécessite de tenir compte de différents domaines d'expertise et non pas d' ignorants et de charlatans appâtés par le gain facile et rapide.

Aux agriculteurs et consommateurs également de prendre conscience de ces défis et de peser sur la destinée du pays par des choix rationnels. Il en va de l'avenir du pays. Rappelons que le Vénézuélien moyen a perdu 8,5 kg en 2016 en raison de la crise alimentaire que connaît ce pays pétrolier.

 

 

PRIX DE LA BAGUETTE DE PAIN

Ou comment augmenter la production locale de céréales ?

Djamel BELAID 03.12.2017

 

A nouveau le pain revient au devant de la scène. Des boulangers ayant décidé de fixer à 150 DA le prix de la baguette de pain. Il s'agit là d'une grave décision qui, si elle se généralisait pourrait provoquer une grave crise sociale. Que peuvent faire les pouvoirs publics ? Il s'agit d'améliorer la marge des boulangers.

 

UNE SOLUTION A L'EGYPTIENNE

De nombreuses fois la question du soutien des prix des produits alimentaires a été posée. Dans sa forme actuelle, ce soutien concerne tout type de revenu. Le système actuel encourage également la contrebande. A tel point que, selon l'hebdomadaire Jeune-Afrique, des minoteries maliennes tournent avec du blé venant d'Algérie.

La solution pourrait être égyptienne. En effet, les autorités ont instauré une carte à puces pour les seules familles à faible revenu. Cette carte leur donne droit à un nombre précis de pain à prix réduit. Les boulangers ont été équipés de lecteurs de cartes à puces. En contre-partie, ils ont pu augmenter le prix du pain. Tout le monde y trouve son compte.

 

LES EFFORTS DE L'OAIC

En fait, la question du pain est également liée à l'augmentation de la production nationale de céréales. En la matière, à travers l'OAIC, les pouvoirs développent de gros efforts. Depuis peu, au niveau des CCLS dépendant de cet office, sont entrées en fonction des unités de traitement des semences de céréales. Du matériel turc ultra-moderne est entré en fonction. Ce matériel permet de trier et traiter les semences de céréales. Les agriculteurs peuvent ainsi semer des semences non contaminées par des graines de mauvaises herbes ou des maladies fongiques.


Auparavant ce sont les moissonneuses-batteuses de marque CMA-SAMPO et des semoirs conventionnels CMA-SOLA qui sont venues renforcer le parc des CCLS. A cela, il faut ajouter les facilités accordées aux investisseurs souhaitant irriguer leurs céréales.

 

UNE SOLUTION SYRIENNE

Avec toutes les mesures déployées par l'OAIC et les différents organismes liés à la filière céréales, comment expliquer que la production locale n'augmente pas plus vite et qu'elle joue au yoyo ? En fait, pour cultiver de façon rentable des céréales en milieu sec, il faut les semer à temps, préserver l'humidité du sol et lutter contre la terrible concurrence des mauvaises herbes. A cela, ajoutant les risques de divers insectes et maladies telle la rouille qui peut réduire de moité les rendements.

Pour arriver à cet objectif, la solution consiste à ne plus labourer le sol et à semer directement tout en épandant les engrais au plus près des graines. Cette technique dite du « semis-direct » nécessite des semoirs spécifiques que nous ne produisons pas encore. Or, ils sont pratiquement indisponibles.

En Syrie, avant les événements actuels, des experts australiens ont opéré un transfert de technologie. Il a aboutit à la mise en place de 7 ateliers de construction de semoirs low-cost pour semis direct. Résultats : entre 2005 et 2011, ce sont 92 semoirs qui ont été produits. En matière de constructions mécaniques, l'Algérie dispose de capacités bien supérieures à celles de la Syrie. Cependant, la nécessité de la production massive de ce type de matériel n'est pas compris à sa juste valeur par les pouvoirs publics.

 

UNE SOLUTION A L'ALGERIENNE

Il est urgent de fabriquer localement ce type de semoir. Il permet de semer 6 fois plus vite tout en préservant l'humidité du sol. Une telle production permettrait de compléter les efforts récemment réalisées : plus grande disponibilité en semences certifiées, variétés performantes et engrais, massification de la production de tracteurs (Cirta, Massey-Fergusson, Sonalika, …) et meilleure disponibilité en moissonneuses-batteuses.

Mais faut-il tout attendre des pouvoirs publics ? C'est aux agriculteurs et investisseurs les plus dynamiques de se saisir de ce dossier et de fabriquer de tels engins. Leur conception est relativement simple (voir nos brochures). Il est par ailleurs possible de transformer d'anciens semoirs en semoirs pour semis direct.
Enfin, une telle stratégie doit s'accompagner d'une maîtrise du désherbage. En plus du désherbage chimique, le désherbage mécanique constitue une option intéressante. Il est possible de désherber des parcelles de céréales avec des houes rotatives. De nombreux constructeurs français et allemands proposent des herses étrilles et houes rotatives. Leur construction est simple; d'ingénieux artisans russes mettent en ligne leurs réalisations sur youtube.

 

Il s'agit donc aujourd'hui urgent de cerner les priorités. Après les semences, les tracteurs, les moissonneuses-batteuses, il est temps de penser à produire des semoirs pour semis direct.

ALORS QUE TSA PARLE DE "L'INCROYABLE DEBAT ENTRE MACRON ET DES ETUDIANTS AFRICAINS" UN PETIT RAPPEL DES DEBATS ENTRE HOUARI BOUMEDIENNE ET LES ETUDIANTS ALGERIENS.

SI MOHAMED ALIOUI, « EVITER L'IMPORTATION DE 70% A 80% DE CEREALES »

26.11.2017

Selon un média en ligne, « Si ces terres sont allouées aux cultures céréalières et à l’élevage, l’Algérie pourrait éviter l’importation d’au moins 70% à 80% de lait et de céréales d’ici trois ans », aurait affirmé Mohamed Alioui, secrétaire général de l’Union nationale des agriculteurs sur les ondes de la Radio nationale, ce dimanche 26 novembre.

 

Il est en effet possible de progresser. Parmi les points techniques, nous proposons de développer le semis direct sans labour. En attendant la production du semoir BOUDOUR pour semis direct envisagé par CMA-SOLA (Sidi Bel-Abbès), nous suggérons l'utilisation du semoir conventionnel CMA-SOLA pour des semis direct. Sur sol meuble sans cailloux, ce semoir possédant des dents à double spire permet de semer sans labour. Cette technique permet de gagner du temps et de réduire les coûts de mécanisation.
Il serait intéressant que le SG de l'UNPA contribue à vulgariser cette technique.

 

LAITERIE SOUMMAM: INAUGURATION DE 3 NOUVELLES FERMES D'ELEVAGE DE VACHES LAITIERES.

22.11.2017

Selon le site en ligne « Algérie Patriotique » du 26 novembre 2017, le gérant de la Sarl Laiterie Soummam Hamitouche Lounis a inauguré trois nouvelles fermes d'élevage de vaches laitières.

 

On ne peut que se féliciter de ce programme. Quelques remarques:

1-Chaque agro-industriel du blé, du sucre ou de l'huile devrait avoir obligation d'investir dans la production de matière première locale. Il est par exemple inconcevable que CEVITAL ne développe pas la production locale de graines oléagineuses ou de betterave à sucre ou de sucre de dattes.

2-Transformer le lait est très rentable. Les éleveurs ont intérêt à se constituer en G.I.E et créer leur propre structure de transformation du lait. La valeur ajoutée ainsi créée ira dans leur poche.

3-On peut féliciter la mise en oeuvre de techniques modernes telle l'enrubannage des fourrages. En la matière beaucoup reste à faire.

Exemple1: en sol meuble, utiliser les semoirs CMA-SOLA pour semer plus d'orge et des fourrages sans labourer (voir notre brochure sur ce sujet).

Exemple 2: compléter les ration d'orge des animaux par de l'azote non protéique (urée 46% utilisé comme engrais en agriculture) dans les proportions de 20 gr d'urée pour 500 gr d'orge ou de maïs grain. On peut également mettre de l'urée dans l'ensilage de maïs.

Djamel BELAID. Ingénieur agronome.

Utiliser le semoir SOLA en semis direct.
Nous vous proposons de faire du semis direct avec le semoir CMA-SOLA construit en Algérie et donc largement disponible.
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SEMOIR SOLA UTILISE EN SEMIS DIRECT

20.11.2017

Regardez bien cette vidéo. Elle est extraordinaire. Un agriculteur espagnol utilise son semoir SOLA conventionnel pour un semis direct sans labour. Ce semoir ressemble aux semoirs CMA-SOLA produit à Sidi Bel-Abbès. Nous vous recommandons de faire comme cet agriculteur espagnol. La méthode du semis direct présent plusieurs avantages : consommer moins de carburant, réaliser vos semis sans retard, emblaver plus de surface (résorption de la jachère) et faire de l'entreprise agricole (semer chez vos voisins).

 

Modifications réalisées par l'agriculteur: il a enlevé 4 dents "double spirale" sur les 17 de son semoir.

 

Nos conseils : selon le type de sol (argileux ou non) et l'humidité du sol, adaptez la vitesse de votre tracteur.

 

DES AMELIORATIONS POSSIBLES

Vous pouvez améliorer le semoir CMA-SOLA en enlevant la herse de recouvrement du semoir et en installant des roues plombeuses derrière chaque dent. Installer une autre trémie permet de localiser les engrais près des semences. Les roues plombeuses aident à rappuyer le sol au dessus de la semence. Ils aident aussi à former des sillons (aspect de "tôle ondulée" derrière le semoir). Ces sillons concentrent l'eau des pluies et la dirigent vers la graine (voir nos brochures sur ce sujet). Résultat: une meilleure germination-levée.

 

Céréaliers, cadres des fermes pilotes, de CCLS ou du HCDS, semez en utilisant cette technique australienne du sillon. Testez là sur une parcelle dès cette année. Vous épargnerez à vos céréales, fourrages ou légumes secs les effets d'éventuelles périodes de sec à l'automne et vous gagnerez plus!

 

Sous pivot, en culture de céréales sur sol sableux, cette façon de procéder est particulièrement conseillée.

 

CONSULTEZ NOS BROCHURES SUR CE SUJET

A notre avis, en Algérie, l'adaptation de semoirs conventionnels au semis direct est une des questions fondamentales de la céréaliculture. Sur ce site, nous y consacrons de multiples brochures en ligne. N'hésitez pas à les consulter. D'autres sont en cours d'élaboration. N'hésitez pas à nous faire part de votre expérience.

Proposez à des étudiants de faire leur mémoire de fin d'études sur cette utilisation originale du semoir CMA-SOLA.

 

 

 

TECHNIQUE DE SEMIS DES CEREALES EN SEC

20.11.2017

Céréaliers, sécurisez vos semis. Semez en créant des sillons derrière chaque dent de votre semoir et installez des roues plombeuses pour consolider ces sillons. Les sillons ainsi formés collecteront l'eau des pluies et la méneront vers les semences. Voir nontre brochure sur ce sujet.

 

 

AGRICULTURE, VERS L'AUGMENTATION DES CARBURANTS ?

17.11.2017

Sous le titre « AUGMENTATION DES CARBURANTS DÈS 2018 Les agriculteurs pourraient être épargnés » Nadia BENAKLI relate ce Jeudi 16 Novembre 2017 dans l'expression que l''agriculture pourrait être à l'abri de la hausse des carburants. En effet « Les travaux de la commission parlementaire des finances qui s'est réunie, hier, pour examiner les amendements proposés par les partis au projet de loi de finances 2018 ont été marqués par une ambiance électrique. »

Elle écrit que « Pour ne pas pénaliser les agriculteurs qui se plaignent des charges lourdes, le ministre des Finances, en collaboration avec les membres de la commission parlementaire des finances, examine des moyens pour leur épargner cette nouvelle hausse. »

 

Il existe des solutions afin de réduire l'utilisation des carburants en agriculture.

 

PRIVILEGIER LE NON-LABOUR

Depuis plusieurs années est apparue en Algérie la technique du non-labour avec semis direct. Cette technique concerne les céréales, fourrages et légumes secs. Elle consiste à ne travailler le sol qu'à l'endroit où est déposée la semence. En un seul passage de tracteur, l'agriculteur travaille le sol, sème et apporte l'engrais. Les besoins en carburants sont ainsi nettement réduits. Mais cette technique nécessite des semoirs spéciaux que notre industrie commence à peine à fabriquer. Il faut développer la production de ces nouvelles machines. On peut également transformer les anciens semoirs en semoirs pour semis direct.

 

DEVELOPPER LE POMPAGE SOLAIRE

L'autre poste gros consommateur de carburant concerne le pompage. Les carburants fossiles peuvent être remplacés par l'énergie solaire. Des exemples d'installations existent déjà en Algérie. Il s'agirait de développer la disponibilité en ces équipements.

 

 

ELEVEURS SEMEZ DU COLZA POUR VOS MOUTONS !

12.11.2017

Nombreux sont les éleveurs qui se réjouissent du retour de la pluie. L'herbe et l'orge vont enfin pouvoir pousser . Souvent les éleveurs font pâturer l'orge en vert (el-g'sill) par leurs moutons et vaches. Le problème est que l'orge demande du temps pour pousser. En effet, avec le retour des pluies, il y a aussi le retour du froid.

 

Agriculteurs et éleveurs, nous vous conseillons de semer du colza. Ce fourrage pousse très vite. Il peut se semer à partir du mois d'août et pousse même par temps froid. Il ne s'arrête de pousser qu'à partir de 5°C. Où trouver des semences ? Ramenez en de France ! La station ITGC de Sétif a réaliser des essais. Peut-être disposent-ils d'un peu de semences.

 

Lors d'un récent déplacement en France, nous avons vu le 12 novembre des colzas de 30 cm de haut. C'est le fourrage qu'il nous faut. Le colza pousse très vite!

 

 

INVESTISSEURS, PENSEZ SEMIS DIRECT !

17.11.2017

Nous sommes souvent contacté par des investisseurs souhaitant se lancer dans l'agriculture et notamment les céréales et fourrages. Pour rentabiliser leur investissement de départ au plus vite nous leur conseillons de se tourner vers le semis direct (SD). Labour et recroisage au cover-crop sont une perte de temps et d'argent. En plus ces opérations assèchent le sol. Avec un semoir SD, vous pouvez semer et mettre de l'engrais en même temps à côté de la semence. Les Australiens en profitent aussi pour faire un désherbage de pré-émergence.

Le problème est que de nombreux conseillers agricoles ne connaissent pas cette technique. C'est dommage, car elle vous permet de récolter même en année sèche. Si vous ne trouvez pas de semoir pour SD, à vous de transformer un semoir classique en semoir SD avec l'aide d'un artisan soudeur. Autre avantage : le semis avec un semoir SD va très vite. Vous pouvez donc semer à temps vos céréales, fourrages puis faire de l'entreprise agricole en travaillant les terres de vos voisins.

RECUPERATION DES TERRES NON CULTIVEES

Le pari risqué du MADR.

Djamel BELAID 11.11.2017 actualisé 15.11.2017

 

"Toutes les terres non exploitées seront récupérées pour être attribuées à d’autres investisseurs sérieux", selon le ministre de l’agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Abdelkader Bouazgui. On ne peut que souscrire à cette position courageuse rapportée par l'APS. Mais de combien de divisions dispose Mr le Ministre ?

 

L'ABSENTEISME, PLAIE DE L'AGRICULTURE ALGERIENNE

La question de l'absentéisme en agriculture est une question récurrente en Algérie. Déjà, feu le président Houari Boumédiène avait tenté de lutter contre ce fléau avec la redistribution des terres des absentéistes dans le cadre de la Révolution Agraire.

Les agro-économistes connaissent bien ce phénomène. Plus la surface d'une exploitation agricole augmente, moins les propriétaires terriens travaillent la terre. Cette situation a longtemps perduré dans bon nombre de pays. Cela a longtemps été le cas en Espagne par exemple. L'une des causes principales de cet état de fait réside dans le montant de l'investissement nécessaire chaque automne à l'implantation des céréales. Une autre est liée à la pratique de la jachère pâturée. Les terres non travaillées sont laissées aux ovins. Le revenu tiré de ce type d'élevage est souvent plus rémunérateur que les céréales.

 

UNE REVOLUTION APPARUE DANS LES ANNEES 70

De façon étonnante, l'absentéisme n'est plus le cas des grandes plaines américaines, canadiennes, argentines ou australiennes. Il faut dire que depuis les années 70 une révolution technique s'est faite jour : l'abandon du labour pour son remplacement par des techniques culturales simplifiées (TCS) ou par le semis direct (SD).

Les TCS consistent par exemple à travailler le sol à l'aide d'outils à dents (chisel). Quant au SD, il consiste à travailler superficiellement le sol seulement à l'endroit où sont déposés semence et engrais. En un seul passage de tracteur, l'exploitant installe sa culture. Les céréaliers ajoute même l'herbicide. Inutile de dire que le coût de l'implantation des cultures se trouve ainsi nettement réduit. On lira à ce propos l'excellente étude agro-économique relative au SD du Pr RACHID MRABET travaillant au Centre d'arido-culture de Settat (Maroc). Cette étude est en libre accès sur internet. Il apparaît qu'en SD, les capitaux à réunir à l'automne sont beaucoup plus réduit.

 

QUELLE MARGE DE MANOEUVRE POUR Mr BOUAZGUI ?

Jusqu'à présent la stratégie des pouvoirs publics a été de subventionner les céréaliers afin de les amener à emblaver le maximum de surfaces. Il n'est pas inutile de rappeler que lors des années 80, lorsque les pouvoirs publics avaient réduit les subventions au secteur céréalier, des agro-économistes avaient noté une baisse des emblavements. Ils avaient même parlé à cette occasion de « grèves des labours ». A contrario, lorsqu'en 2008 le prix à la production des céréales a été augmenté, les surfaces emblavées ont augmenté et cela jusque dans le Sud sous pivot.

Mr BOUAZGUI ne peut plus espérer utiliser ce levier. Les capacités budgétaires de l'Etat ne le permettent plus. Déjà, les subventions à l'achat de matériel agricole sont en baisse. Par ailleurs l'augmentation des prix des carburants va dramatiquement impacter le secteur agricole. Les petits céréaliers louant des tracteurs pour les labours vont devoir débourser plus. Par ailleurs, la spéculation sur les engrais et les produits phytosanitaires ne permet pas de protéger les marges des agriculteurs.

On le voit, les marges de manœuvres de Mr BOUAZGUI sont réduites. Sa tâche est presque « mission impossible ». Certes, il est question de doter l'OAIC de fermes pilotes. Mais malgré de nets progrès, les CCLS ne disposent pas du dynamisme nécessaire pour gérer convenablement des exploitations céréalières. Puis, ce n'est pas leur rôle. Leur mission est d'accompagner les fellahs, pas de les remplacer.

 

LES TRAVAUX D'HERCULE DE Mr BOUAZGUI

Les travaux d'Hercule de Mr Bouazgui, consistent donc de réunir les paramètres permettant de maintenir et d'améliorer la marge des céréaliers. Car rappelons une chose qu'apprend tout étudiant en première année d'économie, le céréalier est avant tout un investisseur. A chaque automne, il fait un pari. Pour cela, il pèse le « pour et le contre » : combien dépenser en engrais, semences, carburant, location de matériel de récolte pour récupérer la mise de départ et espérer l'augmenter ? Malheureusement, chaque année, des céréaliers n'arrivent même pas à rembourser le crédit de campagne Rfig accordé par la banque. Pour les céréaliers travaillant les terres des absentéistes, c'est la double peine. A l'incertitude de revenu, s'ajoute l'impossibilité d'obtenir des crédits de campagne. En effet, en l'absence d'un statut du fermage, ces céréaliers sont dans l'illégalité la plus totale. Ils sont classés par les autorités bancaires dans « l'informel ».

 

Mr BOUAZGUI, DES SEMOIRS SD POUR NOS CEREALIERS

Le locataire du 12, avenue Colonel Amirouche à Alger doit donc essayer de maîtriser le prix des engrais, semences, carburants, coût de location du matériel agricole, politique d'attribution de prêts et statut du fermage.

 

En théorie, chacune de ces questions peut être résolue. Mais à quel prix ? Avec quelle dépense d'énergie alors que l'urgence est là? Qu'on en juge, il n'existe pas de réelles coopératives céréalières. Rappelons, que dans nombre de pays exportateurs agricoles, l'efficience de l'activité agricole repose sur des coopératives et des actions de contractualisation. Alors qu'en France, nombre de coopératives céréalières possèdent des moulins et dégagent ainsi de grosses marges bénéficiaires encourageant les céréaliers à investir, chez nous cette activité parmi la plus lucrative est confiée à des groupes privés. Actuellement, l'organisation de la filière ne permet même pas au fellah algérien de moudre son propre grain.

Nous pensons que malgré toute leur compétence et leur intégrité, les ministres qui ont eu en charge la gestion de l'agriculture n'ont pas les moyens de changer cet état de fait. En écrivant cela, nous espérons que l'avenir nous démentira...

 

En attendant une meilleure organisation de la filière, il reste les solutions techniques à portée de main du ministre. L'urgence est de mettre au plus vite à la disposition des céréaliers les moyens d'emblaver leur terre à moindre coût. Ce moyen consiste en la technique du semis-direct. En Espagne, des études universitaires montrent que l'apparition de semoirs SD a fortement contribué à l'augmentation des surfaces cultivées.

 

LE SEMIS DIRECT, OUTIL POUR REDUIRE L'INCERTITUDE DE REVENU

Pour que le fellah ait plus confiance en l'avenir, en plus de Sallat El Istiska, il s'agit donc de lui proposer les moyens de réduire ses coûts et également de réduire l'incertitude de revenu. Or, en dehors de l'irrigation de complément, la seule solution actuellement connue, pour réduire cette incertitude consiste à rendre les cultures moins dépendantes du stress hydrique. Et justement, outre son moindre coût, le semis direct possède la faculté de mieux valoriser l'humidité du sol que la charrue. Cet outil encore largement employé représente une véritable calamité en milieu semi-aride.

 

Pour s'en convaincre, les hauts cadres du MADR et de l'OAIC, mais également les entrepreneurs en machinisme agricole (PMAT, WEST-AGRO, FAMAG, TIRSAM, ...) devraient avoir sur leur table de chevet le document relatant l'expérience des céréaliers syriens en construction locale et utilisation de semoirs pour semis direct. Ce rapport est disponible à l'adresse « aciar.gov.au/publication/cop31 » et a pour nom « The Practical Implementation of Conservation Agriculture in the Middle East ». Que chacun se rassure, ce document en libre accès, est certes rédigé en langue anglaise mais comprend de nombreuses photos et illustrations. Une version en langue arabe existe même sur le site de l'ICARDA.org.

 

MEILLEUR PRODUCTIVITE DU BLE PAR LE BINAGE ?

Dans une intervention aux médias, Mr Omar ZAOUGHANE dynamique DG de l'ITGC, faisait remarquer la faible superficie des exploitations agricoles. Dans un tel contexte, il semble difficile de proposer à ces exploitants des méthodes sophistiquées telles le désherbage chimique. Or, dans les conditions actuelles de manque d'eau, l'élimination des mauvaises herbes est indispensable. Elles concurrencent le blé pour les engrais mais aussi le sol.

La solution pourrait consister à mettre à la disposition des petits céréaliers une solution alternative : le désherbage mécanique. En la matière, de nouvelles techniques viennent de l'agriculture biologique. Les outils ont pour nom : bineuse, herse étrille ou houe rotative. Si les bineuses s'utilisent sur d'autres cultures que le blé, les herses et houes peuvent être utilisées sur la plupart des cultures. Cependant, ces outils peu sophistiqués ne sont ni importés ni construit localement.

Peut-on compter sur l'OAIC et son réseau de CCLS ? Si en matière de semences certifiées, l'OAIC améliore son offre, en matière de matériel, les choix réalisés sont parfois contestables. En témoigne ces 24 gros semoirs SD de marques SOLA importés à grand frais. Ces engins sont parfait en matière de semis, mais ils ne permettent pas d'épandre de l'engrais.

 

QUAND LE MOUTON VA, TOUT VA...

Parmi les solutions techniques, l'amélioration de la production de fourrages constitue une autre piste. En effet, jusqu'à présent les moutons récupère les miettes laissées par les céréales. En conséquences, pour nourrir le cheptel ovin, de très grandes surfaces sont nécessaires. Celles-ci sont souvent dégagées au détriment des céréales. Aussi, la stratégie pour dynamiser la production de fourrages pourrait être de varier les fourrages cultivés. En période de soudure automnale, il serait possible de pâturer du colza. Il présente l'intérêt de pousser même à 5°C. A l'arrivée des pluies automnale (ou avant, avec irrigation) il est donc possible de produire rapidement une grande masse de fourrage. Malheureusement ce fourrage est très peu connu localement.

Une autre possibilité consiste à implanter des fourrages à pâturer sur les terres laissées en jachère pâturée. Actuellement, les moutons broutent la végétation spontanée. Or, celle-ci possède une faible valeur fourragère. Afin d'implanter rapidement ce type de fourrages, à nouveau les semoirs SD pourraient être utilisés. Aucun labour ne serait nécessaire, simplement un passage de semoir. Ce type de solution (sur-semis) a été mis au point en Nouvelle-Zélande. Le sur-semis est utilisé avec succès dans les conditions sèches de la Corse.

 

PROSPECTIVE ET DIRECTIONS CENTRALES DU MADR

Dans un premier temps, Mr BOUAZGUI et ses successeurs (de nos jours la durée d'exercice d'un ministre de l'agriculture ne se compte plus en années, mais en mois) pourraient donc avoir plus de latitude en choisissant des solutions techniques. Ils ne heurteraient pas les intérêts des grands moulins privés ni ceux des nombreux spéculateurs agrippés, tels des tiques, sur chaque maillon de la filière céréales.

Mais réussir à produire rapidement et localement des semoirs SD low-cost ou ds engins de désherbage mécanique nécessite du doigté. Il s'agit de fédérer au sein d'un cluster toutes les énergies que compte le machinisme national.

 

Il est désolant de voir que les moyens modernes de découpe et soudure de l'acier d'entreprises telles PMAT, Famag, Tirsam ne servent qu'à fabriquer des charrues. Cela illustre le manque de dialogue avec le MADR. On peut ainsi s'interroger sur l'origine de ces dysfonctionnements au sein de cette institution. Si un Ministre a besoin de quelques mois pour s'installer dans sa fonction, le secrétariat du Ministère et les Directions techniques, en place depuis des lustres, devraient être au fait de ces questions et impulser le secteur du machinisme agricole. Pourquoi laisser des industriels ne fabriquer que des charrues alors que les semoirs SD seraient à vulgariser. Alors qu'il serait question d'une interdiction de toute importation de matériel agricole, ces Directions ont-elles saisi les autorités compétentes afin d'exclure de ces mesures les semoirs SD importés et autres outils indispensables tels, par exemple, les peignes vibreurs nécessaires à la récolte mécanique des olives. On a parfois l'impression que, comme le faisait dernièrement remarquer un ancien PDG de Sonatrach, certains cadres ne prennent plus d'initiatives et que, désabusés par les lourdeurs administratives, ils se retranchent derrière le « Takhti rassi ».

 

TOUT ATTENDRE D'ALGER ?

La question des surfaces de grande culture non travaillées et laissées en jachère illustre les progrès qu'il nous restent à réaliser dans le domaine agricole. Les causes concernent plusieurs domaines. Les solutions sont donc variées. Au MADR, à ses instituts techniques et aux cadres de terrain de définir la stratégie la plus adaptée au moment.

Mais, faut-il tout attendre d'Alger ? Nous ne le pensons pas. Aux élites rurales (agri-managers, retraités, employés, jeunes diplômés au chômage, …) à s'intéresser aux moyens à mettre en œuvre pour développer des outils simples afin d'emblaver les terres et de mener des cultures à moindre coût. Nul besoin de recourir systématiquement à l'importation. Dans le cas des semoirs, le principe de base consiste à combiner deux outils (semoir et cultivateur à dents) pour n'en faire qu'un seul. Comment ? En installant la trémie du semoir sur le cultivateur et en raccordant ses tubulures de descente aux dents du cultivateur. De telles modifications sont à la porté de bricoleurs éclairés. En utilisant des kits fabriqués localement ou importés de Turquie, des agriculteurs irakiens ont par exemple choisi de transformer leur ancien semoir en semoir SD.

 

Alors qu'il est de bon ton de dénigrer la moindre initiative des institutions publiques, nous ne doutons pas de l'existence de patriotes amoureux de la réussite du pays. A eux, travaillant modestement à différents niveaux des institutions publiques et organismes privés, de réunir les moyens réels afin de cultiver le maximum de terres agricoles.

 

INTERDICTION D'IMPORTATION DE MATERIEL AGRICOLE?

9.11.2017

Selon le média en ligne TSA, sous la plume de Ali Idir ce 08 Nov. 2017 « L’Algérie interdit l’importation de machines agricoles ».

Cette annonce mérite confirmation. Si elle se confirmait, une telle mesure permettrait une relance de la production locale de matériel agricole. En effet, certains concessionnaires importent des charrues ou des semoirs alors que ce matériel est produit localement.

Cependant, une question vient immédiatement à l'esprit, quid du matériel moderne non encore produit localement tel les enrubanneuses pour fourrage ou le matériel de plantation et de récolte de pomme de terre et de tomates.

 

AFFINER LES INTERDICTIONS D'IMPORTATION

Si cette mesure est salutaire, il est donc nécessaire d'affiner les interdictions et de les ré-actualiser annuellement. Celles-ci ne devraient s'appliquer uniquement au matériel non produit localement.

 

DES POTENTIALITES DE PRODUCTION LOCALES

Les capacités techniques locales de découpe et de soudure de l'acier peuvent permettre une extension de la gamme du matériel à produire localement. Mais cela passe par une coordination entre équipementiers. L'idéal serait la création d'un cluster.

Que ce soit Tirsam, Djoudi Métal ou bien sûr les entreprises publiques commercialisant leur production auprès de PMAT, la liste des capacités de production locale est grande. Cette liste reste à établir. Nombre de petits ateliers peuvent également produire du petit équipement.

 

POUR UNE COOPERATION AVEC LES EX-PAYS DE L'EST

Les ex-pays de l'Est disposent d'une réelle expérience de production d'un matériel agricole rustique et solide facilement réparable localement. Des accords de partenariat gagnant-gagnant sont possibles.

Afin de favoriser le transfert de technologie, des partenariats peuvent également être passés avec des ONG et des associations internationale de coopération agricole (ICARDA, ONG européennes, …).

 

UP-GRADDER LA PRODUCTION LOCALE

La production locale de matériel agricole a le mérite d'exister. Bon nombre d'exploitations tiennent grâce aux tracteurs Cirta construits à Constantine, aux charrues, cover-crop, remorques ou citernes d'entreprises publiques.

Certaines de ces entreprises proposent du matériel pour la récolte des fourrages, la pulvérisations des phytosanitaires ou l'épandage des amendements organiques à des prix abordables pour les exploitants agricoles. Cependant, nombre de ces matériels ont besoin d'une plus grande sophistication. Ainsi, par exemple, les remorques agricoles doivent avoir des essieux doubles, de plus hautes ridelles et un relevage hydraulique afin de s'adapter à la récolte en vrac des céréales.

En matière de pulvérisation, la largeur de traitement doit être améliorée.

 

INNOVER EN MATIERE DE MATERIEL AGRICOLE

Le contexte de notre agriculture exige du matériel permettant aux exploitants de gagner en productivité horaire. Quand la main d'oeuvre manque, la mécanisation doit prendre le relais. Ainsi, pour ramasser les balles de paille à quand des engins adaptés ? Pour manipuler le fumier, à quand des tracteurs équipés de godets et fourches hydrauliques avant ?

Mais c'est en matière de semis et de fertilisation, que le manque est le plus criant. En région semi-aride la révolution technique venue d'Australie prône l'abandon du labour et sont remplacement par des semoirs pour semis direct. De tels engins travaillent le sol, sème et fertilisent en un seul passage.

Pour désherber mécaniquement si PMAT commercialise des bineuses, il s'agit de rendre disponible d'autres outils de désherbage mécanique : herses étrilles et houes rotatives.

En matière de stockage des récoltes à la ferme, il doit être produit des silos métallique de moyenne contenance. Pour trier et traiter les semences de céréales à la ferme, il doit être produit des tables densimétriques et autres matériels dédiés.

 

OU ACHETER UN SEMOIR POUR SEMIS DIRECT?

3.11.2017

Des lecteurs nous ont demandé où acheter un semoir pour semis direct en Algérie. Nous proposons une liste de fournisseurs en Algérie, Maroc et Tunisie sur ce lien  (voir les n° de téléphone et adresses mail à la fin du document). Merci de nous aider à actualiser ce document. 

 

REUNION DES AGRONOMES DES PAYS ARABES

8.11.2017

On ne peut que se réjouir de la rencontre début novembre des associations des ingénieurs agronomes des pays arabes. Malgré le déficit général en produits alimentaires des pays arabes, il existe des réussites.

 

REUSSITES AGRICOLES DANS LES PAYS ARABES

Avant l'agression dont est l'objet la Syrie, ce pays était auto-suffisant en de nombreux produits céréaliers. La Tunisie est auto-suffisante en lait, elle est l'un des plus grand exportateurs d'huile d'olives. Selon les années et grâce à ses récoltes de canne à sucre et betterave à sucre, le Maroc assure plus de 50% de ses besoins en sucre. Par ailleurs, les maraîchers marocains possèdent une grande expérience des serres multi-chapelles.

 

CEREALES EN SYRIE ET IRAK

Ces deux pays possèdent une grande expérience dans la culture des céréales en conditions sèches. De 2005 à 2011, grâce à un transfert de technologie d'ingénieurs australiens, des ingénieurs et artisans syriens ont produit près d'une centaine de semoirs pour semis direct. En Irak, ce sont des kits de conversion de semoirs conventionnels en semoirs pour semis direct qui ont été produits. La technique du semis direct, permet de cultiver à moindre coût les céréales en milieu semi-aride non-irrigué.

 

EGYPTE, UN SEMOIR POUR L'IRRIGATION PAR SUBMERSION

En Egypte, un ingénieur a conçu un semoir permettant de semer des céréales dans les champs irrigués par submersion. Lors des crues du Nil, l'eau est utilisée pour irriguer les champs. Les techniques traditionnelles provoque un gaspillage d'eau. Ce semoir permet de tracer , tous les 4 rangs de semis, des rigoles assurant une meilleure répartition de l'eau dans le champs. Un tel engin serait très utile en Algérie où subsiste des zones avec irrigation par submersion (cas de la steppe avec l'épandage de crue).

 

MAROC, PRODUCTION LOCALE DE SUCRE

Regroupés autour de l'agro-industrie, dont la Comsumar.ma, des agriculteurs marocains produisent de la betterave à sucre. Certains d'entre eux possèdent une large expérience. Ils utilisent des semences monogermes, une fertilisation adaptée et le désherbage chimique. Ce type de semences permet d'éviter la laborieuse opération manuelle de démarriage. La mécanisation de la récolte permet de réduire le recours à la main d'oeuvre.

 

FAVORISER LES ECHANGES ENTRE AGRONOMES

Comment favoriser les échanges d'expériences entre ingénieurs des pays arabes ? Certes, il y a les rencontres entre personnes des différents pays. Mais internet offre de larges perspectives. On pourrait penser à un site internet traitant des réussites dans ces différents pays. Un forum pourrait permettre des échanges entre personnes. Par ailleurs, il s'agit de valoriser les expériences des différents organismes de développement agricole intervenant dans ces pays.

UTILISATION DU GLYPHOSATE EN ALGERIE.

Lire notre entretien relatif au glyphosate dans le dossier réalisé par le quotidien Liberté.

L'utilisation du glyphosate en Algérie.
En Algérie, sur grandes cultures, le glyphosate n'est pas utilisé de la même façon qu'en Argentine ou Australie (date et dose). Les doses utilisées sont beaucoup plus faibles en Algérie. Un dossier sur la question. A suivre...
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RECOLTE MECANIQUE DES OLIVES

Les peignes-vibreurs sont très intéressants. J'en ai utilisé un durant toute la semaine. C'est un véritable plaisir pour récolter les olives. Il existe des modèles avec batteries portatives. Mais une simple batterie de voiture suffit. On peut aussi utiliser un petit groupe électrogène. Il faut mettre de larges filets sous les arbres. Pour en acheter à l'étranger vous pouvez contacter  

Michel-equipement.fr.

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UN AGRONOME SUR LES ONDES

18.10.2017

Un agronome qui passe sur une émission de grande écoute, cela fait plaisir. Un grand bravo à notre collègue. Certes le temps de l'émission était court, mais nous aurions aimé plus de chiffres percutant dans sa démonstration (exemple besoins en eau d'un maïs comparés à celui de l'orge).

 

Al Hamdoulah, la journaliste s'est un peu renseignée sur le sujet (je fait référence à la nano-irrigation testée au Maroc. Voir sur youtube).

 

A 13:10, l'invité parle de l'impossibilité de considérer l'Algérie comme un pays céréalier et producteur de légumes secs. Cette affirmation est à nuancer. L'auto-suffisance n'est pas possible pour tous les produits de première nécessité. Mais l'invité méconnait les extraordinaires possibilités des nouvelles techniques d'arido-culture mise en oeuvre, notamment par les Australiens. Ceux-ci développent la technique dite du non-labour avec semis direct et mènent une lutte sans merci contre les mauvaises herbes dans les cultures. Quant aux engrais, ils sont localisés près de la semence afin de favoriser leur absorption même en conditions réduites d'humidité. Les semences de blé sont semées dans un sillon qui joue le rôle d'impluvium. L'eau de la moindre averse est ainsi collectée vers la semence et l'engrais. Actuellement, l'Algérie tarde à produire ce type de semoirs.

 

A 13:24, l'invité méconnait les possibilités d'intensification des cultures de légumes secs. La tradition locale est de semer pois-chiche et lentilles à la sortie de l'hiver afin d'avoir moins de levées de mauvaises herbes dans le champs. Les techniques nouvelles de semis précoce en semis direct entre les chaumes de blé et avec désherbage chimique à la trifluralin permettent de très nettes améliorations des rendements. Des techniciens et agriculteurs appliquent déjà cette nouvelle méthode. La question est donc de la généraliser. En Algérie, nous sommes autant pénalisés par nos ingénieurs qui restent dans leur bureau climatisé (sans même prendre la peine de publier sur internet des notes techniques de vulgarisation) que par le manque d'eau.

 

A 18:23 Les propos de l'invité à propos de la salinité font froid dans le dos. Il faut savoir que dans le sud, certains pivots doivent être déplacés tous les 5-6 années car le sol est devenu stérile à cause du sel apporté par l'irrigation. Attention à ne pas banaliser le risque destructeur de la salinisation des sols agricoles, véritable fléau. Fléau largement dénoncés par les plus illustres pédologues de l'INA .

 

A 19:23 la journaliste parle du développement de l'agriculture dans le sud et notamment à Tamanrasset. Ce développement devrait être accompagné d'un contrôle plus strict des frontières. Jeune-Afrique révèle dans un article en ligne (Au Mali, la guerre de la farine fait rage) que les minoteries du Mali fonctionnent pour la plupart avec du blé venu d'Algérie. Une étude universitaire "Bilan spatialisé de la mise en valeur agricole au Sahara Algérien" disponible sur internet révèle le même phénomène.

PEUT-ON SEMER DU BLE AVANT LES PLUIES?

Djamel BELAID 18.10.2017

 

En Algérie, le manque de pluie automnale pousse les agriculteurs à repousser leurs semis de céréales. Selon les variétés considérées, cela peut se répercuter négativement sur les rendements. Peut-on semer avant les pluies ?

 

ASSURER UNE HUMIDITE A LA JEUNE POUSSE DE BLE

Les agriculteurs craignent les pluies suivies de périodes sèches. En effet, des pluies précoces permettent la germination-levée du blé ou de l'orge mais si survient une période sèche la jeune plantule peut se dessécher. La solution passe par l'emploi d'outils à dents. Ils permettent de mieux préserver l'humidité du sol.

 

METTRE EN PLACE UN IMPLUVIUM AU DESSUS DE LA SEMENCE

Une technique australienne développée en Syrie et en Irak consiste à semer avec un semoir à dent. Les dents créent des sillons dans lesquels sont semés les graines. Après le passage du semoir un aspect de « tôle ondulé » peut être visible sur la parcelle. Dès la moindre averse, l'eau de pluie est concentrée par le sillon vers la semence. Celle-ci reçoit donc un volume double d'eau. La formation du sillon peut être améliorée par le passage de roues plombeuses accrochées derrière chaque dent.

 

SEMER PLUS PROFOND

Semer avant les pluies exige de semer plus profond. Les semences peuvent ainsi mieux bénéficier de d'humidité. Cependant, des travaux australiens montrent qu'une telle approche exige d'utiliser avant tout des variétés de blé à long coléoptile. En effet, ces variétés donnent la même quantité de talles que les variétés semées à 3 cm de profondeur. A notre connaissance, ce paramètre n'est pas renseigné sur les variétés de céréales proposés par les CCLS.

 

LUTTER CONTRE LES RAVAGEURS

Semer avant les pluies implique un séjour plus long de la semence dans le sol. Aussi, il s'agit de protéger ces semences contre les maladies et les ravageurs. On assurera donc un traitement fongicide et insecticide adéquat. Un roulage après semis peut permettre une meilleur protection des semences ainsi qu'un meilleur contact sol-graine en cas de pluie.

 

TRAVAILLER LE SOL EN CONDITIONS SECHES

Semer avant les pluies implique de labourer ou de préparer le lit de semences en conditions sèches. Dans de nombreux cas (sol argileux), cela implique des efforts supplémentaires de traction et une surchauffe des tracteurs.

La solution consiste alors à éliminer le labour à la charrue et de le remplacer par un travail avec des outils à dents tel le chisel ou le semis direct. Le semis direct implique un travail du sol sur 4 à 8 cm de profondeur, un tel travail n'implique pas une surchauffe du matériel.

 

SEMER TARD, MAIS SEMER VITE

Pour les agriculteurs non convaincus par les semis avant les pluies, afin de limiter la perte de temps, la solution passe par l'emploi d'outils à dents (chisel) à la place du labour. Le gain de temps est appréciable. Ce type d'outils est disponible chez PMAT.

L'autre solution passe par le semis-direct sans labour dont la vitesse des chantiers est de 6 fois supérieur. Autre avantage, le fait de passer sur un sol non-labouré améliore la portance du tracteur et cela même après une pluie. En effet, le ressuyage est meilleur et permet un passage du tracteur juste après une pluie.

 

 

CEREALIERS, SEMEZ EN UN SEUL PASSAGE!

Semer en un seul passage permet de gagner du temps. Ce genre de semoir est intéressant. L'idéal est de diviser la trémie en deux compartiments afin d'épandre l'engrais en même temps.

ALIMENTS DU BETAIL EN ALGERIE, UNE GABEGIE SANS NOM.

16.10.2017

Face à l'explosion des importations de maïs et de soja, la solution passe, en partie, par la production locale de matière première et la substitution de protéines végétales aux protéines animale dont celle de la viande de poulet.

 

LE MAÎS, UNE SOLUTION DOUTEUSE

Mais croire que la production locale de maïs est la seule solution est une erreur. Cette culture est très gourmande en eau et à moins d'utiliser le goutte à goutte enterré, l'agriculture n'a pas les capacités de permettre une auto-suffisance en cette céréale.

 

INCORPORER 20% D'ORGE

Il est possible d'incorporer 20% d'orge (produite localement) à la place du maïs importé. Cela devrait être la norme pour tout aliment volaille. Parfois, selon les âges et le type de production, cette proportion peut être plus élevée.

 

PRODUIRE DES TRITICALES

Les triticales sont un autre type de céréales qui convient aux volailles. Elle est riche en protéines. Elle se cultive comme le blé. Contrairement au maïs, elle ne demande pas d'irrigation. La technique du semis direct peut permettre une intensification à faible coût de cette culture.

 

PRODUIRE DU COLZA

Les tourteaux de colza peuvent être incorporés en partie à l'aliment volaille. C'est un crime de ne pas pousser sa culture dans les zones climatiques qui lui conviennent.

 

Notons également les possibilités d'utiliser les sous-produits de l'industrie agro-alimentaire.

 

UTILISER L'AZOTE NON-PROTEIQUE

En France, le moindre agriculteur sait que pour réduire le coût des concentrés, il peut ajouter à la ration de ses vaches et moutons de l'azote non-protéique telle que l'urée. En Algérie, nous produisons cette substance. Mais il n'y a pratiquement pas de vulgarisation concernant l'urée. Il y a là un moyen d'économiser une partie des importations de tourteaux de soja.

 

CONSOMMER DES STEAKS DE POIS CHICHE

Lentilles, pois chiche, soja et céréales peuvent permettre de produire des steaks de viande végétale. Il serait bon de s'inspirer de la technologie mise au point par des firmes étrangères telles SojaSun.fr.

 

LA RESPONSABILITE DES IMPORTATEURS

Les pouvoirs publics devraient imposer un cahier des charges précis aux importateur. Tout importateur de maïs et soja devrait avoir obligation de soutenir la production locale de céréales et graines entrant dans la composition de l'aliment du bétail. La situation actuelle est un non-sens économique. Il est temps qu'un cahier des charges soit défini avec les importateurs. Ils doivent s'investir dans la formation des petits fabricants d'aliments du bétail (certains mélangent n'importe quoi) et dans la formation des éleveurs. En steppe, ces éleveurs sont laissés dans leur ignorance. Beaucoup ne jurent que par l'orge alors que cette céréale doit être complétée par une source d'azote dans les rations.

 

L'ONAB, FIN DE L'IMMOBILISME?

Dans le domaine des compléments minéraux vitaminés, on ne peut que se féliciter de l'accord passé par l'ONAB avec un partenaire français. Mais on peut se demander les raisons d'un tel retard. Il y a 40 ans que l'Algérie a les moyens techniques et humains pour mélanger sel de cuisine, calcium, phosphate, oligo-éléments et vitamines et fabriquer des CMV locaux. Sinon, cela sert à quoi d'ouvrir des universités et de former des spécialistes?

 

Djamel BELAID. Ingénieur agronome.

 

VACHES LAITIERES : DONNEZ JUSQU'A 150 Gr D'UREE DANS LA RATION

11.10.2017

 

Alors que de nombreuses régions d'élevage laitier manquent de fourrages, il est important de rappeler les possibilités locales de complémentation azotée. En situation de manque de fourrages verts riches en azote, il est possible d'administrer de l'urée aux vaches laitières. L'urée est un engrais azoté fabriqué en Algérie et largement disponible.

 

PRINCIPES D'UTILISATION

-ne pas utiliser sur de jeunes animaux ou des animaux malades,

-habituer progressivement les animaux en augmentant tout doucement les doses,

-fractionner les apports d'urée,

-« en pratique, on limitera les apports à 30 g/100 kg de poids vif, soit 180 à 200 g par vache et par jour » (voir le lien ci-dessous de la chambre d'agriculture des Landes),

-associer obligatoirement l'urée à un aliment riche en énergie comme de l'orge ou du maïs ensilage (pour 500 gr d'orge en grain, apporter 20 gr d'urée),

-on peut donner de l'urée mélangé à de l'ensilage de maïs,

-en cas d'intoxication, faire boire à l'animal un mélange d'eau et de vinaigre,

-l'urée peut servir également à enrichir la paille et le fourrage de vesce-avoine en azote (diluer 5 kg d'urée dans 50 litres d'eau pour arroser 100 kg de paille ou de foin, mettre une bâche plastique et laisser 3 à 4 semaines).

Rappelons également que les grignons d'olives peuvent servir également d'aliments du bétail et remplacer en partie les concentrés.

 

Liens: de nombreux lressources existent sur internet (taper les mots clés correspondant):

-exemples de rations Urée alimentaire

 

 

SECHERESSE A BOUIRA, OLIVIERS EN PERIL

9.10.2017

Afin d'illustrer son article sur la sécheresse qui à Bouira « menace des milliers d’oliviers » Omar Arbane, journaliste à El-Watan publie dans l'édition du 5.10.2017 une photo alarmante. C'est celle d'oliviers aux feuilles jaunies par la sécheresse. S'agit-il d'une photo prise à Bouira ou d'une photo récupérée sur internet et venant d'autres lieux?

 

Tout pense à croire qu'il s'agit d'une photo prise à Bouira. Habituellement les feuilles des oliviers ne jaunissent pas avec l'automne. Ce jaunissement est donc très inquiétant. Comme le note avec justesse Omar Arbane, c'est le signe d'un dépérissement pour cause de sécheresse.

 

UN DEPERISSEMENT VU AUSSI EN FRANCE

Cette année, ce phénomène ne concerne pas seulement l'Algérie. En France, près d'Alès, plusieurs oléiculteurs font remarquer qu'à ce jours, il n'y a pas eu de pluies significatives après l'été. Alors que septembre est synonyme de « Gardonades », c'est à dire de grosses chutes de pluies accompagnées de crues sur la rivière Gardon, cet automne est marqué par une poursuite de la sécheresse estivale.

Toujours près d'Alès, un responsable de coopérative oléicole âgé de 75 ans note qu'il n'a jamais vu cela. La récolte des olives pourra avoir lieu dès la Toussaint alors que traditionnellement les olives ne sont mures qu'après. Cette année, dans la région nombre d'oliveraies avaient des fruits ridés par le manque d'eau. Et les agriculteurs qui en avaient les moyens ont procédé à l'irrigation des oliviers. D'autres ont mobilisé des moyens de fortune pour apporter un peu d'eau aux arbres. Telle cette petite exploitation où le pulvérisateur a servi de citerne d'eau pour apporter 50 litres d'eau à chaque arbre.

 

QUE FAIRE CONTRE LES COUPS DE SEC

Cette situation est préoccupante. Certains arbres risquent de ne pas survivre à ce coup de sec. L'immédiat est de tenter de les sauver en assurant une irrigation d'appoint par des moyens de fortune. Les pluies automnales ensuite permettront le retour à la normale.

Pour les campagnes agricoles futures il s'agit de développer l'irrigation par goutte à goutte. Dans le cas des vieilles plantations sans trop de moyens, il s'agit de développer différentes mesures permettant de valoriser les pluies.

Afin de favoriser la transpiration d'eau par le feuillage, il s'agit de réaliser une taille adaptée. Combien de fois, il est laissé sur des arbres des branches dites « gourmands ». Celle-ci produisent des feuilles au détriment des fruits. Il s'agit de leur faire une chasse féroce. De telles branches appauvrissent l'arbre.

Dans les sols en pente, il s'agit de confectionner des cuvettes en demi-lune afin de retenir les eaux de pluie auprès du pied de l'arbre.

 

APPEL AUX URBAINS

Lorsque l'on détient des oliviers dans la famille, il est intéressant d'aller voir comment sont menés ces arbres par les « aînés ». Nous conseillons vivement à chacun d'aller sur les terres familiales aux moments clé : taille au printemps, irrigation en été et bien sûr récolte à la fin de l'automne. Des interventions ponctuelles à des moments clé de l'année peuvent permettre de rendre rentable une vielle oliveraie auparavant menée de façon traditionnelle.

 

REDUCTION DES COUTS ET VALEUR AJOUTEE

Actuellement, nombre d'oliveraies sont handicapées par le coût de la main d'oeuvre. Face à cela plusieurs techniques sont possibles. Dans le sud de la France, il existe des oliveraies de 1000 arbres uniquement travaillés par un couple mari et femme.

C'est dire combien de solutions organisationnelles et techniques existent afin de valoriser le potentiel d'une exploitation. Nous en voyons deux principalement.

L'une des premières actions concerne la hauteur des arbres. Celle-ci ne doit pas dépasser les 2,5 mètres de haut. Il faut rabattre les charpentières et les gourmands qui grimpent vers le ciel. C'est à cette seule condition qu'il est possible de récolter plus vite. La main d'oeuvre ne doit pas avoir à grimper sur les branches ou à utiliser des échelles. Ce sont les branches qui doivent être à disposition du personnel de récolte et non pas l'inverse. L'utilisation de peigne mécaniques permet également d'augmenter la productivité.

La seconde concerne la trituration des olives au moulin. Tout doit être fait afin de réaliser une trituration d'olives fraîchement récoltées et sans feuilles. Cela afin de commercialiser une huile de bonne qualité à des prix supérieurs dans un réseau de commercialisation avec le moins d'intermédiaire possible. En Algérie, et à l'étranger, la demande est telle, qu'il est possible de valoriser l'huile de qualité.

 

Retrouver une bonne rentabilité à une oliveraie permet d'augmenter les salaires de la main d'oeuvre et donc de résoudre la question des pointes de main d'oeuvre lors de la récolte. Il incombe également aux pouvoirs publics d'assurer un soutien adapté à la filière oléicole. Celle-ci permettant de compenser l'importation d'huiles étrangères.

 

Photo ci-dessous. LE SEMIS DIRECT AVEC SEMOIR A DENTS PERMET DE FORMER DES SILLONS COLLECTEURS D'EAU DE PLUIE.

DEBAT SUR LE GLYPHOSATE, SOMMES-NOUS CONCERNES?

13.10.2017

Ce matin la radio France-Inter a consacré une partie de sa matinale à la question du glyphosate. Il s'agit de cet herbicide soupçonné d'être cancérigène. Des associations de consommateurs demandent sont interdiction alors que les syndicats agricoles ont déjà manifesté pour demander son maintien. En Algérie, sommes-nous concernés par ce débat?

 

SUR LA NOCIVITE DU GLYPHOSATE

Concernant la prétendue nocivité du glyphosate les études réalisées sont contradictoires. Un organisme scientifique a mis cet herbicide sur le même niveau de dangerosité que la charcuterie. Bref, actuellement, il n'y a pas consensus.

 

GLYPHOSATE, UN PRODUIT MONSANTO

Si les écologistes français ont en ligne de mire le glyphosate, c'est avant tout à cause de sa maison mère : Monsanto. En effet, bien que tombé dans le domaine publique et fabriqué massivement en Chine ou en Australie, le glyphosate traîne la sale réputation de Monsanto. Celle-ci est en effet à l'origine des fameuses semences OGM « Terminator » vendues aux agriculteurs indhous. Ces semences produisent des graines commestibles, mais elles sont stériles. L'année suivante, les agriculteurs ne peuvent pas les replanter et sont donc obligés d'en racheter à la multi-nationale. Face aux protestations, la multi-nationale a abandonné l'idée de commercialiser les semences Terminator.

 

Mais, afin d'obliger les agriculteurs a racheter chaque année des semences OGM et le glyphosate qui permet de désherber ces variétés résistanTes à cette molécule, la multi-nationale a encouragé la délation entre agriculteurs. Ainsi, aux USA, des agriculteurs ayant gardé une partie de leur récolte issue de semences OGM Monsanto, pour les re-semer l'année suivante ont parfois été dénoncé par des voisins et poursuivis en justice.

 

Enfin, lors de la guerre du Vietnam, ce genre d'herbicide a été utilisé par les USA comme défoliants. C'est dire la triste réputation que traîne le glyphosate.

 

LES OGM INTERDITS EN FRANCE ET EN ALGERIE

La France et l'Algérie n'autorisent pas l'utilisation en agriculture d'OGM. Ce n'est pas le cas de pays grands exportateurs de céréales et soja tels les USA, le Canada, l'Argentine, le Brésil, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande.

 

LES DYSFONCTIONNEMENTS DU BINOME OGM-GLYPHOSATE

Les premières années, les cultures OGM possédant une résistance au glyphosate permettent un désherbage très efficace. La pulvérisation de l'herbicide sur la culture détruit les mauvaises herbes à l'exception des plantes cultivées. Cependant, l'utilisation répétée de cette façon de procéder peut conduire à l'apparition de résistances. Certaines mauvaises herbes deviennent résistantes au glyphosate. Au lieu d'alterner d'autres cultures et d'autres méthodes de lutte, certains agriculteurs persistent dans la seule utilisation du binome OGM-GLYPHOSATE. De ce fait, les quelques mauvaises herbes résistantes se multiplient et deviennent envahissantes obligeant l'agriculteur à repasser plusieurs fois dans son champs avec des doses doubles ou triples. Dans ces cas là, il y a un surdosage des quantités de glyphosate et donc d'éventuels risques sanitaires pour les populations limitrophes des champs et les consommateurs.

 

Mme ROBIN, EN UN COMBAT DOUTEUX...

Il y a dix ans, en France, excédée par l'attitude de la multi-nationale sur le dossier des semences, une journaliste s'est intéressée aux semences OGM de Monsanto. Elle édité un livre et a produit un film « Le monde selon Monsanto » qui a connu une large diffusion.

 

MONSANTO COMME FOND DE COMMERCE

Ce matin, cette journaliste était l'invité de France-Inter et a mené un procès à charge contre Monsanto sans qu'une personne d'avis contraire ne soit invité. On notera ici le manque d'éthique journalistique de la chaîne en question.

 

Si le combat de Mme ROBIN est noble, il se doit de se baser sur des éléments objectifs et non pas cultiver les peurs des consommateurs face à certains excès de l'agro-chimie. Sinon son combat s'apparente plus à un fonds de commerce lui permettant d'exister sur la scène médiatique.

 

LE GLYPHOSATE, PIERRE ANGULAIRE DE L'AGRICULTURE DE CONSERVATION

Ce débat franco-français nous concerne en Algérie. Pourquoi ? Car pour remplacer la pratique du labour qui favorise l'érosion des terres agricoles (jusqu'à 4 tonnes de terre emportée par hectare et par an), il nous faut désherber le sol avant semis. Or, pour le moment, le glyphosate est un herbicide irremplaçable.

Certes, à l'automne, en zone semi-aride, les mauvaises herbes sont moins problématique qu'en Europe où les pluies estivales permettent des repousses de mauvaises herbes dès la mi-juillet.

 

PRODUIRE DES BINEUSES EN ALGERIE

En Algérie, pour sortir de la spirale des importations agricoles, herbicides et autres produits phytosanitaires sont des outils indispensables. Il faut savoir qu'un champ de blé non désherbé voit automatiquement son rendement amputé de 50%. En effet, l'humidité du sol et les engrais apportés par l'agriculteur profitent autant à la culture qu'aux mauvaises herbes.

Mais, parallèlement à l'utilisation des herbicides, il s'agit de vulgariser et d'intensifier la production de bineuses et autres outils de désherbage mécanique telles les herses étrilles et houes rotatives développées en Europe par l'agriculture bio. Par ailleurs, en situation extensive et en présence d'un élevage de mouton sur l'exploitation, le pâturage des céréales en hiver permet de réduire les mauvaises herbes.

 

GLYPHOSATE, L'ALLIE DE L'AGRICULTEUR ALGERIEN

Mais en attendant ces solutions, le glyphosate restera l'allié des agriculteurs contre les mauvaises herbes et l'allié des consommateurs pour une meilleure autosuffisance alimentaire. Espérons que les autorités du pays sauront séparer l'ivraie du bon grain et ne se laisseront pas parasiter par les débats de bo-bo parisiens.

 

 

 

REDUIRE LA FACTURE DES IMPORTATIONS, YES WE CAN !

1.10.2017 Djamel BELAID

L'APS annonce une nouvelle augmentation des importations alimentaires durant les mois passés. Afin de réduire la facture de ces produits alimentaires, différentes stratégies sont actuellement utilisées en Algérie. Avec, notamment, l'irrigation des cultures, la lutte contre la contrebande aux frontières*. Souvent, l'irrigation est présentée comme étant la panacée. Or, quand on considère la concurrence pour l'eau entre d'une part les besoins de l'agriculture et d'autre part ceux liés à l'approvisionnement des villes et du secteur industriel (voir ceux d'El-Hadjar), il apparaît vite qu'en Algérie, la culture en sec ne doit pas être négligée. D'autant plus que les techniques d'arido-culture qui nous viennent d'Australie – pays aussi sec que le nôtre – laissent entrevoir des réserves de productivité.

 

MIEUX VALORISER LA PERIODE HUMIDE

Il s'agit donc de valoriser la période des pluies qui s'étend, en moyenne, de la fin septembre à juin. Concernant les grandes cultures (céréales, légumes secs, fourrages, …) cela implique, selon les espèces et variétés cultivées, de semer tôt afin de bénéficier des premières pluies. Or, ce n'est pas ce qu'on observe dans la pratique. Alors que les blés doivent tous être semés avant la mi-novembre, il n'est pas rare de voir les semis s'éterniser jusqu'en décembre. Or, selon les cas, les cultures perdent en moyenne 1 quintal/hectare pour une semaine de retard sur la date optimale de semis.

Concernant les légumes secs, par faute de non-maîtrise du désherbage, les agriculteurs ont pris l'habitude de semer lentilles et pois-chiche en février au lieu de décembre.

 

PLUS DE TRACTEURS, MAIS MOINS DE CHARRUES

Afin de faire face aux besoins, le parc national de tracteurs a été régulièrement revu à la hausse. Mais derrière les tracteurs on continue d'atteler de lourdes charrues. Leur vitesse de travail est désespérément lente (seulement 2 hectares/jour). Or, dès les années 50-60, dans les régions semi- arides des USA, Canada, Argentine et Australie, il est apparu que le labour est plus un mal qu'un bien. Du fait de l'érosion, il peut provoquer une perte de 9 tonnes de terre/hectare/an. Mais en plus, le labour coûte cher en carburant et en usure des tracteurs. Mais surtout le labour et les opérations qui suivent demandent beaucoup de temps. Ainsi, après le labour, il faut réduire la taille des mottes de terre pour créer un « lit de semences », ce qui nécessite de nombreux passages de tracteur.

Certaines grosses exploitations privées de la région de Constantine ont vite compris la situation. Elles ont abandonné le labour et se sont équipées en semoirs pour semis direct. Ainsi, outre une réduction de 40% des coûts de mécanisation, la vitesse des chantiers de semis s'est multipliée par 6. Et cela, sans que le rendement en souffre.

 

ABSENCE DE STRATEGIE AU MADR

Face à ce progrès agronomique que constitue l'abandon du labour et son remplacement par la technique dite du « semis direct », on aurait pu penser que les services agricoles concernés se soient mobilisés. Or, sur le terrain, il n'en est rien ; ou presque... Cela est d'autant plus désespérant, que cette technique permet une meilleure économie de l'humidité du sol et est donc bien adaptée à nos conditions semi-arides. Notons au passage que les semoirs pour semis direct possédant des dents laissent sur le sol des sillons juste au dessus de l'emplacement des semences. Avantage, dès la moindre averse, l'eau de pluie est concentrée vers la jeune plantule. Celle-ci craint moins d'éventuelles courtes sécheresse automnale et absorbe mieux l'engrais alors dissout par une meilleure humidité du sol.

 

Actuellement, le semis direct n'est connu que d'une poignée d'agriculteurs et de techniciens qui se battent afin de mieux le faire connaître. Il faut dire qu'il faut vaincre la réticence des fellahs habitués aux labours. Le labour est souvent inconsciemment assimilé à une fécondation de la terre et donc représente une symbolique forte chez l'agriculteur. Par ailleurs, cette technique nécessite des semoirs adaptés. Il faut donc les importer ou les produire sur place – cela est possible car il ne s'agit pas d'une technologie trop sophistiquée. Enfin, l'abandon du labour nécessite l'emploi de désherbants, ce qui est loin d'être le cas dans nombre de nos exploitations.

 

MADR, UN RETARD INEXCUSABLE

S'il existe des freins réels au développement d'une nouvelle technique, on peut noter que les services agricoles et ceux du machinisme agricole n'ont pas fourni tous les efforts attendus au vu du montant faramineux des importations de céréales et légumes secs.

Ainsi, le groupe PMAT commercialise de nouvelles moissonneuses-batteuses (Sampo), mais le même effort qualitatif n'a pas été fourni concernant la production de semoirs low-cost permettant de se passer du labour. Certes, l'unité CMA-SOLA de Sdi Bel-Abbès a bien mis au point un prototype de semoir (Boudour SD-3115-C), mais les essais traînent en longueur. De ce fait, cet engin primordial n'est pas disponible en masse sur le marché. Osons une comparaison. Le semoir SD-3115-C est à l'agriculture ce qu'est l'hélicoptère russe Kamov Ka-52 Alligator à la lutte contre les blindés et ouvrages au sol.

 

OAIC, RATTAGE EN MATIERE DE SEMIS DIRECT

L'OAIC mène un travail exemplaire pour augmenter la production de céréales. En témoignent l'amélioration de la production de semences certifiées, l'aide à l'irrigation ou la mise à la disponibilité des fellahs plus de moyens de récolte. Mais en matière de semis direct, cet office reste en retard sur un dossier qui constitue « la mère des batailles ». On peut même parler de rattage concernant ce dossier. Rappelons, que face à l'aggravation du réchauffement climatique, il devient primordial que les fellahs puissent semer dans la « fenêtre de tir » que constitue le mois d'octobre et la première quinzaine de novembre. Dès 2012, l'OAIC a passé commande de 24 gros semoirs SOLA (Espagne) afin d'équiper les unités moto-culture des CCLS de l'intérieur du pays. Il s'est avéré que ces semoirs portés et non pas tirés, étaient trop lourds pour les tracteurs disponibles au niveau des CCLS. Pire, alors que ce type de semoir doit pouvoir semer et en même temps épandre de l'engrais, l'OAIC a commandé des semoirs qui ne permettent que le semis. C'est donc réduire l'intérêt de la technique. Cela est d'autant plus tragique en phase de vulgarisation d'une nouvelle technique. On peut s'étonner de cette erreur de la part d'un office qui emploie 400 ingénieurs agronomes.

 

L'AIDE REMARQUABLE DE L'AUSTRALIE A L'ALGERIE

En cette période de réduction des moyens financiers du pays, que faire afin de faire avancer ce dossier primordial? Aux médias d'aller enquêter sur le terrain. Aux étudiants et chercheurs en agronomie de s'emparer de ce thème.

Il revient à chaque cadre régional du MADR de faire connaître cette technique qui permet de semer plus vite et moins cher. Quant aux hauts responsables du MADR, à eux de réunir tous les moyens afin de faire démarrer le plus rapidement possible une production locale. De nombreuses entreprises locales de matériel agricole, telle TIRSAM et d'autres, possèdent des moyens modernes de découpe et de soudure de l'acier. Des organismes tels l'ITGC et l'unité CMA-SOLA de Sidi Bel-Abbès maîtrisent la technologie nécessaire. Notons également que, dans le cadre d'accords de coopération, l'universitaire australien Jacky Desbiolles**, expert de renommée mondiale, ne ménage pas ses efforts pour opérer un transfert de technologie vers l'Algérie. Lors de sa dernière visite en Algérie, cet expert a expliqué à différents cadres du MADR, de CMA et aux constructeurs privés tous les plans pour une production locale de semoirs.

 

MISER SUR DES INITIATIVES A LA BASE ?

Il revient également à chaque céréalier de se renseigner sur cette technique. Des concessionnaires importent de Turquie, du Pakistan et de Chine ce type de semoirs. Certains artisans soudeurs essayent d'en fabriquer. Signalons qu'entre 2006 et 2011, 7 ateliers syriens ont produit 92 semoirs. Le Maroc s'est déjà lancé dans une production locale. En Tunisie, cela est en cours. Plus loin de nous, la Syrie, l'Irak, la Jordanie et l'Iran ont lancé la production locale de ce type d'engins.

 

En Irak, face aux difficultés d'importations, dans un premier temps, de nombreux céréaliers ont choisi de s'adresser à des artisans locaux qui ont construit des kits permettant de transformer les semoirs conventionnels en semoirs pour semis direct.

 

A noter, que les céréaliers souhaitant abandonner la charrue mais n'ayant pas de semoir pour semis direct peuvent se tourner vers des outils tel le « chisel » qui permet également de semer plus vite et à moindre coût tout en obtenant de bons rendements.

 

SEMIS DIRECT, LA MERE DES BATAILLES

Le développement agricole nécessite de réunir de nombreuses conditions (irrigation, organisation des producteurs en coopératives, statut du fermage, soutien aux prix à la production, ...). En la matière, il n'existe pas de baguette magique. Certes, la mise à disposition d'un maximum de semoirs pour semis direct (les estimations sont de l'ordre de plusieurs centaines d'exemplaires) ne résoudra pas tous les problèmes. Mais, il s'agit là d'un passage obligé au développement des cultures non-irriguées. Nous ne pouvons plus nous permettre d'entendre l'habituelle litanie du manque de pluie ou de leur irrégularité. Les travaux australiens ont montré qu'il est possible de produire du blé non-irrigué avec seulement 300 mm de pluie. Quant un responsable local utilise cette excuse, il est nécessaire de lui demander ce qu'il a fait localement afin de faire connaître les nouvelles techniques d'arido-culture dont le semis direct. Sinon, c'est « essayer de vouloir cacher le soleil avec un tamis » comme le dit ce dicton populaire.

 

REUSSIR LA CAMPAGNE 2017

Cette année, dans de nombreuses régions du pays, les pluies automnales sont au rendez-vous. Il s'agit donc de mobiliser tous les moyens matériels afin de permettre aux céréaliers de semer tôt et à moindre coût. Semer tôt permet également de réaliser un désherbage d'automne. Trop souvent nous désherbons trop tardivement nos blés. Cela handicape irrémédiablement le rendement. En climat semi-aride, toute concurrence des mauvaises herbes pour l'eau doit être éliminée le plus tôt possible.

 

Chacun l'aura donc constaté. De part ses nombreux avantages (semer plus vite et moins cher, économiser l'eau du sol) et les cultures concernées (blé dur, blé tendre, orge, pois-chiche, lentille, fourrages), le semis direct représente la « mère des batailles ». Au moment où le montant des importations alimentaires connaissent une augmentation soutenue, à chaque responsable agricole de prendre ses responsabilités.

 

Notes :

(*) Voir l'article d'Amadou Oury Diallo, « Au Mali, la guerre de la farine fait rage ». Jeune-Afrique du 29 octobre 2015. L'auteur partle des farines de contrebande « qui entrent sur le territoire malien via ses frontières du Nord (en provenance d’Algérie) et de l’Ouest (de Mauritanie). Si Bamako est affecté, les grandes villes de l’intérieur du pays comme Mopti, Kayes, Nioro, Kita le sont davantage, si bien que la farine produite dans la capitale n’y est plus commercialisée ! ».

(**) Cet homme est un véritable ami de l'Algérie. Notre pays s’honorerait de lui accorder la reconnaissance de la Nation prévue dans ces cas là.

 

AGRICULTEURS, PROFITEZ DES ORAGES, SEMEZ VOS FOURRAGES !

22.09.2017

L'Office National de météorologie annonce « Des pluies orageuses accompagnées parfois de rafales de vent affecteront à partir de vendredi à 18h jusqu’à samedi à 12h trois wilayas du sud du pays. Les wilayas concernées sont : Adrar, le nord de Tamanrasset et le sud de Ghardaïa. Les cumuls estimés atteindront ou dépasseront localement 30 mm ».

 

- 1 - SEMEZ DE L'ORGE EN VERT ET DU COLZA!

Pour les agriculteurs c'est l'occasion de semer des fourrages d'automne. Une tactique est de semer en sec en espérant des orages (ils arrivent). Bravo à ceux qui auront adopté cette stratégie. Pour les autres rien n'est perdu. Semez de l'orge en vert « g'sill » ou mieux encore du colza que l'on fera ensuite pâturer par les moutons et bovins. Le colza a la particularité de pousser très vite. Cette année, la station ITGC de Sétif a procédé à des essais. Il est à espérer que des semences soient disponibles. Sinon, commandez à l'étranger des semences non-OGM de colza fourrager.

 

- 2 - SEMER EN SEMIS DIRECT

Le travail du sol au cover-crop dessèche le sol. Aussi, l'idéal est de semer vos fourrages avec un semoir pour semis direct. Son travail ne dessèche pas le sol. Votre culture profitera ainsi de toute l'humidité du sol. Si vous n'avez pas de semoir pour semis direct, essayez de transformer un semoir conventionnel ou utilisez un outil à dent tel le chisel. Dans un pays aussi sec que l'Australie, la plupart des céréaliers utilisent cette technique du semis-direct. En prévision des orages de fin d'été, les plus malins gardent toujours quelques sacs de semences pour le fourrage de leurs animaux. Certains sèment même du sorgho juste après un orage et profite de l'humidité du sol.

 

- 3 - FAVORISER L'INFILTRATION DE L'EAU

Il ne faut pas laisser cette eau ruisseler et se perdre dans les chotts. Il faut l'aider à s'infiltrer pour qu'elle alimente vos puits. Créez des obstacles au ruissellement. Sur les oueds, créez des « sed » de dérivation afin que l'eau s'étale sur vos champs. Quand vous semez, semez avec un semoir à dent. Ceux pour semis direct munis de roues plombeuses forment un sillon. La graine et l'engrais sont semés dans le sillon qui collecte l'eau de pluie dès la moindre averse. Semez malin...

 

 

INFLATION A DEUX CHIFFRES, MISEZ SUR LE JARDINAGE

 

Djamel BELAID 22.07.2017

Selon un ancien ministre des finances, le recours à la planche à billet risque de provoquer en Algérie une inflation à deux chiffres et plus. C'est carrément un scénario à la vénézuelliene qui nous est ainsi annoncé. Il est à espérer une remontée rapide du cours du pétrole. Sinon, il ne reste plus qu'à miser sur le jardinage pour réduire vos dépenses alimentaires.

 

PLANTER DES LEGUMES

Si vous avez un bout de jardin, planter des légumes est la chose la plus facile à faire. Le retour sur investissement est rapide. Pas la peine de cultiver un grand espace. Ne soyez pas trop ambitieux, car le jardinage exige un fort investissement en temps. Notamment pour le désherbage. Un conseil, selon la saison, commencez par des courgettes ou des fèves. C'est le plus facile. Même chose pour les tomates et les pommes de terre. Sauf que les pommes de terre exigent beaucoup de place.

Une autre astuce, procurez vous une bâche en plastique transparente et quelques tiges en fer. Formez des arceaux, recouvrez les du film plastique pour créer des tunnels sous lesquels vous cultiverez vos légumes lorsque les températures sont basses. Remarquez que c'est à ce moment là que les prix sont les plus élevés et donc que votre production aura le plus de valeur . Pour arroser, récupérez l'eau de votre cuisine. Il existe des dispositifs simples pour épurer l'eau de la salle de bain et l'utiliser pour l'irrigation du potager. Il est intéressant de récupérer l'eau de pluie en faisant arriver le tuyau de votre gouttière dans un réservoir (fut en plastique).

 

PAS DE JARDIN ? PLANTEZ DANS DES BACS !

Lorsque l'on dispose d'un balcon, d'une terrasse ou d'une cour, il est possible de cultiver dans des bacs. Avec des palettes, confectionner un bac en bois et remplissez le de terre et de terreau horticole que vous pouvez fabriquer en faisant un compost avec vos épluchures de fruits et de légumes. Sachez que 4 pieds de courgettes peuvent produire la consommation d'une famille moyenne pour toute une saison. Quant aux salades, la variété « feuille de chêne » se récolte en enlevant feuilles par feuilles, ce que ne l'empêche pas de pousser. Puis ce n'est pas la surface qui compte mais l'intensification poussée de vos culture. Ainsi, un bac avec une bonne dose de terreau, arrosé régulièrement et disposant d'une ombrière (couverture de roseaux pour réduire la brûlure du soleil) en été et d'une bâche plastique lorsque les températures sont basses peut produire énormément.

De tels bacs peuvent être disposés sous une petite serre en plastique à armature en bois et installés sur votre terrasse. Même par temps de pluie, une tasse de café, un petit poste et une heure de désherbage permet de retrouver sa sérénité après le boulot ou lorsque les enfants sont trop bruyants dans votre 3 pièces. Surtout si vous n'êtes pas accroc aux « moussalssalattes » ou aux « diminos ».

 

UN POTAGER AU BOULOT

Si vous n'avez pas de jardin, pourquoi ne pas installer un potager avec des collègues dans l'enceinte même de votre lieu de travail? Cette tradition a existé dans nombre de domaines auto-gérés lors des années soixante dix. Alors, jeune agronome affecté dans un ces domaines, personnellement, j'avais un petit lopin que je binais après les heures de travail. Pour les administrations et entreprises qui ont souvent de l'espace, ce principe serait à remettre à l'ordre du jour.

 

Dans les années 80, à l’Institut National Agronomique d’El Harrach, un point de vente permettait au personnel d’acheter des fruits et des légumes dont d’excellents « avocats ». Pour la petite histoire, personne ne savait que les avocats qui tombait au sol dans un coin de la cour étaient des fruits qui pouvaient se manger. Ils pourrissaient au sol jusqu'à ce que chacun se rende compte de l'un intérêt. Moralité, sur le littoral, l'avocatier est adapté au climat local.

 

UN BAC DANS MA RUE

Traditionnellement dans nombre de rues de l'intérieur du pays et notamment à l'Est, il est une tradition en été. Elle consiste à mettre une outre en peau de chèvre ou « guerba » pleine d'eau fraîche à la disposition des passants devant les commerces. Pourquoi ne pas poursuivre cette tradition en gérant un bac à légumes à même le trottoir ? Il s'agit du principe de « légumes pour tous » qui se développe à l'étranger. Selon le même principe, au pied d'un immeuble, il est possible de créer des potagers partagés. Les jardins publics municipaux devraient offrir quelques mètres carrés aux citoyens comme le font certains mairies d'arrondissements de la ville de Paris. Les jardiniers des squares de nos villes devraient proposer des cours de jardinage et de compostage des bio-déchets. Pour inciter les urbains à redécouvrir le jardinage, ils pourraient également vendre à prix coûtant « el-nekla », des pieds de tomates, courgettes, poivrons...

 

PLANTEZ DES ARBRES FRUITIERS

Planter des arbres fruitiers permet d'avoir une récolte abondante de fruits. Le fait de disposer d'un figuier par exemple, assure des desserts mais aussi la possibilité de sécher les fruits ou de faire des confitures. Sur le littoral, orangers, mandariniers et citronniers peuvent vous assurer une large production. Il existe des citronniers 4 saisons qui produisent toute l'année. A l'intérieur du pays, un pommier bien mené vous assurera une belle récolte.

Les arbres fruitiers tels la vigne ou le kiwi ne prennent pas de place au sol. Un trou dans le bitume d'un trottoir devant sa maison ou le ciment d'une cour suffit. Pour choisir qu'elle espèce et qu'elle variété planter dans votre région regardez ce qui se fait autour de vous ou demandez conseil à un pépiniériste.

 

REMETTRE EN CULTURE LE LOPIN DU GRAND-PERE

Comme beaucoup d'urbains, vous avez quelques hectares de terre appartenant à votre famille ou à celle de votre conjoint. Alors, c'est le moment de les remettre en culture. Si vous ne vous voyez par déménager dans un proche avenir pour offrir à vos enfants l'air pur de la campagne, commencez par planter des arbres fruitiers et des oliviers. Démarrez aussi un coin potager. Semées à la fin de l'hiver les fèves ne nécessitent pas d'arrosage. Les désherbages et binages peuvent être réalisés lors des week-end. Quant à la récolte, on peut l'étaler sur plusieurs semaines. Elle peut concerner les jeunes gousses, les grosses fèves ou les fèves une fois séchées sur pied.

Mais une telle opération peut-être l'occasion de penser à un retour futur à la terre pour ouvrir des gîtes touristiques et faire du fromage de chèvres.

 

ACHETER EN GROS FRUITS ET LEGUMES AVEC VOS VOISINS

Une solution peut être d'acheter en gros fruits et légumes chez un agriculteur. L'idéal est de se grouper entre membres d'une même famille ou entre voisins. Cela peut être le cas également entre membres d'un même service au boulot en profitant du déplacement régulier d'un véhicule de service. Afin de ne pas rester avec des invendus sur les bras, l'idéal est de se faire payer à l'avance (du moins en partie). Une fois que l'habitude est prise, on peut fidéliser l'agriculteur et les consommateurs et procéder à des « abonnements » avec livraison d'un couffin chaque semaine. On se dirige alors vers un système de type AMAP dont l'association TORBA.dz est l'initiateur en Algérie.

 

PARTICIPER A LA CUEILLETTE DES OLIVES

Un autre moyen consiste à récolter directement au champs. Cette technique est très développée à l'étranger et notamment en France. Les consommateurs ont directement accès aux parcelles de l'agriculteur. Ils récoltent les fruits et légumes dont ils ont besoin puis passent à la caisse. Un tel dispositif pourrait concerner la cueillette des olives. Cette récolte nécessite beaucoup de main d'oeuvre. Des agriculteurs pourraient faire appel aux consommateurs qui récolteraient les quantités d'olives qu'ils souhaitent acheter pour conserver dans des bocaux. Proposez-le aux oléiculteurs de votre région.

 

FAITES DES CONSERVES AU VINAIGRE

Dans les années soixante-soixante dix, les conserves dans le sel ou le vinaigre étaient très répandues au sein des familles. Nombre de ménagères préparaient des olives pour les conserver dans de grandes marmites en émail. Les olives étaient incisées à l'aide d'un couteau puis plongées dans de l'eau qui était renouvelée plusieurs fois afin d'enlever toute amertume. Selon les saisons, d'autres conserves de légumes étaient préparées dans du vinaigre sous le terme de « variante ».

 

ELEVEZ POULES ET LAPINS

Rien de plus facile de nourrir quelques poules pondeuses ou lapins avec des déchets alimentaires et épluchures de fruits et légumes. On peut faire ainsi d'une pierre deux coups. On produit des œufs et on réduit le volume de ses poubelles. Pour se procurer des poules pondeuses, on peut s'adresser à des marchands d'oeufs. Ils disposent de poules pondeuses en « fin de carrière », mais qui pondent encore suffisamment. Je connais une famille nombreuse à Bordj-El-Kiffan dont le frigo étaient toujours plein d'oeufs grâce au poulailler au fond de la cour.

 

FABRIQUEZ VOTRE LIMONADE

Il peut être également possible de fabriquer des soldas. Pour cela, il s'agit de ramener de l'étranger des fontaines à eau gazeuse. Elle se vendent en super-marché autour de 60 euros. Des cartouches de gaz carbonique permettent de gazéifier l'eau. En France, le succès est tel que des associations de soutien à la Palestine en ont profité pour alerter les consommateurs sur la marque Sodastream qui est fabriquée dans les colonies.

 

Voilà, il s'agit de quelques idées. N'hésitez pas à nous contacter pour enrichir le catalogue...

 

 

OLIVIERS: INNOVER EN MATIERE DE RECOLTE.

21.09.2017

Il est intéressant de vendre des olives au kilo en les faisant récolter par les consommateurs. Les oliviers qui se situent en bordure de route sont particulièrement concernés. Cette forme de vente se pratique beaucoup à l'étranger pour la cueillette des pommes ou les fruits et légumes. Elle est à tester par les agriculteurs Algériens et par les consommateurs qui souhaitent faire de la conserve d'olives. Lire l'article ci-dessous:

 

La cueillette des fruits et légumes attire les foules Attainville

24 août 2008 Le Parisien

 

«DANS un contexte économique morose, les consommateurs se tournent cette année, plus que d'habitude, vers ces entreprises agricoles aux prix très compétitifs pour des produits de qualité supérieure, note Françoise Chancel, chargée d'études à la chambre interdépartementale d'agriculture d'Ile-de-France. Les clients ont la certitude de la fraîcheur des fruits et légumes. » Et effectivement, on bat des records de fréquentation dans les cueillettes franciliennes.

 

« Depuis le début de la saison, en mai, nous avons 10 % de clients de plus qu'en 2007 », se réjouit Hervé Thirouin, à la tête, avec son frère Antoine, de la Cueillette de la Croix-Verte, l'une des plus importantes en surface avec ses 48 ha, ouverte depuis trente ans à Attainville, dans le Val-d'Oise. « Même si la météo a un peu retardé certaines récoltes, comme les fraises, nous totalisons actuellement 300 à 400 visiteurs par jour et, le week-end, ce chiffre est multiplié par dix », poursuit l'agriculteur.

 

La baisse du pouvoir d'achat semble expliquer ce regain d'intérêt. Abdelkader, salarié de Fedex à Roissy, sa femme et leurs trois enfants n'hésitent pas à venir chaque été de Creil (Oise). « De deux fois par semaine à une fois tous les quinze jours, selon nos besoins, témoigne ce père de famille de 42 ans. Ça compte dans mon budget plutôt serré ! De plus, je suis certain de la qualité de l'alimentation de mes enfants. »

 

Ainsi, les framboises ramassées reviennent entre 4,20 € et 6 € le kilo. Autres exemples, les pommes se négocient entre 0,60 € et 1,80 € le kilo en fonction de la quantité cueillie. Enfin la salade revient à 0,80 € ou à 0,70 € si le consommateur en achète plus de trois.

 

Avec sa brouette pleine de fraises, de haricots verts, de courgettes, Lucette, la soixantaine, est ravie : « Je viens régulièrement depuis des années de Colombes (Hauts-de-Seine), pour le plaisir de passer quelques heures au grand air, car je n'ai pas de jardin. Et j'ai noté que les tomates coûtaient ici 40 centimes de moins au kilo que dans mon supermarché… »

 

 

CEREALES : REDUIRE EN DOUCEUR LE NIVEAU DES SUBVENTIONS.

D. BELAID. 14.09.2017

Selon la presse nationale, le Premier ministre aurait indiqué à ses interlocuteurs « qu’avant la révision de la loi sur la monnaie et le crédit, les autorités n’avaient pas de quoi payer les salaires des fonctionnaires pour les deux derniers mois de l’année ». Face à la crise financière que risque de connaître le pays, les pouvoirs publics doivent trouver le moyen de réduire le montant des subventions accordées à l'agriculture. L'exercice est périlleux ; il s'agit en effet de ne pas pénaliser la production et l'élan actuel des investisseurs.

 

Constat. Le secteur agricole procure des emplois des revenus à près d'un million de familles paysannes. Les subventions publiques sont actuellement accordées à tout type d'exploitation quelque soit sa taille. A l'avenir, il pourrait être fait un distinguo selon la taille des exploitations. Les plus grosses exploitations et les plus modernes ont une plus grande capacité d'adaptation. Outre les exploitations, les minoteries bénéficient d'avantages substantiels qu'il s'agit de revoir. Les gains générés par ce secteur agro-alimentaire est tel que l'engouement pour cette activité fait que les capacités installées dépassent de 50% les besoins nationaux.

 

Prix à la production. Il est possible de moduler les prix à la production selon les quantités livrées par exploitation. Exemple : 4500 DA/quintal pour les premiers 500 quintaux, 4200 DA entre 500 et 1000 quintaux, et 4000 DA au delà. Un tel barème est à mettre au point par le MADR. Ces prix pourraient être également adaptés selon les régions climatiques. Les régions les plus sèches pourraient se voir attribuées un bonus.

 

Modulation des aides. Les grosses exploitations pourraient recevoir moins de crédits bonifiés.

 

Grosses exploitations. Il s'agit d'attribuer des avantages compensant le manque à gagner sur les prix à la production et les prêts. Ainsi, des droits à écraser du grain pourraient être attribués. Cela revient à redistribuer la rente céréalière actuellement uniquement détenue par les seules minoteries. Pour cela, selon leur taille, ce type d'exploitations pourrait être invité à s'équiper en petits moulins ou à se regrouper en G.I.E meunerie. Une autre voie peut être la sous-traitance chez des meuniers.

 

Réduction des coûts : Rendre rapidement disponible des semoirs low-cost pour semis-direct. En évitant l'étape du labour, ces engins permettent une réduction de 40% des coûts de mécanisation. Autre avantage, ils permettent une extension des surfaces emblavées.

 

Coopératives céréalières paysannes : Ces coopératives représentent une voie intéressante pour l'intensification (achats groupés d'intrants, recrutement de techniciens, ...). Afin de les développer, il s'agit de trouver des moyens incitatifs (par exemple détachement pour deux ans de postes de techniciens recrutés par la coopérative). On n'attire pas les mouches avec du vinaigre. Autre moyen, attribuer un droit à écraser du grain par le biais du versement de compensations financières liées au soutien des prix à la consommation.

 

CCLS : De nombreuses CCLS seraient déficitaires. Afin de les financer le moyen peut consister à leur attribuer des droits à écraser du grain. Les CCLS pourraient s'équiper en moulins (rachats de moulins privés) ou passer des contrats avec les minoteries privées existantes (leurs installations tournent à 50% de leurs capacités). Les CCLS détiennent un atout considérables, ce sont elles qui détiennent les grains « vous avez les machines, mais c'est moi qui ai le grain).

En parallèle, il s'agit d'autoriser les CCLS à racheter des entreprises en amont (société de réparation de matériel agricole) ou en aval (moulins, fabricants d'aliments pour bétail) sous forme de filiales de droit privé. Cette façon de faire devrait être dévolue à des coopératives paysannes comme cela est le cas à l'étranger. Mais en attendant l'émergence de réelles coopératives (les CCLS ne sont que des dépôts régionaux de l'OAIC affublés du terme de « coopérative ») force est de tenter de confier ce rôle aux CCLS. Auront-elles le management pour passer à cette dimension ?

 

Stockage céréales. Développer le stockage à la ferme afin de réduire les besoins de financement des moyens de stockage des CCLS. Prévoir en échange l'attribution aux céréaliers des bonifications mensuelles. Le trafic du blé importé ré-introduit dans les CCLS par des producteurs peu scrupuleux peut être combattu par de simples analyses visuelles ou bio-chimiques de grains sur les lots incriminés.

 

Minoteries : Jusqu'à présent, l'activité des minoteries a permis à leurs propriétaires de dégager des bénéfices substantiels. En témoigne les capacités installées. Afin de recevoir des quotas de blés importés, les minoteries devraient avoir obligation de développer des réseaux d'appui technique auprès des céréaliers tel celui mis sur pied par le Groupe Benamor. Des laiteries telles Danone-Djurdjura possèdent un savoir faire avec ses éleveurs qu'il s'agirait d'étudier afin de voir ce qui est transposable pour les céréales. Il ne s'agit pas de jeter la pierre aux minoteries, mais de partager équitablement la rente céréalière. A l'avenir, il s'agirait de réserver une partie des quotas de blés produits localement à des GIE ou coopératives de céréaliers et aux CCLS. Une large concertation entre acteurs de la filière pourrait permettre d'établir divers scénarios.

 

Minoteries, développer de nouveaux marchés. Jusqu'à présent, la plupart des minoteries se sont contentées d'écraser du grain. A l'avenir, face à l'éventualité des subsides publics et afin de faire face aux sur-capacités installées, les minoteries se trouvent dans l'obligation de développer de nouvelles activités. La fabrication des aliments du bétail est prometteuse. Cela nécessite cependant de nouer des partenariats avec les agriculteurs afin de cultiver des protéagineux pouvant remplacer partiellement le soja importé. A noter le volet peu connu de l'incorporation possible d'urée dans l'aliment ovin et bovin. Une autre voie consiste à produire des améliorants autorisés en meunerie et en boulangerie (farine de fèves ou de soja, farine de soja, malt, gluten de blé). Ce secteur est actuellement embryonnaire en Algérie.

 

 

DEVELOPPER DE NOUVEAU DISPOSITIFS DE REDISTRIBUTION

En conclusion, il apparaît que les pouvoirs publics disposent d'une large palette de mesures. Jusqu'à présent les mesures d'aides aux producteurs a essentiellement consister à redistribuer les fruits de la rente gazière. De ce fait les outils utilisés étaient simples. Dorénavant, il s'agit de redistribuer la rente céréalière entre minoteries et agriculteurs. Mais également entre petits et gros céréaliers. Les outils d'intervention nécessitent donc d'être plus élaborés. Cela nécessite de faire preuve d'imagination et d'explorer ce qui se fait à l'étranger. Pour notre part, nos propositions sont à considérer comme des pistes de réflexion qu'il s'agit de discuter entre les différents partenaires de la filière.

 

 

CEREALIERS : REDUISEZ VOS COUTS DE PRODUCTION !

D. BELAID. 14.09.2017

Selon la presse nationale, le Premier ministre aurait indiqué à ses interlocuteurs « qu’avant la révision de la loi sur la monnaie et le crédit, les autorités n’avaient pas de quoi payer les salaires des fonctionnaires pour les deux derniers mois de l’année ». Face à la crise financière que risque de connaître le pays, les producteurs de céréales doivent s'adapter afin de faire face à d'éventuelles réductions des subventions publiques. Celles-ci sont nombreuses et prennent différentes formes. Ainsi, les prix à la production sont de 4500 DA/quintal, et sont garantis quelque soient les fluctuations sur le marché international. Nombre de crédits sont attribués à des taux anormalement bas. Quant au matériel agricole, il peut être cédé au deux tiers de sa valeur comme c'est le cas des moissonneuses-batteuses SAMPO.

 

Dans un tel contexte, il s'agit donc pour chacun de réduire les coûts d'implantation des céréales. Des solutions existent.

Semences. La solution consiste à n'acheter à la CCLS qu'une partie de ses besoins en semences certifiées. Le but est de produire soit même chaque année des semences de fermes de qualité (blés épurés, grains triés puis traités). Cette façon de faire ne s'improvise pas, elle nécessite un certain savoir-faire. L'idée est de jouer au producteur de semences pour son exploitation, voire pour approvisionner ses voisins. L'achat annuel d'une partie de semences certifiées permet d'accéder à de nouvelles variétés et de régénérer celles cultivées au niveau de l'exploitation.

 

Labour. Le labour est l'un des postes où les dépenses sont les plus élevées. La solution peut être de progressivement travailler une partie des parcelles au chisel. Cette solution a le mérite de la rapidité d'exécution. Cependant, il s'agit de veiller à la qualité du désherbage. Une autre solution est de passer au semis direct (SD). Nombre de concessionnaires importent différents modèles. En absence de semoir pour semis direct, il est possible de transformer un semoir conventionnel en semoir pour semis direct (voir nos dossiers sur ce sujet). Le SD permet de réduire de 40% en moyenne les coût de mécanisation. La rapidité du semis permet de semer à temps ses parcelles et de faire de l'entreprise agricole en semant les parcelles de ses voisins. Le SD nécessite cependant un désherbage adéquat.

 

Engrais : Azote et Potasse, laisser plus de paille sur le champs car elles sont riches en azote et potasse. Azote, intercaler des légumineuses fixatrices d'azote atmosphérique dans la rotation. Phosphore, utiliser du M.A.P ou D.A. P à la place du super phosphate 46%. Le SP 46% est peu efficace en sol calcaire. Localiser les engrais sur la ligne de semis (voir nos dossiers) permet de réduire les doses.

 

Désherbage : En situation semi-aride la concurrence du blé par les mauvaises herbes pour l'eau constitue l'un des facteurs limitants du rendement. Désherber en post-levée dès l'automne. Au désherbage de post-levée, il est intéressant de tester le désherbage de pré-émergence (voir nos dossiers). Attention, ce type de désherbage exige plus de technicité. Pratiquer le désherbage mécanique en binant vos blés avec une herse étrille ou houe rotative. Ces engins peu sophistiqués peuvent être fabriqués chez un artisan soudeur ; (voir nos dossiers et les vidéos d'Arvalis.fr sur you tube).

 

Stockage à la ferme : Revendiquer le droit au stockage à la ferme. Avantages : réduire les frais d'attente lors des livraisons aux CCLS, possibilités de créer des lots homogènes.

 

Technicité : Améliorer le niveau technique revient à augmenter le rendement. Solutions : irrigation, choix variétal, double désherbage chimique, pulvérisation foliaire d'engrais (potasse et phosphore), traitement fongicide sur les variétés sensibles, lutte contre les semences de mauvaises herbes (élimination des « menues pailles, voir nos dossiers).

 

Transformation du grain: Le concept consiste à valoriser sur l'exploitation le grain et ne plus le rétrocéder tel quel. Produire de la farine ou de la semoule bio (voire du couscous bio). Fabriquer du blé malté (améliorant de la farine en boulangerie). Voir le site de la Compagnie Française des Ingrédients et Améliorants. Fabriquer du « frik » à partir d'épis verts de blé dur grillés dont les grains sont concassés (produit très demandé dans le Constantinois).

 

Transformation : Les céréaliers désirant transformer leurs grains en farine ou en semoule doivent revendiquer le droit à bénéficier des mêmes restitutions financières offertes aux minoteries.

 

Qualité du blé dur: Développer une politique de qualité du blé dur par la maîtrise de l'apport d'azote dans le but d'une commercialisation dans un circuit court pour des consommateurs recherchant une semoule de très grande qualité (voire une semoule bio). La difficulté réside dans l'absence de restitutions financières publiques permettant de bénéficier du soutien des prix à la consommation. Il s'agit de viser un marché de niche pour des consommateurs disposant de revenus conséquents.

 

Travailler à plusieurs. Il s'agit d'un moyen efficace afin de réduire les coûts de mécanisation par l'échange de matériel entre exploitations voisines.

 

C'est au chef d'exploitation de choisir en fonction de sa situation, la stratégie à mettre en œuvre.

 

 

IMPORTATION DE BLE "CONTAMINE" PAR L'OAIC.

L'OAIC disposant de plusieurs mécanismes de contrôles nationaux et internationaux, il paraît difficile imaginable que des blés impropres à la consommation humaine ne puisse être détectés. Les autorités font preuves de la plus grande vigilance.

 

Commentaire à propos d'un article paru sur le site en ligne "Algérie-Patriotique" le 12 septembre 2017.

Une des explications possible à cette situation pourrait venir des exigences différentes de l’OAIC et du GASC (l’autorité publique chargée des importations en Egypte) quant aux qualités boulangères du grain.

 

1 – PLUS DE PROTEINES POUR LES EGYPTIENS : L’OAIC tolère des blés avec un taux de protéines de 10,5% alors que le GASC demande un minimum de 11%. Cette différence a une conséquence sur la qualité du pain qui est produit. Cependant, il faut remarquer que l’Algérie possède une production de blé tendre de qualité (haut taux de protéines) ce qui permet aux minoteries qui le souhaitent de faire des mélanges améliorants. Notons que les types de pains fabriqués en Algérie et en Egypte sont différents et donc n’exigent pas les mêmes types de farine. A noter que l’OAIC a dans son cahier des charges des critères liée à la panification (W, rapport P/L, Zélény) que n’a pas le cahier des charges égyptien. En panification, alors que l’OAIC exige un Hagberg à 240, l’Egypte se contente d’un indice à 200.

 

2 – MOINS D’HUMIDITE POUR LES EGYPTIENS : Par ailleurs, le GASC demande des blés ne contenant que 13% d’humidité contre 14% pour l’OAIC. L’intérêt réside dans une économie de poids lors du chargement des bateaux. Cet intérêt est d’autant plus intéressant dans le cas égyptien que la distance entre Rouen (principal port exportateur français) et Le Caire est plus grande qu’entre Rouen et Alger. D’autant plus que les chargements égyptiens se font souvent sur des bateaux de 60 000 tonnes contre 25 000 tonnes pour l’Algérie.

 

3 – MEUNIERS EGYPTIENS, LA PEUR DES PENALITES : Selon des experts français, « l’humidité est en tête des reproches des meuniers égyptiens envers le blé français ». Concernant la filière subventionnée, le GASC pénalise les meuniers sous contrats utilisant des blés dépassant la norme d’humidité de 13%. Or, il faut savoir que pour une minoterie qui écrase 300T par jour, une différence de 1% sur le taux d’humidité entraîne des pénalités correspondant à 4000 euros par mois.

 

4 – AMELIORATIONS DES EXIGENCES DU GASC: Signalons enfin que l’Egypte s’est habitué à importer des blés venant de la mer Noire (Russie, d’Ukraine et de Roumanie). Il a souvent été reproché à ces blés d’être parfois infestés de punaises qui aspirent une partie du grain et rendent ainsi la farine de mauvaise qualité. Ces blés sont cependant moins humides et plus riches en protéines que les blés français. Ces deux critères ont progressivement rendu le GASC plus exigeant. Il faut dire qu’en matière de laxisme, le GASC a longtemps traîné une triste réputation. Pour preuve cette anecdote que nous a raconté, il y a quelques années, un céréalier français. Sa fille avait eu l’occasion de voir une cargaison de blé français accostant dans un port égyptien. A son retour en France, elle avait confié à son père « j’ai honte des blés que nous expédions en Egypte ». Depuis, il semble que la filière française met les bouchées doubles afin d’améliorer les qualités boulangères des blés qu’elle exporte. Ce pari semble cependant difficile ; les céréaliers ayant longtemps été habitués à faire de la quantité afin de résister à la baisse des aides européennes.

 

5 – QUALITE DES CONTRÔLES DE L’OAIC : L’OAIC dispose de moyens de contrôles de qualité. Il y a deux ans, lorsque les pluies de juillet ont provoqué de la germination sur pied du blé français, l’OAIC a considérablement réduit les achats de blés français. En effet, un blé germé donne une farine difficilement panifiable (faible temps de chute de Hagberg) même en la mélangeant avec d’autres blés. L’OAIC dispose de moyens de contrôles au niveau de laboratoires d’analyses. Le risque de contaminations par des mycotoxines (déoxynivalénol ou « D.O.N) ou des métaux lourds (Cadmium) est à surveiller. Concernant le D.O.N, le seuil est fixé à 1250 micro-grammes par kilo de grains en alimentation humaine. Les contaminations sont présentes lors des années humides en cas de développement de fusariose sur le grain. Arvalis, organisme technique, conseille les agriculteurs français de traiter contre la fusariose lors d’épisodes pluvieux en fin de cycle. Concernant des contaminations par de graines de petites tailles (coquelicot), les minoteries possèdent des tamis qui permettent facilement leur élimination.

 

6 – L’OAIC EN RETARD SUR LE SEMIS DIRECT : Si des critiques sont à formuler à l’OAIC, elles le sont plus concernant l’appui technique à la production. Si l’emploi de l’irrigation et de semences certifiées ont été développés par cet office, ce n’est pas le cas de la céréaliculture en sec. L’apparition de la technique dite de « semis-direct » (SD) est un moyen de produire mieux tout en réduisant le coût de mécanisation et en semant plus vite donc en réduisant les terres en jachère. L’OAIC a certes importé plusieurs semoirs SD. Mais face au retard pris dans la fabrication locale de semoirs SD par CMA-SOLA (Usine de Sidi Bel-Abbès), il semble que l’OAIC devrait nouer des partenariats avec des opérateurs publics ou privés locaux ou étrangers afin de rendre disponible le plus rapidement possible des semoirs SD low-cost. Le nouveau ministre de l’Agriculture pourrait se saisir de ce dossier capital qui ne concerne pas seulement le blé, mais l’orge, les fourrages et les légumes secs. Il pourrait ainsi marquer d’une pierre blanche son passage dans un ministère où la durée d’exercice ne se compte plus en années mais en mois.

Djamel BELAID Ingénieur agronome.

 

 

Mr HOCINE NECIB A SETIF, NE PAS OUBLIER LA LUTTE CONTRE L'ENVASEMENT

D. BELAID 11.09.2017

Selon Algérie Presse du 11 septembre 2017, « Le ministre des Ressources en eau, Hocine Necib, a indiqué dimanche à Sétif qu'un travail "est en cours" pour concrétiser des projets inhérents à la création d'espaces touristiques près des barrages. » On ne peut que se féliciter que des espaces récréatifs soient créés à proximité des centres urbains.

 

LUTTER CONTRE L'ENVASEMENT

On aurait aimé que Mr le Ministre aborde la question de la lutte contre l'érosion, source principale de l'envasement des barrages. Sur les bassins versants de ces barrages, le pâturage par les moutons et le labour doivent être strictement limités, voire dans le cas des fortes pentes, INTERDITS. Aussi, il s'agit de proposer aux populations locales des techniques de remplacement plus respectueuses de l'exploitation agricole des sols. Ce n'est pas en se gargarisant de "l'adoption d'une application électronique appelée "Barrages Dzaïr", qu'on résoudra l'envasement. La lutte contre l'envasement se mène sur le terrain, et non pas derrière des ordinateurs dans des bureaux climatisés.

 

TENIR COMPTE DU BESOINS DES POPULATIONS

En limitant ou en proposant des reconversions aux populations locales des bassins versants, celles-ci rendent un service écologique à la société (réduction de l'envasement). Ce service rendu à la société devrait donc être rétribué à sa juste mesure. Voir l'étude "les paiements pour Services Ecologiques ou la reconquête de la Mâamora par ses habitants?".

 

Said Lahssini et Sarah Vanuxem, « Les Paiements pour Services Écologiques ou la reconquête de la Mâamora par ses habitants ? », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 7, n°1 | Avril 2016, mis en ligne le 11 avril 2016, consulté le 10 septembre 2017. URL : http://developpementdurable.revues.org/11165 ; DOI : 10.4000/developpementdurable.11165

 

UTILISER LA MATIERE GRISE DZ

L'Algérie compte de nombreux spécialistes de la lutte contre l'envasement. Il serait bon de faire appel à eux. Si les dernières pluies peuvent faire reculer le spectre du manque d'eau, nul doute qu'avec le réchauffement climatique, la question se reposera et de manière plus ardue.

 

 

GIPLAIT : POUR DES PRIMES D'INTERESSEMENT AUX COLLABORATEURS DES FERMES PILOTES.

 

D. BELAID 10.09.2017

Selon l'APS, du 9 septembre : « Le ministre de l'Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Abdelkader Bouazghi, a exhorté les dirigeants du groupe Giplait de fournir plus d'efforts et d'engagements pour le développement de la production nationale du lait afin de participer à la réalisation de l'objectif du pays de réduction des importations de poudre de lait et ses dérivées. » On ne peut que se féliciter d'une telle mesure. Cela amène cependant à quelques remarques.

 

POUR UN MANAGEMENT MODERNE DES FERMES PILOTES

La production de lait au niveau de GIPLAIT devrait être confiée, à des fermes pilotes. Or, l'élevage de vaches laitières nécessite une attention de chaque instant. Il s'agit donc d'arriver à former à ce type d'activités un personnel technique consciencieux et dévoué. Malgré le dévouement du personnel des fermes pilotes, il serait illusoire de penser qu'on puisse développer sur des bases administratives une telle production. Aussi, il serait bon de penser à attribuer aux collaborateurs des fermes pilotes de substantielles primes indexées selon le niveau de production atteint. Il serait en effet plus logique que des éleveurs laitiers algériens bénéficient des efforts des pouvoirs publics. Actuellement ce sont des éleveurs bretons ou néo-zélandais qui en profitent.

 

L'URGENCE DE L'AMELIORATION DE LA PRODUCTION DE FOURRAGES

Dans l'élevage moderne, une vache laitière est avant tout une « usine à lait » améliorée génétiquement pour produire selon les quantités d'aliments qui lui sont fournies. Cela pose la question des moyens matériels et techniques que vont mettre en œuvre ces fermes pilotes. Il s'agit de mettre en place une diversification fourragère, de calendriers fourragers et de moyens modernes de semis, de récolte et de conservation des fourrages.

 

Rappelons qu'en matière d'autonomie fourragère, un moyen d'aider les petits producteurs de lait installés en « hors-sol » est de favoriser leur accession à la terre. Si la productivité des petites exploitations reste encore faible, l'élevage laitier est une source de revenu à de nombreuses familles.

 

AIDER LES PETITS ET MOYENS ELEVAGES

Outre les fermes pilotes, la cheville ouvrière de la production laitière est constituée par une multitude de petits et moyens producteurs laitiers. Afin que ces derniers augmentent leur production, il s'agit de leur garantir une marge financière conséquente. On cette marge est régulièrement rognée par les intermédiaires en tout genre (producteurs de fourrages et d'aliments pour bétail, vendeurs de médicaments vétérinaires, maquignons, certaines laiteries privées …). La solution passe par la constitution de coopératives d'éleveurs capables d'assurer l'approvisionnement en intrants et la transformation du lait. Le Ministre de l'agriculture sera-t-il capable d'obtenir des avantages financiers, juridiques ou organisationnels permettant d'impulser un réel développement de coopératives laitières paysannes?

 

MOBILISER LES COMPETENCES UNIVERSITAIRES LOCALES

La situation actuelle de la production nationale de fourrages et de lait pose également la question de la recherche-développement en Algérie. Comment se fait-il que nous ne produisions pratiquement pas localement de produits vétérinaires ? Comment expliquer le peu d'application des résultats de la recherche agronomique locale (production de fourrages implantés par semis-direct, utilisation du colza fourrager, complémentation des rations par de l'urée produit localement en abondance par notre industrie chimique, …). Rappelons que la complémentation partielle des rations azotée par de l'urée est largement pratiquée en Europe. Elle permet une économie sur les quantités de soja importé à donner aux animaux.

Plusieurs universitaires ont montré qu'à partir de sous-produits du secteur agro-alimentaire (grignons d'olives, son, résidus d'usines de tomates, drêches de brasseries, mélasse, ...), on pouvait élaborer des aliments pour bétail à haute valeur nutritive se substituer à l'importation.

 

EMBAUCHER DES CHEFS D'ETABLE TUNISIENS ET EUROPEENS ?

A propos de partenariat étranger, l'exemple des ouvriers spécialisés marocains qui ont aidés au développement local de serres canariennes mérite toute l'attention. Ne devrait-on pas recruter des chefs d'exploitation ou des chefs d'étables étrangers  afin d'assurer un transfert de technologie de base? Notre production laitière est handicapée parfois pour des gestes simples qui ne sont pas effectués. Gestes qu'il nous faut inscrire dans la durée. A cet égard, il serait intéressant de se pencher sur l'exemple tunisien. Nos voisins sont récemment devenus auto-suffisant en production laitière. Si la politique des pouvoirs publics tunisiens a été déterminante, l'action du Groupe Danone l'a été également. Son mode de fonctionnement peut être une source d'inspirations pour les décideurs Algériens.

 

LAITERIES PRIVEES, POUR PLUS D'APPUI TECHNIQUES AUX ELEVEURS !

Concernant les laiteries privées locales, certaines ont développé un accompagnement multiforme des éleveurs. Le but est de mettre la main sur les plus grandes quantités « d'or blanc » possible dans leur bassin de production. En attendant le développement de coopératives d'éleveurs capables de faire concurrence à ces appétits démesurés, il devient urgent d'étudier ces différents types d'accompagnement afin de généraliser ceux qui sont plus intéressants. Des laiteries telles Soummam, Danone-Djurdhjura ou d'autres situées dans le Cheliff apportent en effet un réel plus aux éleveurs. L'expérience des laiteries les plus dynamiques montre que les clés du succès viennent de l'aide au financement des étables et de la formation des éleveurs.

 

ELEVAGE PERI-URBAIN , FORMALISER L'INFORMEL

La presse nationale et quelques études universitaires ont récemment dénoncé le colportage, pratique de nombreux petits éleveurs qui commercialisent selon des circuits courts du lait et des produits laitiers dans des conditions sanitaires parfois douteuses. Ces éleveurs approvisionnent des familles, des cafés et des points de ventes urbains. Ils se détournent des laiteries. Il est évident qu'il est nécessaire de veiller à la santé des consommateurs. Cependant, ce serait une erreur de criminaliser ce secteur informel. Il s'agit de trouver les moyens d'améliorer les pratiques de ces petits éleveurs pourvoyeurs d'emplois autour des villes. Aux techniciens et vétérinaires de s'adresser de façons spécifiques à ces éleveurs afin de vulgariser les techniques modernes.

 

LAITERIES PRIVEES, UNE REDOUTABLE EFFICACITE

Les laiteries privées constituent de redoutables machines à faire du cash. Cela est tellement vrai que le secteur du lait a même amené des entreprises étrangères à s'installer en Algérie. Le PDG de Laiterie Soummam révèle qu'il est souvent approché par de grands groupes internationaux souhaitant lui racheter son activité. A partir de la poudre de lait et du lait qu'elles collectent, certaines d'entre elles bâtissent des fortunes et financent leur développement grâce aux aides accordées par l'Etat. Parmi ces laiteries, Danone-Djurdjura constitue un cas à part. Cette laiterie par la qualité de l'appui technique aux éleveurs. Elle innove en classant par exemple ses adhérents selon les quantités de lait livrées et leur sérieux (régularité et qualité des livraisons). Certains éleveurs reçoivent même le statut de « V.I.P ».

nb : voir notre dossier « Danone » dans la rubrique « Filière Lait ».

 

DEVELOPPER LES LAITS VEGETAUX

Enfin, au côté de la production de lait de vache, il s'agit de développer des laits végétaux lait de soja, d'avoine, de riz, d'amande). Dans les pays européens ce type de lait se développe. Les consommateurs Allemands en font une large utilisation. Par ailleurs, le lait de soja permet même de fabriquer des yaourts et des desserts type « Danette ». Par ailleurs, il s'agit de procéder à une réflexion sur le long terme. Nos conditions climatiques nous permettent-elles de suivre le modèle français de forte consommation de lait et de produits laitiers ? Est-il bien raisonnable, dans un pays semi-désertique et désertique de vouloir approcher la consommation de yaourts par le consommateur algérien au même niveau que le consommateur français comme en rêve le PDG de Danone-Djurdjura dans une récente interview?

 

 

HYGIENE ET QUALITE DES LITIERES DANS LES ETABLES

La question de l'hygiène des élevages a plusieurs fois été soulevée par des universitaires et notamment par les techniciens bretons du projet « ALBAN ». Un renouvellement plus fréquent des litières dans les étables ainsi que l'emploi de désinfectants réduiraient les dramatiques cas de mammites. Ces derniers se traduisent par un emploi massif d'antibiotiques et par la réduction de la production de lait par animal. Les cas les plus graves pouvant conduire jusqu'à l'arrêt de la production.

Le coût de la paille utilisée comme aliment peut expliquer la relative faible fréquence de changement des litières. La société « Algerian Bovines » innove en proposant des litières en caoutchouc. De telles solutions seraient à rechercher en recyclant de vieux pneus voire en produisant des litières à base de copeaux en broyant des arbustes... L'avantage est également de réduire les cas de boiteries.

 

MADR, QUELLE MARGE DE MANOEUVRE POUR LE MINISTRE ?

On ne peut que souhaiter plein succès au nouveau ministre de l'agriculture. Le secteur agricole local dispose aujourd'hui de moyens humains nombreux. Afin de développer des coopératives laitières, les élites rurales (retraités, employés, chômeurs diplômés, jeunes...) sont d'un soutien précieux. Car, c'est avant tout aux producteurs de prendre leur destin en main. En ces temps de difficultés financières, c'est aux éleveurs à trouver les moyens de protéger leurs marges financières et d'ajouter de la valeur ajoutée à leurs productions en investissant le secteur de la transformation.

Quant au Ministre aura-t-il les moyens d'agir sur les leviers clés tels : meilleur accès à la terre des éleveurs en hors sol, impulsion de G.I.E et coopératives laitières, primes d'intéressement aux collaborateurs des organismes publics ? Saura-t-il travailler avec des organisations professionnelles embryonnaires et les laiteries privées dont l'efficace Danone? Certaines actions doivent s'inscrire dans le temps. Or, ces derniers années, la durée moyenne d'exercice d'un Ministre de l'agriculture s'est comptée en mois. Raison de plus pour identifier les nœuds d'étranglement et agir sur les plus faciles à démêler...

 

 

nb : Comme l'ONAB ou l'OAIC, GIPLAIT a entre ses mains de lourdes responsabilités économiques. A la lecture des sites internet de ces trois groupes publics, on peut être effaré par la pauvreté du contenu mis en ligne et notamment des conseils techniques dispensés aux producteurs et à la filière lait en général. Ces sites ne sont que très rarement actualisés. Or, à l'ère de la 3 G, nombre de producteurs sont connectés et sont avides de connaissances techniques. Il serait temps de remédier à cette désastreuse situation.

 

 

AGRICULTEURS, PROFITEZ DES ORAGES, SEMEZ VOS FOURRAGES !

B. Djamel 07.09.2017

 

L'APS annonce « Des averses de pluie localement assez marquées sur les wilayas de l'Est à partir de cet après-midi ». Pour les agriculteurs c'est l'occasion de semer des fourrages d'automne. Une tactique est de semer en sec en espérant des orages (ils arrivent). Bravo à ceux qui auront adopté cette stratégie. Pour les autres rien n'est perdu. Semez de l'orge en vert « g'sill » ou mieux encore du colza que l'on fera pâturer par les moutons et bovins. Le colza a la particularité de pousser très vite. La station ITGC de Sétif a procédé à des essais. Il est à espérer que des semences soient disponibles.

 

SEMER EN SEMIS DIRECT

Le cover-crop dessèche le sol. Aussi, l'idéal est de semer vos fourrages avec un semoir pour semis direct. Son travail ne dessèche pas le sol. Votre culture profitera ainsi de toute l'humidité du sol. Dans un pays aussi sec que l'Australie, les céréaliers utilisent cet technique du semis-direct. En prévision des orages de fin d'été, les plus malins gardent toujours quelques sacs de semences pour le fourrage de leurs animaux.

 

LE COMMUNIQUE DE L'APS.

Communiqué de l'APS repris par El-Watan : « Des averses de pluie localement assez marquées , accompagnées parfois d'orages et de rafales de vent, affecteront à partir de jeudi après-midi plusieurs wilayas de l'Est du pays, selon un bulletin météo spécial (BMS) émis par l'office national de météorologie.

 

Les wilayas concernées sont Bejaïa, Sétif, Brodj Bou-Arréridj, Nordde M'Sila, Mila, Constantine, Guelma, El Tarf, Souk Ahras, Oum El-Bouaghi, Batna, Khenchela et Tébessa. Les cumuls estimés atteindront ou dépasseront localement les 30 mm durant la validité de ce BMS qui s'étalera du jeudi de 12H00 à 21H00. » APS.

LA PRIORITE: TRIER VOS SEMENCES

A PROPOS DU MANQUE D'EAU A ANNABA

D. BELAID 4.09.2017

La presse rend compte d'un manque d'eau à Annaba. Quelques propositions à ce sujet :

 

1 - LUTTE CONTRE L'ENVASEMENT DES BARRAGES : En climat-semi aride, l'envasement des barrages est un réel problème. Outre les conditions climatiques, les activités des agriculteurs peuvent avoir une influence négative (déforestation, labour, pâturage excessif). Ces risques et les solutions sont connues des cadres des ministères concernés et de nos universitaires.

 

2 – PROTEGER LES BASSINS VERSANTS : L'exemple de Annaba montre qu'il faut d'urgence développer des actions de protection des bassins-versants de nos barrages. L'information et l'association des populations paysannes vivant dans ces zones est indispensable afin d'assurer le succès de ce type d'opérations.

 

3 - INTERDIRE LE LABOUR : sur les bassins les labours doivent être interdits. Ils peuvent provoquer annuellement l'érosion de plus de 4 T de terre par hectare. Terre qui se dépose dans les barrages. Le labour peut être remplacé par des semoirs spéciaux permettant un semis direct sous couvert.

 

4 – REGLEMENTER LE PATURAGE : Les zones non cultivées du bassin versant doivent être interdites au pâturage intensif. Celui-ci doit être mené de façon à maintenir une végétation retenant le sol. Seule cette végétation peut protéger le sol des pluies torrentielles.

 

5 – DEVELOPPER LA RECHARGE DES NAPPES : Il existe différentes méthodes afin de capter l'eau de ruissellement de pluie. Des obstacles à ce ruissellement permettent une recharge naturelle ou artificielle des nappes phréatiques. Notre pays est particulièrement en retard par rapport aux façons de faire de nos voisins immédiats.

 

6 – TOILETTES SECHES : Ceci dit, pour un habitant de Annaba résidant au 4ème étage d'un immeuble de telles mesures n'assureront pas le retour immédiat de l'eau. La question posée est donc de mieux utiliser l'eau potable. Il existe divers moyens. Faut-il utiliser de l'eau potable dans les toilettes ou pour laver nos voitures? Ne peut-on penser à une simple eau de pluie ou aux « eaux grises » nettoyées venant de nos salle d bain? Dans les écoles, lycées et universités, … pourquoi ne pas développer des toilettes sèches ? Il s'agit de développer des systèmes innovants tels la récupération de l'eau due pluie sur les terrasses des habitation.

 

7 – EAU, POUR UNE VERITE DES PRIX : Que ce soit en Algérie ou à l'étranger, différentes études montrent qu'un consommateur ne change d'habitude que sous deux conditions : l'éducation à l'économie d'eau, le toucher au porte-monnaie. Aussi, concernant l'eau, l'augmentation du prix de l'eau est un mal nécessaire. Cependant, il s'agit d'opter pour un régime dégressif protégeant les ménages mais pénalisant les gros consommateurs.

 

Djamel BELAID Ingénieur agronome.

 

PREPARER LA CAMPAGNE LABOUR-SEMAILLES

Djamel BELAID 5.09.2017

 

PRODUIRE PLUS DE SEMENCES CERTIFIÉES

Les fermes pilotes, stations ITGC, agriculteurs multiplicateurs et CCLS produisant des semences certifiées sont à félicitées. Grâce à l'ensemble de ces efforts l'utilisation de semences certifiées progressent. Ces semences permettent de meilleurs rendements.

 

AMELIORER LA PRODUCTION DE SEMENCES DE FERME

Un grand nombre d'agriculteurs utilisent encore des semences de ferme. Il s'agit de les aider à s'équiper afin de mieux trier leurs semences et afin de les traiter. Pour cela, il s'agit d'importer puis de fabriquer des trieurs de semences. Ceux pourraient être mobiles et aller de ferme à ferme. Quant au traitement des semences contre les maladies et insectes, une simple bétonnière peut servir afin de réaliser le mélange adéquat.

 

NE PLUS UTILISER L'EXPRESSION CAMPAGNE LABOUR-SEMAILLES

Le terme de «labour-semailles » est impropre. En effet, certaines exploitations céréalières ne labourent plus leurs parcelles. Elles pratiquent le semis-direct. Cette technique permet de protéger le sol de l'érosion et d'améliorer la fertilité du sol. Les rendements sont meilleurs, surtout en années sèches et les coûts de carburant sont réduits. Autre avantage, le travail est plus rapide et permet de semer le blé et l'orge à temps. Il faut savoir que tout retard de semis se traduit par une perte de rendement.

 

TRANSFORMER SON SEMOIR

L'avantage du semis direct est tel que, chaque fois que cela est possible, nous conseillons à tout céréalier de transformer son semoir conventionnel en semoir pour semis direct. Certains vieux épandeurs d'engrais peuvent également être ainsi transformés. On trouvera sur internet des informations en ce sens en consultant les travaux des experts australiens et syriens au sein de l'ICARDA*.

 

OU EN EST LA PRODUCTION DU SEMOIR BOUDOUR ?

Tout agriculteur, responsable agricole, wali ou sous-préfet doit se préoccuper de la disponibilité en semoir pour semis-direct afin de garantir le succès de la campagne de semis des céréales. L'une des premières préoccupations est de se renseigner sur le niveau d'avancement des semoirs « Boudour » au niveau de l'unité CMA-SOLA de Sidi Bel-Abbès. Après la production d'un prototype, c'est le black-out total. Rappelons qu'en Syrie, entre 2006 et 2011, avec des moyens très simples, 7 ateliers de ferronnerie ont produit 92 semoirs pour semis-direct.

 

DISPONIBILITÉ EN TRACTEURS

Afin d'améliorer la disponibilité des tracteurs, il serait intéressant de développer les cercles d'échanges de matériel. Ces cercles peuvent couvrir une petite région. Chaque adhérent indique le matériel qu'il met en location. Grâce à internet ou le téléphone portable, un animateur met alors en relation demandeurs et offreurs. Il s'agit de « bourses de matériel » qui peuvent être développées au sein de Chambre d'Agriculteurs ou par des opérateurs privés moyennant une commission.

Notes :

(*) taper sur google les mots clé « zero till, seeder, Icarda, Syria, Iraq »

 

 

Vers le relance de l’activité d’importation de bovins

D. BELAID 22.08.2017

Selon la presse, Le ministère de l’Agriculture relance l’activité d’importation de bovins.

 

Avec cette augmentation du cheptel bovin, il s'agit d'assurer plusieurs facteurs de réussite.

1 - UNE PRODUCTION ACCRUE DE FOURRAGES, ce qui nécessite une meilleure accessibilité à la terre pour les petits éleveurs, plus de kits d'irrigation, une plus grande disponibilité en matériel de récolte et une diversification des fourrages (nous sommes loin d'avoir exploité toute la palette des possibilités).

2 - UNE MEILLEURE RENTABILITE DES ELEVAGES, cela passe par une meilleure technicité (l'Etat ne peut toujours relever les prix à la production). Cela passe également, pour les petits élevages, par une aide à la transformation artisanale des produits laitiers. Au lieu de criminaliser cet "informel", que les techniciens expliquent aux petits éleveurs comment transformer leur lait sans risque pour le consommateur.

3 - UNE GENERALISATION DE L'APPUI TECHNIQUE DES LAITERIES, certaines laiteries Danone, Soumam ou dans le Cheliff aident techniquement et financièrement les éleveurs. Là est une des clés du succès.

4 - ASSISSES NATIONALES DU LAIT, il nous faut également écouter les éleveurs et les cadres de terrain. Ils ont des suggestions. Pourquoi pas des Assises nationales du lait?

 

 

SOCIETE AMS-MB

Djamel BELAID 23.07.2017

Selon l'APS, la société AMS-MB livre 227 véhicules de marque Mercedes Benz ministère de la Défense

DES CONSTRUCTIONS STRATEGIQUES POUR LE PAYS

On ne peut que féliciter le MDN de produire localement des engins assurant la surveillance des frontières. Il est d'autres secteurs nécessitant de tels efforts. Ainsi, notre agriculture a un besoin urgent de semoirs low-cost pour le semis direct du blé et des légumes secs. Le dossier est entre les mains de CMA-SOLA, mais semble stagner. Questionnée par nos soins et par mail ces derniers jours, la firme SOLA (Espagne) nous a répondu par un laconique "Vacaciones" (en vacances). Il serait urgent de le confier à une entreprise du MDN et d'associer les constructeurs privés nationaux. La technologie de fabrication est ultra-simple et les plans sont sur internet*.Si on considère notre dépendance alimentaire et les risques encourus, on peut dire qu'une meilleure disponibilité de ces semoirs équivaudrait à une escadrille de Sukhoi les plus modernes.

 

INFORMER LE NOUVEAU TITULAIRE DU MADR

Il est à espérer que les conseillers du nouveau ministre de l'agriculture transmettent le dossier de la construction de semoirs low-cost pour semis direct à leur patron. Considérant la vitesse de renouvellement des ministres à ce ministère, ce serait une façon de laisser sa marque et d'apporter un plus au pays. Ceci dit, tout bricoleur avisé maitrisant la soudure peut démarrer un atelier de fabrication de ces engins. Il est même possible de fabriquer des kits pour transformer les semoirs conventionnels en semoirs pour semis-direct.

Djamel BELAID. Ingénieur agronome.

(*) taper sur internet "The Practical Implementation of Conservation Agriculture in the Middle East.". Le dossier comprend des schémas et photos qui le rende accessible à tous. Une version en langue arabe est en ligne sur le site de Icarda.org.

 

PRIVATISATION DES MINOTERIES PUBLIQUES

Selon la presse, Mr Ahmed Ouyahia suggère de privatiser les entreprises publiques en « difficulté » dont les minoteries. Il nous semble qu'en cas de vente, celles-ci doivent pouvoir être rachetées, partiellement ou entièrement, par des CCLS dynamiques ou par des groupements privés de céréaliers organisés en GIE. Pourquoi, ce choix et cette absolue nécessité?

1 - car, vu notre climat, notre céréaliculture est structurellement peu rémunératrice, or dans bon nombre de pays, les céréaliers sont organisés en coopératives propriétaires de moulins,

2 - car ce sont les céréaliers et les CCLS qui détiennent les récoltes produites localement,

3 - car la transformation du blé dur en semoule puis éventuellement en couscous ou en pâtes alimentaires génère des profits appréciables,

4 - pour cela, les pouvoirs publics doivent accorder les mêmes avantages financiers aux CCLS et à d'éventuels GIE céréaliers,

5 - ainsi, au lieu d'injecter régulièrement des subventions dans la production de blé, les pouvoirs publics pourront faire émerger une filière blé dur indépendante financièrement,

6 - générant plus de profits, les céréaliers investiront alors plus dans l'intensification céréalière au lieu de faire du mouton sur leurs terres à blé.

 

CONCLUSION: il ne s'agit pas de conseiller aux céréaliers de ne pas livrer leurs grains aux CCLS, mais d'exiger (via des subventions) la possibilité de le transformer en semoule. Les céréaliers possèdent un argument de poids: ce sont eux qui détiennent les récoltes. A eux d'essayer de voir un peu plus loin que le bout de leur nez. Leur métier dépasse le simple cadre de la parcelle, il englobe la gestion de l'exploitation (vision stratégique à moyen terme) et concerne également la filière.

Djamel BELAID. 18.06.2017.  

FOOTBALL:

La carrière de BELAID Bachir (Voir  rubrique "Alimentation et santé").

BELAID Bachir en 1954, membre de la Sélection d'Afrique du Nord (1er rang à gauche).

Apperçu sur la carrière du footballeur BELAID Bachir.
Un dossier sur la carrière du footballeur BELAID Bachir. Pour toute utilisation du fonds documentaire de la famille BELAID, nous contacter.
Brochure BELAID Bachir.pdf
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HOMMAGE à H. Kharchi, voir rubrique "portrait" ou vidéo ci-dessous.

Pétition ENSA
Une pétition pour la ré-intégration d'enseignants de l'ENSA.
PétitionENSA.odt
Editeur Open Office [24.4 KB]

FAIRE DU SUCRE AVEC DE L'ORGE?

SUCRE

FAIRE DU SUCRE AVEC DE L'ORGE?

26.01.2017

Les fabricants de bière fabriquent du malt à partir de certaines variétés d'orge. Ils font fermenter les grains. Mais avec le malt, on peut fabriquer un sirop sucré riche en maltose (sucre). Ce sirop de maltose peut être utilisé dans l'agro-alimentaire. Il est par ailleurs conseillé aux diabétiques. Nous ne manquerons pas de revenir sur ce sujet capital. 

REVUE

ALTERNATIVES RURALES

26.01.2017

La revue Alternatives-Rurales.org poursuit son chemin, avec depuis juin 2016 une inscription dans le Directory of Open Access Journal. Les articles du numéro 4 de la revue Alternatives Rurales

abordent trois thématiques. Cette revue est en ligne. Nous conseillons vivement sa lecture.

 

 

CEREALES

Mr le Ministre de l'Agriculture, le semoir "Boudour" de CMA-SOLA mérite toute votre attention.

 

Avril 2016 Actualisé Novembre 2016

Nos responsables n'ont à la bouche qu'un seul mot d'ordre pour augmenter la production de blé: l'irrigation d'appoint.

Certes, c'est très intéressant, mais on ne peut tout irriguer.

Et parfois nos barrages ne sont remplis qu'à moitié.

1-En grande culture, contre la sécheresse, il faut savoir économiser l'eau du sol.

2-Le labour dessèche le sol,

3-Il faut donc utiliser le semis direct (SD), puis ainsi on sème plus vite,

4-Les gros semoirs SD coûtent cher et le mazout a augmenté de prix,

5-La solution passe donc par l'importation de semoirs SD de Syrie, Irak, Jordanie ou la construction locale.

6-L'icarda a montré à ces pays comment construire pour 1500$ des semoirs SD à dents adaptés aux zones semi-arides.

7-Faites vite! Ramenez aussi des experts de ces pays pour des missions auprès de CMA.

8-Il faudrait qu'une centaine de ces semoirs SD soient disponibles en Algérie avant les prochains semis.

9-Contactez ces pays et passez commandes

10-Puis, demandez à CMA-SOLA d'assurer une production massive  du semoir "Boudour". Semoir qui doit être testé au plus vite et s'inspirer des techniques australiennes (formation d'un sillon collecteur d'eau de pluie).

 

Djamel BELAID

Ingénieur Agronome.

 

CEREALES

SEMIS DIRECT: FABRIQUEZ VOTRE SEMOIR

D. BELAID 22.02.2016

Un document exceptionnel de l'ICARDA "The Practical Implementation of Conservation Agriculture in the Middle East" montre comment faire pour transformer un semoir coventionnel en semoir pour semis direct à dent. Cela est très courant en Irak. Nombreuses photos. A suivre.

http://www.icarda.org/publications-and-resources/manuals-guidelines

 
Afficher l'image d'origine

Remarquez que sur la photo, le blé est semé dans des sillons créés par les dents du semoir. Avantage: accumulation de l'eau de pluie. Dommage que les agriculteurs des wilayas sinistrées de Chlef et d'Aïn Defla n'aient pas eu de tels semoirs cette année.

 

Vidéo: Des Irakiens fabriquent des semoirs pour semis-direct. A quand l'Algérie?

 

Ras Ar-Rumuh - YouTube****

www.youtube.com/watch?v=pS1yuxCH844
16 mars 2015 - Ajouté par sinan jalili

Diredt Drill seeder "Ras Ar-Rumuh" manufactured in Mosul in collaboration with ICARDA project.

 

Figure 28 This Australian press wheel has a wide angle creating a large and stable

furrow surface shape (right) which can ‘harvest’ water during small rainfall events

and concentrate it near the seed (left)

 

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CEREALES

POUR UN DESHERBAGE EFFICACE

CEREALES ALGERIE: L'URGENCE DU DESHERBAGE

Djamel BELAID 7.02.2016 djamel.belaid@ac-amiens.fr

 

L'urgence en Algérie est au désherbage des céréales. Il s'agit là d'une opération cruciale pour l'augmentation de la production. En effet dès avril la concurrence pour l'eau est terrible entre blé et mauvaises herbes. Or, la céréaliculture dispose de nouveaux atouts dans cette lutte.

 

UNE PRODUCTION NATIONALE DE PULVERISATEURS

La production locale de pulvérisateurs est réalisée par l'ENTREPRISE DE MATERIEL SEMIS FERTILISATION ET TRAITEMENT (SFT). Située à Sidi-Bel-Abbes, cette société produit des pulvérisateurs trainés de 12 mètres d'envergure. A cela s'ajoute l'importation de matériel français ou turc. La société Axium (Constantine) importe notamment des pulvérisateurs de marque Hardi de grande envergure.

Les pulvérisateurs produit par SFT sont loin d'être modernes. Mais ils ont le mérite d'exister, d'être facilement réparables et d'être accessibles à toutes les bourses.

 

Si le désherbage chimique est développé dans les exploitations céréalières modernes, ce n'est pas le cas de petites exploitations. Les chiffres communiqués par l'OAIC montre que les achats destinés aux CCLS ne permettent de couvrir que moins de la moitié des superficies céréalières. Ce relatif faible pourcentage n'est pas dû à de quelconques restrictions budgétaires mais à la capacité réelle d'utilisation des herbicides par les céréaliers. Afin d'encourager l'emploi des herbicides, un abaissement de la TVA concerne les herbicides. Selon le DG de l’OAIC, Mohamed Belabdi, la disponibilité en désherbants permettait de traiter 257 000 d’équivalents hectares en 2011 contre 369 000 ha en 2013. Pour la campagne 2014, l’objectif était de désherber 600 000 ha sur les 3 400 000 ha emblavés (APS du 11 mai 2014). Malgré les progrès constants, il reste un fort pourcentage de parcelles non désherbées chimiquement.

 

UN RESEAU CONSEQUENT DE FIRMES PHYTOSANITAIRES

Si l'INPV diffuse des avertissements agricoles et organise des formations, les sociétés locales de vente de produits phytosanitaires développe une action de conseil non négligeable. La libéralisation de l'importation des produits phytosanitaires a entrainé l'apparition d'un réseau de revendeurs privés. Jusque là ce monopole appartenait aux organismes publics. Aujourd’hui ces réseaux de vente jouent un rôle non négligeable dans la diffusion de l'information technique.

Les plus importants de ces importateurs développent des sites internet parfois richement dotés en information technique. Si, par exemple le site d'Agrichem ne propose qu'un catalogue en ligne (mais d'excellentes vidéos), avec « Crop Plant » la société Profert propose d'accompagner l'itinéraire technique des céréaliers. C'est le cas avec ses programmes Crop Plant  Céréales Nord avec ou sans irrigation d'appoint ou Céréales Sud sous pivot.

D'autres sociétés possèdent des technico-commerciaux qui sillonnent la campagne et assurent une information au plus proche des utilisateurs. Aujourd'hui, il n'est pas rare de voir des agriculteurs, casquette publicitaire visée sur la tête, réunit autour de technico-commerciaux en plein milieu d'une parcelle de blé afin de comparer l'efficacité de différents programmes herbicides. 

 Equipe Timac Agro

 

POUR UN RENOUVEAU DU CONSEIL TECHNIQUE

-toucher les petits agriculteurs en extensif. Ces céréaliers qui pratiquent un simple passage de cover-crop afin d'enfouir la semences semée à la volée et qui ne reviennent sur la parcelle que pour la récolte.

-écoles au champs et non pas au siège de stations régionales de recherche éloignées où les petits agriculteurs ne viennent pas. Il s'agit de développer une animation au plus près de ce type d'agriculteurs, là où ils ont l'habitude de se rendre : silo à grain, dépôt de son, marchés à bestiaux … etc. Mais l'idéal est d'arriver à la constitution de groupes de développement agricoles au niveau d'une petite région. Ces actions de sensibilisation à l'usage des herbicides doit s'accompagner d'action concrètes telles la réalisation de bandes d'essais désherbées sur des parcelles d'agriculteurs.

 

Ce genre d'action devrait être à la charge de techniciens de Chambre d'Agriculture et de Coopératives céréalières paysannes représentatives. Techniciens ayant obligation de résultats et révocables par leurs employeurs paysans. Or, en Algérie, le conseil technique est majoritairement fonctionnarisé, il est à la charge des services agricoles du MADR. Ce conseil devrait être pris en charge par les CCLS. Cependant celles-ci ne sont que des dépôts de collecte des grains et d'approvisionnement en intrants. Ces dépôts, affublés du nom de « coopératives », n'ont que peu d'autonomie et dépendent d'un office (OAIC). En Algérie, il y a ainsi découplage entre la fonction coopérative et le conseil. Autant dire que dans ces conditions, l'essor de l'usage des herbicides est plus difficile.

 

DES PROBLEMES TECHNIQUES SPECIFIQUES

Selon de nombreux spécialistes, dont ceux d'Arvalis.fr, entre apport d'engrais azoté et désherbage, c'est par le désherbage qu'il s'agit de commencer. L'explication est simple : tout apport d'azote renforce les mauvaises herbes et rend plus difficile leur éradication. Nous rajouterons une remarque : les chantiers désherbage en Algérie sont laborieux. Cela est dû principalement à la faible envergure des pulvérisateurs utilisés : 12 mètre en moyenne contre 24 mètres à l'étranger. Cela oblige à de nombreux passages. Par ailleurs les points d'eau ne sont pas légion sur les parcelles ce qui obligent à de longs aller-retour vers l'exploitation.

 

La lutte contre les mauvaises herbes peut s'envisager dans le cadre de la rotation. Cependant, l'inexistence de cultures de printemps ne permet pas d'interrompre le cycle des plantes adventices. En zone semi-aride, l'arrivée tardive des pluies réduit les possibilités d'utiliser la technique du faux-semis. Pourtant sur ces zones infestées de brôme à la germination relativement groupées, cela aurait pu constituer une alternative intéressante. Dans les zones littorales mieux arrosées, le faux-semis est inégalement inopérant étant donnée la large période de levée de la folle-avoine.

 

En zone semi-aride, l'utilisation de rotations courtes entraîne la prolifération d'un cortège d'adventices du blé et notamment le brôme. Deux causes sont à l'origine de cette situation :

-le non développement d'espèces autres que les céréales dans la rotation (tournesol par exemple),

-le développement de la culture de vesce-avoine récoltée sous forme de foin (une fenaison tardive est à l'origine de l'enrichissement du stock de semences de mauvaises herbes),

-la prime blé dur (1000 DA/quintal) qui incite au retour fréquent du blé dur.

(à suivre...)

LES SEMIS DE JANVIER

Légumes secs et tournesol

djamel.belaid@ac-amiens.fr 13.01.2016

Les semis de blé ont été terminés très en retard cette campagne. La cause, en partie, à la sécheresse. Mais faut-il ranger les semoirs pour autant? Non, à notre avis, il faut semer pois-chiche, lentilles et tournesol. De nombreux travaux montrent que les légumes secs peuvent être semés en janvier à conditions de maîtriser le désherbage chimique ou mécanique (bineuse, herse étrille). Idem concernant le tournesol. Des travaux marocains montrent que les variétés tardives sont plus productives lorsqu'elles sont semées en hiver qu'en mars.

Ce sont là des acquis de la recherche agronomique. Aussi agriculteurs, ne rangez pas vos semoirs. Semez encore! Si pour les légumes secs il existe des débouchés (OAIC, privés ), pour le tournesol il faut s'assurer de la possibilité de trituration. Notons que celle-ci est possible avec une petite presse comme pour l'huile d'olive. Avantages: production d'huile et de tourteaux pour aliments du bétail.

 

BLE DUR

BLE DUR DZ, DE L'OR EN BARRE

djam.bel@voila.fr 2.12.2015

Tous les chiffres le montrent, la production mondiale de blé dur diminue sous l'effet d'une diminution des emblavements. Les céréaliers DZ se trouvent donc dans une position de force à conditions qu'ils sachent produire en quantité et en qualité du BD. En effet, les transformateurs locaux sont très demandeurs en BD de qualité pour fabriquer semoule, couscous et pâtes alimentaires.

Mais pour être compétitifs, les céréaliers DZ doivent réduire leur coûts de productions et protéger leurs marges. Selon la taille des exploitations et les situations, diverses voies sont possibles:

-adopter le non-labour avec semis-direct qui permet de réduire de 40% les coûts de mécanisation et stabiliser les rendements en cas de sécheresse,

-écraser du grain à la ferme dans des moulins artisanaux ou dans des moulins semi-industriels dans le cas de regroupements de producteurs (première transformation),

-investir dans de petites machines italiennes ou françaises afin de produire du couscous ou des pâtes alimentaires (seconde transformation).

Cela peut paraître ambitieux. Mais force est de constater que, pour défendre leurs marges, en ces temps de restrictions budgétaires étatiques, ce sont là des mesures intéressantes. De telles solutions devraient être proposées par les CCLS si ces dernières étaient de vraies coopératives. On assiste en effet au développement de la 1ère et 2ème transformation chez les coopératives céréalières françaises.

Nous ne manquerons pas de développer ces idées dans de prochains articles. En tout cas, pour les céréaliers DZ modernes la question est posée: devez vous livrez tous vos grains aux moulins privés via les CCLS ou en transformer une partie? En France, à côté des grosses coopératives céréalières, se développe également le phénomène des paysans-boulangers-pastiers (voir sur google).

En cas de signature de l'Algérie à l'OMC, et libéralisation du commerce du grain (avec fin du monopole de l'OAIC comme au Maroc), comment faire pour vendre son BD au moulin du coin qui pourra s'approvisionner librement sur le marché extérieur? Dans ce dernier cas, la solution n'est-elle pas de gagner en productivité et qualité pour proposer au transformateur local des lots homogènes?

On le voit, le contexte est changeant. Pour les grandes exploitations, il est temps de prendre au sérieux la production de BD - trop souvent négligée au profit des animaux - en soignant les itinéraires techniques* mais aussi en songeant à installer des cellules métallique de stockage et à se fédérer en union locale libre de céréaliers.

 

(*) Notamment en réalisant des restitutions organiques tel les chaumes et en pratiquant des rotations avec des légumineuses apportant de l'azote. A ce titre, les agri-managers à la tête de grosses exploitations ont intérêt à se faire entourer de techniciens de haut niveau (tels ceux des firmes locales d'agro-fourniture) ou de techniciens étrangers de terrain).

 

LUZERNE

GUIDE GRATUIT

De nombreux agriculteurs algériens se cultivent de la luzerne. L'ITGC vulgarise la façon de cultiver ce fourrage. Un document peut aider tout un chacun. La luzerne en questions, nouveau guide disponible !

Leader sur le marché français de la luzerne, Jouray-Drillaud a souhaité partager avec l’ensemble du monde agricole ses connaissances et son expertise sur cette légumineuse aux mille et une vertues.


Choix variétal, itinéraire cultural, modes de récolte... Au sommaire de ce document, 36 pages de conseils pour réussir et optimiser la culture de sa luzerne.

 

Pour recevoir ce guide, cliquez ici


http://www.jouffray-drillaud.com

ARTICLES

NOUVELLE METHODE

11.09. 15

Nous avions pris l'habitude de poster les articles dans cette rubriques. Mais cela devient illisible. Aussi, à l'avenir, pour le confort de lecture, nous les posterons directement dans la rubrique spécifique.

 

NOUVEAUTE

UN RECUEIL DES ARTICLES DU SITE

21.08.15

L'été est propice à la réflexion. Nous avons réalisé un recueil de 209 pages des articles du site concernant les céréales. Cela sous forme de PDF. Ce document pourra faciliter la lecture. Voir ci dessus le fichier en PDF. D'autres recueils suivront.

 

CEREALES

BILAN 2015 : VERS 40 MILLIONS DE QUINTAUX ?

Djam.bel@voila.fr 19.06.15

Alors que la moisson est en cours en plein mois de Ramadhan et sous de fortes chaleurs, les premières estimations font état d'une récolte de 40 000 000 de quintaux. Bien que ces chiffres ne soient pas définitifs, quelques remarques.

 

Si ce niveau de récolte se confirme, il apparaîtra que la céréaliculture algérienne est capable de dépasser son niveau moyen historique. C'est là un signe des efforts réalisés sur le terrain. Efforts fournis par les céréaliers, les structures en amont mais également par les pouvoirs publics avec les prix consentis à la production. L'OAIC y a bien sûr une part importante. L'Office se distingue par sa politique volontariste en matière d'irrigation d'appoint, de semences certifiées et d'offre en travaux agricole à travers son pool motoculture.

 

Aurait-on pu faire mieux? Comme on dit, il est toujours possible de faire mieux. Sans négliger les efforts de chacun des intervenants de la filière, il nous semble que certains points techniques et organisationnels mériteraient d'être « mis sur la table ». Points que nous ne retrouvons pas dans les axes de travail des responsables de la filière céréales dont notamment le DG de l'OAIC, Mr Mohamed Belabdi ou Mr Salah Attouchi DG du groupe PMAT.

 

NOS CCLS, DE FUTURES AXEREAL?

Le premier point concerne les CCLS. Elles n'ont de « coopératives » que le nom. Il ne s'agit ni plus ni moins que d'entités administratives de l'OAIC. Est ce les meilleures structures pour notre céréaliculture ? Rappelons qu'en France, dans les coopératives céréalières, le directeur est recruté par le Conseil d'Administration et non pas par la tutelle. Les coopérateurs possèdent les installations de par les parts sociales qu'ils ont acquis. Que Mr Belabdi se renseigne. Le 13 avril dernier, il a reçu le staff de la coopérative Axéréal dont MM J-F Loiseau et Bruno Bouvat-Martin. D'où viennent ces deux patrons de l'une des plus importante coopérative céréalière de France? Fellahas! Ce sont des paysans! Oui, bien que costumés, ils ont de la terre collée à leurs chaussures. Le président d’Axéréal, Jean-François Loiseau, est céréalier dans le Vendômois. Quant au vice-président, Bruno Bouvat-Martin, il est céréalier à Préveranges dans le Loiret.

 

 

De telles coopératives ne sont plus « razk el beylik », mais « rak el fellahines ». Cela change tout, notamment en matière d'efficacité. Comment arriver à de telles coopératives chez nous mais aussi concilier efficacité agricole, aide à la petite paysannerie et régulation du commerce du blé ?

Il nous semble que lorsque Mr Belabdi reçoit les responsables de la coopérative française Axéréal, il ne s'agit pas simplement de discuter de matériel, semences, ou engrais. Il faut aussi parler de management et des hommes. Oui, des hommes. De ceux qui cultivent le blé. L'exigence de nos décideurs doit être de demander à voir le fonctionnement de cette coopérative en France. Des délégations de paysans, de cadres de l'OAIC et du MADR, des CCLS doivent aller en voyage d'études. Que des élus paysans des CCLS aillent discuter avec leurs homologues français, idem pour les chefs de silos ou les magasiniers.

 

 

APRES LES MOISSONNEUSES-BATTEUSES SAMPO, DES SEMOIRS SEMEATO ?

L'un des efforts techniques de l'OAIC porte sur l'irrigation d'appoint. On ne peut que féliciter l'office pour cette politique. Mais quid du fellah sur « el argoub » (colline) loin de toute possibilité d'irrigation ? Pourtant la solution à l'arido-culture existe. Elle s'appelle non-labour avec semis direct. Cette technique permet de s'affranchir de l'antique « dry-farming ». Que MM Attouchi et Belabdi prennent un après midi et aillent voir à Constantine comment travaille Mr Abdelatif Benhamadi. Toute son exploitation est passée au semis direct (SD). Ce qui lui permet de réduire la jachère et de semer plus de légumes secs et de fourrages. Ou qu'ils aillent voir Mr Sobhi Habbes qui travaille les 300 ha de sa famille entièrement en SD.

Pour l'Algérie, le semis direct constitue la mère des batailles. Divers travaux en ligne dont des travaux du PhD. marocain Rachid Mrabet montrent que seul le SD permet en année de sécheresse de récolter 10 qx/ha quand la charrue ne permet d'en récolter que 2 à l'hectare. Seule l'irrigation mais aussi le SD peuvent nous permettre d'éviter les rechutes de production de céréales comme en 2008. Chute qui avait provoqué cette année là le recours massif aux importations. De 2 Md en 2007 elles étaient passées à 4 200 000 000 $. Seul, le SD peut assurer, en agriculture pluviale, c'est à dire sans irrigation, des récoltes de céréales supérieures à 30 millions de quintaux. Outre les grains, le SD procure la paille et permet une réduction des terres en jachère du fait de sa vitesse d'emblavement des terres (6 fois supérieure à la charrue).

 

Nos deux organismes d'Etat semblent se rendre compte peu à peu de l'intérêt du SD. En témoignent la vingtaine de semoirs de marque Sola importés et actuellement disponible au niveau des CCLS. Mais à Aïn Témouchent, un de ses semoirs est resté sur palette depuis deux ans. Il est trop puissant pour pouvoir être tiré par les tracteurs de la CCLS locale. Cela montre la nécessité de dialoguer avec les céréaliers qui se sont déjà équipés pour le SD afin de voir quel type de matériel est à importer ou à monter localement. Après le montage de matériel de récolte comme l'accord SAMPO, ne faudrait-il pas un autre accord avec une firme telle SEMEATO pour un montage local de ces semoirs? Il s'agirait également d'étudier le moyen de rendre disponible ces engins pour les exploitations de petite taille. Le Maroc adopte une voie originale : construire des semoirs de SD marocains adaptés aux moyens de traction des petites et moyennes exploitations. Rappelons que le récent accord des groupes publics de matériel agricole avec la firme portugaise Galucho fait l'impasse sur le matériel de SD.

 

 

PENSER « SIGHAR EL FELLAHINE »

La consultation des statistiques le montrent. Malgré le relèvement des prix à la production, dont 4500 DA /quintal pour le blé dur, toute la récolte ne rentre pas dans les silos de l'OAIC. Cela amène à poser la question des moyens de stockage à la ferme et des risques de perte post-récolte. Le groupe PMAT, ne devrait-il pas se lancer dans la confections de silos métalliques de petites dimensions pour les fermiers? Ce serait également un moyen de ne pas faire porter tout le poids du coût des moyens de stockage sur le seul OAIC.

 

Enfin, si des céréaliers stockent toute leur récolte ou une partie, on peut penser qu'ils produisent également une partie de leurs semences. Ils produisent de la semence de ferme. Comment dans ce cas là les aider à améliorer ses semences. Par exemple en les aidant à trier leur semence et à traiter comme sait le faire l'OAIC avec ses nouvelles unités de production de semences ? Pourquoi tout centraliser dans les CCLS avec tous les retards de livraison que cela implique et déposséder le fellah de ce droit millénaire: produire sa semence? PMAT ne pourrait-il pas en concertation avec des agriculteurs et ingénieurs machinistes algériens sortis de nos universités se pencher sur la production de trieurs et appareils à traiter les semences ? Sur ces deux points, l'utilisation de la recherche universitaire peut permettre d'analyser les façons de faire de la petite paysannerie et de connaître leurs réelles attentes. Pourquoi ne pas accueillir chez PMAT et OAIC des étudiants et leur proposer comme sujets de mémoire de fin d'études le thème des stratégies paysannes de stockage des céréales à la ferme ?

 

 

CONCERTATION AU SEIN DE LA FILIERE

PMAT, l'OAIC, l'ITGC, la BADR ainsi que les firmes d'agro-fourniture et les réseaux qualité-blé des semouliers ont permis de nettes avancées de la production de céréales. Face aux défis de l'heure, dont la réduction de la rente gazière, l'exigence du moment est la recherche du maximum d'efficacité. Aux efforts de la filière afin de procurer à l'agriculteur crédit de campagne, matériel d'implantation, matériel d'irrigation et de récolte ou fertilisants et produits de traitement il nous faut réfléchir aux axes de travail non encore explorés. Notamment : semis-direct afin de régulariser les rendements (notamment en année de sécheresse) et afin de réduire les coûts de mécanisation. Ou encore management et aide aux petites exploitations. Il s'agit là de suggestions portées au débat.

 

Les Conseils Régionaux Interprofessionnels des Céréales sont les lieux de concertation de la filière céréales. Ce sont les endroits pour débattre entre membre de la filière. Nous n'avancerons qu'en mobilisant chacun. La concertation au sein de la filière en est un des moyens d'avancer.

 

CEREALES

REDUCTION DE LA JACHERE : DU NOUVEAU.

Djamel BELAID 17.06.15 djam.bel@voila.fr

 

Pour réduire les surfaces en jachère, « on a tout essayé » pourraient dire les responsables du MADR. Un peu comme ces responsables économiques français à propos de la lutte contre le chômage. Pourtant tout n'a pas était essayé. Le non-labour avec semis direct pourrait s'avérer être la solution à cette question cruciale pour plus d'autonomie alimentaire en Algérie.

 

PRENDRE EN COMPTE LES CONTRAINTES DES EXPLOITATIONS

 

Réduire la jachère afin de produire plus ne peut se faire d'un simple coup de baguette magique. Cela nécessite de prendre en considération les contraintes des exploitations. Or, celle-ci sont nombreuses si on en juge le damier que ces parcelles constituent dans les campagnes. Ces contraintes sont multiples : disponibilité en matériel, besoin en financement, gestion de l'eau du sol ou disponibilité en pâturages.

 

A cela, il s'agit de rajouter la taille des exploitations et le niveau technique des agriculteurs.

 

SEMIS DIRECT ET VITESSE DE TRAVAIL

 

Pour une exploitation céréalière, l'une des principales contraintes est représentée par le facteur temps. Labourer, préparer le lit de semences et semer prend beaucoup de temps. Or, en non-labour avec semis-direct (SD), le temps d'implantation de la culture sont réduits de 6 fois. Avec le même matériel de traction, on peut donc emblaver plus de surface.

 

C'est d'ailleurs cet argument qui a séduit de grandes exploitations. Dans la région de Constantine et Sétif, des exploitations privées de 300 à 750 sont intégralement passées en SD. Le même phénomène s'observe en Tunisie ou au Maroc. Malgré son prix élevé un semoir pour SD est amorti dès la première année à condition d'emblaver au moins 500 hectares.

 

SEMIS DIRECT ET COUTS DE MECANISATION

 

La conduite conventionnelle avec labour revient relativement cher. Il faut compter le coût de la main d’œuvre et le carburant utilisé. En SD, les réductions de carburants sont de l'ordre de 40%. Ces réductions sont fondamentales pour l'agriculteur. Car celui-ci doit avancer en début de campagne les fonds nécessaires pour financer le travail du sol, l'achat de semences et d'engrais sans avoir la certitude de rentrer dans ses frais en cas de sécheresse. Par ailleurs, il ne faut pas oublier la faiblesse des rendements en zone semi-aride. Si la rentabilité de cette céréaliculture passe par l'augmentation des rendements, il ne faut pas oublier la baisse des charges.

 

Des résultats au Maroc*

« Ainsi, la comparaison des charges relatives à la consommation du gasoil et à la main d’œuvre montre une différence de 430 Dh/ha en faveur du semis direct. Cette différence augmente avec l’intégration de l’amortissement et l’entretien du matériel. Si on fait appel à la location, cette différence atteint 1200 Dh/ha.

Avec les 500 ha de céréales installés en semis direct au niveau des Domaines Sidi Kacem, nous avons pu amortir la machine dès la première année ».

 

SEMIS DIRECT ET GESTION DE L'EAU DU SOL

 

Tous les agriculteurs vous le jureront : en terre profonde, une jachère labourée à temps permet les meilleurs rendements. Cela est à mettre sur le compte de l'emmagasinent de l'eau de pluie, la minéralisation de la matière organique et la réduction du stock de semences de mauvaises herbes dans le sol.

Or, concernant l'eau du sol, le SD présente les même avantages qu'une jachère travaillée (préparés de printemps). En effet, le SD permet une valorisation de l'humidité du sol. Les résultats obtenues à Settat (Maroc) par Rachid Mrabet montrent qu'en année de sécheresse, là où le labour ne donne que 2 qx/ha, le SD permet d'obtenir 10 qx/ha.

 

Il devient donc possible de réaliser une culture après un blé sans avoir à se soucier d'essayer d'emmagasiner de l'eau. On peut donc envisager des cultures de légumes secs ou de fourrages (foins, ensilage, grains) avec tout l'effet en matière de précédent (enrichissement du sol en azote, élimination des mauvaises herbes ou du cycle de certains parasites).

 

Des résultats au Maroc*

« Le semis direct nécessite un temps de ressuyage du sol moins important et permet de mieux conserver l’humidité du sol alors que les autres outils conventionnels nécessitent un dessèchement plus important et même parfois on adopte des techniques facilitant cela (un cover croppage fait perdre 10 mm de réserve d’eau du sol).

 

Une mesure du profil hydrique derrière une pluie de 20 mm nous montre que la profondeur humide sur semis direct est 35% supérieure par rapport au semis conventionnel ».

 

 

SEMI-DIRECT ET ELEVAGE OVIN

L'un des facteurs qui freine la résorption de la jachère provient également de la présence fréquente de l'élevage ovin associé à la céréaliculture. Celle-ci étant d'un faible rapport, l'élevage ovin permet d'équilibrer les comptes de l'exploitation. Des terres en jachères pâturées représentent autant de terrains de parcours.

 

Le SD, ne nécessitant pas de labour, les terres de parcours ne sont donc pas menacées de retournement par la charrue. Elles peuvent donc êtres pâturées jusqu'à l'automne. Mieux encre, le SD en permettant une augmentation des rendements en grains et en paille s'avère être un atout pour l'élevage ovin. Par ailleurs, à l'automne, il permet de réduire les pointes de travail au moment des semis de céréales et de fourrages de vesce-avoine.

Mais c'est dans le domaine de l'amélioration des jachères pâturées que des progrès pourraient être attendus. Ces jachères sont en fait des prairies temporaires. Elles sont composées d'une flore spontanée et variée. Le SD pourrait permettre en automne de ré-semer ces prairies afin d'enrichir leur flore et d'arriver à une meilleure valeur alimentaire.

 

LE SEMIS-DIRECT PERMET DE REVISITER LE DRY-FARMING

Concernant la jachère, le SD représente une opportunité. Il permet de revisiter la pratique de l'arido-culture de type dry-farming. Aussi, il s'agit d'examiner son intérêt sous divers angles.

Certes, son utilisation dans le cadre de la résorption de la jachère nécessite de maîtriser le désherbage ainsi que de nouvelles cultures. Par ailleurs , le prix des semoirs pour SD est élevé. Cela nécessite d'imaginer la fabrication de modèles locaux demandant moins de force de traction comme cela est le cas au Maroc.

 

Des résultats au Maroc **

« Résultats depuis 1997 chez un agriculteur dans la région de Settat. Le blé conduit en semis direct en rotation triennale blé/blé/jachère est comparé au blé conventionnel conduit par l’agriculteur. On remarque de grands écarts entre les deux systèmes de production et le plus remarquable avait été obtenu durant la compagne 1999/2000 où la commune a été entièrement sinistrée à l’exception de la parcelle de semis direct où la récolte a été de 10 qx/ha plus une cinquantaine de bottes de paille par hectare dont la valeur a atteint durant l’hiver suivante 45 dhs la botte ».

Sources:

(*) Avril 2008 PNTTA Le semis direct des céréales. Expérience du Domaine Agricole de Sidi Kacem (en ligne sur le net).

(**) Novembre 2009 PNTTA Le système semis direct. Nouveau mode de production et modèle d’agrégation pour une agriculture pluviale durable au Maroc (enligne sur le net).

 

PAIN

EGYPTE, LE PAIN ACCESSIBLE PAR CARTE A PUCE

 

 

http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/en-egypte-lacces-au-pain-ne-devrait-plus-etre-un-probleme?id=6856054

 

djam.bel@voila.fr 14.06.15

En Egypte, depuis août 2014, le prix de la farine est libre. Cela s'est traduit par une augmentation du prix du pain. Pourtant nulle trace de révolte populaire. Comme expliquer qu'une telle réforme passe sans faire de vagues dans un pays où, comme en Algérie, le pain constitue un aliment de base ? Et si une telle réforme pouvait s'appliquer chez nous ?

 

LE MIRACLE DE LA CARTE A PUCE

Cette libéralisation du prix du prix de la farine s'est accompagnée de l'attribution d'une carte à puce aux familles à revenu modeste. Elle est délivrée en fonction de critères sociaux et permet de délivrer à chaque membre d'une famille 5 pains par jour.

 

Auparavant les pouvoirs publics subventionnaient directement la farine. Depuis 1980, les boulangers étaient tenus de vendre le pain à 5 piastres (moins d'un centime d'euros) avec un maximum de 20 pains par personne. Il s'agit de pains de 130 grammes de forme circulaire, des galettes. Devant les boulangeries, les files d'attente étaient interminables. Les trafics étaient nombreux. Certains boulangers revendaient la farine sur le marché informel.
Mais depuis cette décision, plus de files d'attente devant les boulangeries. Chacun semble satisfait. Les ménages modestes arrivent à se procurer du pain au prix modique de 5 piastres contre 30 pour les consommateurs ne possédant pas le fameux sésame ou désirant acheter plus de 5 pains par personne.

« Avant la mise en œuvre du système, certaines familles envoyaient plusieurs de leurs membres pour acheter pour une livre, des galettes de pain (plafond fixé par personne). Aujourd'hui, chaque membre de la famille peut se procurer en une seule fois la part de la famille pour trois jours », explique Ahmad Kamal, propriétaire d'une boulangerie dans le quartier d'Al-Khalifa au Caire (1).

 

Pour chaque pain vendu à 5 piastres, le Ministère de l'Approvisionnement en reverse 25 au boulanger afin de couvrir le coût de production. Les boulangers peuvent dorénavant acheter la farine au prix du marché. Il y a une libéralisation du prix de la farine. Les quantités de farine pouvant être achetées par les boulangers ne sont plus rationnées. Chaque boulangerie est par ailleurs dotée de 2 lecteurs de carte à puce de marque SMART.

 

UNE REFORME MUREMENT REFLECHIE

Ce projet a été longuement réfléchi par les autorités égyptiennes. Il avait été imaginé dès 2003. Et le président Mohamed Morsi avait même annoncé sa future mise en place avec seulement 3 galettes à prix subventionné par personne. Il faut dire que les dernières tentatives d'augmentation du prix du pain s'étaient soldées par des émeutes. En 1977, le président Sadate avait été obligé d'annuler une augmentation du prix du pain suite à de violentes émeutes. Et en 2011, lors de la révolution qui a entrainé la chute de Hosni Moubarak, les manifestants scandaient « Pain, liberté, justice sociale ». C'est dire si le sujet est sensible. L'utilisation de cartes à puces a d'abord était testée dans les villes de Port-Saïd et d'Ismaïlia dès janvier 2013 avant d'être élargie aux autres provinces.

Maintenant que les derniers gouvernorats ont été concernés par la réforme, c'est 69 millions d'Egyptiens sur 86, soit 80% de la population, qui utilisent cette carte à puce. Résultats, dans les premières villes où la réforme a été lancée, les suventions ont été réduites de 30%. Quant au sac de farine de 50 kilo, il est passé de 16 livres Egyptiennes à 155 (1).

La majorité des consommateurs sont satisfait et ne tarissent pas d'éloges quant à cette réforme décidée par Sissi.

«Cela marche maintenant. Que Dieu bénisse Sissi » lance à l'envoyée spéciale du journal Le Monde (2) Zeinab une vielle dame en sortant d'une boulangerie du quartier pauvre d'Imbaba au Caire.

 

« ON NE SUBVENTIONNE PLUS LE PRODUIT, MAIS LES PERSONNES »

Cependant, il existe encore quelques dysfonctionnements. Al-Ahram relate « Nous sommes quatre dans la famille alors que trois seulement figurent sur la carte de subvention, ma fille de 8 ans n'est pas inscrite » explique Rawya mère au foyer. Mahmoud Sayed, responsable d'une famille de six personnes, réclame au moins 8 galettes par jour pour manger à sa faim. « Doit-on prendre le petit-déjeuner , le déjeuner ou le dîner ? » se demande-t-il ironniquement. En outre, le programme n'a pas prévu qu'un lot de 5 000 galettes par mois au prix subventionné et par boulangerie pour les personnes ne possèdant pas encore de carte. Mais la demande est supérieure à ce quota. Et des migrants tels ces ouvriers journaliers d'un autre gouvernerat venus travailler au Caire sont obligés d'acheter le pain au prix fort. « Les plus riches peuvent s'en sortir. Ils mangent de tout mais les familles nombreuses et les pauvres ne le pourront pas » lance Oum Shahd au journaliste d' Al-Ahram.

 

Pour Mahmoud Diab, porte-parole du Ministère égyptien de l'Approvisionnelment : « on ne subventionne plus le produit, mais les personnes ». Une maxime que les décideurs Algériens devraient considérer. L'étude du cas égyptien est à étudier. Rappelons que la dotation de cartes à puce a concerné 69 millions d'Egyptien. Il s'agit là d'un bel exploit.

Par ailleurs, le montant des subventions économisé pourrait être affecté à la production. On peut imaginer ainsi une augmentation des prix à la production ou des subventions pour l'emploi de techniques plus modernes (irrigation d'appoint, semis-direct).

 

 

 

NOTES :

(1) « Pain : la rationalisation mal comprise ». Al-Ahram Hebdo en ligne. Marwa Hussein. 16.07.2014.

(2) « En Egypte, la révolution silencieuse du pain ». Le Monde Economie. Moina Fauchier-Delavigne. 14.04.2015

INETAJ WATANI

I.REBRAB: « IL FAUT DES ACTES ». CHICHE MR REBRAB!

djam.bel@voila.fr 10.06.15

Selon El-Watan, de ce 9.06.15, M. Rebrab, s’est exprimé hier en marge d’une journée parlementaire sur l’investissement. « Sortir de la dépendance aux hydrocarbures et diversifier l’économie nationale est un enjeu vital pour le PDG du groupe Cevital, Issad Rebrab, qui estime que la situation actuelle est intenable à terme.

 

(...) Il faut donc créer de la richesse et de l’emploi, promouvoir la production nationale et les exportations hors hydrocarbures ».

 

On ne peut qu'applaudir à une telle profession de fois. Effectivement, il faut des actes. Et si CEVITAL commençait en ouvrant la voie dans le domaine agricole?

 

PAS UN GRAMME DE SUCRE DZ CHEZ CEVITAL!

 

Rappelons que Cevital triture dans ses moulins sur le port de Béjaïa des graines oléagineuses importées. Elle raffine également du sucre brut.

 

Pas un gramme de graines d'oléagineux traité par Cevital n'est produit en Algérie. Pas un seul gramme de sucre produit par Cevital n'est issu de la production locale. Pour rappel, le Maroc produit 50% de ses besoins de sucre.

 

Cette situation se traduit par une hémorragie de devises, un manque de travail pour nos agriculteurs et une hémorragie financière des caisses de l'Etat.

 

Aussi, Mr Rebrab, ok pour le développement de la production. Montrez l'exemple...

 

Mr Rebrab signale des autorisations non accordées par les pouvoirs publics. Mais qu'est ce qui l'empêche de lancer des essais à petite échelle chez les agriculteurs? Qu'est ce qui l'empêche d'étudier les itinéraires techniques du colza, tournesol ou de la betterave à sucre voire de la canne à sucre? Cevital a les moyens pour embaucher quelques agronomes et vérifier de la faisabilité de ces cultures qui existent au Maroc et en Tunisie.

 

Non, au contraire, Mr Rebrab essaye par tous les moyens de nous faire croire que cela n'est pas possible.

Il y a deux ans, lors du forum de “DK News”: Issad Rebrab évoque les défis de l’économie algérienne (Liberté 30/07/13). “Il y a des produits qu’on peut produire localement, comme le blé, les graines oléagineuses, les légumes secs. Par contre, on ne peut pas produire de la canne à sucre ou la betterave sucrière en Algérie”, déclare le patron de Cevital. “On est obligé d’aller dans des pays où l’eau est gratuite et abondante”, a-t-il indiqué. - See more at: http://fr.africatime.com/articles/le-p-dg-de-cevital-au-forum-de-dk-news-issad-rebrab-evoque-les-defis-de-leconomie#sthash.BckFbFjj.dpuf

 

C'est étonnant. Le Maroc arrive à produire de la betterave à sucre et même de la canne à sucre et nous notre climat ne nous le permettrait pas?

 

Il faut rappeler que les agriculteurs marocains maîtrisent les techniques modernes: semences mono-germes, irrigation localisée et récolte mécanisée. A notre humble avis, Mr Rebrab ne maîtrise pas le sujet ou bien nous mène en bateau.

 

SUCRE

SUCRE DE CANNE MADE IN DZ ?

Djam.bel@voila.fr 7.06.15

Avez vous remarqué sur les villes du littoral « al gsab », Ces roseaux qui poussent un peu partout ? Dès qu'il y a un terrain non cultivé, ils prolifèrent. Roseaux et canne à sucre sont des familles botaniques proches. Pourquoi ne pas essayer de planter de la canne à sucre en Algérie ?

 

L'Algérie n'a pas le climat équatorial de Cuba pour cultiver de la canne à sucre et en particulier sa pluviométrie. Cependant, de l'eau il est possible de s'en procurer à partir de la récupération des eaux de pluie et des eaux des stations d'épuration. Cette mobilisation pourrait permettre de cultiver de petits périmètres agricoles. La rentabilité de telles productions pourrait être assurée par des circuits courts : de petits ateliers de transformation de la canne et de ses sous-produits.

La transformation de la canne à sucre nécessite peu de moyens. Les tiges sont broyées puis l'extraction du sucre est obtenue par contact avec de l'eau chaude. Les jus sont ensuite asséchés ce qui permet la cristallisation du sucre. On obtient également un résidu : la mélasse. Celle-ci constitue un excellent complément alimentaire pour le bétail.

 

PRODUCTION ARTISANALE ET FAMILIALE DE SUCRE DE CANNE

Outre la culture de la canne à sucre, il est possible d'envisager la présence de cette plante dans des jardins familiaux. L'exploitation des cannes nécessiterait alors un broyeur manuel permettant l'extraction du jus de canne. L'arrosage des cannes pourrait être assuré notamment par le recyclage d'une partie des eaux domestiques des habitations.

 

L'exploitation artisanale des tiges de cannes à sucre est courante dans nombre de pays producteurs de cette plante. Des vendeurs ambulants y proposent même des boissons rafraîchissantes. Pour cela ils disposent de petits broyeurs manuels qui leur permettent de préparer devant la clientèle ces boissons.

 

Au mettre titre qu'une vigne dans une cour ou un arbre fruitier dans un jardinet, un bosquet de tiges, de canne à, sucre pourrait être présents chez les particuliers. Actuellement, à notre connaissance, il n'existe pas de pépinières proposant de jeunes tiges de cannes à sucre. De tels plants sont à ramener du Maroc ou de France. Pourquoi le Maroc ? Car ce pays possède une longue tradition de culture de la canne à sucre. Des vestiges archéologiques, dont des bacs taillés dans la pierre font remonter sa culture au 15ème siècle. La qualité du sucre marocain a même dépassé les frontières de ce pays. Ainsi, pour son thé, la reine Victoria n'utilisait que du sucre produit au Maroc. Actuellement, ce pays produit jusqu'à 50 % de ses besoins en sucre en cultivant canne et betterave à sucre.

 

Concernant la plantation de cannes, comme pour les roseaux, il suffit de mettre sous 5 à 10 centimètres de terre une tige de canne pour qu'en quelques semaines elle bourgeonne à chaque nœud et produise ainsi de jeunes pousses. Celles-ci sont exploitables dès la deuxième année de culture.

 

P. RABHI, NOS VILLES, UN VERITABLE DESERT MINERAL

 

L'idée de produire du jus de canne à sucre dans le cadre d’un agriculture urbaine et péri-urbaine peut paraître saugrenue. Cependant, les chiffres sont là. En Algérie, on assiste à une augmentation croissante du nombre de bouches à nourrir. Il faut également compter sur l'attrait qu'exerce notre pays sur les populations du sahel qui se voient de plus en plus fermer les portes de l'eldorado européen. Parallèlement à cette augmentation, on assiste à une réduction des surfaces agricoles et des ressources hydriques dans un contexte de réchauffement climatique. Aussi, il nous semble, qu'en zone littorale où la pluviomètre dépasse allègrement les 600 mm de pluie annuels, et où les températures sont clémentes chaque mètre carré sauvé du béton devra servir à l'avenir à la production agricole. Avant de penser à produire sur les toits des immeubles, le bon sens voudrait que les terres les plus fertiles du pays soient sauvées du béton et que les espaces libres des villes soient productifs. Produire par exemple du raisin en ville ne demande que peu de surface. Nombre de maisons algériennes possèdent une cour avec une vigne sous forme de treille. Déjà, à l'étranger il est envisagé de produire du raisin contre un mur d'immeuble ou de planter des arbres fruitiers pour ombrager des parkings.

Pour P. Rabhi, les villes de demain ne devront plus être un désert minéral, mais un espace où le végétal reconquiert ses droits.

 

 

SE REAPPROPRIER UN POUVOIR DE DECISION ALIMENTAIRE

 

Il nous semble que l'agriculture algérienne doit se réapproprier la capacité de produire du sucre ; que ce sucre soit issu de betterave sucrière ou de canne à sucre En Algérie, la culture de betterave à sucre a existé dans les années 70. Elle a été arrêtée après la disparition du président Houari Boumediène car jugée peu rentable. L'approvisionnement du consommateur a été confié à des raffineurs privés qui se sont tournés exclusivement vers l'import de sucre brut non raffiné. Or, l'évolution des techniques d'arrosage localisée telle que le goutte à goutte, les semences mono-germes de betteraves et les progrès de la mécanisation permettent aujourd’hui d'envisager de telles cultures en Algérie. Même si elles devraient à l'avenir ne couvrir qu'une partie des besoins locaux, une telle production permettrait un plus grand pouvoir de négociation des raffineurs de sucre algériens lors de leurs achats de matière première sur le marché international. Actuellement, les stocks de sucre ne couvrent que quelques mois de consommation locale.

 

Or, en affirmant qu'il n'est pas possible de produire du sucre en Algérie, certains industriels de l'agro-alimentaire restent sur des positions passéistes. Actuellement, les productions agricoles locales font l'objet d'une mutation. Une rupture technologique est en train de s’opérer. Du fait de la poursuite des importations de produits alimentaires, cette rupture est encore méconnue du large public. Or, que ce soit en matière de production de tomate industrielle, d'enrubannage des fourrages ou du semis direct sans labour, des agriculteurs ont modifié radicalement leur façon de procéder. Les nouvelles techniques de production de la tomate ont par exemple permis de multiplier par trois les rendements. L'enrubannage permet de conserver la valeur alimentaire des fourrages plus de trois ans. Quant au semis direct des céréales, non seulement ce moyen permet de combattre la sécheresse mais il réduit considérablement les coûts de production.

 

Le consommateur doit de se ré-approprier cette capacité de consommer des produits locaux. La culture de la canne à sucre peut permettre de produire artisanalement du jus de canne, des sodas, du sucre ou des infusions sucrées comme cela existe en Colombie. Le consommateur est actuellement dépendant de produits étrangers,