C E R E A L E S   E N   A L G E R I E .

 

Le premier conseil pour tous ceux qui recherchent de la documentation sur les céréales est de consulter les sites:

-ITGC Algérie: www.itgc.dz (malheureusement trop peu ré-actualisé),

-GRDC.au (très bon site céréalier australien en anglais, utilisez google traduction),

-ARVALIS.fr (intéressant, mais souvent inadapté à nos conditions).

 

CAMPAGNES LABOURS-SEMIS 2015

Les leçons du début de campagne

Djamel BELAID 20.01.2016

La campagne céréalière a été marquée par une sécheresse automnale préoccupante. Elle a pu retarder les semis ou entrainer des pertes de pieds sur les semis précoces. Quels enseignements tirer ?

 

UNE SECHERESSE SURTOUT A L'OUEST

Les remontées d'informations en provenance des différentes wilayas montrent que la sécheresse a surtout concerné l'ouest du pays. C'est le cas de Chlef et Aïn Defla.

Dans plusieurs cas les semis ont été retardés jusqu'à l'arrivée des pluies. Dans le cas des semis d'octobre-novembre, de nombreuses parcelles ont montré des signes de desséchement. Les plantules ont jauni puis se sont desséchées. « La culture de celui qui a semé avant le mois de décembre peut être compromise à cause d'un déficit hydrique persistant. Mais les agriculteurs qui ont semé durant le mois de décembre peuvent prétendre à une bonne production puisque les récentes précipitations leur seront très bénéfiques surtout ceux de la région est où les germes commencent à pousser », explique Omar Zaghouane DG de l'ITGC dans les colonnes du journal Horizons1. Certes, si les graines semées en décembre germent aujourd'hui sans problème grâce aux récentes pluies, les rendements sur ces parcelles ne seront pas les meilleurs. En effet, afin d'assurer un parfait développement de la plante et notamment des racines, les semis doivent se faire en octobre-novembre et surtout pas après.

 

SEMER SANS DESSECHER LE SOL

Cette situation montre l'intérêt d'utiliser le non labour avec semis-direct. En effet de récents essais montrent que cette technique a le mérite de ne pas desséche le sol. Des chercheurs ont en effet, à l'automne, arrosé artificiellement un sol et ensuite mesuré tout les jours l'humidité du sol derrière le passage de différents outils. Il est apparu qu'après le passage d'une charrue le sol ne reste humide qu'une journée tandis que derrière semis-direct le même type de sol restait humide jusqu'à 25 jours.

Or, ce type d'engins connus dune poignée d'agriculeurs n'est pas encouragé à sa juste mesure par les services agricoles. Quant aux concessionnaires ils préfèrent importer le matériel traditionnellement connu des agriculteurs et donc plus facilement vendable. L'espoir aurait pu venir du constructeur PMAT, mais celui-ci ne semble pas au courant de ces nouveautés puisque le dernier contrat passé avec la firme portugaise Galucho ne prévoit que la fabrication commune de charrues.

En Algérie, apprendre à semer sans dessécher le sol reste donc une entreprise de longue haleine.

 

DES CULTURES DE REMPLACEMENT POSSIBLES

Pour les exploitations ayant eu de forts taux de perte à la levée, la solution est d'implanter une culture de remplacement. Diverses solutions sont possibles : légumes secs ou tournesol.

A condition de disposer de semences, il est possible de semer lentilles ou pois-chiche. Ces cultures peuvent être semées jusqu'à la fin de l'hiver. De récents travaux ont montré que des semis de décembre ou janvier sont possibles. A condition de maîtriser le désherbage chimique, ce type de semis permet des gains de rendements appréciables. Dans le cas du pois-chiche on veillera cependant au risque d'anthracnose.

Dans le cas du tournesol, la même démarche est possible ; les semis peuvent s'étaler jusqu'à la fin de l'hiver. Cependant, des travaux montrent qe des semis de décembre ou janvier permettent de meilleurs rendements à condition d'utiliser des variétés tardives.

Ces semis précoces s'inscrivent dans une stratégie dite « d'évitement ». Le but est de faire coïncider le cycle végétatif de la culture avec la période la plus arrosée de l'année et surtout d'éviter le risque de sécheresse printanière de fin de cycle.

Mais, si dans le cas des légumes secs les semences peuvent être disponibles, dans le cas du tournesol, la culture n'est pas encouragée par les pouvoirs publics.

Enfin reste la possibilité de resemer des fourrages : orge en vert pour pâturage ou mélange de vesce-avoine ou pois triticale.

1 « Les dernières pluies sont bénéfiques pour la céréaliculture » Le DG de l'Institut technique des grandes cultures. M Benkeddada, Horizons le 17 - 01 - 2016

 

 

SEPTEMBRE 2013 : QUELLES PRIORITES?

 

Pour nombre d'exploitations la campagne écoulée a été rude. La sécheresse printanière a réduit les rendements des cultures en sec. L'incertitude est à nouveau là alors qu'il s'agit de renouveler de lourds investissements en labour, engrais et semences avec à nouveau un risque de sécheresse et donc de non retour sur le capital investi.

 

UN CONTEXTE PARTICULIER;

Observateur depuis des années du milieu agricole, il nous apparaît des évolutions marquées de tendances lourdes. Il s'agit notamment de la libéralisation en milieu agricole. Certes, il existe encore des filets de sécurité. Les pouvoirs publics soutiennent nettement les grandes cultures. Mais qu'en sera-t-il demain? Demain, avec la probable adhésion à l'OMC et la baisse régulière des ressources gazières. Il nous semble donc que les exploitants doivent veiller plus que jamais à la pérennité de leur exploitation. Tout erreur de stratégie peut mener à terme à l'arrêt de leur production, voire au rachat par un voisin comme cela est la règle dans d'autres pays.

 

S'ASSURER UNE IRRIGATION D'APPOINT.

Pour beaucoup d'exploitation, l'urgence est de s'assurer de moyens permettant une irrigation d'appoint en céréales. Toutes les exploitations ne bénéficient pas d'un point d'eau et d'alimentation électrique.

Cependant, toutes les solutions méritent d'être envisagées, d'autant plus que les technologies évoluent rapidement. Ainsi, il est possible d'améliorer le niveau d'eau d'un puits en favorisant l'infiltration de l'eau en amont. Pour cela différents équipements permettent de réduire le ruissellement: seuils contre le ravinement, diguettes, terrasses, fossés, bandes enherbées, haies... Le niveau d'eau étant plus élevé en hiver la solution peut être de constituer des réservoirs artificiels de surface et de les remplir en hiver en accord avec les autorités compétentes. Les géo-membranes permettent d'obtenir une étanchéité parfaite de bassins de rétention. Il est également possible de récupérer les eaux de ruissellement en provenance de routes ou de pistes. Plusieurs géomembranes disposées à même le sol sur des terrains en pente (6 x 200 mètres) peuvent permettre de collecter l'eau de pluie vers des bassins.

 

Toutes les solutions techniques possibles n'ont pas été tentées par les exploitations. Nul besoin de s'assurer dans un premier temps des quantités considérables d'eau. Dans un premier temps, il s'agit d'un processus permettant d'irriguer quelques hectares de céréales ou de fourrages.

 

REVISITER LE DRY-FARMING

Toutes les études réalisées en milieu semi-aride montrent que le labour est une erreur en milieu semi-aride. Il doit être remplacé par des Techniques Culturales Simplifiées (TCS) ou par le semis direct. Les semoirs pour semis direct coûtent cher. L'achat peut être fait à plusieurs comme en Tunisie. Chaque membre du groupe a par exemple à disposition le semoir 4 jours.

L'avantage du semis direct est d'économiser l'eau du sol mais également de permettre un enrichissement du sol en matière organique. Les sols algériens sont en général très pauvres. Or c'est cette matière organique qui contribue à retenir l'eau. Elle améliore aussi la rétention des engrais en améliorant la Capacité d'Echange Cationique. Un autre avantage du semis direct vient de la vitesse d'exécution des travaux qui permet de réaliser les semis en temps voulus. C'est une grave erreur en Algérie que des blé soient semés jusqu'en décembre.

 

AMELIORER LA FERTILITE DES SOLS

L'une des améliorations majeures possible en matière de fertilité des sols est d'apporter des amendements organiques. Toute une gamme existe. Il s'agit à ce propos d'examiner les ressources non conventionnelles: boues résiduaires, composts urbains, déchets d'industries agro-alimentaires. La technique du compostage avec mélange de produits résiduaires avec du fumier permet d'obtenir des amendements de bonne qualité. Des essais essais réalisés par l'université de Batna montrent le passage de 17 à 34 quintaux/hectare avec l'apport de boues résiduaires.

 

TRAITEMENT DE SEMENCES PAS D'IMPASSE.

Lorsque les semences des CCLS ne sont pas disponibles, il peut être tentant de produire ses propres semences de ferme. Lorsque cela est bien conduit, il y a une économie certaine et le gage de pouvoir semer à temps. Mais, cela implique de débuter en récoltant des grains provenant de semences certifiées; cela garantit une pureté variétale. Il s'agit également de procéder aux opérations de tri afin d'éliminer les graines de mauvaises herbes. Un traitement insecticide et fongicide est également indispensable. Celui-ci peut être réalisé avec une simple bétonnière ou un fut métallique de 200 litres aménagés afin de pouvoir tourner sur lui-même.

 

DIVERSIFIER LES ROTATIONS

Les prix particulièrement rémunérateurs en blé dur font qu'on assiste à des cas de retour fréquent des céréales à paille sur de mêmes parcelles. Cela n'est pas sans conséquence sur les rendements qui se trouvent réduits. Selon, le niveau de la pluviométrie locale et l'équipement, il faut aller vers une diversification. A ce propos, le colza a toute sa place.

 

FOURRAGES: NOUVELLES TECHNIQUES DE RECOLTE

La production de fourrages est le secteur où les innovations sont les plus grandes. Elles peuvent concerner les espèces, le mode de conduite et la récolte.

La maîtrise de la production fourragère peut permettre une meilleure autonomie alimentaire des exploitations. C'est le cas avec le colza fourrager qui peut être implanté dès la fin août avec irrigation d'appoint. Certains fourrages, tel le sorgho, peuvent être implantés rapidement grâce au semis direct dès la récolte d'une vesce-avoine ou d'une orge. Un tel semis est d'autant plus possible que les techniques d'ensilage et d'enrubannage permettent des récoltes précoces et donc d'avancer la date des implantations de la culture qui suit.

 

 

CAMPAGNE CEREALIERE 2013-2014:

MISSION IMPOSSIBLE POUR LE DG DE L'OAIC.


D.BELAID 7.09.2014

A la mi-mai 2014, Mr Mohamed BELABDI, DG de l’OAIC, lors d’une déclaration à l’APS indiquait qu’on pouvait s’attendre à « une hausse remarquable de la production au niveau national ». Comme chacun le sait, la récolte nationale de céréales a été bien en deçà des 60 millions de quintaux espérés. Retour sur un loupé.

L’OAIC: UNE ERREUR DE JEUNESSE
Loin de nous d’accabler qui que ce soit et notamment le DG de l’OAIC. Essayons par contre d’analyser ce qui a manqué lors de cette campagne céréalière.
Une évidence. Il a manqué de l’eau. Alors que le côté nord de la Méditerranée recevait des précipitations abondantes, celles-ci ont été capricieuses en Algérie. Dans certaines zones, au printemps, il a manqué une centaine de millimètres de pluie par rapport à la moyenne.

Question. Quand on a la lourde tâche d’administrer un pan important de la filière céréales, ne faut-il pas prévoir les risques de sécheresse et y palier par des moyens techniques? D’autant plus que ces sécheresses printanières, selon les régions, arrivent en moyenne 2 années sur 5?
Depuis plusieurs années, l’OAIC et ses partenaires ont réagi au déficit chronique qui menace les céréales. Un ambitieux programme d’irrigation d’appoint est en cours. Cette année, l’OAIC indiquait des capacités d’irrigation d’appoint installées sur 600 000 hectares avec la volonté d’arriver à moyen terme à un million d’hectares.

Aussi pourrait-on demander, pourquoi un recul de la production nationale s’il a été possible d’irriguer 600 000 hectares de céréales? L’explication est à rechercher à deux niveaux. Tout d’abord, vendre aux céréaliers le matériel nécessaire afin d’irriguer la surface annoncée n’indique pas que 600 000 hectares ont été effectivement irrigués. Un céréalier peut avoir acheté la motopompe et l’enrouleur sans que ce matériel ait pu être immédiatement installé. Ensuite, l’eau d’irrigation est distribuée selon des quotas liés au remplissage des barrages. Que le niveau de ces barrages baisse et l’agriculteur se voit contraint de réduire ses prétentions d’irrigation. Des études fines s’imposent à ce niveau afin de dresser la part des potentialités d’irrigation et celle des effectivement mise en place mais aussi afin de connaître les stratégies mises en place par les céréaliers. Parfois, ils préfèrent lâcher leurs moutons sur les céréales dès qu’ils estiment que la sécheresse est arrivée à un point de non retour.

Mais surtout, si 600 000 hectares sont irrigables, et il faut féliciter l’OAIC et ses partenaires pour ce résultat, ce chiffre est à ramener à la surface emblavée en céréales. Or, celle-ci selon l’OAIC, s’est établie à 3 400 000 hectares cette campagne. Tous les hectares de céréales sont donc loin d’être concernés. Précisons à ce propos qu’il ne s’agit pas d’une irrigation continue comme dans le Sud en climat aride, mais d’une irrigation d’appoint en zone semi-aride.

Ce sont donc 2 800 000 hectares de céréales qui restent menés en sec. En pronostiquant très tôt, une augmentation de la production nationale l’OAIC a donc pêché par orgueil. Cela s’apparente à une erreur de jeunesse.

UN CONTEXTE EXCUSABLE, MAIS…
L’erreur de pronostic de l’OAIC est compréhensible. Cet office et sa direction n’ont pas ménagé leur efforts pour mettre à la disposition des céréaliers des semences, des tracteurs, des semoirs, des engrais, des herbicides, des insecticides, des fongicides et un matériel de récolte ultra-performant.

Fort de ce travail, la direction de l’OAIC pouvait objectivement s’attendre à une amélioration de la production nationale de céréales. Le problème vient des céréales menées en sec sur ces fameux 2 800 000 hectares.

Question. Etait-il possible techniquement, et sans irrigation d’appoint, d’arriver à une production honorable dans les zones affectées par des sécheresses printanières? Force est de répondre que oui. Nous pesons nos mots: sans toutefois arriver à des rendement mirobolants, avec les moyens agronomiques relativement simples, il aurait été possible de récolter plus.

La technique en question s’appelle non-labour avec semis direct. Cette technique testée au Maroc depuis une quinzaine d’années par une équipe d’agronomes dirigée par le Pr Rachid M’RABET donne des résultats honorables (voir ses travaux en ligne). A tel point que ces dernières années, il a même été invité à Sétif lors d’un séminaire consacré à ces nouvelles méthodes de culture des céréales. Au Maroc, mais également en Tunisie les surfaces consacrées au semis direct progressent. Elles seraient de l’ordre de la dizaine de milliers d’hectares. Avant la tragédie actuelle, en Syrie 60 000 hectares étaient emblavés en semis direct. En Algérie, un groupe de pionniers tente de la vulgariser. Cette technique présente l’énorme avantage de permettre d ‘économiser l’eau emmagasinée dans le sol. Ainsi, le céréalier ne pouvant apporter une irrigation d’appoint pourrait ainsi à l’avenir réduire les effets des sécheresses printanières et de celles à venir avec le réchauffement climatiques

Mais, ce qui a manqué cette campagne, c’est que l’OAIC et son réseau de CCLS dispose des moyens pour proposer cette technique aux agriculteurs.

TECHNIQUE DU SEMIS DIRECT POURQUOI CE RETARD DANS SON EXTENSION?

Comment expliquer que l’OAIC n’ait pas proposé le semis direct au niveau de ses unités motocultures? Et comment expliquer qu’agriculteurs et cadres techniques algériens connaissant cette technique n’aient pas alerté l’OAIC? Précisons que pour équiper les unités motoculture des CCLS, cet office s’est engagé dans un programme d’achat de plusieurs milliers de semoirs conventionnels incapables de réaliser un semis direct.

Arrêtons nous un instant sur ce point. Précisons qu’il ne s’agit nullement de polémiquer mais de comprendre le cheminement de la pensée agronomique et de sa mise en application. Répétons les données du problème. Nous cultivons 2 800 000 d’hectares de céréales en sec. Il existe une technique relativement simple et peu coûteuse qui permet de réduire les effets de la sécheresse et nous ne l’appliquons pas. Alors que nos voisins le font.

Précisons à ce propos l’excellent travail de l’OAIC et de ses partenaires afin de développer l’irrigation d’appoint des céréales. La direction actuelle de cet Office met en place une politique efficace d’augmentation de la production en s’attaquant à une question pratiquement vierge depuis l’indépendance.

Cette question mérite des mémoires de fin d’études et des thèses d’étudiants en sociologie rurale. Essayons donc d’apporter des pistes de réflexion.

1-L’OAIC possède-t-elle une cellule agronomique qui s’occupe de veille scientifique? Existe-t-il en son sein un groupe d’agronomes qui analyse les techniques les plus aptes en zones semi-aride et les recommande à la direction? Comment expliquer l’excellent travail sur l’irrigation d’appoint et ce qui s’apparente à une impasse concernant le semis direct?

2-Il faut dire que le semis direct implique l’utilisation de semoirs spécifiques importés dont le prix peut aller jusqu’à trois fois celui des semoirs classiques. Précisons cependant qu’avec l’aide d’experts internationaux le Maroc et la Syrie tentent de produire leurs propres semoirs. Selon la presse nationale, PMAT aurait commencé à importer des semoirs pour semis direct de marque SOLA. A notre connaissance les concessionnaires privés n’importent pratiquement que des semoirs conventionnels.

3-Utiliser le semis direct implique la maîtrise de la lutte contre les mauvaises herbes. Cela par voie chimique avec l’emploi d’herbicides et de pulvérisateurs ou par voie mécanique en utilisant des herses étrilles notamment. On, le voit, cela nécessite du matériel et une certaine maîtrise technique. Le passage au semis direct ne peut donc être que graduel.

4-Les agriculteurs et les cadres techniques de l’agriculture n’ont pas d’organisation professionnelle assez forte pour imposer des choix techniques aux décideurs ou du moins forcer la main à ces derniers en les proposant à leurs adhérents. Par ailleurs, en Algérie, il n’existe pas de véritables coopératives céréalières, avec achat de parts sociales par des agriculteurs, et direction nommée par les agriculteurs eux-mêmes, seul moyen d’une autonomie paysanne.

EN GUISE DE CONCLUSION PROVISOIRE
Le recul de la production céréalière illustre nos carences. Ces carences sont collectives. Il serait illusoire de jeter la pierre à un quelconque membre de la filière céréales.
A ce jour, il nous semble que l’OAIC a eu une démarche volontariste en matière de lutte contre les risques de sécheresse. Elle y a répondu avec la technique la plus logique, celle de l’irrigation d’appoint. Par ailleurs, durant la campagne cet office a assuré a eu le mérite d’assurer la totalité de la logistique des intrants: semences, engrais et phytosanitaires. Cela sans compter l’aspect prestation de service (labour, semis, récolte).

L’heure est au développement du semis direct. Des pays comme l’Australie l’ont définitivement adopté sur toute la surface du pays. Bien sûr avec ses unités motoculture et sa couverture du territoire nationale l’OAIC et ses CCLS est en première ligne pour proposer cette technique particulièrement économe en eau.
Cependant, la mise en oeuvre du semis direct nécessite la collaboration de toute la filière. Sans quoi ce sera à nouveau mission impossible pour l’OAIC et pour son DG Mr Mohamed BELABDI qui n’a pas ménagé ses efforts.

 

 

RECOLTE 2014, ANNEE SANS ECLAT. QUE FAIRE?

D.BELAID 4.08.2014

Au moment où il serait question d'une récolte de seulement 30 millions de quintaux contre le double attendu, on peut se demander que faire. Que faire pour augmenter la production? Irrigation d'appoint, semis direct, meilleure logistique... Les solutions sont variées. Nous souhaiterions mettre l'attention sur les études pratiques de terrain, tel le document que nous proposons ci-après.
C'est ce genre d'analyse technique de terrain qui fait avancer les choses.

3. Bilan technique des parcelles visitées1

La contrainte majeure est la disponibilité et la bonne répartition de l’eau en agriculture pluviale. En prenant l’exemple de cette année, l’automne très sec n’a pas favorisé une bonne levée de la flore adventice avant le semis (destructible avec un traitement à base de glyphosate). Notons que le prix du glyphosate est passé, en l’espace d’un an, de 6 à 10 dinars en moyenne le litre.

 

Les levées de blé irrégulières et souvent tardives, suivi d’un hiver très pluvieux avec beaucoup de difficultés pour effectuer les interventions à temps, vont probablement réduire le potentiel.

On constate aujourd’hui des parcelles n’ayant pas pu être désherbées au bon stade, infestées de graminées, principalement des ray-grass dans la région de Mateur, résistants aux familles chimiques FOP et Sulfonylurées qui posent problème quant à la réponse chimique. Il faut attendre le ressuyage des sols et une remontée des températures pour envisager un traitement efficace et sans risque de phytoxicité.

 

On note également la présence de ray-grass développés par tâches sur des bordures de parcelle, il est toujours difficile de concilier le seuil de nuisibilité dans la culture et la gestion du stock semencier. Dans ces situations, il serait préférable de réaliser un désherbage antigraminées, le produit habituellement employé est l’Amilcar ( Metsulfuron et iodosulfuron ) dans la plupart des cas utilisé à la dose de 200 grammes au lieu de 330 grammes homologués.

 

3. 1. Quelles solutions pour lutter contre le ray-grass ?

 

3.1.1. Les Rotations : un des piliers du Système semis Direct

 

La plupart du temps on retrouve des densités importantes de ray-grass dans les parcelles de blé sur blé. Les rotations apportent des solutions pour bien maîtriser le stock semencier. Il faut bien garder en tête que la marge économique doit être lue sur une rotation et non pas sur une seule culture. Un agriculteur a choisi une variété de blé à fort développement végétatif pour essayer d’étouffer les plantules de ray-grass.

Il est clair que la rotation blé sur blé en SD s’expose à une double difficulté : les repousses de l’année précédente et une gestion plus compliquée des mauvaises herbes. Les précédents légumineuses (féverole ou fenugrec ) ne posent pratiquement jamais de problème de ray-grass si celui-ci a bien été contrôlé dans la culture précédente.

 

3.1.2 La lutte chimique

La réussite d’un traitement herbicide dépend de 4 facteurs :

# Intervenir au stade plantule de la mauvaise herbe.

# La culture doit être en bon état végétatif.

# Un bon réglage du pulvérisateur : que le débit soit le même pour chaque buse bien placer la rampe 70 cm au dessus de la cible avec des buses à 80°, taille et nombre des gouttelettes.

# Respecter les conditions météo : hygrométrie > à 60%, vent nul ou faible.

 

Plus la population d’adventices est élevée, moins l’efficacité d’un produit sera bonne et ce, même à dose pleine. (notion de densité / m²)

 

Pour illustrer les notions de densité / m², avec un traitement au chlortoluron réalisé en France le même jour et à la même dose, l’efficacité est de 95% avec une densité de 200 plantes/m² et de 50% seulement avec une densité de 450 plants de RG / m². Le surpeuplement peut nécessiter un deuxième traitement avec un autre produit. A mon avis, des désherbages anti-graminées précoces au stade plantule de la mauvaise herbe seraient une première étape de travail.

Face aux résistances des ray-grass aux Fop et Sulfonylurées dans certaines exploitations de Mateur, plusieurs stratégies de lutte chimique sont envisageables :

 

Chlortoluron : molécule de la famille des urées substituées, utilisable au stade 3 feuilles en bon état végétatif du blé entre 1500 et 1800 grammes de matière active (dosage à 500 g /litre). Le blé dur peut être désherbé au chlortoluron sans grand risque de phytotoxicité lorsque les températures descendent près du zéro après le traitement.

 

Pinoxaden : Nouvelle molécule et nouvelle famille chimique ( les Den ) de Syngenta mais qui n’est pas encore homologuée en France. Naceur Tej a déjà testé cette molécule sans avoir obtenu un bon résultat, il ne faut toutefois pas négliger cette solution en revoyant le protocole d’application.

 

Prosulfocarbe : molécule que l’on trouve dans la spécialité commerciale « Défi » qui n’est pas encore homologué en France sur blé dur. A titre expérimental on peut utiliser le « Défi » à la dose de 3 litres par hectare au stade 1 à 3 feuilles. Attention aux températures négatives et aux sols filtrants, on risque des phytotoxicités sur le blé.

 

Salah Lamouchi a essayé le « Défi » sur une bordure de parcelle mais le traitement a été suivi d’une pluie avec un lessivage probable du produit.

 

Chlortoluron et Prosulfocarbe en programme : on peut techniquement faire une application de 1500 g de Matière active de Chlortoluron en post-semis / pré-levée puis 3 litres de « Défi » au stade 2- 3 feuilles du blé. Ne pas les mélanger.

 

Ces alternatives chimiques pourraient faire l’objet d’une plate forme d’essai pour la prochaine campagne en conservant bien sûr les Fop et les Sulfonylurées dans le protocole. Le semis direct offre également des opportunités de lutte contre le ray-grass avec le traitement au glyphosate avant le semis. Sur la plate forme d’essai comparatif SD et Conventionnel chez Naceur Tej on constate (avant le traitement anti-graminées) qu’en :

 

Conventionnel : densité importante de plants RG répartis sur toute la surface.

Semis Direct : densité importante seulement sur les andains de paille de l’année précédente, dans les autres parties il n’y a presque pas de RG

Semis Direct Blé/Blé : Ray-Grass sur andains de paille (N-1)

 

3. 2. Comment gérer la destruction du chiendent, du liseron et du brôme ?

Dans certaines parcelles on note la présence par tâches de chiendent de type Cynodon dactylon et de Liseron des champs (Convolvulus arvensis) qui sont généralement difficiles à détruire.

On peut préconiser 6 litres de glyphosate par hectare (dosé à 360 grammes) en sève descendante (inversée) en fin d’été mais à cette époque, les troupeaux voisins ayant brouté toute végétation, le traitement devient inefficace puisqu’il n’y a plus de surface foliaire !

L’augmentation actuelle du prix des produits phytosanitaires dont le glyphosate doit nous conduire à chercher d’autres alternatives pour le futur. Par exemple, le liseron s’installe en période estivale et la mise en concurrence avec un couvert végétal peut réduire son développement.

 

Le brôme, apporté la plupart du temps dans les sacs de semences certifiées (sacs en toile de jute dans lesquels le brôme se pique) semble avoir été bien contrôlé avec la spécialité commerciale « Apyros » (matière active Sulfosulfuron) ou Monitor de chez Monsanto. Une des causes des infestations de mauvaises herbes dans les parcelles est la dissémination des graines par les moissonneuses-batteuses mal nettoyées.

 

3. 3. Problématique des Blés sur Blés en Semis Direct ?

Le contexte économique favorable au cours du blé dur en Tunisie bouleverse quelque peu les bonnes pratiques agronomiques. Le prix du blé dur fixé par l’Etat Tunisien pour la récolte 2009 est de 43 Dinars + 15 Dinars de prime (pour une livraison avant le 31 août) soit 58 dinars le quintal. Les agriculteurs ont emblavé des surfaces en blé dur plus importantes que les années précédentes afin de profiter de cette opportunité économique.

Dans les situations de parcelles en blé sur blé, beaucoup d’exploitations visitées ont de grosses difficultés à semer à profondeur régulière à cause des amas de paille. La semence reste en surface ce qui fait le bonheur des fourmis qui entassent les graines !

La première solution serait d’équiper les moissonneuses-batteuses d’éparpilleurs de menues pailles afin d’obtenir une bonne répartition sur le sol. Notons que le problème des résidus de récolte se pose également avec d’autres cultures comme la féverole malgré le prélèvement des pailles.

Il semblerait que les semoirs équipés avec 2 lignes de semis posent moins de problème car ils ont plus de dégagement.

La deuxième solution serait d’essayer de faire un passage de broyeur de pailles.

En présence de résidus de récolte importants, on a tendance à mettre plus de pression sur les disques et à mettre trop profond pour ne pas laisser de graines à la surface, ce qui a pour conséquence des pertes à la levée significatives.

Pour faire face à ces difficultés, plusieurs agriculteurs ont fait le choix d’un passage de cover-crop avant le semis en utilisant le semoir SD. Dans ces conditions on remet en cause le Système Semis Direct dans son principe de « Non perturbation du sol » et les acquis de lutte contre l’érosion et d’amélioration de la fertilité du sol.

 

3. 4. Favoriser les Rotations longues

Le Semis Direct est avant tout un Système d’exploitation qui repose sur la rotation des cultures en produisant le maximum de biomasse (Feuilles et racines) dont le seul but est d’aider au bon fonctionnement du sol de par une vie microbienne plus active.

 

Augmenter le taux de matière organique de son sol c’est aussi et surtout augmenter la capacité de stockage du « garde manger » dont la plante aura besoin. La fixation des éléments minéraux sur le complexe argilo-humique est étroitement liée au taux de matière organique et d’argile.

 

L’Alternance graminées, légumineuses, oléagineux et cultures fourragères limite la propagation des champignons et des semences de mauvaises herbes mal contrôlées dans la culture précédente restés sur le sol.

Face à l’envolée des cours des engrais azotés, les légumineuses permettent de réduire les charges des cultures suivantes par les reliquats azotés. Les exploitations qui ont un élevage ovin et/ou bovin peuvent plus facilement valoriser le sorgho et la gamme de légumineuses avec des plantes comme le sulla, le bersim, la luzerne, etc…

 

Le sulla (Légumineuse à fort développement végétatif)

La féverole qui est la légumineuse dominante en Tunisie ne doit pas revenir trop souvent dans les parcelles afin d’éviter l’infestation en orobanche (qui vit en parasite sur les racines de la féverole, chaque pied peut produire 100 000 graines à pouvoir germinatif très long).

 

Une exploitation de Béja ne parvient pas à solutionner la propagation de l’orobanche, la stratégie choisie a été de retarder le semis de la féverole au maximum en laissant germer les graines d’orobanche présentes sur le sol et de faire un passage de cover-crop recroisé avant le semis.

 

Cette solution n’entre pas dans une logique SD, on peut envisager un traitement au glyphosate (360 g/litre) à la dose de 0,167 litre/ha dès l’apparition des premières fleurs suivi d’un deuxième traitement 14 jours plus tard, ce protocole donne d’assez bons résultats à condition de respecter le délai prescrit entre les deux traitements. Dans le choix des cultures, les plantes à racine pivotante sont à privilégier pour leur action sur la structure du sol.

 

Le colza conviendrait très bien dans la zone sub-humide (Mateur, Jendouba, Béja), d’autant plus que cette culture a déjà été testée en collaboration avec le CETIOM en donnant de bons résultats. Le colza serait un excellent précédent pour le blé.

Le tournesol oléagineux pourrait également être une opportunité si une filière se mettait en place et ce, malgré la production de tournesol à grosses graines qui est cultivé manuellement avec un rendement pouvant atteindre 500 kg / ha (densité 5000 pieds / ha) à 4 dinars le kg !

 

La graine de colza et de tournesol peut-elle intéresser les triturateurs Tunisiens qui pourraient valoriser les tourteaux auprès des éleveurs ?

1MISSION d’APPUI A L’APAD TUNISIE Réalisée par Michel RAGUIN 17 au 20 Février 2009 Dans le cadre du projet « Animation du Réseau Méditerranéen RCM et renforcement des capacités des groupes de base pour la promotion de l’Agriculture de Conservation »

 

PILOTER L’ITINERAIRE DU BLE DUR AU PLUS JUSTE.

 

(Des extraits d'un article de Nicolas Bousquet ingénieur d'Arvalis à propos de comment mener une culture de blé dur et estimer son potentiel. La technique développée par Arvalis est intéressante et mériterait d'être connue en Algérie. Il est à espérer que des contacts soient développés avec l'ITGC d'Alger. Nous incluons dans les extraits les coordonnées des deux chercheurs pour d'éventuels contacts).

 

Agricultrice en Provence, Anne-Marie d’Arnaud-Bouffier n’irrigue pas ses parcelles de blé dur. Pour sécuriser son rendement malgré les aléas climatiques, elle a expérimenté en 2011 un outil basé sur l’évaluation régulière du potentiel productif d’une de ses parcelles. Il l’a rassuré dans ses choix et lui a permis d’améliorer sa façon d’observer.

 

Installée depuis 1995 à 15 km de Manosque (04), Anne-Marie d’Arnaud-Bouffier cultive 65 ha de terres avec son mari. En parallèle, ils gèrent une entreprise de travaux forestiers. Son assolement se compose essentiellement de blé dur (28 ha), de tournesol ou de pois selon les années (16 ha), de cultures fourragères (16 ha de luzerne principalement) et de lavandin (5 ha).

« La culture de luzerne me permet de réduire les apports d’engrais sur le blé suivant et de casser le cycle des parasites », explique-t-elle. Elle la vend à un négociant et à des particuliers, éleveurs de chevaux. Outre les rotations où le blé revient tous les 5 ans derrière une luzerne, la céréale alterne avec du pois ou du tournesol sur les autres parcelles, le tout sans aucune irrigation. Les sols sont pour une grande majorité argileux avec quelques parcelles plus sablonneuses. Sur ces rotations courtes, Anne-Marie d’Arnaud-Bouffier ne laboure plus avant le blé dur mais réalise juste deux passages de déchaumeurs à disques. « Ces parcelles sont un peu plus envahies par le ray-grass que les autres », précise-t-elle. L’itinéraire technique reste néanmoins simple : une application d’herbicide en sortie d’hiver, un traitement fongicide au stade dernière feuille et trois apports d’ammonitrate. L’application herbicide est toujours composée d’un anti-dicotylédones auquel elle ajoute un anti-graminées selon l’envahissement des parcelles. Le fongicide vise à la fois septoriose et rouille brune, maladies souvent présentes dans la région. « Cela m’est déjà arrivé de faire l’impasse sur ce traitement certaines années », remarque l’agricultrice. De même pour la fertilisation azotée, le troisième apport peut être annulé si les conditions climatiques ne sont pas favorables à la valorisation de l’azote.

 

Le blé dur comme clé de

voûte de l’exploitation

 

Le blé dur, culture principale de l’exploitation, étant vendu à la coopérative G.P.S. dans le cadre de contrat de semences, elle est à l’affût d’améliorations technico-économiques. « Lorsque ma coopérative est venue me proposer d’expérimenter une méthode d’ARVALISInstitut du végétal pour raisonner au mieux la conduite du blé dur, j’ai tout de suite été intéressée », explique-telle.

Le principe de la démarche : adapter sa conduite selon une estimation du potentiel de rendement d’une parcelle réalisée en cours de campagne à des stades-clés (voir p. 30-34).

 

Des rendements du simple

au double selon l’année

 

L’expérimentation a été réalisée en 2011, sur une parcelle représentative des pratiques habituelles du secteur de Manosque. Implanté derrière un pois, le blé dur y est conduit en sec sur des sols argilocalcaires assez profonds. « Selon les années, cette parcelle produit des rendements allant du simple au double, soit 35 q/ha les années très sèches comme en 2003 à 70 q/ha une année exceptionnelle comme 1998 », explique Anne-Marie d’Arnaud-Bouffier.

 

Observer attentivement

sa parcelle

 

Lors des trois visites de la parcelle où participaient des agriculteurs volontaires, le technicien de sa coopérative et le spécialiste d’ARVALIS-Institut du végétal, l’agricultrice a apprécié le volet pédagogique de cette méthode. Tous les participants prennent part aux mesures et aux observations nécessaires à un diagnostic précis de l’état de la culture afin de corriger l’estimation du potentiel calculé par ARVALIS-Institut du végétal. « Les mesures de peuplement de plantes au m2 m’ont apporté un autre regard sur la manière d’observer mes parcelles ; tout comme l’analyse du développement racinaire, je n’avais pas l’habitude d’aller jusqu’à ce niveau de détail », explique Anne-Marie d’Arnaud-Bouffier, qui s’est rappelé à cette occasion ces souvenirs de BTS. Ces observations ont permis de détecter des symptômes de mosaïque, « chose qui serait passée inaperçue autrement », note-t-elle. Autre intérêt de cette manière de faire : la richesse des échanges.

« On a pu se comparer entre voisins de manière plus approfondie », souligne l’agricultrice.

 

Un pilotage de l’azote

plus fin

 

Après ce diagnostic, les visites se terminaient par une discussion pour ajuster l’itinéraire technique du blé dur. Grâce à ces échanges, Anne-Marie d’Arnaud-Bouffier a augmenté la dose globale d’azote, la passant de 350 à 400 kg d’ammonitrate. « C’est surtout la visite de fin avril qui m’a conforté dans la décision de renforcer le dernier apport car il avait de fortes chances d’être valorisé », explique-t-elle. Au final, cet ajustement s’est avéré payant puisque le rendement de la parcelle est monté à 60 q/ha. Ce bon rendement associé au prix élevé du blé dur ont amplement participé à l’augmentation de la marge nette de la culture en 2011. « Je pense que la méthode m’a effectivement permis d’ajuster au mieux les apports aux besoins du blé dur cette année », estime l’exploitante.

Cette expérience n’a pas fondamentalement remis en cause sa façon de raisonner, car elle s’appuyait déjà sur des tours de plaine réguliers et les prévisions météo pour intervenir. En revanche, l’agricultrice en est sortie rassurée. Et elle a apprécié de se comparer à d’autres. « Je reconduis l’opération cette année car je pense que ce travail prend tout son sens sur du long terme. Et surtout,

j’attends de voir comment cette méthode permet de passer les années sèches », conclue-t-elle.

 

 

 

« Calculer le potentiel d’une parcelle

n’importe quand en saison »

Perspectives Agricoles : Quel est le caractère innovant de la méthode mise au point par ARVALIS - Institut du végétal ?

Stéphane Jézéquel : Auparavant, la seule méthode fi able pour prévoir le potentiel de rendement d’une parcelle consistait à estimer le nombre de grains en réalisant des comptages d’épis par m2 et d’épillets par épi. Ce n’était possible qu’après l’épiaison du blé et d’autant plus fi able que les comptages se faisaient tard en saison. Donc, la méthode n’avait guère d’utilité pour caler un itinéraire technique déjà largement réalisé !

Depuis 2010, des travaux de recherche ont permis de « calculer » ce potentiel n’importe quand en saison et non plus après l’épiaison. Il devient alors possible d’adapter son itinéraire, et surtout la dose et le fractionnement de la fertilisation azotée, qui rappelons-le, est le premier poste de charges sur un blé dur. La différence avec d’autres outils d’aide à la décision, c’est que nous nous intéressons à l’ensemble de l’itinéraire, pas seulement à un traitement ou à un poste.

P.A. : Que retenez-vous de sa première année de mise en oeuvre ?

S.J. : Une grande satisfaction. On est au coeur de notre métier : rendre les avancées techniques pratiques et utilisables par les producteurs. La principale difficulté pour les techniciens de secteur a été de faire comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un n-ième « tour de plaine », mais d’une méthode réellement innovante d’auscultation du terrain qui aide à prendre ses décisions en culture. Les groupes ont finalement compté entre 3 et 15 agriculteurs, avec une moyenne de 6-7 participants par visite. Tous ceux qui y ont participé reconduisent l’opération pour 2012, preuve de leur intérêt. La méthode les a aidés à trouver l’itinéraire technique qui collait le mieux à l’année. C’est un gage de la rentabilité de la culture de blé dur en région méditerranéenne, où le déficit hydrique est le principal facteur limitant du rendement, et où le climat est très différent d’une année

sur l’autre.

P.A. : Est-elle compatible avec d’autres cultures ou d’autres régions ?

S.J. : Bien sûr, en premier lieu pour le blé dans les régions ou les zones à petites terres où la variabilité inter-annuelle des rendements due au déficit hydrique est forte. Elle peut être également utilisée ailleurs pour peu que la partie « diagnostic de la culture » qui quantifie le poids des autres facteurs limitants, soit bien réalisée et adaptée à chaque région.

n.bousquet@perspectives-agricoles.com

Stéphane Jézéquel, ingénieur ARVALIS - Institut du végétal en Provence

 

L'essentiel: En suivant l’évolution du potentiel de ses parcelles en cours de campagne, Anne-Marie d’Arnaud-Bouffier est confortée dans ses choix techniques.

 

Sources: PERSPECTIVES AGRICOLES - N°387 - MARS 2012

 

 

ROTATIONS CEREALIERES, INTRODUIRE DES OLEAGINEUX AFIN DE REDUIRE LA MONOCULTURE DU BLE DUR.

D.BELAID 29.07.2014

 

Il n'est par rare de constater en Algérie des cas de monoculture de blé dur. La faiblesse du nombre d'espèces cultivées, mais aussi les difficultés de récolte des fourrages ou des légumes secs peuvent . Cette situation n'est pas sans conséquences négatives sur les rendements obtenus. Cette situation existe également en France et plus particulièrement dans le Sud-Est. La solution retenue a été l'introduction dans la rotation d'oléagineux et cela avec succès. Dans quelle mesure une telle pratique peut-elle être utilisée en Algérie?

 

LES RESULTATS DE L'ETUDE

Cette étude a été pluriannuelle et selon Christophe Vogrincic1 du CETIOM « conduite de 1999 à 2004 s’est attachée à déterminer l’intérêt technico-économique d’une rotation équilibrée en grandes cultures (colza-blé dur, tournesol-blé dur ou soja-blé dur), comparativement à la monoculture de blé dur, dans différentes situations pédoclimatiques du Sud-Est de la France ».

 

L'étude a été menée grâce à la collaboration de différents organismes: Chambre d’agriculture de Languedoc-Roussillon, Chambres d’agriculture de l’Aude, de l’Hérault, du Gard et des Bouches-du-Rhône, ARVALIS- Institut du végétal, CETIOM, LEGTA de Castelnaudary et d’Aix en Provence, Audecoop, GCO, Sud-Céréales et Ets Magne.

 

L'étude a porté sur des parcelles « agriculteurs ». Le dispositif a consisté à « comparer tous les ans un blé dur en rotation avec un blé dur en monoculture ». Et comme s'y attendaient les auteurs « la comparaison montre que le rendement moyen des blés en rotation est systématiquement supérieur à celui des blés en monoculture. (...) En moyenne, sur les quatre années de référence, le rendement d’un blé dur en rotation est supérieur de 14 q/ha à un blé dur/blé dur ». Bien sûr les écarts de rendement constatés ont été plus ou moins importants selon les sites et les années.

 

Il a été remarqué que sur deux des treize sites, « le facteur type de travail du sol a été introduit (labour — non labour). Les résultats montrent que la plus grosse perte de rendement pour le blé dur en monoculture s’observe en situation de non labour en sol superficiel . Cette perte de rendement est de 47 % par rapport à un blé dur en rotation, contre seulement 26 % dès que l’on réintroduit le labour. En sol profond, ces pertes ne sont que de 10-15 % quel que soit le travail du sol ».

Cette baisse de rendement est liée:

-au développement de maladies telluriques (piétin échaudage et fusariose du bas de tige), de larves de zabres,

-à une pression accrue des adventices (ray-grass, folle avoine, vulpin...).

 

Par ailleurs, les auteurs montrent que « les blés durs en rotation ont en moyenne 1,1 point de PS en plus par rapport à ceux en monoculture. En moyenne, sur les 4 ans, le PS des blés durs en monoculture est même inférieur au seuil de réfaction de 80 kg/hl ».

 

QUELS ENSEIGNEMENTS TIRER?

Il apparaît que l'introduction d'un oléagineux dans la rotation a permis un meilleur rendement du blé. Quels enseignements tirer pour l'Algérie? Il peut être envisageable d'introduire dans les assolement et pour des terres profondes, du colza. Contrairement au tournesol, il s'agit d'une culture d'hiver qui ne nécessite pas d'irrigation contrairement à une culture d'été. Par ailleurs, le matériel utilisé est le même que pour le blé.

Cependant, se pose un problème: la maitrise de ces cultures actuellement inconnues des céréaliers algériens. Il est à noter que les agriculteurs marocains sont habitués à la culture du colza. Les rendements qu'ils obtiennent sont honorables.

 

Ainsi dans le Sud-Est de la France, il a été remarqué: « une maîtrise technique des têtes de rotation insuffisante ».

Voyons les difficultés auxquelles sont confrontés les agriculteurs du Sud-Est de la France:

-défaut de maîtrise technique est particulièrement important pour le colza (implantation, désherbage, protection phytosanitaire,

-défaut « amplifié par la dureté du climat méditerranéen ».

-mais plus grave, « ces contreperformances techniques sur les têtes de rotation ne sont pas sans conséquence sur la compétitivité économique du système de culture en rotation comparativement à la monoculture ». En effet, il faut calculer les marges brutes pour chaque culture et faire la moyenne sur deux ans.

-Face à cette situation, CETIOM a lancé des actions de développement « Colza Sud » afin de d'assurer un suivi technique adapté. Il y a donc de puissantes structures de recherche-développement sur le terrain.

 

ROTATION BLE DUR-OLEAGINEUX, MAIS POUR QUELLE MARGE?

Les auteurs de cette étude recherche-développement ne se sont pas contentés des aspects techniques. Ils ont également procédé à des simulations économiques selon plusieurs scénarii.

 

Il apparaît que sur les quatre années d'études, « la rotation dégageait une marge brute moyenne supérieure de 22 €/ha/an par rapport à la monoculture ». Cet écart pourrait être améliorer par une meilleure technicité dans la conduite des têtes de rotation.

 

L'analyse des charges opérationnelles sur cultures durant l'assolement telles qu'elles sont pratiquées par les agriculteurs a permis d'affiner les marges brutes possibles. Au prix des récoltes, il a été ajouté différentes aides pour l'année 2010. Le calcul de la marge brute intègre ainsi pour le Sud-Est de la France des aides spécifiques: 30 €/ha d’aide pour la qualité blé dur, 55€/ha de complément protéagineux et 150 €/ha d’aide aux protéagineux. Dans ce cas là l'avantage est en faveur du système de cultures en rotation, avec un écart de marge brute qui passe à 62 €/ha/an en faveur de la rotation.

 

Dans le cas d'une année avec des prix élevés comme en 2007, « cet écart dépasse en moyenne les 100 €/ha/an à l’avantage de la rotation ».

 

Dans le cas, de l'adoption d'une telle rotation en Algérie, il s'agirait également de calculer sa viabilité économique. Le rendement moyen du blé dur est à intégrer sur la base de 4500 DA/qx. Quant au colza, des essais réalisés à Khemis-Milliana ont permis des rendements de 22 qx/ha. A notre connaissance, il n'existe pas de prix fixés par les CCLS pour le colza.

 

En résumé, le faible nombre de cultures (vesce-avoine, légumes secs) fait qu'en Algérie, les cas de mono-culture du blé dur sont fréquents. Ils ont un effet défavorable sur le rendement. L'introduction de colza permettrait de rompre le cortège des parasites liés aux céréales et d'en finir avec la monoculture. Reste à créer une filière oléagineux, à encadrer les producteurs et à proposer des prix rémunérateurs. Les expériences marocaine et du Sud-Est de la France peuvent permettre de nourrir le débat en Algérie afin de pour tracer notre propre voie.

1 Christophe Vogrincic. 2010 Systèmes en monoculture de blé dur. Introduire un oléagineux: une pratique à développer. PERSPECTIVES AGRICOLES - N°368, 56-68. vogrincic@cetiom.fr

 

 

 

ALGERIE, RECOLTE DE CEREALES 2014, UNE RECOLTE EN BAISSE.

D.BELAID 26.07.14

 

S'exprimant à l'APS, Mr Abdelouahab Nouri a confirmé les décevants résultats de la campagne céréalière en cours. La production céréalière a chuté à environ 30 millions de quintaux contre près de 50 l'an passé. Selon le Ministre, la cause serait « la sécheresse qui a persisté durant le printemps ». Cette situation est dramatique. Elle l'est pour le Ministre qui ne fait pas mieux que son prédécesseur. Elle l'est également pour les producteurs et pour le pays qui devra importer. Radiographie d'une campagne céréalière difficile où la sécheresse aurait été déterminante.

 

LE TRAVAIL DES HOMMES DE TERRAIN

Les hommes qui sur le terrain et dans les wilayas ou à Alger ont préparé et réalisé cette campagne céréalière sont à saluer. Il est en effet difficile de cultiver du blé en Algérie. En hiver pour les labours-semis, assis toute la journée sur un tracteur sans cabine et sans chauffage, il faut affronter le froid mordant des hauts plateaux. En été, il faut procéder à la récolte sous une chaleur infernale et dans l'irritante poussière de blé.

Un salut donc à ces travailleurs du secteur public et privé qui ont, durant de longues heures, labouré, semé puis enfin récolté; attelé à l'opération « machkar » durant laquelle il faut porter des journées entières de lourds sacs de blé sur l'épaule. Un salut aux agriculteurs du secteur public et privé qui ont investi dans le labour, les engrais et les semences sans finalement tirer tout le bénéfice attendu.

Un salut enfin aux ouvriers de l'ombre et aux cadres qui à tous les échelons, dans leurs bureaux en région ou à Alger n'ont pas ménagé leur peine pour assurer la disponibilité en engins, en semences engrais et produits phytosanitaires.

 

UN CONTEXTE CLIMATIQUE DIFFICILE

Cultiver des céréales en Algérie n'est pas facile. Certes les pouvoirs publics subventionnent comme jamais cela n'a été fait la filière céréales. Mais il faut compter avec un climat capricieux: sécheresse automnale qui retarde les semis traditionnels1, hiver glacial et parfois gel printanier qui peut anéantir les épis en formation, sécheresses printanières ou de fin de cycle qui réduisent dramatiquement le nombre de grains par épis et le poids spécifique à la récolte.

Il faut compter également avec le réchauffement climatique. Selon Kamel Mostefa-Kara et Hakim Arif2, la plupart des régions céréalières ont perdu une centaine de millimètres de pluie ou plus ces dernières cinquante années « le niveau des précipitations enregistrées à la station de Constantine est passé de plus de 770 mm en 1923 à 550 millimètres en 2007. À Alger, la pluviométrie est passée, sur la même période, de 1 000 mm à moins de 800 mm par an. Dans la région ouest, la station d’Oran, où les précipitations avoisinaient 500 mm dans les années 1920 et 1930, a enregistré entre 300 et 400 millimètres durant les années 2000. La pluviométrie dans la région de Saida (ouest) est passée de 300 mm en1964 à 100 mm seulement en 2004 ».

 

UN CONTEXTE ORGANISATIONNEL ENCORE PEU PERFORMANT

Disons le tout de go. Le contexte dans la filière céréales n'est pas à son meilleur niveau d'organisation, même si les progrès sont là. Certes les pouvoirs publics et les cadres de terrain déploient des efforts considérables: subventions et politique de concessions agricoles. Mais il manque l'essentiel: de puissantes organisations professionnelles réellement représentatives des agriculteurs. Où sont les Ceta3 tel celui de Sidi Bel Abbès qui dans les années cinquante encadraient les céréaliers leur prodiguant conseil et réalisant un échange des pratiques agricoles entre agriculteurs de pointe et les autres? Où sont les Groupes de Développement Agricoles comme ceux qui existent en Tunisie? Pour l'avoir vécu et pratiqué dans le Bassin Parisien, rien ne vaut le conseil technique de Chambre d'Agriculture: des cadres proches du terrain et dépendants directement d'élus agricoles représentatifs.

Où sont les structures de suivi technique des « coopératives » CCLS comme cela existe à l'étranger? Actuellement, les céréaliers sont pratiquement livrés à eux même. Heureusement que progressivement, grâce aux efforts de formation des pouvoirs publics et grâce à la coopération se montent des réseaux de technico-commerciaux dépendants de firmes d'agro-fournitures. Ces personnels dispensent de réels conseils techniques4. Autre point positif. L'énorme effort de financement de la part des pouvoirs publics avec des prêts de campagne sans intérêt, des intrans aux prix soutenus et des prix à la production des céréales très rémunérateurs. Citons également le rôle des CCLS dans la location de matériel, fourniture d'intrans et de réception des récoltes, avec une nette amélioration du service rendu aux agriculteurs.

 

UN CONTEXTE TECHNIQUE ENCORE INSUFFISANT

La céréaliculture algérienne a réalisé ces dernières années de nets progrès. En témoigne le passage de la production locale au dessus des 50 millions de quintaux. Du jamais vu depuis l''indépendance. En dépit de l'emploi accru de semences certifiées5, engrais et phytosanitaires, des progrès restent à réaliser afin de résorber les points noirs.

 

Selon les chiffres fournis par l'OAIC et malgré les réels efforts de cet office, tous les agriculteurs n'utilisent pas des semences certifiées. Les engrais sont chers. La fertilisation phosphatée reste souvent inadaptée à cause de l'emploi de superphosphate en sol calcaire. Les engrais azotés sont essentiellement constitués par de l'urée dont l'emploi est moins souple que l'ammo-nitrate. Les apports sont rarement fractionnés.

En matière de désherbage chimique à peine un tiers des superficie est concerné. Quant aux fongicides, insecticides et engrais foliaires leur emploi progresse lentement.

Or, divers essais le montrent. Seul un itinéraire technique de qualité est à même de permettre une hausse des rendements. A Sétif, l'apport d'amendement organique sous forme de boues résiduaires a permis, dans des essais, de doubler les rendements.

L'irrigation d'appoint si utile en conditions de déficit hydrique reste encore confidentielle malgré les efforts de l'OAIC qui propose même aux céréaliers de rembourser leur emprunt par des livraisons de grains.

Quant au travail du sol, il reste pénalisé par d'anciennes méthodes inadaptées au contexte local. C'est le cas du labour. Il assèche le sol et ne permet pas de conserver l'humidité des pluies comme le permet le semis direct. Celui-ci reste limité à quelques exploitations pionnières. Pourtant il permet une réelle baisse des frais d'implantation des cultures et de semer à temps. Car trop souvent les semis s'éternisent jusqu'en décembre.

 

DES REFERENCES TECHNIQUES CONNUES

Il ne s'agit donc pas de rechercher des solutions nouvelles. Les techniques qui permettraient de faire progresser significativement les rendements sont connues. C'est la mise en oeuvre qui est déficiente. Certaines exploitations présentent déjà régulièrement des rendements au delà des 50 quintaux en blé dur. Les exploitants sont le plus souvent des agri-managers très au fait de la technique et en contact étroit avec les technico-commerciaux des firmes d'agrofourniture. Dans le Constantinois des agriculteurs leaders tels les Bachtarzi6 ou Benhamadi utilisent couramment le semis direct, les désherbants ou l'irrigation d'appoint et les fongicides. A côté vivotent de petites exploitations où la semence est enfouie au cover-crop et où l'agriculteur ne reviendra sur la parcelle qu'à la récolte. Sur ces parcelles qui constituent la majorité des surfaces, engrais et phytosanitaires sont quasiment inconnus. Le relèvement des prix à la production a permis à ce type d'exploitations de continuer à produire du blé dur et de l'orge, mais louer un tracteur pour semer puis une moissonneuse-batteuse ampute l'exploitant d'une bonne part des revenus que pourrait lui assurer les céréales.

Augmenter la production céréalière signifie donc aller vers ces céréaliers dont le revenu est en partie assuré par l'élevage ovin. Comment le faire en absence d'associations professionnelles et de coopératives au sein desquels la participation de ces petits agriculteurs aurait pu donner du sens à l'intensification céréalière.

 

Que s'est-il passé ce printemps sur ce genre de parcelles menées en système extensif? Là où les semis ont été tardifs et réalisés avec des semences non certifiées; là où la fertilisation et la lutte contre les mauvaises herbes a été absente? Les plantes se sont développées tardivement puis ont été concurrencées par les adventices pour le peu d'eau encore disponible dans le sol. Des parcelles ont commencé à dépérir. Voyant cela, certains céréaliers ont transformé ces parcelles en zones de pacage pour leurs troupeaux. A l'incertitude climatique touchant les céréales, ils ont préféré miser sur la certitude de revenu que leur procurent leurs bêtes. Au niveau de l'itinéraire technique il aurait fallu créer les conditions pour mieux économiser et valoriser le peu d'eau existant dans le sol. Et pour cela, des techniques existent.

 

DANS L'IMMEDIAT QUE FAIRE?

Dans l'immédiat afin de ne pas succomber au découragement, il s'agit d'analyser la campagne écoulée wilaya par wilaya, daïra par daïra ou silo par silo. Cela ne se fait pas actuellement. Il n'y a pas de tradition de bilan technique de campagne7 en Algérie. Pour cela, des enquêtes cultures avec détail de l'itinéraire technique suivi par les céréaliers8 et rendement obtenu à la parcelle peut permettre de cerner les dysfonctionnements et la part à attribuer à la sécheresse. Cela commence à être mis en oeuvre au niveau de certains réseaux qualité blé liés aux organismes privés de transformation des céréales. Cet enregistrement de performances et la comparaison entre les pratiques des agriculteurs ayant obtenus les meilleurs rendements par rapport à la masse des autres exploitants peut permettre de déterminer des axes de travail prioritaires pour la prochaine campagne. Pour les techniciens, cette méthode permet également de tirer des préconisations adaptées et écoutées par les producteurs puisqu'elles proviennent de parcelles en situation réelle et non pas d'essais en station d'expérimentation. En procédant ainsi, l'encadrement technique peut gagner ses lettres de noblesse et acquérir la confiance des agriculteurs. Il faut le faire tout de suite dès que la moisson est terminée. Les céréaliers ont besoin par exemple, de savoir quelles variétés ont donné le plus de rendement ou quelle date de semis est préférable pour chaque variété.

 

Ensuite, il s'agit de réduire les coûts de production afin de maximiser la marge brute à l'hectare. Surtout pour les petits paysans obligés de recourir à la location de tracteurs. Quel drame pour ces producteurs qui ont investi en frais de labour, engrais et semences et qui finalement ont été confrontés à des cas de sécheresse comme celle de cette année. Comment dans de telles conditions d'incertitude leur demander de mettre plus d'engrais et d'acheter des semences certifiées plus chères que leurs semences de ferme? Il existe des solutions pour sortir de ce cercle vicieux: le non labour avec semis direct. Outre la réduction des coûts de mécanisation, cette technique permet de mieux économiser l'eau du sol. Ainsi, est levée l'incertitude vis à vis du risque de sécheresse printanière9. Des cadres de l'ITGC, dont son directeur, s'échinent à faire connaître cette technique adaptée au climat semi-aride local. Mais qui les écoutent au MADR et à l'OAIC10? Ces décideurs ont-ils pris conscience des 100 mm de pluie qui ne tombent plus du fait du réchauffement climatique?

 

Enfin pour le moyen terme, il s'agit de basculer une partie des postes des DSA vers les Chambres d'Agriculture. Seul des techniciens basés au plus proche du terrain avec un contrôle par des élus paysans démocratiquement désignés par la base permettra un suivi technique de qualité. Il faut pour cela aller étudier le fonctionnement de tels organismes à l'étranger11 et former des cadres paysans. Une telle démarche n'est pas aisée. D'autant plus que l'actuelle aisance financière permet de déverser sur le secteur agricole moult subventions attirant des appétits particuliers féroces. En attendant, que peuvent apporter les meuneries et les semouleries? Face à l'absence d'un encadrement technique de terrain efficient, certains d'entre eux tel Groupe Benamor ou El Hadj Keraguel Abdelkrim12 à Sétif ont mis en place des réseaux de suivi des agriculteurs. Faut-il penser à une politique de contractualisation pour les céréales comme cela est le cas pour la tomate industrielle?

 

C'est seulement au prix de mesures techniques et organisationnelles que la production de céréales continuera à augmenter. Les conseillers ministériels, véritables techniciens, ont le devoir de l'expliquer aux « politiques ». Ainsi donc « la sécheresse » n'explique pas tout....

 

1Nous reviendrons sur cet aspect en abordant la technique du non labour avec semis direct qui permet en partie de s'affranchir de ce problème.

2 Auteurs de « État des lieux, bilan et perspectives du défi du changement climatique en Algérie », paru aux Éditions Dahlab en 2013.

3Centre Technique d'Etudes Agricoles ou Groupe de Développement Agricole qui au niveau d'un secteur regroupe sur une base volontaire des agriculteurs pour des échanges techniques.

4Il faut voir sur le net les vidéos montrant la qualité des rencontres sur le terrain entre ces technico-commerciaux et les cadres et agriculteurs.

5L'excellent travail de sélection et de production de semences de base au niveau des stations ITGC est à noter.

6Khaled Yacine Bachtarzi. Meilleur producteur céréalier à Guelma. «Je m’inspire beaucoup des techniques françaises». El Watan du 19/06/2012.

7Voir nos précédents articles sur les « enquêtes de culture » et la notion d'enregistrement de performances.

8Pour commencer, une cinquantaine de parcelles enquêtées peuvent suffire.

9Une autre façon de lever cette incertitude est de disposer d'irrigation d'appoint. Cependant, cela nécessite d'investir dans un asperseur et de disposer d'un point d'eau.

10En Tunisie la société Cotugrain importatrice de ce genre de semoirs met en place des essais directement chez les agriculteurs. Ceux-ci voyant l'avantage apporté, surtout en année de sécheresse, ils ont immédiatement opté pour le semis direct.

11Mais comment le pourrait-il? La formation des ingénieurs agronomes ne prévoit pas de stages à l'étranger.

12Dans le cadre d'un réseau qualité blé, ce transformateur basé à Sétif a l'ambition de faire passer les rendements céréaliers de 14 à 20 qx/ha.

 

 

 

 

CEREALES: SECHERESSE A L'OUEST OUI MAIS...

D. BELAID 21.06.2014

 

Ces jours ci la presse nationale égrène les surfaces affectées par la sécheresse à l'Ouest du pays.

Certes, il y a un manque de pluie. Mais ne nous voilons pas la face. Avons-nous fait tout ce qu'il faut ? La réponse est NON. C'est aux cadres de terrains et aux agriculteurs leaders de réaliser des "enregistrements de performance" afin d'analyser les dysfonctionnements techniques de la campagne écoulée. Enumérons les paramètres qui permettent de réduire le stress hydrique. Il y a bien sûr l'irrigation d'appoint. Mais abordons d'abord le cas des parcelles en sec. (...)

DATES DE SEMIS : trop souvent le blé est semé tardivement. Or, c’est en octobre-novembre que les semis doivent être réalisés. Sinon, les plantes sont chétives.

LABOUR : des études montrent que le labour assèche le sol. Il faut lui préférer le semis direct. Quel est le % de semis direct dans les zones « touchée par la sécheresse » ?

DESHERBAGE : beaucoup de petits agriculteurs ne désherbent pas leurs champs. L’eau du sol profite ainsi aux mauvaises herbes. Pourtant pour ceux qui n’ont pas de pulvérisateur, on pourrait penser à les équiper de herses étrilles fabriquées dans des ateliers locaux.

ENGRAIS : bien utilisés les engrais potassiques et phosphatés aident à réduire l’effet du stress hydrique.

AMENDEMENTS ORGANIQUES : beaucoup de sol sont « squelettiques ». Ils n’ont pratiquement plus de matière organique. Or, celle-ci joue le rôle d’éponge et retient l’eau. Des essais montrent que le rendement double quand on apporte des boues résiduelles.

Il y a donc des solutions parfois simples. Les étagères des bibliothèques de nos universités ploient sous le poids des mémoires d’ingénieur ; idem quant aux étagères de l’ITGC. Or, il apparaît qu’elles ne sont pas entièrement mises en œuvre au niveau du plus grand nombre d’exploitations.

 

NE PAS CACHER LE SOLEIL AVEC LE TAMIS

Le constat est amer. Malgré les efforts financiers consentis par les pouvoirs publics, il manque du matériel : tracteurs et semoirs. Quant au progrès agronomique, il ne diffuse pas assez dans les campagnes. Il existe des solutions : achat en commun de tracteurs, développement de « cercles d’échanges[1] » de matériel, optimalisation des unités motoculture des CCLS, … Sur le plan technique, les solutions sont connues. Au lieu de labourer, on peut utiliser un chisel qui va 5 fois plus vite que la charrue ou le semis direct qui va 10 fois plus vite pour un même rendement en blé. Mais qui va aller expliquer cela au fin fond des campagnes, là où se trouve la majorité de ces petits agriculteurs.

Pour arriver à les atteindre, une partie des cadres doivent être affectés dans des associations professionnelles agricoles, des coopératives de service, les Chambres d’Agriculture, … Dans de tels organismes réellement représentatifs ; c'est-à-dire où un conseil de direction paysan décide réellement de la marche à suivre, les cadres techniques seraient pleinement utilisés. Or, cela nous ne le faisons encore qu’imparfaitement. On parle de CCLS. Mais au niveau de ces « coopératives », c’est le directeur nommé par la tutelle qui décide de tout. Dans une vraie « coopérative », par exemple, en France ; ce sont les agriculteurs qui ont acheté des part sociales qui recrutent leur directeur. Quant aux techniciens, recrutés par la coopérative, ils sont payés en fonction de la quantité d’engrais, de phytosanitaires vendus sur leur secteur et en fonction du nombre de quintaux de blé qui rentrent dans les silos. Résultat, ce système avec « obligation de résultat » est un puissant moteur pour que les techniciens et ingénieurs aillent au contact des agriculteurs.

Tant que les cadres resteront enfermés dans des bureaux, tant que le monde paysan sera tenu à l’écart des prises de décision, la sécheresse aura encore «  bon dos ». Cela est d’autant plus regrettable que jamais l’agriculteur algérien n’a autant reçu d’aides financières. Nous devons donc  regarder la réalité en face. On ne pourra éternellement cacher le soleil avec le « ghalbel ».

 

 

 

[1] Il s’agit d’un service de mise en relation des agriculteurs désirant louer du matériel. Un animateur centralise l’offre et la demande.


 

ALGERIE, PREPARER L’APRES-MOISSON

C’est en juillet-août que se gagne la prochaine campagne !

D.BELAID 1.06.2014

 

La moisson de céréales a déjà commencé. Pour les zones les plus tardives, les dernières interventions concernent l’irrigation d’appoint. Mais, pour les techniciens, déjà la prochaine campagne céréalière est à préparer. Comment ? Par la pratique de l’enregistrement des performances ou « l’enquête culture » trop peu utilisée en Algérie.

 

L’ENQUETE CULTURE, COMMENT ?

 

L’enquête culture consiste à enregistrer les pratiques agronomiques des agriculteurs sur leurs parcelles. Elle concerne tout type de cultures. Elle est réalisée par un technicien sur une petite région. Dans le cas des céréales, il s’agit de faire remplir par des agriculteurs un formulaire avec différentes rubriques et cela pour plusieurs de ses parcelles.

Le sol. On  demandera la profondeur du sol et sa nature (limoneux, argileux), la pente. On demandera également la nature du précédent cultural.

Le travail du sol. On demandera le type et date de labour, le type et nombre de façons superficielles.

Fertilisation. Pour chaque engrais on demandera le type, la dose et la date d’apport. On questionnera sur les éventuels apports d’amendements organiques, la dose et la date d’apport. Demander également si les chaumes sont enfouis.

Le semis. On demandera le mode, la dose, la variété, la date de semis et la nature des semences (de ferme non traitées ou certifiées).

La protection phytosanitaire. On demandera pour la lutte contre les adventices, les maladies à champignons et les insectes la nature des produits apportés, la dose et la date d’apport.

L’irrigation. On demandera le type d’irrigation, le nombre, les dates et les doses.

Rendement. On demandera le rendement de la parcelle et le poids spécifique.  

Il est évident que selon les spécificités locales, on peut développer certaines rubriques. Il nous est arrivé de demander le coût des postes fertilisation, herbicides, fongicides, insecticides. Il devient alors possible de procéder à des calculs de marges brutes. Une autre fois, nous avons axé une enquête sur l’aspect fertilisation. Il avait été demandé aux agriculteurs qui avaient des analyses de sols de les indiquer. Imaginez le plaisir technique d’avoir des analyses de sol et d’avoir les rendements obtenus sur ces parcelles.

 

L’ENQUETE CULTURE, POURQUOI, POUR QUI ?

 

L’enquête n’est pas destinée à tous les agriculteurs, même si le maximum est convié à y participer. On doit viser les agriculteurs leaders et ceux en contact avec les techniciens afin de viser le maximum de retour.

Le formulaire d’enquête peut être publié sur un site, dans un bulletin agricole ou envoyé par courrier

Aux adhérents d’un groupe suivi par un technicien. Le formulaire peut également être rempli lors d’une réunion. Certes, si les agriculteurs n’ont pas sur eux tous leurs chiffres, les renseignements risquent d’être approximatifs (ils peuvent être prévenus à l’avance). Cette façon de faire à l’avantage de forcer un maximum d’agriculteurs à participer et à aider ceux qui sont analphabètes. Il est également possible de faire appel à un stagiaire qui aidera à remplir les questionnaires tout au long de la campagne.

Pourquoi tant d’efforts pourrait-on me demander ? Pour avoir personnellement pratiqué cette façon de faire il nous est possible d’affirmer qu’il s’agit là d’un moyen extraordinaire pour avoir des références techniques. Cette façon de faire est la meilleure façon pour être efficace, pour peser sur les façons de faire des agriculteurs. Tout technicien sérieux engagé dans des actions de vulgarisation se doit de développer ce type de méthode. Il peut ainsi se construire des références et pouvoir ensuite diffuser des préconisations. Cette méthode peut également être utilisée par un chef de service de DSA ou un chef de silo de CCLS.

Pour qui ce genre d’enquêtes ? Evidemment pour les agriculteurs me direz-vous. Cela semble évident. Pourtant, je connais au moins un cas en Algérie, où des animateurs d’un réseau céréales ont demandé aux agriculteurs de remplir de tels questionnaires sans que ceux-ci soient exploités et que des conclusions soient renvoyées aux agriculteurs.

Car, disons le tout de suite : s’il n’y a pas de retour aux agriculteurs sous forme de résultats pratiques, le nombre de réponses aux questionnaires chutera.

Dans la pratique, les questionnaires sont à envoyer aux agriculteurs avant la récolte. Ils devront être récupérés après la récolte. Ainsi, en juillet-août les données seront enregistrées sur un tableur type Excel. Des « tris » pourront être réalisés, des conclusions tirées et une réunion « bilan de campagne » organisée fin août.  Un document sera également remis à l’agriculteur.

 

ENQUETE CULTURE, DES RESULTATS  

 

La méthode d’enquête culture est intéressante à plus d’un titre :

-des références provenant des parcelles agriculteurs. Une fois que la méthode est comprise par les agriculteurs, il y a une adhésion totale[1] de leur part. L’explication vient du fait qu’il s’agit de données qui viennent de leurs propres parcelles. Il ne s’agit pas de résultats venant de stations d’essais. Ils comprennent qu’il s’agit d’analyser leurs propres pratiques par rapport au « peloton » de tête. C’est un moyen puissant d’évolution technique.

-des références multiples. Un autre avantage est la quantité de références obtenues. Il y a ainsi des informations qui donnent une photographie. Ainsi, on peut connaître les précédents culturaux les plus représentés ou les variétés les plus utilisées. Mais le fait de connaître le rendement des parcelles permet de savoir quel précédent cultural ou quelle variété est le plus intéressant. Idem quant à l’emploi d’un herbicide, d’une date de semis ou du fractionnement ou non des apports d’azote. Nous avons eu l’occasion de réaliser une enquête où nous avions demandé le taux de protéines du grain, l’analyse du sol en azote et la quantité d’engrais azotés apportés. Les agriculteurs avaient été ravis du rendu des résultats. Certains avaient pu voir comment en mettant trop d’azote, ils avaient pénalisé leur rendement.

Nous espérons vous avoir convaincu de ce type d’approche. Il est possible de commencer avec 50 parcelles. Cela ne signifie par qu’il faut toucher 50 agriculteurs puisque chaque participant peut renseigner sur la fiche l’itinéraire technique pour plusieurs parcelles. Pour tout technicien qui croit en son métier, l’enregistrement de performances ou l’enquête culture est l’outil de base.

Bon courage…

 

 

 

 

[1] L’idéal est quand même d’avoir plus de 100 parcelles et de réaliser des analyses statistiques de type AFC. Cependant, il faut le réaffirmer, avec un simple tableur, on peut tirer des conclusions très intéressantes.

 

 

 

DREAM TEAM CEREALES, DU NOUVEAU.

Ou comment apprendre à jouer collectif.

D .BELAID 22.05.2014

 

Au risque de désespérer certains, quelques échos de notre dream team céréales. Pourquoi dire « désespérer » ? Car, si « globalement » il y a de relatifs progrès, combien de dysfonctionnements sont visibles sur le terrain. Notre propos n’est pas d’essayer de les cacher. Mais nous n’oublions pas les efforts quotidiens de cadres pour qui le « patriotisme économique » n’est pas un vain mot. Ces cadres se battent pour trouver des solutions spécifiques dans un environnement administratif parfois lourd. A ce titre ils méritent toute notre considération. Rendons hommage à leurs efforts, à leur persévérance. Malgré l’adversité, ils ne renoncent pas. A ce titre, ils sont notre « Dream Team ».

 

DREAM TEAM : FARINE MIXTE DE FARINE ET SEMOULE

Chacun sait que nous produisons plus facilement du blé dur (BD) que du blé tendre (BT). Le BD est mieux adapté aux conditions locales de déficit hydrique. Abdelkader Téta nous apprend ce jour dans les colonnes d’El Watan que l’Eriad de Ksar El Boukhari a récemment procédé « au test de préparation de la baguette de pain à base d’une nouvelle formule de farine composée de 70% de blé tendre et 30% de blé dur ». Une telle farine permettrait de réduire les importations de BT. « La boulangerie des frères Bacha de Médéa, lauréat du concours du Meilleur boulanger en 2013, a été choisie pour fabriquer les premières fournées de ce pain à base de ces ingrédients » précise le journaliste. En plus de l’avantage de réduire les importations de BT « le prix du quintal de farine diminuera à la vente, puisqu’il sera cédé à 1880 DA au lieu de 2000 DA actuellement. Les boulangers qui utiliseront cette farine feront donc des économies, et le prix de la baguette sera maintenu à 7,50 DA pour le consommateur ». Terminant son article, AEK Téta rapport que des tests de dégustation ont été concluant. Pour ceux qui ne connaissent pas le pain de semoule au blé dur « khobz ed-dar » qu’ils essayent d’en préparer dans un gas’a[1] avec de l’eau et de la levure de bière comme cela se prépare dans les familles de l’Est du pays. « Khobz ed-dar » se présente sous forme de grosses galettes sur lesquelles est badigeonné du jaune d’œuf et mis des grains de nigelle. Enfant, à Batna, je me régalais de la vue de ces plateaux « sni » de tôles, qui à l’approche de l’Aïd convergeaient vers les fours des boulangeries. Tremper une tranche de ce pain dans son bol de café au lait le matin était un vrai délice. Idem que déguster une chorba frik[2] chaude épicée de persil avec une tranche de ce pain de semoule maison. Que le BD soit remis à l’honneur honore la filière et nous réconcilie avec des traditions culinaires millénaires de terroirs. Les initiateurs de ce projet sont à féliciter. Ils réhabilitent la semoule algérienne, la mettant au même pied d’égalité que ces farines venues d’au-delà des mers.

 

DREAM TEAM OAIC, PLUS DE SEMENCES CERTIFIEES

Une autre bonne nouvelle. L’APS annonce ce jour que « l'OAIC lance un appel d'offres pour réaliser 17 stations de conditionnement de semences de céréales ». Au même titre que les efforts de cet office pour promouvoir l’irrigation d’appoint des céréales, Mr Mohamed Belabdi, DG de l’OAIC poursuit là un objectif stratégique : mettre à la disposition des céréaliers des semences triées et traitées contre les maladies et prédateurs. En matière d’optimisation céréalière, en Algérie, l’entrée du progrès dans les exploitations agricoles ne commence pas par la visite d’agronomes. Non pas que nous n’en ayons pas. Mais nous avons ce malin plaisir de les cacher à la vue des agriculteurs et de les cantonner dans des bureaux. Grâce aux efforts de l’OAIC et des cadres de l’ITGC qui dans leurs stations produisent de la semence de base, le progrès agronomique rentre dans les fermes par la semence. Ce progrès commence par une semence d’une variété productive, adapté à nos conditions, intéressante pour la transformation et saine. Il faut savoir que traditionnellement les agriculteurs gardent une part de leur récolte pour les semis de l’année suivante. Le problème est qu’en l’absence de désherbage, à la récole, aux grains de blé sont mêlés des graines de mauvaises herbes. Et souvent l’agriculteur sème en même temps que son blé des graines de mauvaises herbes. Elles viendront concurrencer le blé. Cela peut diminuer les rendements de 50%. Peu d’agriculteurs passent leurs graines à travers des « tamis » industriels. Or, ces « tamis » permettent actuellement de séparer totalement les grains de céréales de ceux de mauvaises herbes. Certaines de ces installations fonctionnent même par tri optique.

Outre un tri mécanique, l’OAIC traite ces semences contre les attaques d’insectes et de champignons microscopiques protégeant ainsi la plantule. Il s’agit là d’un progrès considérable contre les maladies. Certes, cette protection ne couvre pas tout le cycle de la plante, mais elle lui permet de démarrer dans de bonnes conditions. C’est ensuite à l’agriculteur d’assurer les traitements phytosanitaires adéquats en fonction des ravageurs présents.

Il est à remarquer que l’appel d’offre de l’OAIC est également ouvert aux compétences nationales. Il est à espérer que des entreprises locales proposeront leurs services. Car, disons le, assurer le tri de graines à travers des « tamis » n’est quand même pas si sophistiqué que cela. De même qu’appliquer un produit chimique sur des graines peut se faire avec une simple bétonnière. Et bon nombre d’agriculteurs français utilisent cette solution.

 
www.youtube.com/watch?v=N-oqfVDvAnQ

 

 

Certes, la tâche se corse lorsqu’il s’agit de trier et traiter des milliers de quintaux de graines. Des dispositifs adéquats sont nécessaires. Et on peut comprendre l’appel d’offres de l’OAIC. Mais on peut s’étonner que ce secteur ne soit pas l’objet de toutes les attentions des services concernés.

Que ce soit les sociétés de machines agricoles du groupe public PMAT ou des établissements privés tel Djoudi métal, il existe des compétences. Il serait opportun que l’OAIC ou ses CCLS et le secteur de la transformation qui se plaignent de la présence de graines de mauvaises herbes dans les livraisons de blé des agriculteurs prennent des initiatives locales afin de développer de tels matériels. On pourrait également envisager la mise au point de petites unités mobiles parcourant les exploitations afin d’améliorer la semence de fermes. Comme le font des céréaliers étrangers ; ainsi une part des semences serait régulièrement renouvelée à travers celles achetées à l’Oaic et une autre part proviendrait des champs de l’agriculteur. Il faut savoir que les semences certifiées coutent plus cher et que parfois elles ne sont pas toujours disponibles au moment optimum pour les semis. Or, un semis tardif signifie des quintaux en moins. Pourquoi ne pas proposer de telles unités mobiles à des jeunes de l’Ansej?    

 

 

www.youtube.com/watch?v=C1V1YLiEoIU

 

 

NE PAS BOUDER NOTRE PLAISIR, MAIS ADOPTER LA DEMARCHE « CLUSTER »

Qu’à cela ne tienne. Ne boudons pas notre plaisir! Des cadres nationaux agissent dans le sens d’une satisfaction des besoins de tous. Certes, les démarches ne sont pas identiques. Dans le cas du mélange farine-semoule de l’Eriad, il s’agit d’une ingénierie meunière innovante et jamais essayée. Dans le cas des unités de production de semences, il s’agit de la politique du carnet de chèque. On passe commande vers l’étranger. Certes, dans un but louable, mais n’y-a-t-il pas des solutions de type « cluster » ou l’appel à la sous-traitance et l’appel d’abord à des entreprises DZ ainsi qu’à nos universitaires pour trouver des solutions. A quoi sert sinon l’Ecole Polytechnique et les écoles assimilées? A quoi servent les départements « machinisme agricole » de nos écoles d’agronomie ? Il est temps de penser cluster !

A cet égard, il est à signaler un excellent document de l’Unido actuellement en ligne sur le net : « Diffusion de la démarche cluster dans trois pays du Maghreb ».[3] Ce document est à télécharger par toute personne qui s’intéresse aux moyens de lancer des initiatives locales de développement. Le document traite de cas agricoles ou industriels algériens. Voyons comment décliner une telle démarche pour le sujet qui nous intéresse ici.

Le DG de l’OAIC, a pour mission de sa tutelle des objectifs d’amélioration immédiats de la production de semences. Il agit en conséquence. Cela est louable. Et en aucun cas, on ne peut lui jeter la pierre. Mais, en parallèle à de tels appels d’offres que risquent de rafler des entreprises étrangères, il nous faut apprendre à agir sous forme de cluster. Il nous faut apprendre à mobiliser les compétentes locales et créer de l’emploi pour les jeunes. Allons-nous laisser à nos jeunes chômeurs comme seules perspectives la gestion de parkings informels ?

Wach ? Des entreprises locales seraient capables de fabriquer 30% d’une voiture Renault, d’un camion Mercédès, d’une moissonneuse-batteuse SAMPO, d’un 4x4 blindé pour l’ANP et nous ne serions pas capables grâce à une bielle de mouvoir de gauche à droite une série de grilles séparant grains de blé et petites graines rondes de mauvaises herbes ? Personnellement, comme beaucoup, j’ai du mal à l’admettre. Ce qu’il nous faut, c’est cette prise de conscience que la rente pétrolière n’est pas illimitée. Il faut savoir jouer collectif et passer le ballon entre nous.

L’OAIC, une CCLS (proche d’une usine métallurgique publique ou privé), un moulin de céréales pourrait jouer le rôle d’agrégateur afin de lancer une production locale d’unité mobile de traitement de semences. Il pourrait fédérer, agréger les compétentes locales : industriel, université, utilisateurs, banques. Déjà cette démarche a été développée à Bouira par des producteurs d’olives regroupés dans la Coopérative d’Huile d’Olives de Kabylie), des producteurs de lait autour de la laiterie Safi de Ghardaia ou encore à Rouiba l’Union Professionnelle de l'Industrie Automobile et Mécanique autour de SNVI.

Mais, dans une démarche de cluster l’agrégateur n’est pas obligatoirement une institution publique ou privée. Cela peut être une association de professionnels désirant influer sur leur avenir économique. Dans une grosse région céréalière, cela peut être le regroupement de quelques exploitations agricoles se lançant dans la mise au point d’appareils de traitement de semences et progressivement faisant appel aux compétences d’artisans ou de petits industriels.

 

 

www.youtube.com/watch?v=OSwqUMHKyhc

 

Car, des initiatives paysannes, il y en a tous les jours : « Avec un peu de volonté, d’un poste à souder et du fer acheté à la casse, je viens de construire une bineuse qui m’a permis de semer et biner 10 hectares de fèves[4] ». Nous pensons que la bataille de l’augmentation de la production agricole passe par la mobilisation de ces compétences. Combien gagnerait en efficacité la filière céréales en une action conjointe par exemple de CMA et de Toufik Trailer[5] pour produire des remorques agricoles à relevage hydraulique[6]. Ces deux entreprises ont des compétences dans la production de remorques. En unissant leurs efforts, elles pourraient mettre au point des remorques plus modernes permettant de réduire la pénibilité du travail à la moisson.

 

www.youtube.com/watch?v=OSbD9ZsYSDs

 

 

ALGERIE, LA DECENNIE DE LA DERNIERE CHANCE

Sans vouloir jouer les déclinistes à la Nicolas Baverez, Abdelhak Lamiri un économiste bien de chez nous a récemment tiré la sonnette d’alarme avec un livre qui devrait être sur la table de chevet de tout Algérien disposant d’une once de pouvoir dans les institutions de ce pays. Un livre au titre sans équivoque: «décennie de la dernière chance: Emergence ou Déchéance de l’Economie Algérienne ?[7]». Retenons ce passage de l’introduction. « La situation présente l’exige.  Nous sommes sur un fil de rasoir. Quelques décisions malencontreuses plus tard et nous basculerons vers un enfer qu’on n’a jamais vécu, même durant la décennie noire. Tout le monde y laissera des plumes. Surtout ceux qui ont amassé des fortunes mal acquises placées sous d’autres cieux. Ils seront les premiers visés. Le citoyen moyen sera durement et durablement touché, victime innocente de décisions qu’il n’a jamais prises. Par contre, la décennie de la dernière chance si par bonheur, des choix judicieux sont faits ; alors, les quelques petits sacrifices éphémères consentis induiront quiétude et bien être pour tous. Tel est le message de cet ouvrage. Il est porté sur l’action ». Le message est si fort que l’auteur du livre a été reçu par le premier Ministre.

Notre dream team a accompli des exploits. Néanmoins, il lui reste du pain sur la planche. En témoigne cette remarque de Si Aït Abderrahim Mahmoud, agriculteur : « Il faut passer des heures et des heures à attendre même des nuits aux portes des docks pour constater que la dream team à encore du travail sérieux à faire ».

 

 

[1] Plat traditionnel en bois.

[2] Blé concassé mis dans la chorba. Que ceux qui ne connaissent que le vermicelle essayent le frik.

[3]  www.unido.org/fileadmin/user...we.../interno_web_DEF.pdf Diffusion de la démarche cluster dans trois pays du Maghreb. Définition d'une boite à outils méthodologique opérationnelle. 2013

 

[4] Mr Aït Abderrahim Mahmoud. Agriculteur in « Paysans d’Algérie ».

[5] www.dz-trucks.com/78_toufik-trailer

[6] http://youtube.be/OSbD9ZsYSDs

[7] La décennie de la dernière chance: Emergence ou Déchéance de l’Economie Algérienne ? escalger.wordpress.com/.../la-decennie-de-la-derniere-chance-emergence...   21 févr. 2014 – Pr. Lamiri Abdelhak (Enseignant chercheur à l'Ecole Supérieure de commerce d'Alger).

 

 

UN NOUVEAU TYPE DE FARINE POUR LE PAIN

Rentable et nutritif, selon son producteur

Samedi, 26 avril 2014 00:00
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La société de Gestion des participations céréales (SGP-CEGRO) envisage de  commercialiser à compter du mois de juillet un nouveau type de farine par le biais des groupes industriels Eriad au prix de 1 880 DA le quintal. C’est ce que vient d’annoncer son PDG, Mme Djamila Ikhnèche. Ce nouveau produit est composé de 70% de farine de blé tendre et 30% de semoule supérieure. Il sera exclusivement destiné à la production de pain. Il sera disponible aussi bien pour les boulangeries que pour les particuliers. Il permettra surtout de revoir à la baisse le prix de la baguette ordinaire qui, en principe, reviendra à son prix réel de 7,50 DA. D‘autant plus que le quintal de farine sera cédé aux boulangers au prix de 1 880 DA contre 2 000 DA pour la farine brute, subventionnée par l’Etat. Cette nouvelle farine a été soumise à des analyses pour connaître sa valeur nutritive, a rappelé Mme Ikhnèche. Selon cette dernière, SGP-SEGRO vise à contribuer à alléger la facture des importations de blé et faire face aux pratiques frauduleuses de certains boulangers qui utilisent la farine subventionnée destinée à la fabrication du pain pour faire de la  pâtisserie, qu’ils vendent, de surcroit, à un prix exorbitant, réalisant ainsi des bénéfices plus que suffisants pour maintenir leur activité et prospérer. Elle a ajouté que les cinq minoteries Eriad ne pouvaient pas répondre à la demande  exprimée par les 48 wilayas, en dépit d’une moyenne de production de 10.000 quintaux par jour pour la farine et de 8 000 quintaux par jour pour la semoule. Plusieurs minotiers présents à la 12ème édition du salon international de l’agroalimentaire «Djazagro2014», se sont déclarés disposés à produire ce type de farine. Le groupe agroalimentaire «Sim» s’est dit intéressé par la généralisation de ce produit s’il y une demande de la part des consommateurs. De son côté, le directeur commercial du groupe «La Belle», Slimane Achour, a indiqué que son groupe était prêt à produire cette farine destinée à la fabrication de pain.        

D.S./Agence

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UN NOUVEAU TYPE DE FARINE POUR LE PAIN

Rentable et nutritif, selon son producteur

Samedi, 26 avril 2014 00:00
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La société de Gestion des participations céréales (SGP-CEGRO) envisage de  commercialiser à compter du mois de juillet un nouveau type de farine par le biais des groupes industriels Eriad au prix de 1 880 DA le quintal. C’est ce que vient d’annoncer son PDG, Mme Djamila Ikhnèche. Ce nouveau produit est composé de 70% de farine de blé tendre et 30% de semoule supérieure. Il sera exclusivement destiné à la production de pain. Il sera disponible aussi bien pour les boulangeries que pour les particuliers. Il permettra surtout de revoir à la baisse le prix de la baguette ordinaire qui, en principe, reviendra à son prix réel de 7,50 DA. D‘autant plus que le quintal de farine sera cédé aux boulangers au prix de 1 880 DA contre 2 000 DA pour la farine brute, subventionnée par l’Etat. Cette nouvelle farine a été soumise à des analyses pour connaître sa valeur nutritive, a rappelé Mme Ikhnèche. Selon cette dernière, SGP-SEGRO vise à contribuer à alléger la facture des importations de blé et faire face aux pratiques frauduleuses de certains boulangers qui utilisent la farine subventionnée destinée à la fabrication du pain pour faire de la  pâtisserie, qu’ils vendent, de surcroit, à un prix exorbitant, réalisant ainsi des bénéfices plus que suffisants pour maintenir leur activité et prospérer. Elle a ajouté que les cinq minoteries Eriad ne pouvaient pas répondre à la demande  exprimée par les 48 wilayas, en dépit d’une moyenne de production de 10.000 quintaux par jour pour la farine et de 8 000 quintaux par jour pour la semoule. Plusieurs minotiers présents à la 12ème édition du salon international de l’agroalimentaire «Djazagro2014», se sont déclarés disposés à produire ce type de farine. Le groupe agroalimentaire «Sim» s’est dit intéressé par la généralisation de ce produit s’il y une demande de la part des consommateurs. De son côté, le directeur commercial du groupe «La Belle», Slimane Achour, a indiqué que son groupe était prêt à produire cette farine destinée à la fabrication de pain.        

D.S./Agence

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ALGERIE, APPRENDRE A CULTIVER AVEC MOINS DE PETROLE

En Algérie nous avons (encore) du pétrole et des ... idées.

D. Belaid 11.05.2014

 

L'aisance que permet la rente gazière et pétrolière ne durera pas éternellement. En date du 10 mai, le quotidien La Nation-DZ publie à cet égard un article alarmant : "La programmation de la lente agonie de la nation Algérie". Quelle que soient les échéances et les responsabilités, il est du devoir de chacun et en particulier des agronomes et membres des filières agricoles de se préparer à cette éventualité. Je me rappelle alors étudiant en agronomie être tombé sur un article sur le coût énergétique d'un quintal de blé produit alors par l'agriculture intensive française. Gros tracteurs gourmands en carburant, engrais azotés, produits phytosanitaires, … faisaient rapidement monter la note en énergie. Qu'en est-il chez nous et comment y remédier? Comment cultiver avec moins de subventions liées à la rente et en consommant moins de pétrole ?

 

ANTICIPER UNE EVENTUELLE REDUCTION DES SUBVENTIONS AU SECTEUR AGRICOLE

Une réduction des moyens financiers du pays se traduirait par une baisse des subventions au secteur agricole. Notamment une réduction du prix des céréales à la production et du soutien aux intrants. Il s’agit donc pour les céréaliers d’examiner les postes qui grèvent le plus leur marge nette mais aussi ceux en lien avec le facteur énergétique.

Question traction, il est évident qu'il s'agit de trouver un moyen de réduire les consommations en gazoil. Il ne sera pas possible de réduire ces consommations pour les opérations de récolte. Mais l’abandon du labour avec son remplacement par des techniques culturales simplifiées ou par le semis direct constitue la principale réduction des consommations en carburants. Comparant ces différentes techniques, Mr Bouguendouz Abdelghani* arrive aux coûts de mécanisation suivants par hectare : 8700 DA pour le semis conventionnel, 6000 DA et seulement 4500 DA pour le semis direct.

semis direct en Algérie

www.youtube.com/watch?v=VnzXr7yg3pk

 

 

En petit maraichage et agriculture de montagne, des initiatives montrent que la traction attelée modernisée peut être une solution pour des cas spécifiques.

 

 

Concernant les stations de pompage d'eau, et les pivots il peut être fait appel au solaire (http://youtu.be/dpTAT9aFJoU ) . Ce type de solution existe déjà en Espagne et aux Etats unis. En Algérie, en moyenne, pour un hectare de céréales irriguées, la facture de la Sonelgaz en électricité est de 3100 DA**. Le Haut Commissariat au Développement de la Steppe développe déjà l’équipement solaire de points d’eau isolés destinés à l’abreuvement des troupeaux d’ovins ( http://youtu.be/MGX7RxDebqs ). Au Maroc, le solaire fait l’objet également d’applications concrètes ( http://youtu.be/4j6k2dmvIHk ) .

Idem concernant l'alimentation des bâtiments d'élevage. Il serait intéressant que des sociétés d'équipement des toitures des bâtiments agricoles en panneaux solaires voient le jour. Dans le sud de la France, il n’est par rare de voir la toiture des étables ou des coopératives viticoles bardées de tels panneaux. Avec la baisse du coût des panneaux solaires chinois, la prochaine fabrication locale de ces panneaux, batteries et onduleurs il y a là de quoi exploiter le taux d’ensoleillement exceptionnel local.

 

PASSER DES ENGRAIS CHIMIQUES AUX ENGRAIS BIOLOGIQUES ?

Mais c'est dans le domaine de la fertilisation que des progrès rapides peuvent être consentis. Le coût de la fertilisation des céréales est variable selon les situations considérées. Des études font part de 5800 DA/ha (**). On peut remplacer une partie des engrais azotés par des légumineuses. Il faut savoir qu’associer une molécule d’azote à de l’hydrogène demande de fortes pressions et températures. Choses faites dans les usines d’engrais de Fertial. Or, les cellules des racines de légumineuses savent réaliser biologiquement cette opération sans ces folles dépenses d’énergie. Il peut donc être possible d’apporter aux cultures de l’azote simplement en intégrant dans la rotation des légumineuses. Des travaux montrent qu’il est même possible de cultiver des céréales en les associant à une légumineuse.

 

www.youtube.com/watch?v=oidvbVQ6NmY

 

Association blé-lupin

www.youtube.com/watch?v=of381ZrgqpQ

 

Il est également possible de remplacer au moins partiellement les engrais azotés et PK par des amendements organiques. Mais cela implique que toute une stratégie soit mise en oeuvre dès maintenant. Il s'agit de commencer à mieux mobiliser les boues résiduelles indemnes de métaux lourds, les composts de déchets verts, le bois raméal fragmenté (BRF). A cet égard, il s'agirait dès maintenant de planter des haies en bordure de champs afin, par la suite, de broyer le petit bois obtenu et d'en faire des copeaux à composter.

 

UN AUTRE ROLE POUR LA FORET ALGERIENNE

Nous pensons que la forêt algérienne serait à mieux utiliser. Celle-ci ne doit pas constituer un sanctuaire mais une réserve dynamique de biomasse. Alors que les incendies la ravagent régulièrement, est ce que l’exploitation des sous-bois ne permettrait pas de lutter contre les incendies et de fournir des copeaux de bois qui une fois compostés serviraient aux plaines céréalières et au maraichage ( http://youtu.be/lERkHIupoHY )? La question est posée aux forestiers. Nous pensons qu’il peut y avoir ainsi un autre rôle de la forêt: fournir des emplois ( http://youtu.be/HJd8ovjs4K4 ).

 

Enfin la méthanisation de la biomasse peut permettre de produire du gaz méthane. Le problème est la biomasse actuellement disponible est faible (concurrence animale pour les pailles, besoins d'amendements organiques pour le fumier). Il reste à inventorier les sources possibles (telles les boues résiduaires et celles issues des industries agroalimentaires). Il est à noter que la méthanisation produit un reliquat qui peut en lui-même constituer un amendement organique pour les champs. A côté de grosses installations dans des stations d’épuration des eaux, il peut être envisageable de construire de petites installations rurales.

 

Domestic portable Biogas

www.youtube.com/watch?v=3th2bcqHbsk

 

 

 

EN GUISE DE CONCLUSION PROVISOIRE

En matière de céréales, les postes les plus couteux en énergie concernent les carburants, la fertilisation et la consommation électrique en cas d’irrigation. Des alternatives existent. Il reste à envisager leur financement et leur diffusion au milieu agricole.

Nous ne manquerons pas de revenir sur ce sujet ô combien fondamental.

Deux remarques hors du champ technique. La fin inéluctable et proche, selon l’article du Matin, indique que plus que jamais le secteur agricole doit bénéficier d’une bonne gouvernance. Par ailleurs, il est du devoir de la société civile (rurale et urbaine) de se sentir plus que jamais concernée afin que le patriotisme économique soit dorénavant le mot d'ordre. A ce sujet, on ne peut qu'applaudir la renégociation à la hausse du contrat d'approvisionnement en gaz naturel de la société mixte algéro-espagnole Fertial.

NOTES :

(*) Agriculture-de-conservation.com/Pratique-de-l-agriculture-de.html

Pratique de l'agriculture de conservation en zone semi-aride (wilaya de Sétif - Algérie). Bouguendouz Abdelghani - ferme pilote de Ser Sour - 2009

(**) MERABET Lamine 2011. Effet des politiques agricoles sur l'offre et les revenus des céréaliculteurs. Cas de la zone sud de Khenchela. Mémoire d’ingéniorat. ENSA ex-INA El-Harrach.

 

FILIERE CEREALES, LA DREAM TEAM ALGERIENNE

D. BELAID 8.05.2014 actualisé le 9.05.2014

 

Il peut être étonnant de parler de « dream team » hors du secteur sportif. Portant, ce qui se passe actuellement au niveau de la filière céréales est positif.

Jamais du point de vue de l’augmentation de la production nous n’avons connu de telles évolutions positives. Entre 2009 et 2012, la profession a réussi à produire plus de 50 millions de quintaux durant quatre années de suite. Cela ne s'était jamais vu. Il faut le dire au moment où certains éditorialistes se complaisent dans le « Algeria bashing »

A qui en revient le mérite ? Nous nous proposons de mieux faire connaître les membres de cette « équipe Algérie » qui gagne : cadres dirigeants d’institutions, d’entreprises publiques ou privées ou enfin simples citoyens.

 

Les attaquants de pointe : La banque agricole

 

Dans toute opération économique, l’argent constitue le « nerf de la guerre ». Aussi, rendons à « César, ce qui appartient à César ».

En premier lieu l’augmentation des rendements de céréales vient du financement de la filière. Tous les postes qui contribuent à la marge brute de l'exploitant sont concernés.

On, ne peut donc que louer l’action des Décideurs ayant pris les mesures d’augmenter les prix à la production, de soutenir les prix des intrants agricoles ou de favoriser le crédit (Rfig et Ettahadi) et les organismes bancaires en charge de cette application.

 

Et les agriculteurs suivent. C'est le cas de Mr Khaled Yacine Bachtarzi1 à Guelma: « En blé dur, j’exploite de petites surfaces de 10 ou 15 hectares seulement, où je réalise quelques pics de 50 q. Mais l’incitation des 1000 DA de différence entre le prix garanti pour le blé tendre et le blé dur à la collecte m’a poussé à reprendre la production du blé dur ».

C'est le cas également en 2011 à Négrine, Wilaya de Tébessa, Mr Abdelkrim Salmi2, producteur de céréales a atteint les 85 quintaux/hectare en blé dur. Le journaliste qui l'a rencontré lors d'une remise de distinction pouvait dire de lui « Il n’a pas été ingrat et a reconnu que c’est grâce aux encouragements de l’Etat qui en maintenant le prix de 4 500 DA a encouragé les fellahs honnêtes à fournir plus d’efforts ». Le céréalier d'élite devait déclarer à cette occasion: «Je deviendrai riche à la sueur de mon front (...) Moi, je gagne, mon pays gagne et ma famille est très heureuse et fière de moi ».

 

CCLS, PMAT, ANABIB, des ailiers sûrs

 

Afin de suivre un itinéraire technique efficace, les céréaliers ont plus de moyens matériels à leur disposition.

PMAT mais également les importateurs3 mettent sur le marché des tracteurs, matériel aratoire, de semis, d’épandage, de pulvérisation et de récolte.

PMAT a engagé, sous la direction de son PDG, Attouchi Salah, ingénieur en construction mécanique, un vaste programme de construction d’engins, dont certains en partenariat comme les moissonneuses-batteuses Sampo.

L’OAIC à travers les CCLS et grâce à l’énergie et au dynamisme du P-dg, M. Belabdi Mohamed, apporte une aide conséquente sur le terrain. C'est le cas avec la fourniture de semences certifiées, engrais, phytosanitaires et aide aux travaux agricoles grâce aux « unités motoculture4 ». Concernant par exemple les semences les CCLS en partenariat avec l'Institut Techniques des Grandes Cultures, arrivent à fournir plus de 60% de semences triées et traitées. Depuis 1994, plus aucune semence de céréales n'a été importée. Ce qui a permis une économie de 140 millions de dollars selon Mr Omar Zaghouane directeur de cet institut et animateur infatigable des équipes de recherche-développement opérant dans les stations d'essais à travers le pays.

 

Grâce entre autres, à Anabib, se développe l’irrigation d’appoint des céréales. Quand on sait que les céréales sont en déficit hydrique 8 années sur 10 en fin de cycle, on imagine l’intérêt de la mise en place progressive de cette mesure.

 

Firmes d’agrofournitures et minotiers, une défense efficace

 

Une révolution a lieu depuis quelques années dans les campagnes. Aux agronomes des instituts techniques et services agricoles viennent s’ajouter les vulgarisateurs du secteur marchand.

Sur le terrain, les firmes de produits phytosanitaires et d’engrais développent des réseaux de technico-commerciaux.

C’est par exemple le cas de l’entreprise privée ACI de Chéraga ou de ProFert dirigée par les frères Meziani et basée à Béjaïa.

De leur côté les principaux possesseurs de moulins mettent en place des réseaux d’appui technique à de gros céréaliers afin de produire en quantité mais aussi en qualité du blé dur.

Le conseil technique auparavant cantonné à de la simple diffusion d’information est aujourd’hui accompagné d’un acte marchand.

Il en est profondément modifié positivement dans son efficacité. La dynamique en cours a trouvé un cadre original sous forme de clusters régionaux : les CRIC.

Une palme particulière est à réserver à Eriad et au Groupe Benamor. Celui-ci a initié la mise en place de réseaux d’appui aux agriculteurs.

Enfin, Mme Djamila Ikhnèche, du groupe Eriad, a indiqué à la presse que cette entreprise allait mettre sur le marché une farine de blé tendre importée enrichie à 30% de semoule de blé dur produite localement. Cela permettant de réduire les importations.

 

Les universitaires, des remplaçants sur le banc de touche

 

 

Des universitaires s’illustrent par des innovations remarquables. On peut noter ainsi les résultats de Mme SATI de l’université de Batna qui montrent que l’application de boues résiduaires permet de doubler le rendement du blé.

Mr Arezki Meckliche de l’ex-INA El-Harrach a montré que des fongicides et des pulvérisations foliaires d’engrais doublent le rendement de l’orge. Mr Hamenna Bouzerzour au sein d’une équipe à Sétif propose avec succès l’abandon du labour et l’utilisation du semis direct qui améliore le rendement et permet de lutter contre l’érosion.

D’autres anonymes montrent l’intérêt de mieux utiliser les engrais azotés ou phosphatés en sols calcaires. Cependant, pas assez écoutés, pas assez intégrés ces pionniers restent parfois sur la touche, tels des remplaçants sur leur banc…

 

Paysans, des ramasseurs de balles

 

Tous ces moyens financiers et techniques sont mis en œuvre par les céréaliers. Jamais on ne pourra assez louer leurs efforts, (ensemençant) chaque année leurs parcelles (même) au risque de voir la sécheresse réduire à néant leurs efforts sans possibilité de récupérer la mise de départ (frais de labour, engrais, semences).

Etrangement ces acteurs de premier plan, bien que contribuant fortement au succès de la filière sont mis en retrait.

En effet, existe-t-il des instances où les céréaliers ont leur mot à dire? A distribuer des crédits ? A gérer des agronomes ? Comme le note dans un de ces articles l’agroéconomiste Omar Bessaoud, le « dirigisme administratif » offre peu de place à des élus représentatifs des paysans en Algérie.

Combien des céréaliers, membres du prestigieux club des 50 quintaux du MADR, une fois les flashs de la cérémonie annuelle de remise des distinctions (passés) accèdent à des postes de responsabilité dans leur région?

Quelles responsabilités professionnelles sont proposées à Mr Abdelkrim Salmi de Négrine (Wilaya de Tébessa), lui qui a obtenu un rendement de 84 quintaux/ha ou à Mr Mostfa Benouis qui dépasse les 60 quintaux dans la wilaya de Relizane ?

En France de tels céréaliers seraient membre du Conseil d’Administration de la coopérative céréalière locale ou du CA de la Chambre d’Agriculture.

Il faut faire passer les agriculteurs les plus aptes à prendre des responsabilités du statut de ramasseur de balles à celui de donneur d’ordres et de coach.

 

Mettre les bons joueurs au poste adéquat

 

Les progrès en matière d’augmentation des rendements céréaliers sont tangibles. Certes, comme le faisait remarquer l’agroéconomiste Slimane Bedrani, dans un article de la presse nationale, avec toutes les sommes investies on aurait pu faire mieux.

Faut-il désespérer ? Nous pensons que la situation actuelle n’est que la résultante des forces socio-économiques en présence. Pour faire progresser les choses, à chacun de s'engager. Comment ?

L’artisan soudeur peut mettre au point des dispositifs permettant d’améliorer les outils du céréalier.

L’universitaire, grâce à internet, peut partager le fruit de ses recherches. L’ingénieur et technicien de terrain peuvent accélérer les procédures administratives et aller plus vers les céréaliers en pratiquant l’enregistrement de performances et en faisant connaître, comme le fait avec les éleveurs le groupe Danone, les meilleures pratiques de terrain.

Quant aux agriculteurs… Qu’il nous soit permis de citer cette image vue dans un film algérien du début des années 70.

Dans un village reculé, un personnage demande à des villageois ce qu’il en est de leur relation avec les autorités politiques. La réponse fuse : « ma djaw lal ‘anedna, ma rohna lihoum » (ni ils sont venus vers nous, ni nous ne sommes allés vers eux).

Nous pensons que c’est aux agriculteurs de tout mettre en œuvre pour bâtir des organisations professionnelles représentatives et par exemple développer un mouvement coopératif authentique.

Malgré le défaitisme ambiant, la filière céréale constitue actuellement une dream team remarquable. De nouveaux succès sont possibles. Il faut pour cela mettre les bons joueurs au bon endroit.

 

 1« Khaled Yacine Bachtarzi. Meilleur producteur céréalier à Guelma ». El Watan du 19/06/2012.

2« 44 céréaliculteurs se distinguent en produisant plus de 50 quintaux de blé par hectare ». Djilalli Harfouche. Quotidien La Nouvelle République. 2011.

3L'idéal c'est qu'ils soient également fabricants de petit matériel

4Grâce à leur matériel les CCLS peuvent assurer les labours, semis, traitements et récoltes.

 

 

 

OAIC DG:

Bilan de la CAMPAGNE LABOURS SEMAILLES 2012/2013 I) Superficie emblavée au niveau national. 3.443.277 ha contre 3.376.415 ha lors de la campagne écoulée.

 

 

Présentation au sujet: "Bilan de la CAMPAGNE LABOURS SEMAILLES 2012/2013 I) Superficie emblavée au niveau national. 3.443.277 ha contre 3.376.415 ha lors de la campagne écoulée." — Transcription de la présentation:

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Mohamed Belabdi, DG de l’Office algérien interprofessionnel des céréales

« On achète à des prix forts pour vendre à des prix très bas »

Propos recueillis par Fella Midjek
Publié le 7 décembre 2013 HORIZONS

Dans cet entretien, le directeur général de l’OAIC, Mohamed Belabdi, rappelle les prérogatives de son organisme qui est chargé, notamment, de l’importation des céréales, de fournir les agriculteurs en semences et de veiller aux stocks stratégiques de l’Algérie. Des stocks tenus secrets car les achats de l’Algérie dépendent des fluctuations de la Bourse internationale. Une information sur ces stocks de sécurité pourrait pousser les spéculateurs à augmenter les prix. « Nous sommes guettés de partout », prévient-il. M. Belabdi rappelle aussi que l’office ne fait pas de commerce. « Il achète à des prix forts sur le marché international pour vendre à des prix très bas sur le marché national. »

Présentez-nous brièvement l’Office algérien interprofessionnel des céréales.
L’Office algérien interprofessionnel des céréales intervient pour réguler le marché et l’approvisionnement de l’ensemble des transformateurs à travers le territoire national. Il s’occupe aussi des stocks stratégiques en céréales. Il appuie la production céréalière. Il est la colonne vertébrale de la filière par l’intermédiaire de ses quatre coopératives de céréales et de légumes secs. Il intervient dans le développement de la filière en opérant avec les sous-directions de semences existantes. Il met à la disposition des agriculteurs des semences de bonne qualité, des engrais phosphatés et azotés pour céréales, des désherbants et possède une section de motocultures au niveau des CCLS.

Comment intervenez-vous en tant qu’importateur ?
Notre mission est la régulation du marché national. L’Algérie est un grand importateur de blé tendre car on n’en produit pas assez vu les conditions climatiques. Ces dernières s’y prêtent pour la production de blé dur. Une commission d’achat, présente sur le marché international, reçoit des offres. Elle traite et achète du blé, selon les cotations existantes.

Quand est-ce que ces achats se font ?
Les céréales sont des produits boursiers. Donc, nous ne pouvons pas faire de gros achats pour profiter de certaines conjonctures. Mais nous ne sommes jamais sûrs d’avoir fait la bonne affaire. Cela ne se constate qu’après coup. Il s’agit d’un produit qui fluctue selon les conditions de la production mondiale de certains pays. Les cours sont conditionnés par le niveau de la demande. Certains pays rentrent sur le marché et le font bouger instantanément. L’OAIC a une cellule de veille pour surveiller le marché international de très près pour faire des achats. Jusqu’à présent, tous les achats que nous avons effectués sont en dessous des cotations affichées. Seulement, notre cahier des charges est exigeant car il s’agit d’un blé destiné à faire du pain et plus exactement la baguette pour laquelle il faut un certain W (gluten élastique). Ce blé est produit en Europe de l’Ouest.

Peut-on connaître à quel prix le blé tendre est négocié pour l’Algérie ?
Les derniers achats ont été faits à un prix très intéressant. Ces prix dépassent les 300 dollars la tonne et l’an dernier ils étaient à 350 dollars la tonne. L’orge a été achetée à 250 dollars la tonne et le blé dur à des prix très bas à ce qui est affiché actuellement.

Pourquoi continue-t-on d’importer du blé tendre au lieu d’encourager la production et la consommation du blé dur ?
Le problème réside dans les habitudes de consommation des Algériens qui ont changé depuis l’indépendance. Avant, ils étaient de grands consommateurs de blé dur principalement de couscous et de la galette à base de semoule. Actuellement, avec les fours rotatifs des boulangeries, on fabrique la baguette française qui nécessite un certain W.

N’est-il pas possible d’inverser la tendance grâce à l’importation ?
Il y a tout un travail à faire pour inverser cette tendance. Il faut savoir que le blé dur est plus coûteux sur le marché international. Parfois, la différence entre le prix du blé dur et celui du blé tendre dépasse les 120 dollars la tonne.L’Algérie a pu réaliser des performances en production assez intéressantes en blé dur, c’est pourquoi ses importations par l’OAIC ont diminué de 6% par rapport à 2012. Pour le blé tendre, la consommation est toujours là avec les pizzas, les hamburgers et le pain. Nous avons nos stocks stratégiques qui couvrent la demande pour une certaine période qui reste confidentielle car nous dépendons de la Bourse internationale et nous sommes épiés de partout.

Qu’en est-il de l’importation des autres céréales ?
Le maïs a une tendance baissière cette année grâce à une importante production mondiale, notamment aux Etats-Unis. Pour l’orge, l’Algérie est un pays producteur qui a exporté ce produit en 2009. La production nationale n’est pas totalement livrée à l’OAIC. Généralement, les éleveurs-engraisseurs gardent la production pour leurs besoins d’engraissement de leurs bétails en hiver.

L’OAIC vient de lancer une opération de régulation sur les légumes secs...
Je suis étonné d’apprendre, par voie de presse, que les prix des légumes secs ont augmenté. L’OAIC possède des quantités suffisantes pour couvrir les besoins des consommateurs. Nous avons 150 points de vente ouverts à travers le territoire national. Les présidents des APC ont été saisis pour mettre à notre disposition des locaux pour d’autres points de distribution avec des prix abordables. Ainsi, nous faisons barrière à la spéculation. C’est la deuxième année consécutive où nous procédons à ce genre d’opérations d’importation suite à la demande des pouvoirs publics. Le principe est le même pour l’importation des céréales. Nous achetons par le biais de la commission. Cette année, le haricot sec est affiché à des prix très élevés sur le marché international, il est à 2 700 dollars la tonne alors que l’an dernier il était à 1 300 dollars.

Les importateurs privés l’ont payé à 2.500 dollars la tonne. Comment cela est possible ?
Nous l’avons acheté à moins de 2.500 dollars la tonne. D’autres quantités arriveront la semaine prochaine. Ce qui va équilibrer le marché. Il s’agit d’importations ponctuelles.

Les prix de l’OAIC ne sont pas très loin de ceux du marché. Où se situe le nœud du problème de cette hausse vertigineuse ?
Pour le pois chiche, les prix sont très loin car celui vendu par les grossistes n’est pas de qualité. Chez l’OAIC, le pois chiche de 12 mm d’origine mexicaine est de très bonne qualité et il n’est pas mélangé à l’indien. Pour la lentille, c’est la même chose. Le problème des prix n’est pas au niveau des grossistes, mais dans les grandes surfaces.

Mais les grossistes vendent les pois chiches et les lentilles à des prix inférieurs aux vôtres. Pourquoi ?
Il faut savoir que ces produits ne sont pas soutenus par l’Etat. Avant, nous avions le monopole du marché, nous distribuions aux grossistes et le petit détaillant pouvait s’approvisionner à un prix abordable. Aujourd’hui, l’importateur est partout. L’autre problème est celui de l’évasion fiscale. Les commerçants ne viennent pas s’approvisionner chez les coopératives.

Où en est le programme d’appui aux agriculteurs sur les semences ?
L’OAIC est impliqué directement dans ce programme. L’Algérie n’a pas importé de semences de céréales depuis 1996. L’Institut technique des grandes cultures est le seul obtenteur en céréaliculture. Il est chargé de produire les semences de base, et l’OAIC en fait la reproduction. Depuis 2008 à ce jour, nous sommes passés à 2 millions de quintaux de semences commercialisés, soit l’équivalent de 60% de la sole (étendue de terre labourable) céréalière, c’est presque 2 millions d’hectares. C’est un saut qualitatif car, avant, les agriculteurs utilisaient les semences de ferme qui n’étaient pas conditionnées ni traitées. Elles sont sujettes à des maladies cryptogamiques causées par un champignon ou un autre organisme filamenteux qui influe directement sur les rendements des céréales. Grâce aux semences conditionnées, nous avons éradiqué ces maladies. 160.000 céréaliculteurs sont impliqués pour couvrir l’ensemble des superficies céréalières en semences certifiées.

Quel est votre chiffre d’affaires pour le dernier exercice ?
L’OAIC achète pour le compte de l’Etat. Il n’est pas subventionné. Il ne fait pas de commerce, contrairement à avant. Nous achetons au prix fort pour vendre au prix bas. C’est pour cela que nous n’avons pas de parts de bénéfice. Nous survivons grâce à la production locale et à la vente des semences. Le chiffre d’affaires est de 240 milliards de dinars. Cela ne va pas changer pour le prévisionnel. Notre effectif est de 10.000 personnes.

F. M.

 

ETAT PHYSIOLOGIQUE DU BLE A TISSEMSILT

 

Un témoignage de terrain intéressant. Un grand bravo à ce cadre qui prend la peine de prendre la plume. Il mériterait une médaille.

 

"Au cours de nos tournée du 17 au 23 mars 2014 dans les wilayates de Tissemsilt, Tiaret et Saida , nous avons observé une grande variabilité de stades phénologiques entre parcelles de céréales (voir photo). L'écart entre les stades extrêmes est 35 jours entre début montaison et épiaison. Ceci n'est pas dû à une disparité en matière de pluie car parfois les parcelles sont voisines; de plus il y a des eaux stagnantes et et des sources qu'on croyait taries qui ont réapparu. La différence est due à l'itinéraire technique et en particulier l'apport phospho-azoté. Les eaux stagnantes sont dues à l'absence de travail profond du sol; la céréale en début montaison doit son retard à l'absence de fertilisation depuis 1987. La plante au milieu au stade 3 noeuds a profité d'une poche de paille enfouie. L'enfouissement intégral des chaumes peut fertilisation palier à l'absence de fertilisation. La plante en épiaison est celle d'une parcelle de démonstration de l'itinéraire technique de l'ITGC avec apport de fertilisation SSP en Septembre et d'urée en décembre. Cette valorisation des pluies par la fertilisation est visible partout sur les parcelles de semences encadrées par l'ITGC. La chambre de l'Agriculture devrait inciter ses ouailles à venir aux journées de vulgarisation et à plus d'enfouissement de chaumes ou résidus de légumineuses alimentaires. La chambre de l'agriculture devrait inciter les agriculteurs à l'application de fertilisation et d'engrais organique pour valoriser le niveau élevé des pluies renforcées par des rosées quasi quotidiennes".

Notre Commentaire:

POUR UN ENREGISTREMENT DES PERFORMANCES

Ce témoignage est intéressant car il entre dans la catégorie de « l'enregistrement de performance » ou enquête culture. Enregistrer, en cours de culture, ou après récolte les caractéristiques de l'itinéraire technique est essentiel. A partir de parcelles agriculteur, c'est à dire en dehors des stations d'essais, cet enregistrement permet de comparer les techniques les plus performantes. Pour avoir utilisé avec succès ce type de méthode chez de gros céréaliers du bassin parisien, il nous est possible de la recommander vivement. Quel avantage pour une variété, une date ou mode de semis, un programme herbicide ou fongicide? L'enregistrement de performances sur une cinquantaine de parcelles permet d'y répondre sans recourir à l'arsenal des essais en station. Chaque technicien de secteur peut initier une telle démarche et après tri informatique sur un tableur disposer d'une manne d'informations qui lui permettra d'établir ses préconisations techniques.

 

QUEL TRAVAIL DU SOL ET FERTILISATION?

Le témoignage en question livre peu de détails sur l'itinéraire technique. Ainsi, les parcelles comparées ont-elles été semées à la même date? Quelques remarques cependant. Il est fait référence à l'enfouissement des chaumes afin de pallier à une fertilisation déficiente. Nous ne pouvons que souscrire à une telle démarche. En effet, c'est une aberration de n'opérer aucune restitution organiques au sol. Actuellement, outre l'exportation d'éléments minéraux à travers les grains, il faut tenir compte également des exportations par le biais des pailles et des chaumes « hadha mounekar » a pu dire d'une telle situation un technicien de terrain1. Ajoutons que le labour provoque la minéralisation rapide de la matière organique des racines. Ainsi, du point de vue de la matière organique des sols (MOS), la céréaliculture algérienne fonctionne depuis des décennies avec des bilans négatifs. Il est donc essentiel d'envisager des restitutions. Notons que la solution peut être également d'opter pour des semis sous couverts ou le semis direct plus respectueux de la MOS.

Concernant la fertilisation de récents travaux montrent l'intérêt d'apporter au plus tôt le SSP, voire même de préférer le Mono Ammonium Phosphate.

 

DES CONSEILLERS DE CHAMBRE D'AGRICULTURE AU SERVICE DES AGRICULTEURS

L'auteur de ce témoignage a tout a fait raison d'interpeller les Chambres d'Agriculture (CA). Peu d'information filtrent sur leurs façons d'opérer. Et pour cause, peu de cadres de terrain prennent la plume. Pourtant, le conseil technique de CA devrait faire l'objet d'études universitaires et de plus d'analyses détaillées de la part de la presse2. Sur le terrain existe actuellement un conseil technique assuré par des conseillers motivés et de proximité. Cependant, il concerne uniquement les produits de l'agro-fourniture: engrais et produits phytosanitaires. Certes, ci et là existent des conseillers des DSA, INPV, ITGC qui pratiquent un conseil de proximité. Malheureusement, celui-ci reste rare et épisodique car ces conseillers ont a mener en parallèle d'autres missions. Aussi, il nous semble que seuls des conseillers techniques de CA peuvent apporter un conseil efficace. Il faudrait pour cela que les CA gagnent en représentativité en autonomie de gestion et de financement. Pourquoi ne pas leur ré-affecter une partie des rentrées fiscales provenant du secteur agricole3 et leur permettre leur propre recrutement de conseillers technique de terrain? Pour cela, les CA devraient être plus représentatives. Par ailleurs, une école de formation spécifique aux élus paysans devrait leur permettre un perfectionnement à la gestion.

D BELAID 20.04.2014

1« hadha mounekar » peut être traduit de l'arabe par « c'est un mal absolu ». Voir sur you tube « Agriculture de conservation en Algérie Partie 1  et 2.

2Il est regrettable de noter au niveau de la presse l'absence de spécialisation des journalistes sur les thèmes économiques et notamment agricoles..

3En France, les ressources des CA proviennent de l'impôt sur le foncier non bâti.

 

ALGERIE: EN BLE DUR, ANTICIPER LA FIN DE L'AGE D'OR?

 

Djamel BELAID 20.04.2014.

 

Depuis 2008, le prix à la production du blé dur est de 4500 DA le quintal. Les produits phytosanitaires font l'objet d'exonération de TVA. Quant aux engrais, le soutien des prix par les pouvoirs publics représente 20% de leur montant1. Le crédit de campagne (R'fig) est sans intérêt. Enfin, pour les céréaliers qui souhaitent acquérir un système d'irrigation d'appoint, une aide financière est accordée par l'OAIC et il est même possible de la rembourser par des versements en céréales. Bref, la céréaliculture algérienne vit un âge d'or. En sera-t-il toujours ainsi? Si la réponse est négative comment les céréaliers peuvent-ils anticiper l'avenir?

 

UN CONTEXTE ECONOMIQUE INCERTAIN

La généreuse aide financière accordée par les pouvoirs publics repose essentiellement sur la rente tirée des hydrocarbures. Or, celle-ci peut être fluctuante selon les prix du marché international. Par ailleurs, il s'agit de compter avec la concurrence des gaz de schiste US et du gaz en provenance du Qatar qui souhaite investir le marché européen. Enfin, engagée dans la voie d'un redressement de déficits publics abyssaux, la France pourrait demander de renégocier le tarif des contrats de gaz avec l'Algérie.

Par ailleurs, la demande des autres secteurs de l'économie nationale en financement est forte. Le secteur agricole et en particulier le blé dur (BD) pourrait faire l'objet d'arbitrages. En effet, face aux coûts de production du BD, les pouvoirs publics pourraient être amenés à privilégier l'importation de blé tendre. Les vendeurs se bousculent sur le marché international. C'est le cas des Russes et des Ukrainiens qui proposent des prix inférieurs de 10 à 15 € au blé tendre français.

A ces contraintes extérieurs vient s'ajouter la volonté des pouvoirs publics d'une adhésion à l'OMC. Une telle démarche implique la réduction des subventions étatiques aux céréaliers.

Face à ce contexte incertain, la filière BD, et en particulier les céréaliers algériens se doivent de réduire les coûts de production et d'améliorer la qualité des produits locaux.

 

REDUIRE LES CHARGES VARIABLES

Un des réponses est de réduire les charges variables liées aux semences, engrais, phytosanitaires, carburants.

-concernant les semences: une solution consiste à produire de la semence de ferme triée et traitées d'aussi bonne qualité que celle vendues par les CCLS. Pour cela, il s'agirait de développer l'emploi de petites unités mobiles de traitement passant d'exploitations en exploitations.

-concernant la fertilisation: les solutions sont multiples. Afin de réduire les doses d'engrais à apporter on peut envisager de plus grandes restitutions organiques sous formes de résidus de récolte, d'amendements organiques (boues résiduaires, fumier, composts à base de bois raméal fragmenté) voire de semis sous couvert2. Un choix des engrais les plus adaptés aux types de sols ainsi que leur épandage sous forme localisée voire par pulvérisation sur le feuillage peut permettre

une meilleure efficience de la nutrition minérale.

-concernant l'utilisation des produits phytosanitaires, la réduction des coûts concerne essentiellement les herbicides et les fongicides. Pour les premiers, il est possible de les remplacer en partie ou totalement par le désherbage mécanique grâce à l'emploi de herses étrille3. Quant aux seconds les seules possibilités de réduction de leur emploi réside dans l'utilisation de variétés plus résistantes aux maladies fongiques4. Dans le cas des insecticides, il ne nous semble pas possible de s'en passer.

-concernant les carburants: des réductions considérables du poste carburants sont possibles grâce à la technique du semis direct. En effet, les opérations de labour et de préparation du lit de semences sont remplacées par un seul passage de semoir.

-concernant l'irrigation: il faut s'attendre à des hausses des tarifs de l'électricité. Les céréaliers bénéficieront-ils de tarifs préférentiels? Quid des possibilités en équipement afin d'utiliser l'énergie solaire?

 

Il apparaît que les réponses sont variables selon les intrants considérés et le type d'exploitations (petites ou grandes, intensives ou extensives, avec ou sans élevage ovin).

 

Pour une grande partie des solutions, les références techniques existent. Reste à les appliquer. Mais avec quel encadrement technique?

 

 

REDUIRE LES CHARGES FIXES

Les charges fixes représentent 40% du coût de production du blé dur (MERABET 2011). Il s'agit du poste où les économies à réaliser sont les plus grandes. Parmi les solutions certaines dépendent des pouvoirs publics et d'autres du seul céréalier (exemple choix du semis direct) ou de son environnement immédiat.

 

-Instaurer un tarif de fermage. Il ne faut pas se voiler la face. Tous les céréaliers ne sont pas propriétaires des parcelles qu'ils travaillent. Aussi, c'est aux pouvoirs publics de mettre en place un tarif de fermage selon chaque wilaya. Certes, il s'agit également de veiller aux abus.

 

-Les solutions individuelles. S'il est une solution individuelle porteuse de réductions des charges fixes, c'est celle de l'adoption du semis direct. Les coûts de mécanisation sont ainsi réduits de façons drastiques. Ils passent de 8750 DA/ha à 4500 DA/ha (BOUGUENDOUZ 2009). Quant au temps passé pour l'implantation de la culture il passe de 10 à 5 heures. MRABET (2001) note que « sur quatre ans, l’agriculteur a gagné en moyenne 4912 dirhams par hectare en pratiquant le semis direct, par contre le gain n’était que de 950 dirhams par hectare avec le labour ». Cette technique requiert cependant un minimum de maîtrise technique; il est par exemple primordial de maîtriser le salissement en adventices.

 

-Les solutions à plusieurs. Le matériel agricole moderne (tracteurs, moissonneuses-batteuses) n'est amorti qu'en étant utilisé sur un grand nombre d'hectares. La solution réside donc dans l'acquisition de matériel agricole à plusieurs voire au recours aux entrepreneurs de travaux agricoles. Ces derniers peuvent avoir plusieurs formes: unité de motorisation de CCLS5, particulier sous statut privé disposant d'un parc matériel6 ou agriculteur voisin7. Il serait intéressant à cet égard d'étudier l'évolution des coûts du labour en tenant compte de l'effet des récentes décisions d'importation et de fabrication ou de montage local de tracteurs.

 

AGIR MAINTENANT ET NON PAS AU SON DU CANON

 Concernant les charges variables, des réductions de coûts peuvent être opérées sur la plupart des postes. Quant aux charges fixes, des réductions sont possibles et elles sont d'un ordre bien supérieur aux précédentes. Cependant, leur mise en oeuvre s'avère en général plus ardue.

Des travaux d''universitaires et de centre de gestion pourraient permettre d'établir un observatoire du montant et de l'évolution de ces charges fixes et variables8. Ce qui permettrait d'établir le montant exact des marges brutes et nettes.

Certes, il est illusoire de penser réduire les coûts et d'être aussi concurrentiel qu'un céréalier Canadien. Cependant, il existe de réelles marges de progrès.

Concernant les charges variables il s'agit de revoir l'organisation actuelle du conseil technique. Il devrait être assuré par des techniciens de secteurs sous la direction de Chambres d'Agriculture devenues réellement représentatives. Quant aux charges fixes, la réflexion nécessite la collaboration des centres de gestion comptables.

 

Cette définition des rôles permettrait de faire entrer dans les moeurs la culture des stratégies de réduction des charges. Celles-ci sont actuellement réalisées sans réel fondement agronomique. Il s'agit plus de systèmes céréaliers extensifs où le revenu est en partie complété par l'association de l'élevage ovin. Actuellement pour nombre d'exploitations, il s'agit moins de faire d'économies d'intrants que d'en utiliser plus afin d'augmenter les rendements et donc les marges nettes à l'hectare. Ainsi, l'approche des conseillers de secteurs serait de considérer les niveaux d'intensification et le niveau technique des exploitations.

 

Le raisonnement doit dépasser le simple cadre de l'exploitation et se poser en terme de filière. Ainsi, qui doit supporter les coûts d'une meilleure qualité du BD, par exemple concernant les doses d'engrais azoté et le pilotage de ce type de fertilisation dans le cadre d'une meilleure qualité protéique du grain?

 

Outre, le conseil et les transformateurs la réduction des coûts nécessite la fabrication de petit matériel adapté: unités mobiles de semences, herses étrille, fourches hydraulique à l'avant des tracteurs, épandeurs de fumier, localisateur d'engrais au semis. Ce rôle est à assumer par le secteur privé en sa qualité d'importateur. Pour chaque quota de matériel importer devrait correspondre une production locale. La société PMAT constitue par ailleurs un acteur incontournable. Cette société s'est illustrée par le montage de moissonneuses-batteuses modernes et la conception de roto-herses.

Des sauts qualitatifs en matière de production de matériel sont donc possibles. Les actuels pourparlers de PMAT en vue du montage local de semoirs en ligne s'avèrent à cet égard fondamentaux. Ainsi, des choix novateurs sont à opérer. Que pourraient apporter le développement de traitements aériens?

 

Que sera-il- réellement possible de faire en cas d'adhésion à l'OMC? C'est une véritable révolution qui se prépare.

 

Si des opérateurs privés ont pu faire bouger les lignes, le rôle des pouvoirs publics est immense. Mais quel est le poids des conseillers techniques du Ministre de l'Agriculture9? Il s'agit d'adopter des choix immédiatement en période d'aisance financière et non pas « au son du canon ». Des évolutions positives sont possibles. Cela a été le cas avec le développement de réseaux de technico-commerciaux des firmes de produits phytosanitaires. Certes, dans cet exemple il avait suffit d'une simple autorisation données à des firmes étrangères. Il en va autrement dans le cas de la réalisation d'économies. Car dans ce cas, il n'y a rien à vendre pour les firmes étrangères. Sauf à substituer des importations par d'autres moins coûteuses (par exemple importer des herses étrilles au lieu d'importer massivement des herbicides). Un équilibre est à trouver afin d'encourager les importateurs mais aussi les fabricants locaux de petit matériel agricole. Comment également surfer sur l'aide du management d'équipes étrangères comme dans le cas des produits phytosanitaires? Des importateurs algériens ont acquis une expérience en matière de conseil, réseau d'assistance et de réparation, service après vente. Par retour d'expérience, il s'agirait d'étudier comment reproduire de tels scénarios mais avec plus d'intégration locale. Les CRIC s'avèrent être des instances idéales de concertation, même s'il ne s'agit pas d'une initiative de l'ITGC mais des transformateurs. Le rôle d'aiguillons des transformateurs est ainsi intéressant (mais quid de leur participation s'il leur devenait possible d'importer du BD étranger moins cher que le BD local?)

 

Références bibliographiques:

BOUGUENDOUZ A., 2009 Pratique de l'agriculture de conservation en zone semi-aride (wilaya de Sétif – Algérie). agriculture-de-conservation.com/Pratique-de-l-agriculture-de.html‎

 

MERABET L., 2011 Effet des politiques agricoles sur l'offre et le revenu des céréaliculteurs. Cas de la zone de Khenchela (Algérie). Ecole nationale supérieure agronomique Alger - Ingénieur d'état en agronomie. www.memoireonline.com/.../m_Effet-des-politiques-agricoles-sur-loffre-...

 

MRABET R., 2001 Le semis direct : potentiel et limites pour une agriculture durable en Afrique du Nord. NATIONS UNIES COMMISSION ECONOMIQUE POUR L'AFRIQUE Centre de développement sous-régional pour l’Afrique du Nord (CDSR) Tanger (Maroc). 21p. www.un.org.ma/IMG/pdf/CEA_09_fr.pdf

1Certains types d'engrais azotés sont peu disponibles pour des raisons sécuritaires.

2Le semis sous couvert consiste à installer une culture dérobée avant l'implantation de la céréale. Cette culture qui ne sera récoltée servira à enrichir le sol.

3On consultera le retour d'expérience sous forme écrite et de vidéos sur le site d'Arvalis.fr.

4Encore faudrait-il que l'ITGC communique sur la résistance des variétés disponibles.

5 Comment accroître l'efficience des unités de motorisation des CCLS? Un statut permettant de larges majorations de

salaires en cas d'heures supplémentaires s'avère indispensable.

6 C'est le cas de la société Agroplus qui pour les fourrages propose des chantiers d'enrubannage. Cela pourrait être le

cas pour des chantiers de semis.

7En France se développent des Cercles d'échanges de matériel. Un animateur met à jour un barème de travaux agricoles acceptés par des agriculteurs adhérents pour une somme modique. Il reçoit par téléphone les offres et demandes de travaux et met établit les contacts. A noter qu'à l'ère d'internet et de la 3G, on pourrait même imaginer un site national gérant des cercles d'échanges de matériel par wilaya.

8Actuellement les seuls chiffres disponibles proviennent de quelques travaux universitaires (Chaire d'Economie rurale de l'INA), de travaux réalisés à Sétif ou à Settat (Maroc) concernant le semis direct.

9 Y-a-il actuellement un Mr Khodja tel celui qui était responsable du Plan et osait dire, à l'époque, au Président H

Boumediene: « Non, Mr le Président, je ne suis pas d'accord ». Mais même au niveau de PMAT, y-a-il un centre

de recherche avec des agronomes et un PDG qui entérine leurs décisions techniques? Voir la dernière conférence

de Abdelatif Benachenhou.
www.youtube.com/watch?v=3R_nWu8A2eE

 

 

 

 

 

BAISSE DE LA QUALITE DES BLES FRANÇAIS. FAUT-IL CONTINUER A EN IMPORTER ?

D. BELAID 15.04.2014

Les agriculteurs français sont les premiers à reconnaître que la qualité du blé produit en France est en baisse. Aussi, en Algérie, doit-on continuer d’acheter du blé français et d'essayer à tout prix de proposer de la baguette parisienne aux consommateurs?

 

UNE QUALITE OU DES QUALITES ?

Il s’agit tout d’abord de s’entendre sur ce qu’on entend par qualité.

Si on considère le taux de protéines du blé tendre, celui-ci est effectivement en baisse constante depuis 4-5 ans (seulement 11,2% en 2013). En 2003, soit une seule fois en 18 ans la teneur moyenne en protéines a atteint 12,5%. Les causes sont multiples :

-         - Utilisation de variétés à haut rendement produisant plus d’amidon que de protéines. Sur 20 ans, le progrès génétique  a permis une hausse annuelle moyenne des rendements de 0,6 à 0,9 qx/ha. Sauf, que côté protéines, la hausse n'a pas suivi. Avec les baisses de subventions agricoles liées à la PAC, on peut s’attendre à ce que les agriculteurs privilégient encore plus le rendement aux dépends de la qualité en protéines.

-         - Mesures environnementales entraînant une moindre utilisation de l’azote. Notons à ce propos que les engrais azotés ne sont pas en eux-mêmes la cause du problème, c’est plutôt leur utilisation en absence d’analyse de sol qui est problématique pour ce type d’engrais très soluble.

 

Suite à cette érosion, l’interprofession française a décidé le 3 décembre 2013 d’imposer dorénavant la mention de la teneur en protéines sur les factures remises au producteur par le collecteur. Des appareils d’analyse sont en cours d’installation dans chaque silo. Des subventions sont accordées par la filière afin d'installer des appareils de mesure rapide au niveau des points de collecte*.

Quant à l’indice de temps de chute de Hagberg des blés tendres, il est mauvais les seules années pluvieuses comme en 1997, 2007 et 2012. La corrélation entre les pluies lors de la moisson et cet indice est telle qu’un agriculteur est à l’origine de ce dicton « Tournoi de tennis à Rolland Garros sous la pluie, temps de chute de Hagberg mauvais ». L’humidité après maturation du grain provoque sa germination sur épi. Même invisible à l’œil nu, celle-ci dégrade les qualités boulangères de la farine issue de tels grains. La pâte provenant de ces farines lève mal. Plus grave, même en mélangeant des grains de bonne qualité avec les grains germés, cet indice n’est pas amélioré. Cet indice est devenu la bête noire des chefs de silos. A tel point que l’opérateur portuaire Sénalia basé à Rouen a décidé unilatéralement le 6 août 2013 et malgré les contrats précédemment établis d’interdire l’arrivée dans le blé présentant un temps de chute de Hagberg inférieur à 220 secondes.

Quant aux toxines déoxynivalénol (D.O.N) liées à la fusariose du grain, une analyse est dorénavant obligatoire pour chaque remorque arrivant au silo. La fusariose des épis se développe lorsque le remplissage des grains se fait par temps humide. Cela a été notamment le cas en 2007. Près de 10 % des surfaces en blé avaient été alors touchées par une concentration en DON supérieure à la limite. Les agriculteurs français sont aujourd’hui sensibilisés et l’on constate une augmentation des traitements anti-fusariose. Il est ainsi proposé aux agriculteurs des programmes fongicides permettant de garantir un taux de DON inférieur à la norme de 1750 ppb chez le blé dur.

En cas de présence de toxines D.O.N, le blé est alors déclassé en blé fourrager. Il n’est pas utilisable en alimentation humaine mais est autorisé, en France, en alimentation animale. Des aviculteurs algériens ont récemment demandé l’importation de blés fourragers. Cela n’est pas sans risques sanitaires en cas de détournement de ces blés de leur destination animale vers l’alimentation humaine.

 

76/15/4/2/2/220 LES ATOUTS DU BLE FRANÇAIS

Un agriculteur français m’a récemment raconté cette anecdote. Il y a quelques années, la fille d’un de ses collègues agriculteur est allée en Egypte. Elle a eu à constater l’état du blé français arrivant dans les ports égyptiens : avarié, moisi. A son retour en France, elle a raconté à son père ce qu’elle avait vu et lui a dit: « j’ai eu honte du blé qu’on envoyait en Egypte ».

Il est évident que le choix de l’origine des blés à importer revient aux seuls importateurs algériens. Dans ce choix, le prix est un facteur déterminant. La qualité également.

Malgré un relatif faible taux de protéines, les blés français possèdent certains avantages.

Le premier de ces avantages concerne la fiabilité des contrôles. Les wagons de blés envoyés par train par exemple à Rouen font l’objet de prélèvements pour analyse lors de leur chargement et sont plombés par des scellés.

A l’arrivée des remorques devant les silos les organismes de collecte (coopératives et négoce) procèdent à des contrôles systématiques : taux de protéines, D.O.N, indice de chute de Hagberg.

Habituellement les contrats entre chargeurs à Rouen et organismes de stockage signés avant moisson sont basés sur une norme : le 76/15/4/2/2, n'impliquant donc pas l’indice de Hagberg. En transformant ce standard en 76/15/4/2/2/220 Sénalia a provoqué une onde de choc. A sa décharge, ce chargeur a affirmé que certains lots français arrivaient à peine à 80 alors que les acheteurs étrangers réclament du 220. Or, même en coupant des lots de blés, il est impossible de faire remonter cet indice.

Quant au taux de cadmium, il est contrôlé. La force des blés français réside dans la fiabilité des analyses et dans la traçabilité des lots. Les blés canadiens sont également très contrôlés. Qu’en est-il des blés ukrainiens (ceux-ci sont actuellement peu prisés des importateurs algériens du fait des piqures de punaises)?

Les blés français et canadiens se distinguent par la fiabilité des contrôles dont ils font l’objet. Quant au faible taux de protéines des blés français plusieurs points militent en faveur de son amélioration.

-          Existence de contrôles à la réception des chargements,

-          Nouveau programme d’équipement en matériel d’analyse des protéines au niveau des points de collecte,

-          Existence d’un barème de bonification valorisant le taux de protéines. Un agriculteur français m’expliquait récemment que financièrement il était très rentable de faire 90 qx/ha avec 12% de taux de protéines. Rappelons que certains agriculteurs français visent plus que les 90 qx/ha.

-          Développement d’outils de pilotage de la fertilisation azotée permettant de concilier dose d’azote optimale et préoccupations environnementales.

 

METTRE DES CONDITIONS A L’IMPORTATION DES BLES FRANCAIS

Les blés français présentent actuellement deux faiblesses qualitatives : leur taux de protéines et leur indice de chute de Hagberg en années pluvieuse. Dorénavant la filière céréales française a décidé d’améliorer les paramètres qualitatifs et sanitaires des blés. Est-ce le cas pour des blés provenant de pays moins exigeants du point de vue des contrôles sanitaires ? C’est aux importateurs algériens de trancher.

Concernant le taux de protéine, la force boulangère (W), le taux d’humidité, l’indice de chute de Hagberg ou du poids spécifique, les blés ukrainiens arrivés en 2012 dans les ports marocains surclassaient à chaque fois les blés français. Et cela pour un prix de 10 à 15 dollars en moins par tonne que les blés français

En cas de décisions favorables aux blés français, les importateurs algériens se doivent d’exiger en retour un transfert de savoir faire. Ce transfert peut porter sur différents points techniques. Mais il peut également porter sur des aspects organisationnels : modalités de constitution des lots de blés au niveau des organismes de collecte ou modalités d’organisation du suivi technique des agriculteurs. A notre avis, les délégations d’agriculteurs et de techniciens de terrain devraient être plus fréquentes dans les coopératives françaises. Idem concernant nos étudiants agronomes.

La proximité culturelle et géographique milite pour un tel transfert. Cela ne doit pas nous empêcher d’être vigilant. Par exemple, l’aide de meunier français peut viser à maintenir l’usage de la baguette de pain et ainsi maintenir l’utilisation de farines françaises. Or, la baguette française n’est pas la seule forme pour cuisiner du pain. Il y a par exemple la galette. Il s’agirait d’étudier si l’industrialisation des procédés de fabrication de galettes ne permettrait pas de réduire les importations de blé de première catégorie. Idem concernant les blés complets. Pourquoi ne proposer au consommateur algérien que du pain blanc alors qu’existe des pains complets ?

 (*) La mesure du taux de protéines peut être réalisée sur des grains entiers ou broyés au moyen de la spectrométrie dans le proche infrarouge. Ce type d'analyse dure moins d'une minute et peut donc être réalisé à l'entrée des points de collecte pour analyser les arrivages.

 

 

L’OAIC, PARTENAIRE MAJEUR DES CEREALIERS DANS L’AUGMENTATION DES RENDEMENTS.

D. BELAID.  22.03.2014  actualisé 12.04.2013 Ingénieur agronome. Enseignant chercheur. Ex conseiller appui cultures en Chambre d’Agriculture en France.

 

L’OAIC, PARTENAIRE MAJEUR DES CEREALIERS DANS L’AUGMENTATION DES RENDEMENTS.

Djamel BELAID. Ingénieur agronome. Enseignant chercheur. Ex conseiller appui cultures en Chambre d’Agriculture en France.

En Algérie, les intervenants de la filière céréales sont divers. Il y a les agriculteurs bien sûr mais aussi, l’ITGC, la recherche universitaire agronomique, les firmes d’agrofournitures, les exportateurs français, l’OAIC et les transformateurs locaux (SIM, Groupe Benamor, GM Dahra). Ces intervenants peuvent être classés selon leur apport à l’intensification céréalière. Et aussi étrange que cela puisse être, l’OAIC, traditionnellement connu pour son rôle de collecte à travers les CCLS et d’importateur, développe des programmes qui pourraient faire de cet office un agent majeur d’augmentation des rendements.

DES INTERVENANTS AUX MISSIONS DIVERSES

Chacun des intervenants de la filière céréales possède sa spécificité. Si les agriculteurs constituent la clé de voûte du système, ils sont cependant étrangement absents des prises de décisions. Cela est lié au faible développement d’associations professionnelles représentatives et d’organismes agricoles aux statuts souvent désuets.

L’ITGC est plutôt tourné vers la recherche appliquée. La recherche agronomique universitaire, campée dans sa tour d’ivoire et donc sans lien avec le monde de la production, est handicapée par le peu de valorisation de ses résultats. L’agrofourniture apporte un renouveau salvateur à la vulgarisation de techniques nouvelles. Ses réseaux de technico-commerciaux irriguent les campagnes et proposent des produits phytosanitaires ou de nouveaux types d’engrais qui constituent autant de ruptures technologiques. Ruptures parfois anticipées par une recherche agronomique nationale malheureusement aphone.

L’agrofourniture c’est aussi le matériel agricole. Il s’agit de saluer l’extraordinaire apport du secteur public (PMAT, Anabib) en engins de tout genre. Ce dynamisme est permis par de constants financements publics et des partenariats étrangers. On pourrait s’attendre à un peu plus d’innovations de la part de ces entreprises publiques. Il faudrait pour cela consentir plus d’investissement dans la recherche-développement.

Les transformateurs de céréales, nouveaux venus sur le paysage économique, se distinguent par une approche qualité. Ils développent, à travers la constitution progressive de réseaux d’agriculteurs, une politique de choix variétal. Il s’agit là d’une dynamique à saluer. On pourrait s’attendre cependant à plus d’implication dans le conseil en fumure azoté vu le retard accumulé en matière de qualité des blés durs. Des structures régionales de concertation telles les CRIC sont un cadre adéquat.

La figuration dans cette liste d’opérateurs de France Export Céréales peut étonner. Rappelons l’ apport à la production laitière nationale des techniciens d’élevage bretons dans le cadre du projet Alban. Ce projet, actuellement développé dans 3 wilayas pilotes, devrait être élargi à 4 autres wilayas. On serait en droit de demander à FEC de développer une coopération plus équilibrée avec les céréaliers algériens comme cela se fait avec le projet Alban. Ou bien pour FEC, l’Algérie n’est-elle qu’un simple marché où les céréaliers français viendraient déverser leurs surplus à une population captive du fait d’habitudes boulangères discrètement instillées par des experts en meunerie?

Reste dans cette liste l’OAIC. Cet office est discret, à l’image de son site internet peu fourni en informations techniques (un comble quand on a pour mission le développement de la production céréalière). Il est surtout connu pour l’approvisionnement du marché national en céréales à travers ses activités de collecte et d’importation. Or, il dispose d’un réseau de « Coopératives » de Céréales et de Légumes Secs (CCLS) à travers tout le territoire national. Si celles-ci ont pour principale mission la collecte et le stockage, elles ont aussi un rôle d’appui à la production.

L’OAIC, UN PIONNER DE L’IRRIGATION D’APPOINT DES CEREALES

Les interventions des CCLS sont nombreuses : tri et traitement des semences, unités de prestations de travaux agricoles, aide à la récolte par les moissonneuses-batteuses modernes Sampo mais aussi par des flottes de camions et de bennes Marel ramenant les grains depuis les parcelles jusqu’aux silos.

Depuis quelques années, à travers ses CCLS, l’OAIC propose aux céréaliers de s’équiper en irrigation d’appoint. Il s’agit d’une révolution technique. Il ne s’agit pas de proposer aux céréaliers de l’intérieur du pays des pivots comme pour le grand Sud, mais des cannons enrouleurs (fabriqués localement par Anabib). Ces derniers permettent d’arroser les céréales aux périodes les plus critiques. L’OAIC propose même aux céréaliers un remboursement de ces équipements par des versements en grains.

En Algérie, l’eau constitue le facteur limitant de la production céréalière. Et pourtant, de tout temps, la seule réponse héritée de l’agronomie coloniale a été de procéder à des labours profonds. Vers la fin des années 70 un chercheur de l’INESA (ex-Ina d’El Harrach), Mr A. Meckliche, a le premier, précisé les doses et stades pour une irrigation d’appoint. Malheureusement, à l’époque, les travaux de ce visionnaire n’ont pas eu d’échos.

L’irrigation d’appoint des céréales concerne aujourd’hui quelques milliers d’hectares. Les résultats obtenus par les agriculteurs ayant opté pour cette technique sont époustouflants. Lorsqu’ils associent à l’irrigation l’emploi de semences certifiées, de variétés à haut rendement, d’engrais adéquats et une protection phytosanitaire adaptées, les céréaliers obtiennent des rendements dépassant les 50 quintaux par hectare. Rejoignant ainsi le « club 50 quintaux » du MADR. On le voit donc, l’irrigation d’appoint peut jouer un rôle capital dans l’augmentation des rendements lorsque l’itinéraire technique est respecté.

L’OAIC, SECURISER LES RENDEMENTS

Cependant, chaque céréalier ne dispose pas d’un puits ou d’une retenue collinaire afin d’irriguer ses céréales même si cela n’est à faire qu’aux phases les plus critiques. Aussi, depuis de nombreuses années les CCLS ont développé avec leurs « Unités d’Intervention » une action de prestation de travaux agricoles vers les céréaliers les plus sous-équipés. Ces services visent à permettre la réalisation d’itinéraires techniques améliorés. Ainsi, les CCLS ont développé l’usage de roto-herses dans la préparation des semis. Les semences germent dans de meilleures conditions et le peuplement futur épis est optimisé. Outre le semis, les services proposés par les CCLS concernent l’apport d’engrais, la pulvérisation de produits phytosanitaires et bien sûr la récolte et son transport vers les silos. Un programme de déploiement de camions ateliers est en cours.

Cette approche est bénéfique pour les petites exploitations dépourvues en un matériel agricole sophistiqué qui coûte excessivement cher. D’autant plus que les coopératives d’utilisation de matériel ou les cercles d’échanges sont rares. L’idéal serait que les petites exploitations acquièrent à l’avenir du matériel en commun pour plus de souplesse dans la réalisation des chantiers. L’intervention salutaire des CCLS permet actuellement l’accession plus grande de techniques et de matériels modernes dans les campagnes notamment au sein de la petite paysannerie.

Parmi les opérations culturales offertes par les CCLS, il y en a une qui peut permettre de sécuriser les rendements là où l’irrigation d’appoint n’est pas encore disponible. Il s’agit de la technique du non labour avec semis direct. Celle-ci n’est actuellement connue en Algérie que par un groupe d’initiés. A l’aide d’un semoir lourd, elle consiste à semer directement. Et cela, sans le traditionnel labour et les fastidieuses opérations d’émiettement du sol avant semis. Par ailleurs, l’agriculteur n’est plus obligé d’attendre les pluies pour labourer. Outre, la réduction du nombre de passages de tracteurs sur les parcelles et sa vitesse d’exécution le semis direct permet un meilleur emmagasinement de l’eau de pluie. Résultats : des rendements honorables en cas de sécheresse. On peut d’ailleurs se demander si la baisse de production, liée à la sécheresse, qu’a connu l’Est du pays, lors de la campagne écoulée n’aurait pas été moindre si les agriculteurs avaient eu connaissance du semis direct.

Rapporté au niveau de l’exploitation, les conséquences de cette sécheresse représentent un manque à gagner en termes de récolte non engrangée mais aussi de frais de travail du sol, engrais et semis engagés.

Cette question est très documentée par le centre d’arido-culture de Settat au Maroc. En comparant les marges brutes obtenues durant plusieurs années et selon des itinéraires techniques conventionnels ou faisant appel au semis direct le spécialiste Rachid Mrabet démontre le net avantage de cette nouvelle façon de faire (*).

Certes, cette technique implique des contraintes dont la première est de disposer de semoirs spécifiques et de maîtriser le désherbage. Celui-ci peut être réalisé avec des herbicides ou de façon mécanique par le passage de herses étrille ou de houes rotatives (voir le site Arvalis.fr). Au même titre que les CCLS se sont équipées en roto-herses auprès de PMAT, il serait stratégique de s’équiper en semoirs pour semis direct. PMAT serait en cours de discussion avec une firme espagnole afin d’assurer le montage de tels engins localement. Il est à noter qu’au Maroc et en Syrie sont mis au point des semoirs locaux plus adaptés et moins chers. De même que l’OAIC devrait demander à PMAT la fourniture de herses étrille et houes rotatives.

Ainsi, les CCLS seraient en mesure de commencer la campagne de semis plus tôt, d’améliorer nettement le taux horaires d’hectares semés. Tout cela, avec des conditions permettant de sécuriser les rendements. Cette technique pourrait également intéresser les entreprises privées de travaux agricoles et entrer dans le cadre des financements Ansej. La vitesse de chantiers avec semis direct est telle que des économistes ont démontré qu’elle avait même contribué à l’agrandissement des grosses exploitations céréalières du sud de l’Espagne. Les freins à l’implantation des cultures étant levé, l’agrandissement des superficies devenant possibles. Déjà, dans le Constantinois, de grosses exploitations céréalières privées ont adopté le semis direct.

L’OAIC, POUR UNE REVOLUTION DEMOCRATIQUE DANS LES CAMPAGNES ?

Outre l’irrigation d’appoint et le semis direct l’OAIC détient un levier déterminant en matière d’augmentation des rendements. Il s’agit du statut « coopératif » des CCLS. En fait de coopératif au niveau des CCLS, il n‘y a que le nom. Non pas qu’il s’agisse de minorer le travail des agriculteurs présents au conseil d’administration de ces structures, mais, il faut noter « le centralisme administratif » des statuts de ces « coopératives ». Même, le directeur des CCLS est nommé par la direction de l’OAIC. Les prérogatives des administrateurs paysans sont limitées. Pour voir à quoi ressemble exactement une vraie coopérative céréalière, il faut par exemple, aller en France dans le Bassin Parisien ou dans la Beauce où des générations d’élus paysans ont forgé ces structures collectives . A plus petite échelle existe en Algérie des coopératives d’apiculteurs où les coopérateurs investissent un capital et ont réellement leur mot à dire. C’est d’ailleurs là un sujet d’études sur lequel devrait se pencher les étudiants en agro-économie recherchant des sujets pour leur mémoire de fin d’études.

Pourquoi aborder la question du statut des coopératives alors qu’il est question d’augmentation des rendements ? En fait, on ne peut parler d’amélioration des rendements agricoles sans existence d’associations professionnelles représentatives. Ce n’est pas aux pouvoirs publics de montrer aux agriculteurs comment semé leur blé. La vraie mission des pouvoirs publics est de créer les conditions afin que les représentants de céréaliers démocratiquement élus embauchent, avec des subventions en partie publiques, et dans le cadre par exemple de Chambres d’Agriculture ou de coopératives, des techniciens. Et ce sont eux qui auront en charge l’amélioration de la marge nette dégagée par les agriculteurs sur chaque hectare de leur exploitation. Certes, il ne faut pas être dupe. Même avec cette volonté de représentativité, ce système n’empêche pas certains coopérateurs de tricher. Nous avons eu l’occasion de constater au début des années 90 en France des céréaliers verser « dans le trou du silo de la coopérative » des remorques de blés fourragers aux piètres qualités boulangères alors que leur coopérative était engagée dans une démarche d’amélioration du taux de protéines.

Malgré ces quelques défauts, l’existence d’associations professionnelles représentatives est une condition essentielle du développement agricole et notamment de la filière céréales. Les statuts des CCLS doivent donc être partiellement revus. Il s’agit de déléguer plus de responsabilités aux « coopérateurs ». Et dans le cas qui nous concerne, pourquoi l’OAIC ne met pas sur pied des formations de gestion pour les élus agriculteurs ? L’office sait organiser des formations techniques destination des chauffeurs de moissonneuses-batteuses ou des ouvriers des unités de traitement de semences ? Afin de monter de telles formations à la gestion, pourquoi ne pas faire appel aux universitaires pour des cours de management, de négociation, d’histoire des marchés? La formation professionnelle agricole doit viser à former les élus paysans. D’éminents économistes, tels A Benachenhou, S. Bedrani ont relevé la forte disparité entre les moyens de formations accordés à l’enseignement supérieur et ceux accordés aux acteurs de terrain. Pourtant, comme le note O. Bessaoud, c’est la paysannerie algérienne qui depuis toujours a su développer des trésors d’ingéniosité afin de s’adapter à un environnement souvent contraignant. Pourquoi, soudainement, le monde rural serait devenu incapable de co-gestion ?

Pourquoi ne pas demander aux experts de France Export Céréales qui viennent chaque année à Alger vanter les qualités boulangères des blés français des partenariats pour la formation de nos coopérateurs ? France Export Céréales est avant tout une émanation de regroupements de grandes coopératives céréalières françaises. Elle a ses entrées. Il faut qu’agriculteurs, techniciens, chauffeurs des CCLS aillent en missions d’études dans les coopératives de la Beauce ou dans l’Audois s’initier aux techniques moderne de gestion. Groupe Benamor a pris une telle initiative l’an passé. Pourquoi ne pas imaginer de courts séjours pour des missions d’immersion ? Il suffit d’un billet aller-retour, de réservation hôtels F1 et d’un planning de visites chez des céréaliers, coopératives (statuts, silos, labos, découverte de l’équipe de force de vente), chambres d’agriculture (financement, syndicalisme, service agronomique). Cela doit être un leitmotiv de la part des acteurs de la filière céréalière envers FEC : un transfert de technologie sous forme notamment de missions d’immersion. Quant aux étudiants agronomes, il est temps de penser d’inclure dans leur cursus universitaire 15 jours de stages à l’étranger.

L’OAIC BRAS ARME DES POUVOIRS PUBLICS

A travers l’OAIC, les pouvoirs publics détiennent une des clés de l’augmentation de la production et de la sécurisation des rendements mais aussi de l’émergence de professionnels acteurs du développement agricole sans qui rien ne sera possible. Il s’agit là d’une véritable révolution démocratique à venir dans les campagnes. Qu’on ne s’y trompe. Cette modification des attentes du monde rural est déjà en cours. Les éleveurs de la région de Tizi-Ouzou ont récemment rédigé un cahier des charges argumenté visant la défense de leurs revenus laitier. Ils ont par ailleurs exprimés publiquement de façon organisée et non violente leurs revendications. A quand les chargements de fumier déposés devant les sous-préfectures ?

De nos jours, les efforts des pouvoirs publics en matière de scolarisation ont fait émerger dans le monde rural des élites. Il existe par ailleurs de simples agriculteurs n’ayant pas fait d’études mais « blanchi sous le harnais » et pétris de bon sens. A tous ceux-là, l’OAIC se devrait de trouver les moyens afin de leur témoigner plus de confiance. Des formations à la gestion devraient être mises sur pied à destination des élus agricoles.

Cela peut paraître éloigné pour certains décideurs, mais plus de représentativité permet d’améliorer la production au même titre que le déversement dans les campagnes de pétro-dinars. Trop souvent le développement agricole a été envisagé sous l’angle exclusif du financement (certes nécessaire) et de l’apurement des dettes mais insuffisamment sous l’angle de la participation.

Un autre argument milite en faveur de réajustements ponctuels dans la stratégie de l’OAIC. Jusqu’à présent, l’extraordinaire renouveau de la production céréalière a surtout reposé sur une politique de prix à la production, de soutien à l’acquisition de matériels et d’intrants et de prêts avantageux.

Qu’en sera-t-il en cas de moindres disponibilités financières des pouvoirs publics ? Il devient urgent d’évaluer les politiques agricoles par rapport aux exigences de l’heure. Par sa grande proximité avec les producteurs, l’OAIC a un rôle déterminant. Nul organisme n’est aussi près quotidiennement des céréaliers. Ce bras armé de l’intervention des pouvoirs publics dans le domaine céréalier a les moyens de sécuriser les revenus des agriculteurs et d’augmenter la production de céréales. Cela passe par des mesures techniques (amélioration de la productivité, baisse des charges de mécanisation) mais aussi organisationnelles. Aux universitaires d’affiner l’analyse des développements en cours, à la direction de l’OAIC, à ses cadres et aux décideurs du MADR de faire les bons choix.

 

Notes :

(*) Rachid Mrabet FAO Semis direct. www.un.org.ma/IMG/pdf/CEA_09_fr.pdf

 

OAIC : BELABDI MET LE TURBO

D. BELAID Mars 2014

L’OAIC est un organisme stratégique pour l’assistance apportée aux 600 000 céréaliers algériens. Son ancienne direction puis la nouvelle se sont attelées à développer cet appui. Le directeur actuel Mr M.BELABDI a récemment fait le point sur les avancées en cours au niveau de l’Office.

Le développement des unités de prestations de services motoculture constitue ainsi une aide majeure aux céréaliers sous équipés. Il en est de même pour la mise sur pied d’un nombre toujours plus grand d’unités de production de semences. L'annonce de la réactivation de l’union des coopératives de semences et la signature d’un accord de coopération avec un partenaire français devraient permettre un transfert de savoir faire et assurer une meilleure disponibilité en semences de légumineuses.

Une autre innovation majeure est l’aide à l’irrigation d’appoint. Le dispositif mis au point est original: « le remboursement des échéances de l’emprunt est de ne faire payer le céréaliculteur qu’avec le gain réalisé par l’élévation des rendements ». L’irrigation peut faire passer les rendements de 18qx à 40 Qx/ha.

Le rendement céréalier qui était de 8 qx/ha en 1980 est passé à 18 qx/ha en 2013. L’OAIC a collecté 20 millions de qx des 51 millions de qx de céréales produits en 2012. Ces chiffres illustrent le soutien des pouvoirs publics à la filière mais aussi le travail de l’OAIC, de ses cadres, ouvriers, chauffeurs et direction. Les données sur la collecte illustrent que, bien qu’acteur fondamental de la filière céréales, l’OAIC n’est pas seul. Sa stratégie de mettre en place des pools régionaux composés des acteurs locaux (CRIC) montre la qualité des choix opérés. Mais cette multitude d’opérateurs implique de la part de l’OAIC un rôle d’impulsion de la filière.

 

QUELQUES PROPOSITIONS AU DEBAT

En première approche nous proposerons au débat quelques exemples possibles d’impulsions. Equiper des privés de stations mobiles de semences afin de toucher les petits céréaliers au fin fond de la campagne. Développer une filiale de fabrication de cellules en tôles metalliques pour le développement du stockage à la ferme. Encourager ce stockage par une politique de bonifications pour les livraisons hivernales. Cela favoriserait la constitution de lots homogènes du point de vue qualité. Enfin, les CCLS n’ont de « coopératives » que le nom. Comment faire évoluer leurs statuts afin d'arriver à une plus grande responsabilité financière et de contrôle des coopérateurs (cela implique formation des cadres coopérateurs). Dans les CRIC, étudier l’apport du semis direct, du désherbage mécanique et de toute autre innovation technique permettant de réduire les coûts de production (le prix d’achat de 4500 DA du quintal de BD est-il tenable en cas de diminution des rentrées pétrolières ?). Envisager un nouveau statut pour certains personnels des CCLS afin d’instaurer des primes liées aux volumes d’intrants vendus, au nombre d’heures de prestation de motoculture réalisées ou aux volumes de céréales collectées et ainsi arriver à la même efficacité des réseaux commerciaux privés d'agrofourniture. Organiser des partenariats afin que l’encadrement de base des CCLS, mais aussi les coopérateurs élus, puissent aller en voyage d’études dans le sud de la France ou en Espagne auprès de coopératives céréalières.

ps: Mr Belabdi, vous avez des cadres et des coopérateurs dynamiques. Exemple: http://www.youtube.com/watch?v=IvF3sXTdeFg&list=UUEvHz_PuTmSZvpZtg59W4Ag&feature=share&index=7  Mettez les en valeur et récompensez les.

 

 

Toute l'info pour gérer son exploitation agricole* * * *

www.arvalis-infos.fr/
Conseil: au niveau de la carte de France, cliquez sur les régions du Sud, afin d'essayer
d'avoir desinfos  adaptées aux conditions algériennes.
Retrouvez ainsi toute l'information technique des grandes cultures et des fourrages pour produire plus et mieux : météo, résultats d'essais, outils, vidéos. Il est regrettable que l'ITGC ne fasse rien de même. On pourrait espérer que les moyens financiers considérables accordés à cet institut soient en partie employés pour réaliser un site internet au niveau de chaque station régionale afin de communiquer avec les agriculteurs et techniciens.

La filière blé en Algérie: le blé, la semoule et le pain

books.google.fr/books?isbn=2865376591

 

 

ZOUBIRI HAKIM PARTENAIRE DE L'ITELV

Dommage que ce dynamique agriculteur ne connaisse pas le semis direct. Il n'aurait pas eu à labourer de nuit comme il le raconte. Il aurait ainsi fait des économies de gazoil.

www.youtube.com/watch?v=wR_Fh37VTqI

 

 

Céréaliculture

Un objectif de 58 millions de quintaux pour 2012/2013

Publié le 26 septembre 2012 Horizons.

 

Dans les surfaces irriguées, nous obtenons une moyenne de 31 quintaux/ha pour un objectif de 50 q/ha.

pour le secteur de la céréaliculture, les pouvoirs publics mettent, pour la campagne 2012-2013, la barre très haut en termes d’objectifs, tablant sur une production de 58 millions de quintaux de céréales, contre 48 millions lors de la précédente campagne. « Cet objectif est fixé sur la base des 3,2 millions d’hectares de terre emblavées et les rendements déjà réalisés via les contrats de performance. Mais également, en fonction des capacités recensées sur le territoire national », a indiqué, hier, Omar Zaghouane, directeur de l’institut technique des grandes cultures, à l’occasion d’un atelier national d’évaluation de la campagne céréalière 2011/2012. Dans le même contexte, il a confié que le secteur n’est pas préoccupé par les perturbations climatiques qui pourraient survenir, car, malgré ce type d’aléas, la précédente campagne a enregistré un rendement appréciable (52 millions de quintaux). L’éventualité d’importation de céréales n’est, cependant, pas à écarter, d’autant que les besoins en blé sont estimés à 85 millions de quintaux/an. « Nous avons atteint ces quatre dernières années, 50 millions de quintaux de céréales en moyenne, soit une hausse de plus de 70% par rapport aux années précédentes. Par ailleurs, nous ne pouvons rien contre le climat, mais nous pouvons lutter contre le déficit hydrique, via l’irrigation », estime-t-il. A ce propos, le ministère de l’Agriculture et celui des Ressources en eau s’attellent à mettre en place une stratégie afin d’assister les agriculteurs dans l’irrigation et intervenir en cas de problèmes de pluviosité. « Dans les surfaces irriguées, nous obtenons une moyenne de 31 quintaux/ha pour un objectif de 50 q/ha. 118 000 hectares ont bénéficié d’irrigation d’appoint pour un objectif de 600 000 hectares à l’horizon 2014. Dans ce domaine, nous sommes encore loin du compte », affirme M. Zaghouane pour qui l’irrigation à elle seule ne suffit pas. Il y a tout un itinéraire à suivre, explique-t-il, pour obtenir un bon rendement. Or, ce ne sont pas tous les agriculteurs qui respectent l’itinéraire. « Les céréaliculteurs, qui ont suivi scrupuleusement l’itinéraire, ont obtenu 82 quintaux/hectare lors de la précédente campagne. Mais il faut savoir aussi que l’irrigation nécessite des moyens financiers colossaux. Les équipements de surface, à eux seuls, coûtent 154 milliards de dinars, sans compter les équipements souterrains », dit-il. Pour revenir à la céréaliculture, les agriculteurs sont sommés d’entamer le plus rapidement possible la semence dont, les grains sont prêts à l’emploi, et prendre part, en masse, aux programmes de formation.

Farida Belkhiri

 

Une bonne année céréalière

Publié dans La Nouvelle République le 14 - 05 - 2013


Selon Omar Zaghouane, directeur général de l'Institut technique des grandes cultures (ITGC), la campagne de moissonnage-battage des céréales s'annonce bonne pour cette année.
Cependant, il fait état de quelques difficultés sur le plan des conditions climatiques dans certaines wilayas des Hauts-Plateaux à l'est du pays. Il rappelle que durant les quatre dernières années, la moyenne de la production céréalière a tourné autour de 50 millions de quintaux et estime que cette saison, la production attendue ne s'en éloignera pas. Il annonce qu'une évaluation est cours, à partir d'enquêtes sur le terrain au niveau des différentes wilayas, en utilisant les images satellitaires dans les unités SIG (système d'information géographique) ainsi que les données de la FAO (Fonds des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) et du Centre international des céréales, pour connaître avec plus de précision quelles va être la quantité qui sera récoltée. Il fait remarquer que, pour le moment, les chiffres concernant la production nationale ne sont pas encore fixés. Pour M. Zaghouane, la campagne 2009 a été une production record, une année exceptionnelle avec 62 millions de quintaux. Il fait observer qu'entre 2000 et 2008, la production annuelle moyenne était autour de 31 millions de quintaux. A propos des rendements, le DG de l'ITGC fait remarquer que l'Algérie est un pays semi-aride et qu'il ne faut pas le comparer, par exemple, à la France, qui a d'autres conditions climatiques et qui peut atteindre même des rendements de 100 q/ha. Il fait savoir que, dans certaines wilayas où les conditions sont bonnes, comme Tiaret, le rendement est de 50 q/ha, Constantine 70 q/ha, Aïn Defla 80 q/ha, là où les agriculteurs sont en progrès techniquement et acceptent de faire le travail qui est nécessaire. La possibilité de le faire existe mais nous sommes liés, dit-il, aux conditions climatiques à la disponibilité de l'eau, ce qui n'est pas assurée partout. Au niveau du Sud, cela peut se faire puisqu'il y a de l'eau et des efforts sont faits dans ce sens pour la production céréalière, de maïs en irrigué, mais au niveau du nord, les capacités hydriques pour pouvoir irriguer les 3 ,5 millions d'hectares n'existent pas, souligne-t-il. Il rappelle que l'année passée a été un peu difficile, et cette année les difficultés ont concerné certaines wilayas. Le maximum est fait pour mobiliser les volumes d'eau en collaboration avec le ministère des Ressources en eau, mais pour le moment 30 q/ha de moyenne nationale, ce n'est pas encore possible, mais à moyen terme, dans trois-quatre ans, il estime que ce sera possible, entre 25 et 30 q/ha, en tout cas, dit-il, c'est l'objectif du ministère. Il estime que le ministère de l'Agriculture et du Développement rural a mis en place tous les moyens (au plan technique, foncier) pour que l'agriculture puisse améliorer son travail et intégrer le programme national de production céréalière qui est un programme stratégique, car il s'agit de garantir la sécurité alimentaire. Il soulève le problème de la petite taille des exploitations agricoles algériennes. Il explique que pour pouvoir produire plus et mieux, il faut investir, les agriculteurs qui ont moins de 10 hectares ne peuvent pas le faire, investir, par exemple, dans un tracteur, une moissonneuse-batteuse. Dans ce sens, les Coopératives des céréales et légumes secs (CCLS) jouent un rôle prépondérant dans le développement des céréales et des légumes secs, dit-il, en mettant à la disposition des agriculteurs, sous forme de location ou autre, tous les équipements nécessaires mais aussi engrais, semences certifiées, les instituts leur apportent la technologie, et en plus, il y a, ajoute-t-il, le soutien de l'Etat pour financer tout cela et permettre à l'agriculteur de pouvoir produire mieux et plus. C'est un soutien qui n'existe dans aucun autre pays au monde, fait-il remarquer, notamment pour le prix d'achat de la production aux agriculteurs, qui est supérieur au prix sur le marché international, mais aussi dans le soutien à l'achat des intrants et des équipements par les agriculteurs. Pour les machines, l'Etat a mis en place un dispositif qui permet à l'agriculteur de livrer sa vielle machine et prend une machine neuve pour laquelle il ne paie que 30% du prix. Pour les semences, pour 2012/2013, un peu plus de 2 millions de quintaux de semences ont été mis à la disposition des agriculteurs, cela représente plus de 60% des besoins. Il rappelle qu'il s'agit de semences nationales, puisque depuis 1994, l'Algérie n'importe plus de semences de céréales, épargnant ainsi l'équivalent de 140 millions de dollars. Au sujet des récoltes, M. Zeghouan assure qu'il n'y aura aucun problème pour cette saison. «Sur le plan de la récolte, le problème ne se posera pas. Pour cette campagne, la CCLS met à la disposition des agriculteurs plus de 1200 moissonneuses-batteuses pratiquement neuves. Aujourd'hui, une partie de ces machines sont au sud, mais elles vont remonter, puisque la période de récolte sera bientôt terminée dans cette région.» M. Zeghouan poursuit : «Il y a 13 000 moissonneuses-batteuses au niveau national, le parc de la CCLS n'en représente que 10%. L'apport des machines privées est donc très important, dans la mesure où nous avons 3,5 millions d'hectares à récolter dans des délais très courts.» Pour les capacités de stockage, «toutes les dispositions sont prises au niveau des comités de wilaya, y compris le wali y participe. Les capacités des CCLS, en plus de celles des Eriad, du secteur privé, vont permettre de stocker l'ensemble de la production. La capacité de stockage se situe autour de 30 millions de quintaux et un programme de développement est mis en place au niveau des CCLS, visant à l'accroître de 10 millions de quintaux, pour porter la capacité de stockage totale à 40 millions de quintaux, sans compter les réquisitions éventuelles par les walis». Il y a ce que gardent les agriculteurs pour leur consommation propre. Cette année, tout le monde va vouloir récolter avant le mois de Ramadhan. Il a évoqué le programme d'extension des terres agricoles pour accroître la production et aller jusqu'à 5 millions d'hectares pour la céréaliculture. Il rappelle qu'il y a 2,5 millions d'hectares en jachère non cultivés.

 

« Objectif : 30 quintaux de céréales à l'hectare »
Omar Zeghouane, DG de l'Institut technique des grandes cultures

Publié dans Horizons le 16 - 08 - 2013



Où peut-on produire des céréales en Algérie ?
Nous produisons des céréales dans pratiquement les 48 wilayas du pays. Seules les surfaces diffèrent, les plus importantes se situent au Nord, car la culture de céréales demande de l'eau en irrigation totale durant toute l'année. Si l'on arrête un jour l'irrigation, la culture est perdue. Au Nord, cela demande de l'irrigation supplémentaire en cas de déficit.
Quels sont les rendements en blé ?
Les rendements moyens obtenus tant en blé dur qu'en blé tendre sont proches. Une moyenne de 16, voire 19 à 20 q à l'hectare (ha), soit 2 tonnes/ha, de blé dur. A titre indicatif, la moyenne de production dans la wilaya de Constantine en quatre années est de 30,6 q en blé dur et 29,9 q /ha en blé tendre.
Quelles sont les wilayas qui produisent le plus de blé tendre ?
Il y a Tiaret avec 86.000 ha, Sidi Bel-Abbès avec 69.000 ha, Mascara avec 50.000 ha et Oum El-Bouaghi avec 36.000 ha. A Mascara, la superficie consacrée au blé tendre est le double de celle réservée au blé dur. Par contre, à Souk-Ahras, c'est l'inverse avec 29.000 ha pour le blé tendre et 71.000 ha pour le blé dur.
Au regard de ces chiffres, est-il possible de produire partout du blé dur et du blé tendre ?
Ce qui peut impacter sur la production est le matériel génétique, soit la variété. Pour le blé dur, il existe en moyenne 25 variétés par an alors que pour le blé tendre, il existe 6 uniquement en Algérie. Dans le cadre de l'encadrement de la production, nous avons accentué les efforts sur le blé dur car par le passé, la demande sur cette céréale était très importante lorsque sur le marché international, on n'en trouvait pas beaucoup. Nous sommes arrivés à acheter 50% de ce qui se vendait sur le marché international entre les années 90 et le début 2000. De plus, le coût du blé dur est plus élevé que celui du blé tendre. Il fallait donc produire plus de blé dur. Mais à partir de l'année prochaine, de nouvelles variétés de blé tendre seront introduites pour accroître la diversification variétale et permettre ainsi à l'agriculteur d'avoir un choix plus large. Dans le cadre du plan quinquennal, nous sommes en train de programmer, pour 2015 à 2019, l'introduction d'au moins deux nouvelles variétés chaque année. Au total, au terme de cinq ans, une dizaine de variétés seront introduites selon les résultats.
Avez-vous réalisé des études prévisionnelles en termes de rendement futurs ?
Chez les agriculteurs de Chlef, qui sont multiplicateurs de semences, que nous encadrons, le rendement moyen de production de blé tendre est de 19 q/ha et le rendement de pointe pour les agriculteurs qui ont irrigué est de 46 q/ha. A Oum El-Bouaghi, ce rendement moyen est de 29 q/ha et 36 q/ha en rendement de pointe. A Blida, wilaya où il y a de l'eau, la moyenne est de 32 q /ha et 73,9 q /ha en rendement de pointe. La sole des agriculteurs de 6 wilayas est de 11 500 ha et le rendement moyen obtenu l'an dernier est de 300 000 q, soit 30 q/ha pour des semenciers. C'est possible de faire des prévisions, sauf qu'il faudra suivre l'itinéraire technique complet.
Comment suivre cet itinéraire ?
Il faudra acheter la semence chez les Coopératives des céréales et légumes secs (CCLS). Elle est triée, travaillée et traitée contre les maladies. Or, il se trouve que beaucoup d'agriculteurs utilisent des semences de ferme de leur production en ajoutant parfois du sulfate de cuivre. L'objectif est d'atteindre 100% de production de semences. Nos besoins en semences céréalières est de 4 millions de quintaux avec lesquels on peut ensemencer 3 à 3,2 millions d'hectares. C'est notre objectif à l'horizon 2019. Sur les 3,3 millions d'hectares en moyenne, le blé dur occupe 1,4 million d'hectares, le blé tendre la moitié avec 700.000 ha et l'orge 1,1 million d'hectares. Avec cette sole, nous réalisons, à côté, environ 1,5 million d'hectares en jachère. Ce qui fait au total à peu près 6 millions d'hectares consacrés à la culture céréalière.
L'Algérie pourra-t-elle subvenir à ses besoins céréaliers ?
C'est impossible. Pour y parvenir, il faudrait accroître le rendement. Pratiquement, la consommation est de 200 à 220 kg de céréales/an/habitant. Soit au total, 80 millions de kilogrammes. Nous faisons des projections d'ici 2019 pour déterminer les besoins. Il faudra accroître le niveau de productivité des exploitations. L'objectif est d'atteindre 30 q/ha. ̈Pour cela, le ministère a mis en place tout un programme de renouveau agricole avec une batterie d'aides et de subventions. Normalement, rien n'empêche d'aller vers l'accroissement des rendements mais les agriculteurs doivent recourir aux techniques modernes. Pour ce faire, il faudrait des moyens. Or, le problème est que les exploitations agricoles sont de petite taille, soit moins de 10 ha. Avec le nouveau recensement de l'agriculture prévu en janvier prochain, nous aurons une idée plus claire sur la situation. Aujourd'hui, les agriculteurs ne peuvent pas investir individuellement. Il faudrait qu'ils se regroupent en coopératives, en partenariat et mutualiser leurs moyens. C'est la solution vers laquelle il faudra aller un jour.
Qu'en est-il de l'irrigation sachant que nous sommes un pays au climat aride et semi-aride ?
Justement, le deuxième programme porte sur le problème d'irrigation. Il faut aller vers la gestion de la conduite de la culture en intégrant l'irrigation. Un exemple : à Constantine, un agriculteur, qui produisait toujours en pluvial entre 35 et 40 q/ha, a vu sa production doubler en 2013 avec 40 mm d'eau supplémentaires. Nous demandons aux agriculteurs de ne pas utiliser le gravitaire ou la submersion car c'est de la déperdition et du gaspillage. Pour irriguer les grandes surfaces de céréales, il y a l'aspersion. Il existe trois modèles : le pivot, comme c'est une surface plane, de 5 à 50 ha, les asperseurs et entre les deux, il y a l'enrouleur qui peut irriguer moins de 10 m. Chaque machine est réglée selon les besoins. Il est possible de produire du blé à partir de 450 mm d'eau en moyenne annuelle, et plus nous avons des précipitations, plus il est possible d'augmenter la production. Le programme prévoit le financement jusqu'à 60% de l'équipement quand l'agriculteur possède une source d'eau (puits, forage, oued, bâche à eau). Il peut passer par la CCLS pour avoir cet équipement qui est payé avec une partie de sa production supplémentaire obtenue grâce à cette irrigation. Les agriculteurs qui livrent aux CCLS ont adhéré à ce dispositif.
Des expériences ont été menées dans la production de céréales dans le sud du pays. Où on est-on actuellement ?
En effet, un programme est mené dans le Sud pour accroître la production de céréales car nous avons un potentiel important qu'il faut rationaliser. Nous produisons déjà des céréales à Biskra et à El-Oued. Avec les nouvelles techniques, il n'existe pas de limite à la production de céréales quels que soient le climat et la nature du sol. La plante a besoin d'une quantité d'eau, de lumière et de minéraux. En volume d'eau, il faut le double par rapport au Nord. En outre, il est nécessaire d'apporter des engrais et de désherber. Les quantités en minéraux s'avèrent plus importantes qu'au Nord où la terre contient de l'azote et du phosphore. Cela coûte 40 à 50% plus cher car il faut du gasoil pour pomper l'eau et irriguer pendant toute la durée de la culture, de l'énergie et des engrais. Le rendement peut être de 80 q/ha. Nous avons ces rendements dans le Nord avec l'irrigation. Pour le blé tendre, les rendements dans le Sud sont de 60 à 70 q /ha, mais les agriculteurs arrivent à 50 q/ha seulement car ils ne maîtrisent pas la technique. Les Américains ont pu produire 80 q/ha à Gassi Touil. Certaines exploitations arrivent à ce niveau. Mais dans le Sud, il faut beaucoup d'argent. En outre, il suffit d'un jour de panne des équipements pour accuser 10% de pertes.
Est-ce que la subvention du pain et du blé n'est pas le fond du problème ?
C'est le gaspillage qui est ancré dans nos mentalités. Par ailleurs, les habitudes alimentaires font que nous consommons beaucoup de farine. Pour ce qui est de la hausse de la facture des importations, il faut savoir que l'Algérie s'approvisionne en blé en été pour le consommer en décembre. L'OAIC achète quand les prix sont bas à l'international. Cette année, il y a eu un retard sur la récolte et les pluies torrentielles ont influé sur la qualité du blé. L'OAIC a donc anticipé sur les achats. Cette année, ces derniers ne devraient pas augmenter pour les céréales en général.

 

Commentaire:

Les acteurs de la filière céréales sont à féliciter pour les progrès réalisés. Idem quant aux décideurs pour leur politique de subvention de la filière.

1) Remarque quant à l'irrigation sous pivot dans le Sud:

chaque cycle d'irrigation amène en moyenne 120 kg de sel/ha dans le sol. Si nous n'arrivons pas à réduire ces quantités, la production dans le Sud est compromise. Par ailleurs, quel est le taux de renouvellement des nappes phréatiques? 

2) Remarque quant au conseil agricole:

L'émergence d'associations professionnelles agricoles représentatives est le garant d'une organisation de la profession pour une large diffusion du progrès technique.

3) Les firmes d'agro-fourniture font une percée remarquable. Leurs technico-commerciaux réalisent une large couverture du territoire national et assurent un suivi technique de terrain. Cela permet une élévation du niveau technique des céréaliers.

D BELAID 7.12.2013.

 

 

 

 

L’orge céleste ressuscitée

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le 29.09.13 El Watan

 

En 2013, les quelques kilogrammes découverts chez le fermier désigné plus haut ont donné 30 quintaux que les professionnels comptent utiliser comme semences pour la décennie en cours.

L’orge céleste, une espèce céréalière des plus rares au monde, vient d’être redecouverte à Souk Ahras, grâce à un jeune ingénieur agronome qui a réussi en 2010 à l’identifier chez un agriculteur de la daïra de Merahna pour relancer sa culture dans la région. Introduite en 1916 par le grand-père dudit agriculteur qui en avait pris une poignée alors qu’il accomplissait son pèlerinage aux lieux saints, la céréale en question, en plus de sa valeur alimentaire et son rendement, est prisée pour d’autres qualités notamment son utilisation comme engrais et complément pour aliment de bétail.

Son aspect extérieur qui est  identique à celui du blé, permet sa transformation sans passer par la décortiqueuse comme c’est le cas pour l’orge ordinaire où une enveloppe naturelle accompagne les grains. Cette variété qui est proche de l’érosion génétique à l’échelle planétaire dont son pays d’origine la Péninsule arabique, a résisté grâce aux efforts personnels d’une famille qui en détient le spécimen depuis presque un siècle.
Yazid Hambli, un ingénieur agronome et président de la Chambre d’agriculture de la wilaya de Souk Ahras, a déclaré, à ce sujet : «Il y a trois années de cela, nous avons eu vent de l’existence de cette variété rarissime aux qualités incommensurables, chez les Beddiar, de grands agriculteurs exerçant à Merahna (…)

Son propriétaire possédait quelques kilogrammes de cet orge et la première des choses à faire après avoir vérifié le produit sur site, c’était d’opter pour sa préservation dans l’immédiat et d’inciter le propriétaire à œuvrer pour la multiplication de sa production, donc à ne point consommer l’orge récolté.» En 2013, les quelques kilogrammes découverts chez le fermier désigné plus haut ont donné 30 quintaux que les professionnels comptent utiliser comme semences pour la décennie en cours avant de passer à une commercialisation à grande échelle. C’est d’ailleurs dans cet esprit que l’institut technologique des grandes cultures (ITGC) en a été avisé. Notre interlocuteur de la Chambre d’agriculture n’a pas caché son ambition de transformer la région en zone d’exploitation, voire d’exportation de ce produit vers des pays où l’orge occupe le pole position en économie agricole.  Abderrahmane Djafri

Commentaire: Il s'agit là d'une bonne nouvelle. Ce type d'orge est très intéressant en élevage avicole pour remplacer partiellement le maïs. Djamel BELAID 4.01.2014

 

 

L’OAIC investit 10 milliards de DA dans la mécanisation

La Nouvelle République.  RN Non daté.

 

L’Office algérien interprofessionnel des céréales (Oaic) a investi 10 milliards de DA pour la création d’une section de motoculture en vue de répondre à la forte demande des agriculteurs, a indiqué Nourredine Kehal, directeur général de l’Oaic.

«L’OAIC a investi durant les trois dernières années 10 milliards de DA pour l’acquisition de 1 250 moissonneuses-batteuses, de 350 tracteurs et plus de 1 000 semoirs», a expliqué M. Kehal à l’APS. Cet investissement répond à un besoin énorme émanant des agriculteurs qui ne peuvent pas acheter ces machines du fait de la taille de leurs exploitations ne leur permettant pas de rentabiliser leur investissement dans la mécanisation. «70% des exploitations du secteur privé ou celles relevant du domaine privé de l’Etat ont moins de 50 hectares, alors que pour rentabiliser une moissonneuse-batteuse qui coûte un million de DA, il vous faut 400 ha, 100 ha pour un tracteur et 200 ha pour un semoir», a détaillé le même responsable. L’absence d’un environnement prestataire de services a engendré des exploitations sous-équipées et des rendements les plus faibles du bassin méditerranéen. «Or, la mécanisation et la semence garantissent à elles seules, 70% des résultats de production», souligne le même responsable. Pour répondre à cette problématique, l’Office a décidé en 2010 de créer une section motoculture au niveau de chaque coopérative de céréales et de légumes secs (CCLS) pour assurer des prestations de services aux agriculteurs. «Depuis que l’Etat avait pris conscience de cette contrainte, le ministère de l’Agriculture a décidé de créer une section motoculture au niveau de l’Office qui dispose de moyens financiers nécessaires», a souligné l’interlocuteur. Les pouvoirs publics ont mis le paquet pour soutenir l’acquisition d’équipements agricoles à titre individuel ou privé, à travers notamment la création de petites et moyennes entreprises de prestation de services par le biais des dispositifs de soutien à l’emploi de jeunes et l’achat en commun par un groupe d’agriculteurs. A titre d’exemple, la moissonneuse-batteuse est soutenue à 70% de son prix, le reste étant assuré par un crédit bancaire bonifié sur une période de 5 ans. Les autres équipements dont ceux de l’irrigation sont subventionnés en fonction de leur intérêt. «C’est un mal nécessaire. L’Etat encourage les agriculteurs à équiper leurs exploitations pour améliorer les rendements et par récochet, réduire sa facture alimentaire», explique M. Kehal. D’après ce responsable, l’impact de la mécanisation et l’amélioration de l’itinéraire technique se fait déjà sentir au niveau du rendement moyen national, qui est passé de 8 quintaux/ha dans les années 1980 à 18 qx/ha actuellement, soit une évolution d’un quintal tous les deux ans. L’autre condition garantissant les rendements est l’irrigation d’appoint, une technique économique en eau, que l’Oaic est en train d’encourager. L’Office a étudié avec la Banque de l’agriculture et du développement rural (Badr) et l’entreprise nationale de tubes et transformation de produits plats (Anabib), deux formules d’acquisition du matériel d’irrigation au profit des agriculteurs. La première formule consiste à ce que l’Oaic achètera des équipements d’irrigation, par crédit fédératif à taux bonifié, pour les céder aux agriculteurs en leasing. L’agriculteur paiera ses équipements par une partie de sa production livrée à la CCLS, a encore expliqué le directeur de l’Oaic, soulignant que l’Office va signer une convention avec Anabib dès la prochaine campagne céréalière. Concernant la deuxième formule, l’Oaic se porte garant auprès d’Anabib dans le remboursement de l’équipement acheté par l’agriculteur directement de l’usine. Selon un échéancier établi à l’avance entre l’acquéreur et l’entreprise, l’Office prélèvera le coût de l’équipement sur la production céréalière livrée par le producteur. L’Oaic table ainsi sur une superficie céréalière de 500 000 ha à équiper en système d’irrigation d’appoint à court terme contre 95 000 ha actuellement sur 3,3 millions d’hectares réservés pour la production céréalière. En introduisant ces techniques, le secteur compte porter la superficie agricole irriguée de 1,1 million d’hectares actuellement à 1,6 million d’hectares à l’horizon 2014.

Céréales : Fin du bras de fer OAIC-transformateurs

 

Posté Le : 23/06/2010  Ecrit par : Yazid Alilat

 www.lequotidien-oran.com

 

La guerre de tranchées que s'étaient livrée ces deux derniers mois la direction de l'Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) et les transformateurs et meuniers semble oubliée.

 

La direction générale de l'OAIC a indiqué, hier mardi, que la quasi-totalité des transformateurs des céréales ont repris leurs enlèvements de blé dur auprès de l'Office, après une suspension de plusieurs mois. Selon le directeur général de l'Office, M. Noureddine Kehal, ‘'90% des transformateurs ont repris leurs enlèvements de blé dur chez l'Office». Sur les 147 industriels-clients de l'OAIC, une dizaine seulement ne s'y est toujours pas approvisionnée, précise-t-il.

 

Le bras de fer entre les deux parties était né lorsque les prix des céréales sur le marché international avaient chuté à leurs plus bas niveaux au 1er trimestre 2010. Une situation de marché favorable à des achats massifs, avec beaucoup de spéculation et d'anticipation de la part des transformateurs algériens qui se sont approvisionnés à des prix plus compétitifs que ceux pratiqués par l'OAIC. La tonne de blé dur était passée, début 2010, à 250 dollars sur les marchés mondiaux, alors qu'elle était de plus de 1.000 dollars en 2009.

 

La marge est donc très importante, d'où cette ruée massive des meuniers auprès des marchés extérieurs. La convention liant l'OAIC aux transformateurs oblige ces derniers à s'approvisionner mensuellement auprès de l'Office à raison de 50% de leur capacité de trituration, et ce, à un prix administré de 2.280 DA/q pour le blé dur et de 1.285 DA/q pour le blé tendre.

 

Sur les 117 transformateurs conventionnés avec l'OAIC, un peu plus de 26 transformateurs avaient pris leurs quotas habituels en blé dur vers la fin mars dernier. Fatalement, l'Office est prix à la gorge : il rachète aux céréaliculteurs la totalité de leur production et s'est donc retrouvé avec un peu plus de 9 millions de quintaux sur les bras, après une production 2009 record qui avait dépassé les 63 millions de quintaux, toutes céréales confondues. Comment faire donc avec ce surplus de blé dur pour l'OAIC, très demandé par les meuniers qui en font du couscous, des pâtes alimentaires ou des lasagnes? D'autant que la production de la campagne 2010 sera bonne, selon M. Kehal.

 

Par les chiffres, les ventes de l'Office étaient passées de 1,7 million de quintaux par mois à moins de 600.000 q depuis le mois d'octobre 2009. Et puis, grand coup de gueule de l'OAIC, étouffé, de ne plus servir les transformateurs qui refusent de prendre leur quota fixé à près de 50% de leurs besoins. Les stocks de blé dur de l'OAIC étaient estimés à près de 6 millions de quintaux, soit près de 66% de la totalité de la récolte 2009, à la mi-mars, et qu'il fallait écouler avant le mois d'août prochain pour libérer les aires de stockage pour la nouvelle production.

 

Selon l'OAIC, il faut, pour liquider ces stocks de blé dur, enlever 1 à 1,2 million de quintaux par mois. Ce qui n'a été fait qu'au compte-goutte, et après les menaces dirigées contre les transformateurs qui avaient préféré acheter à l'international leur blé dur. Les quantités des transformateurs et autres meuniers qui n'ont toujours pas été enlevées seront cédées aux entreprises régionales des industries alimentaires et dérivés (ERIAD), a indiqué par ailleurs le directeur général de l'OAIC. Pour autant, il affirme que les transformateurs ont tout à fait le droit d'importer leur matière première, c'est-à-dire le blé dur, mais ‘'cela doit se faire dans un cadre organisé». Un comité interprofessionnel des céréales sera installé prochainement, selon M. Kehal, lequel comité, ajoute-t-il, devra prendre en charge tous les problèmes en suspens et mettre en place une politique de régulation du marché national des céréales. ‘'Dans cet espace de concertation, nous allons discuter et régler définitivement ces problèmes d'approvisionnement du marché et des quotas», précise-t-il.

 

 

AUGMENTATION DE LA PRODUCTION DE LAIT EN ALGERIE : DANS MADR, NE PAS OUBLIER LE « D » ET LE « R ».

D BELAID Ingénieur Agronome. 23.03.2014

Suite aux pénuries de lait ayant récemment concerné plusieurs villes en Algérie, le lait est plus que jamais un sujet d’actualité. La presse note régulièrement de dysfonctionnements dans la distribution du lait reconstitué à partir de poudre de lait importée. Les pouvoirs publics et en particulier le MADR sont amenés à des annonces. De quels leviers disposent-ils afin d’accroitre la production locale et d’assurer des revenus au million de familles paysannes que compte le pays ?

I- FILIERE LAIT EN ALGERIE, UN DEVELOPPEMENT RECENT

La consommation locale est bien plus supérieure que la production. D’où un recours massif à l’importation de poudre de lait. La solution adoptée par les pouvoirs publics a été également d’importer des génisses. Cela a suscité un vif intérêt des investisseurs locaux dont certains n’ont cependant pas de terres. On assiste ainsi à un fort développement de l’élevage hors sol. Mais les prix élevés des aliments concentrés et du foin rend difficilement rémunérateur ce type d’élevage. Il ne se maintient que grâce à des subventions qui concernent également collecteurs et laiteries.

Une partie de la poudre de lait attribuée aux laiteries est détournée pour la fabrication de produits dérivés permettant de meilleures marges. Cela a récemment poussé le MADR à en fermer plusieurs pour non respect de leurs obligations.

Le paysage laitier est actuellement marqué par diverses initiatives. Les producteurs disposant suffisamment de terres se tournent progressivement vers la production de fourrages verts. Des laiteries telles Soummam ou Danone-Djurdjura améliorent régulièrement leur collecte en lait frais. De son côté le MADR a engagé un partenariat avec des éleveurs bretons dans le cadre du projet Alban dont un des aspects consiste à mettre sur pied des groupes d’appui technique. Des discussions sont également en cours avec une société irlandaise pour la mise en place entre El Ménéa et Ghardaïa de 12 fermes de 3000 vaches laitières chacune réparties sur superficie de  120 000 ha. L’investissement serait réalisé selon la règle 51/49. La presse note que les pouvoirs publics auraient déjà réservé 5000 ha pour lancer le projet.

II-NOURRIR, NOURRIR ET ENCORE NOURRIR LES VACHES

Quels sont les caractéristiques et les besoins du cheptel local?

Pour produire plus, il s’agit tout d’abord de disposer d’un cheptel de bon niveau génétique. L’importation massive de génisses a permis d’atteindre cet objectif. Le développement de l’insémination artificielle (50% du cheptel) permet d’améliorer les performances génétiques du cheptel.

Il s’agit également d’assurer une alimentation adéquate des bêtes. C’est là que le bat blesse. La production de fourrages verts ne suit pas. Le sorgho connait un timide développement. La production de fourrage concerne surtout un foin de vesce-avoine de mauvaise qualité car récolté tardivement. Il manque des moyens d’irrigation bien que des kits d’aspersion et des enrouleurs commencent à être fabriqués sur place par Anabib. Les ensileuses et enrubanneuses sont pratiquement inconnues de la majorité des éleveurs. Concernant l’alimentation minérale, les pierres à lécher sont peu disponibles.

En matière de suivi des élevages, l’hygiène de la traite laisse à désirer. Les techniciens d’Alban ont noté la forte présence de mammites. Concernant l’aménagement des bâtiments, nombre d’entre eux ne sont pas conformes. La plupart n’offrent même pas un abreuvement en eau continu pour les bêtes. Et cela, même en plein été. Du point de vue sanitaire la présence de vétérinaires locaux en assez grand nombre permet un assez bon suivi sanitaire. Ce qui n’empêche pas, parfois des cas de tuberculose bovine.

Il apparait donc, que le contexte local est marqué par des insuffisances (alimentation) mais qu’il existe des potentialités notamment concernant les moyens humains. Le constat étant connu, que faire pour améliorer les choses ? Sur quels leviers agir prioritairement ?

III- LE MADR SUR TOUS LES FRONTS ENTRE VITESSE ET PRECIPITATION

A-Méga projet irlandais, mais où est le « DR » dans MADR ?

La presse fait état régulièrement d’un méga projet de fermes laitières dans le Sud du pays. Penser développer une production laitière sous 50°C en milieu aride pour approvisionner toute l’Algérie est une hérésie. Il faut savoir que les vaches laitières sont stressées par les fortes chaleurs. Et dans ces cas là les conséquences ne se font pas attendre : la production chute. Des experts laitiers Hollandais ont déjà tiré la sonnette d’alarme concernant des bêtes pourtant élevées dans la partie Nord du pays. Faudrait-il mettre la climatisation dans les étables ? Et si c’était possible, mais pour quel coût du litre de lait ?

Mais surtout, dans le grand Sud, l’eau reste une denrée précieuse. Si les nappes phréatiques sont abondantes quel taux de renouvellement par les pluies peut-on attendre sous de tels climats ? L’eau est également salée. La forte évaporation et les irrigations sont à l’origine d’une accumulation de sels. En quelques années, celle-ci provoque une salinisation des sols et une baisse des rendements des céréales actuellement installées sous pivots. Ce qui a obligé des investisseurs à régulièrement déplacer leurs pivots amenant ce commentaire d’un pédologue local : « nous avons réussi à désertifier le désert ».

Si une production laitière est à envisager dans le grand Sud, elle doit concerner l’auto-consommation locale des populations. L’eau disponible est à réserver à des systèmes de cultures qui ont fait leurs preuves : palmiers dattiers avec en dessous un étage d’arbres fruitiers puis des légumes ou des fourrages (luzerne, sorgho).

Dans les déclarations qui entourent la préparation de ce projet, le MADR assure d’un réel transfert de technologie. Mais un transfert au bénéfice de qui ? Les grandes fermes envisagées n’utiliseront que peu de main d’œuvre. En Irlande, les éleveurs en sont à utiliser des robots de traite. Les vaches se présentent d’elles mêmes à la traite. Imaginons qu’il y ait des techniciens algériens embauchés. Mais ensuite le transfert devra se faire vers les éleveurs une fois les Irlandais partis. Or, un élevage laitier, c’est toute la journée que doivent être assurés les soins. Qui mieux que le propriétaire des bêtes pour s’occuper du troupeau ? Il suffit que la désinfection des trayons ne soit pas assurée une seule fois après la traite pour qu’une vache attrape des mammites et que la production de lait chute. Si transfert de technologie il doit y avoir, c’est dans le cadre d’un triptyque : partenaire étranger, techniciens algériens et éleveurs algériens. Et non pas dans un tête à tête Irlandais – techniciens algériens. Un tel projet est une négation de la dimension « Développement rural » que doit assurer le MADR.

B-Projet Alban, mais quelle tutelle pour les groupes d’appui ?

Le projet Alban consiste à importer des génisses, du matériel et à former des techniciens algériens auprès de leurs homologues français en situation dans des élevages en Bretagne. Par la suite, ceux-ci forment à leur tour, en présence de techniciens bretons, des cadres locaux dans 3 wilayas pilotes. Certes, la partie française aide ses entreprises à exporter. Cependant, pour la partie algérienne, outre le capital génétique constitué par l’importation de génisses, il y a un réel transfert de savoir faire. C’est vrai qu’il s’agit de gestes simples : (rationnement, hygiène de la traite, aménagement des locaux, …) mais il y a le management, la rigueur de l’organisation laitière.

Cette rigueur dans par exemple la nécessité d’apporter des correctifs dans l’aménagement des étables a parfois amené des éleveurs à émettre des protestations lors du passage ministre de l’agriculture lors d’un précédent salon agricole.

Cet incident illustre la question du statut de l’encadrement formé par Alban : les groupes d’appuis lait (Gaspels). S’agit-il de personnels qui seront sous l’autorité des services agricoles, des Chambres d’Agriculture ou des laiteries ? Cela est un point déterminant. La réussite de l’élevage laitier nécessite des éleveurs dévoués à leurs bêtes. Dans le cas algérien, ils le sont. Cela nécessite également des techniciens de terrain compétents et motivés. Il ne sert à rien de former des techniciens qui resteront dans des bureaux. Un groupe d’appui lait consiste en des techniciens qui chaussent des bottes et qui n’ont pas peur de fouler la bouse de vache.

C-Danone, un partage des bonnes pratiques entre les éleveurs.

Dans le paysage local, la laiterie Danone-Djurdjura tranche. Elle adopte une toute autre approche. Forte de ses 90 ans d’expérience, la partie française assure aux éleveurs sous contrat un appui technique efficace.

L’entreprise offre des primes à la qualité et finance l’achat d’équipements et de génisses. Danone assure des formations et le «partage des bonnes pratiques entre les éleveurs». Par ailleurs, des agents ont été formés au contrôle laitier afin de garantir « le niveau élevé de sécurité et de qualité du produit».

Parmi cette batterie de mesures, le « partage de bonnes pratiques entre éleveurs » est à relever. La mise en avant de techniques qui ont fait leurs preuves chez des éleveurs de pointe est la meilleure façon de convaincre les voisins à la traine. En effet, l’argument est imparable : si la technique a marché chez un éleveur pourquoi ne fonctionnerait-elle pas chez un autre ? On n’est plus dans un schéma strictement de type « top-down ».

En général, la relation entre une laiterie collectant du lait frais et les éleveurs est particulière. La laiterie a besoin d’un accroissement de la collecte de lait et d’un lait de qualité. Elle est la structure la plus intéressée par l’augmentation de la production. De ce fait, elle est donc la structure la mieux placée pour s’adresser aux éleveurs (appui lait).
De leurs côtés les éleveurs ont besoin d’augmenter leur technicité afin d’augmenter le niveau de leur production afin d’améliorer leur revenu.

Techniquement parlant, il s’agit de la meilleure forme de conseil technique qu’on puisse imaginer. Il n’est nécessaire de mettre une pointeuse biométrique derrière chaque technicien. Il suffit de contrôler le volume de collecte et le rendement par vache du secteur dont il a la responsabilité. Muni d’un véhicule de service ou assuré du remboursement des frais kilométriques, à lui d’assurer son planning d’intervention chez les éleveurs. C’est ce qu’on appelle l’obligation de résultats.

Reste que dans un schéma où les laiteries sont sous statut privé, celles-ci peuvent avoir tendance à minorer les avantages proposés aux éleveurs. Dans le cas où les laiteries sont sous statut coopératif et sont l’émanation des éleveurs, la totalité des bénéfices leurs sont redistribués. Il y a là 2 logiques différentes.

APPUI TECHNIQUE, FAIRE COMME GROUPE BENAMOR ?

Afin d’augmenter la production de lait, comme cela est pratiqué en Europe avec la PAC, les pouvoirs publics ont massivement attribués des subventions au secteur laitier. Cela a permis un bond spectaculaire.

Comment transformer l’essai ? Puis comment progressivement réduire un niveau de subventions difficile à maintenir sur le long terme pour les finances publiques?

L’effort d’importation de génisses et le développement de l’insémination artificielle assurent un bon niveau génétique du cheptel. Notons, qu’Il est cependant nécessaire de préserver le capital génétique du cheptel local.

Le problème principal réside actuellement dans la production de fourrages. Pour certains éleveurs le problème est de ne pas posséder de terres, notamment en zone de montagne. Faut-il envisager une politique de concessions de terres agricoles ? Pour ceux qui ont des surfaces la question est d’apprendre à cultiver des fourrages verts. Penser à axer principalement cette production fourragère dans la zone aride du pays est une erreur. L’idéal est de produire des fourrages dans les zones à bonne pluviométrie ou à la rigueur dans l’étage semi-aride.

La réussite de l’élevage passe aussi par le suivi des élevages et une maîtrise de l’hygiène. La politique de formation de cadres permet de disposer d’un encadrement qualifié. Cependant, il manque des vachers et un management efficace des techniciens. L’annonce de l’ouverture programmée d’écoles professionnelles est encourageante.

Parmi les stratégies possibles, celle de déléguer à des Irlandais l’élevage laitier en milieu aride pourrait faire rire si le sujet n’était pas aussi grave. Outre l’aspect climatique, la vocation du MADR est certes d’assurer l’augmentation de la production de lait mais aussi d’assurer un revenu digne au million de familles paysannes vivant de l’agriculture. Le méga projet dessaisirait les petites et moyennes exploitations de leur activité et cela au profit de qui ? Il faut par exemple voir la détresse de certaines populations du Sud laissée sur le côté du développement. C’est le cas du quartier El Haïcha de Hassi Messaoud que décrit le quotidien Liberté de ce jour. « Nass aïcha ou nass El Haïcha taïcha !» disent ces laissés pour compte du développement. Pourquoi ne pas préférer des projets offrant plus de perspectives d’emplois ?

Certes, ce n’est pas des exploitations avec 3 vaches laitières qui assureront l’autonomie laitière du pays. Mais ces exploitations assurent une autoconsommation et un approvisionnement en lait du voisinage par des circuits courts. Ces productions mêmes minimes, créent de la valeur. Elles permettent un revenu et en fixant les populations rurales limitent le nombre de bouches urbaines à nourrir. A côté de cela, l’effort du MADR doit également viser à aider des exploitations moyennes dont la taille est à déterminer en tenant compte d’un seuil de rentabilité et de l’emploi. Au Maroc, les éleveurs sélectionnés par le projet laitier Imtiyaz doivent par exemple disposer au moins de 10 hectares irrigables.

Si une production laitière est à envisager dans le grand Sud, elle doit concerner l’autoconsommation locale des populations. La stratégie permettant une agriculture durable est de consolider les schémas qui réussissent tel celui de la laiterie Danone-Djurdjura. Comme le fait le Groupe Benamor pour le blé dur et la tomate industrielle, c’est un centre de collecte privé ou coopératif qui est le mieux à même d’organiser l’activité d’appui technique à des agriculteurs sous contrats afin d’améliorer les quantités et la qualité des produits collectés.

Les Chambres d’Agriculture mériteraient également d’être le lieu d’une meilleure participation des agriculteurs regroupés dans des associations représentatives et un syndicalisme authentique. C’est dans ce cadre d’une cogestion que le MADR devrait progressivement attribuer à des représentants paysans démocratiquement élus plus de responsabilités, plus de moyens financiers et humains, et plus de pouvoir d’attributions de subventions à répartir. Cela, tout en se gardant le pouvoir régalien du contrôle à posteriori. C’est au MADR d’initier la formation de cadres du mouvement associatif et coopératif paysan. Ce sont ses interlocuteurs pour demain. C’est par le biais de ces structures que pourra se faire l’amélioration des productions agricoles. Il ne faut pas oublier combien de cadres a donné le monde paysan lors au mouvement de libération national. Pourquoi ignorer sa disponibilité pour des actions de développement dont ne pourra jamais égaler la plus performante structure administrative du MADR?

N’aurait-il pas fallu, par exemple, proposer à MM. Rabah Ouguemmat et Mouloud Amis respectivement président et le secrétaire général de l’association pour le développement de l’agriculture de la commune de Timizart et animateurs d’un mouvement syndical responsable début mars un poste budgétaire? Poste, afin que ces éleveurs organisés en association recrutent eux même un technicien en élevage. Technicien qui puisse les initier aux techniques modernes permettant d’améliorer leur revenu non pas par d’éternelles subventions mais par une réduction du coût des charges en fourrage ? Technicien qui n’aurait pas été envoyé par l’administration mais qui dépendrait directement de l’association et au service de ses membres. De nouvelles sources de financement sont possibles. Il serait temps de revoir les scandaleuses exonérations fiscales dont bénéficient les propriétaires de chambres froides pour fruits et légumes et de réorienter intelligemment ces fonds vers des productions déficitaires pour des actions d’animation technique de terrain.

Sans cette vison de ses réelles missions le MADR continuera à constater l’insuffisance de ses actions que l’actuelle aisance budgétaire parvient à masquer. Qu’en sera-t-il en cas de retour des vaches maigres ?

Outre, l’aide à la production, ces stratégies participatives bien menées peuvent contribuer à un réel développement rural. C’est toute la noblesse du « D » et du « R » figurant dans les initiales du MADR.

 

 

DREAM TEAM CEREALES, DU NOUVEAU.

Ou comment apprendre à jouer collectif.

D .BELAID 22.05.2014

Au risque de désespérer certains, quelques échos de notre dream team céréales. Pourquoi dire « désespérer » ?  Car, si « globalement » il y a de relatifs progrès, combien de dysfonctionnements sont visibles sur le terrain. Notre propos n’est pas d’essayer de les cacher. Mais nous n’oublions pas les efforts quotidiens de cadres pour qui le « patriotisme économique » n’est pas un vain mot. Ces cadres se battent pour trouver des solutions spécifiques dans un environnement administratif parfois lourd. A ce titre ils méritent toute notre considération. Rendons hommage à leurs efforts, à leur persévérance. Malgré l’adversité, ils ne renoncent pas. A ce titre, ils sont notre « Dream Team ».

DREAM TEAM : FARINE MIXTE DE FARINE ET SEMOULE

Chacun sait que nous produisons plus facilement du blé dur (BD) que du blé tendre (BT). Le BD est mieux adapté aux conditions locales de déficit hydrique. Abdelkader Téta nous apprend ce jour dans les colonnes d’El Watan que l’Eriad  de Ksar El Boukhari a récemment procédé « au test de préparation de la baguette de pain à base d’une nouvelle formule de farine composée de 70% de blé tendre et 30% de  blé dur ». Une telle farine permettrait de réduire les importations de BT. « La boulangerie des frères Bacha de Médéa, lauréat du concours du Meilleur boulanger en 2013, a été choisie pour fabriquer les premières fournées de ce pain à base de ces ingrédients » précise le journaliste. En plus de l’avantage de réduire les importations de BT « le prix du quintal de farine diminuera à la vente,  puisqu’il sera cédé à 1880 DA au lieu de 2000 DA actuellement. Les boulangers qui utiliseront cette farine feront donc des économies, et le prix de la baguette sera maintenu à 7,50 DA pour le consommateur ». Terminant son article, AEK Téta rapport que des tests de dégustation ont été concluant. Pour ceux qui ne connaissent pas le pain de semoule au blé dur « khobz ed-dar » qu’ils essayent d’en préparer dans un gas’a[1] avec de l’eau et de la levure de bière comme cela se prépare dans les familles de l’Est du pays. « Khobz ed-dar » se présente sous forme de grosses galettes sur lesquelles est badigeonné du jaune d’œuf et mis des grains de nigelle. Enfant, à Batna, je me régalais de la vue de ces plateaux « sni » de tôles, qui à l’approche de l’Aïd convergeaient vers les fours des boulangeries.  Tremper une tranche de ce pain dans son bol de café au lait le matin était un vrai délice. Idem que déguster une chorba frik[2] chaude épicée de persil avec une tranche de ce pain de semoule maison. Que le BD soit remis à l’honneur honore la filière et nous réconcilie avec des traditions culinaires millénaires de terroirs. Les initiateurs de ce projet sont à féliciter. Ils réhabilitent la semoule algérienne, la mettant au même pied d’égalité que ces farines venues d’au-delà des mers.

DRAM TEAM OAIC, PLUS DE SEMENCES CERTIFIEES

Une autre bonne nouvelle. L’APS annonce ce jour que « l'OAIC lance un appel d'offres pour réaliser 17 stations de conditionnement de semences de céréales ». Au même titre que les efforts de cet office pour promouvoir l’irrigation d’appoint des céréales, Mr Mohamed Belabdi, DG de l’OAIC poursuit là un objectif stratégique : mettre à la disposition des céréaliers des semences triées et traitées contre les maladies et prédateurs. En matière d’optimisation céréalière, en Algérie, l’entrée du progrès dans les exploitations agricoles ne commence pas par la visite d’agronomes. Non pas que nous n’en ayons pas. Mais nous avons ce malin plaisir de les cacher à la vue des agriculteurs et de les cantonner dans des bureaux. Grâce aux efforts de l’OAIC et des cadres de l’ITGC qui dans leurs stations produisent de la semence de base, le progrès agronomique rentre dans les fermes par la semence. Ce progrès commence par une semence d’une variété productive, adapté à nos conditions, intéressante pour la transformation et saine.  Il faut savoir que traditionnellement les agriculteurs gardent une part de leur récolte pour les semis de l’année suivante. Le problème est qu’en l’absence de désherbage, à la récole, aux grains de blé sont mêlés des graines de mauvaises herbes. Et souvent l’agriculteur sème en même temps que son blé des graines de mauvaises herbes. Elles viendront  concurrencer le blé. Cela peut diminuer les rendements de 50%. Peu d’agriculteurs passent leurs graines à travers des « tamis » industriels. Or, ces « tamis » permettent actuellement de séparer totalement les grains de céréales de ceux de mauvaises herbes. Certaines de ces installations fonctionnent même par tri optique.  

Outre un tri mécanique, l’OAIC traite ces semences contre les attaques d’insectes et de champignons microscopiques protégeant ainsi la plantule. Il s’agit là d’un progrès considérable contre les maladies. Certes, cette protection ne couvre pas tout le cycle de la plante, mais elle lui permet de démarrer dans de bonnes conditions. C’est ensuite à l’agriculteur d’assurer les traitements phytosanitaires adéquats en fonction des ravageurs présents.

Il est à remarquer que l’appel d’offre de l’OAIC est également ouvert aux compétences nationales. Il est à espérer que des entreprises locales proposeront leurs services. Car, disons le, assurer le tri de graines à travers des « tamis » n’est quand même pas si sophistiqué que cela. De même qu’appliquer un produit chimique sur des graines peut se faire avec une simple bétonnière. Et bon nombre d’agriculteurs français utilisent cette solution.

Certes, la tâche se corse lorsqu’il s’agit de trier et traiter des milliers de quintaux de graines. Des dispositifs adéquats sont nécessaires. Et on peut comprendre l’appel d’offres de l’OAIC. Mais on peut s’étonner que ce secteur ne soit pas l’objet de toutes les attentions des services concernés.

Que ce soit les sociétés de machines agricoles du groupe public PMAT ou des établissements privés tel Djoudi métal, il existe des compétences. Il serait opportun que l’OAIC ou ses CCLS et le secteur de la transformation qui se plaignent de la présence de graines de mauvaises herbes dans les livraisons de blé des agriculteurs prennent des initiatives locales afin de développer de tels matériels. On pourrait également envisager la mise au point de petites unités mobiles parcourant les exploitations afin d’améliorer la semence de fermes. Comme le font des céréaliers étrangers ; ainsi une part des semences serait régulièrement renouvelée à travers celles achetées à l’Oaic et une autre part proviendrait des champs de l’agriculteur. Il faut savoir que les semences certifiées coutent plus cher et que parfois elles ne sont pas toujours disponibles au moment optimum pour les semis. Or, un semis tardif signifie des quintaux en moins. Pourquoi ne pas proposer de telles unités mobiles  à des jeunes de l’Ansej?     

NE PAS BOUDER NOTRE PLAISIR MAIS ADOPTER LA DEMARCHE « CLUSTER »

Qu’à cela ne tienne. Ne boudons pas notre plaisir! Des cadres nationaux agissent dans le sens d’une satisfaction des besoins de tous. Certes, les démarches ne sont pas identiques. Dans le cas du mélange farine-semoule de l’Eriad, il s’agit d’une ingénierie meunière innovante et jamais essayée. Dans le cas des unités de production de semences, il s’agit de la politique du carnet de chèque. On passe commande vers l’étranger. Certes, dans un but louable, mais n’y-a-t-il pas des solutions de type « cluster » ou l’appel à la sous-traitance et l’appel d’abord à des entreprises DZ ainsi qu’à nos universitaires pour trouver des solutions. A quoi sert sinon l’Ecole Polytechnique et les écoles assimilées? A quoi servent les départements « machinisme agricole » de nos écoles d’agronomie ? Il est temps de penser cluster !

A cet égard, il est à signaler un excellent document de l’Unido actuellement en ligne sur le net : « Diffusion de la démarche cluster dans trois pays du Maghreb ».[3] Ce document est à télécharger par toute personne qui s’intéresse aux moyens de lancer des initiatives locales de développement. Le document traite de cas agricoles ou industriels algériens. Voyons comment décliner une telle démarche pour le sujet qui nous intéresse ici.

Le DG de l’OAIC, a pour mission de sa tutelle des objectifs d’amélioration immédiats de la production de semences. Il agit en conséquence. Cela est louable. Et en aucun cas, on ne peut lui jeter la pierre. Mais, en parallèle à de tels appels d’offres que risquent de rafler des entreprises étrangères, il nous faut apprendre à agir sous forme de cluster. Il nous faut apprendre à mobiliser les compétentes locales et créer de l’emploi pour les jeunes. Allons-nous laisser à nos jeunes chômeurs comme seules perspectives la gestion de parkings informels ?

Wach ? Des entreprises locales seraient capables de fabriquer 30% d’une voiture Renault, d’un camion Mercédès, d’une moissonneuse-batteuse SAMPO, d’un 4x4 blindé pour l’ANP et nous ne serions pas capables grâce à une bielle de mouvoir de gauche à droite une série de grilles séparant grains de blé et petites graines rondes de mauvaises herbes ? Personnellement, comme beaucoup, j’ai du mal à l’admettre. Ce qu’il nous faut, c’est cette prise de conscience que la rente pétrolière n’est pas illimitée. Il faut savoir jouer collectif et passer le ballon entre nous.

L’OAIC, une CCLS (proche d’une usine métallurgique publique ou privé), un moulin de céréales pourrait jouer le rôle d’agrégateur afin de lancer une production locale d’unité mobile de traitement de semences. Il pourrait fédérer, agréger les compétentes locales : industriel, université, utilisateurs, banques. Déjà cette démarche a été développée à Bouira par des producteurs d’olives regroupés dans la Coopérative d’Huile d’Olives de Kabylie), des producteurs de lait autour de la laiterie Safi de Ghardaia ou encore à Rouiba l’Union Professionnelle de l'Industrie Automobile et Mécanique autour de SNVI.

Mais, dans une démarche de cluster l’agrégateur n’est pas obligatoirement une institution publique ou privée. Cela peut être une association de professionnels désirant  influer sur leur avenir économique. Dans une grosse région céréalière, cela peut être le regroupement de quelques exploitations agricoles se lançant dans la mise au point d’appareils de traitement de semences et progressivement faisant appel aux compétences d’artisans ou de petits industriels.

 

Car, des initiatives paysannes, il y en a tous les jours : « Avec un peu de volonté, d’un poste à souder et du fer acheté à la casse, je viens de construire une bineuse qui m’a permis de semer et biner 10 hectares de fèves[4] ». Nous pensons que la bataille de l’augmentation de la production agricole passe par la mobilisation de ces compétences. Combien gagnerait en efficacité la filière céréales en une action conjointe par exemple de CMA et de Toufik Trailer[5] pour produire des remorques agricoles à relevage hydraulique[6]. Ces deux entreprises ont des compétences dans la production de remorques. En unissant leurs efforts, elles pourraient mettre au point des remorques plus modernes permettant de réduire la pénibilité du travail à la moisson.

ALGERIE, LA DECENNIE DE LA DERNIERE CHANCE

Sans vouloir jouer les déclinistes à la Nicolas Baverez, Abdelhak Lamiri un économiste bien de chez nous a récemment tiré la sonnette d’alarme avec un livre qui devrait être sur la table de chevet de tout Algérien disposant d’une once de pouvoir dans les institutions de ce pays. Un livre au titre sans équivoque: «décennie de la dernière chance: Emergence ou Déchéance de l’Economie Algérienne ?[7]».  Retenons ce passage de l’introduction. « La situation présente l’exige.  Nous sommes sur un fil de rasoir. Quelques décisions malencontreuses plus tard et nous basculerons vers un enfer qu’on n’a jamais vécu, même durant la décennie noire. Tout le monde y laissera des plumes. Surtout ceux qui ont amassé des fortunes mal acquises placées sous d’autres cieux. Ils seront les premiers visés. Le citoyen moyen sera durement et durablement touché, victime innocente de décisions qu’il n’a jamais prises. Par contre, la décennie de la dernière chance si par bonheur, des choix judicieux sont faits ; alors, les quelques petits sacrifices éphémères consentis induiront quiétude et bien être pour tous. Tel est le message de cet ouvrage. Il est porté sur l’action ». Le message est si fort que l’auteur du livre a été reçu par le premier Ministre.

Notre dream team a accompli des exploits. Néanmoins, il lui reste du pain sur la planche. En témoigne cette remarque de Si Aït Abderrahim Mahmoud, agriculteur : « Il faut passer des heures et des heures à attendre même des nuits aux portes des docks pour constater que la dream team à encore du travail sérieux à faire ».

 

 

[1] Plat traditionnel en bois.

[2] Blé concassé mis dans la chorba. Que ceux qui ne connaissent que le vermicelle essayent le frik.

[3]   www.unido.org/fileadmin/user...we.../interno_web_DEF.pdf  Diffusion de la démarche cluster dans trois pays du Maghreb. Définition d'une boite à outils méthodologique opérationnelle. 2013

 

[4] Mr Aït Abderrahim Mahmoud. Agriculteur in « Paysans d’Algérie ».

[5] www.dz-trucks.com/78_toufik-trailer

[6] http://youtube.be/OSbD9ZsYSDs

[7] La décennie de la dernière chance: Emergence ou Déchéance de l’Economie Algérienne ? escalger.wordpress.com/.../la-decennie-de-la-derniere-chance-emergence...   21 févr. 2014 – Pr. Lamiri Abdelhak (Enseignant chercheur à l'Ecole Supérieure de commerce d'Alger).

 

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Comment développer son activité au sein d'un cluster

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L'auteur de ce site est un ingénieur agronome ayant travaillé sur le terrain en Algérie (Batna) et en France (Oise). Passionné d'agronomie et d'une curiosité insatiable, il se propose d'être un "passeur de savoir".

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